NOUVELLES PROPOSITIONS
SUR L’HISTORIQUE DES ÉDITIONS CENTURIQUES

 

 

par Jacques Halbronn

 

 

             Une Centurie doit-elle nécessairement comporter cent unités, comme son nom semble l'indiquer? Il semble bien que les éditions centuriques aient en plusieurs occasions utilisé abusivement un tel terme. Il convient de ne pas confondre le fait que l'Epître à Henri II  comporte la mention "parachevant la miliade" avec l'existence de dix centuries  nécessairement complètes, étant entendu que cette miliade constitue un ensemble dont certains éléments ont pu continue à ne pas être divulgués.

 

Centurie IV                

                        On ne connaît qu'une seule édition qui porte en son titre référence à quatre centuries et ce n'est pas l'édition Macé Bonhomme 1555, dont le titre ne comporte pas la moindre information quantitative. Il s'agit d'un ouvrage que nous n'avons pu consulter mais que Daniel Ruzo - qui en fut le possesseur -  a décrit dans  Le Testament de Nostradamus : Les Grandes et merveilleuses prédictions de M. Michel Nostradamus, divisées en quatre Centuries. Rouen, Raphaël du Petit Val. Ruzo note : "Il manque les quatrains 44, 45, 46 et 47 de la Centurie IV qui se termine par le quatrain 53. Elle comporte seulement 349 quatrains (...) La préface, lettre à César, est datée du 22 juin au lieu du Ier mars"

                        On peut regretter que Robert Benazra - même s'il cite ses sources par ailleurs-  ait quasiment recopié, sans mettre de guillemets, introduisant des variantes rédactionnelles mineures, les notices de Ruzo concernant les deux éditions de Rouen 1588 et 1589, donnant faussement l'impression de les avoir consultées, risquant ainsi de  laisser croire qu'il a pu disposer d'une reproduction des exemplaires Ruzo.En revanche, M. Chomarat, quant à lui,  est plus concis et se contente de renvoyer à la description de  Ruzo - "Ruzo signale que" - figurant à la fin du Testament de Nostradamus. N'ayant pas copie de ce texte, faut-il comprendre que le dernier quatrain était numéroté 53 ou qu'il correspond au 53e quatrain du canon centurique et notamment de l'édition Macé Bonhomme susmentionnée? Ainsi, dans l'édition St Jaure 1590, qui porte le même titre que l'édition rouennaise,  la VIIe centurie s'arrête au quatrain numéroté 35 qui correspond au quatrain 40 dans l'édition Antoine du Rosne 1557.

                        Nous supposerons donc que la IVe Centurie de la dite édition rouennaise s'arrêtait au quatrain numéroté 49 (soit 7x7), mais numéroté 53e dans le canon.

                        Peut-on écrire avec Ruzo : "il manque les quatrains etc"?.  Pour  déclarer qu'il manque, encore aurait-il fallu qu'ils aient existé antérieurement à la dite édition.....

                        Pour notre part, dans l'état actuel des choses, l'on ne peut affirmer que ces quatre quatrains aient existé dans des éditions centuriques antérieures. Ensuite, l'on sera passé à 53 et de 53 à 100 quatrains à la IV, ce qui est déjà le cas de l'édition anversoise de 1590.  Entre ces deux extrêmes, les éditions parisiennes attestent d'un stade à 53 en la même année 1588. Ajoutons que l'édition de Rouen 1588 à 4 centuries n'est pas nécessairement la première du genre et qu'une telle présentation a pu exister dans les années qui précédèrent (1585-1586-1587) même si une telle édition ne nous est pas parvenue.

                        Dans notre article "Les Prophéties et la Ligue", nous avons accordé quelque importance au quatrain IV, 46 et notamment à la mention " Tours". Il convient de rappeler que lorsque Henri III a quitté Paris, il est allé, le 13 mai, s'installer à Tours et que c'est à Tours qu'Henri de Guise et Catherine de Médicis iront le rejoindre, le Ier août 1588,  pour tenter de le faire revenir à Paris, au bord de la Seine.  A la suite de cela, les Etats Généraux sont convoqués à Blois, donc à proximité, également sur la Loire,  où le duc sera assassiné à la fin décembre .  Certains libraires parisiens  se déplaceront à Tours comme Claude de Montr'oeil  et  Jean Richer  .

                        Quatrain de circonstance donc que IV, 46 ("Garde toy Tours de ta proche ruine") puisque ce quatrain va apparaître au cours de cette même année 1588 marquée par le départ d'Henri III pour Tours. Une telle addition ne saurait être antérieure au 13 mai 1588.

                        Notons que le quatrain IV 45 - lequel fait partie des nouveaux quatrains de la IVe centurie - commence ainsi:

"Par conflit roy, régne abandonnera". 

De fait, au cours du printemps et de l'été 1588, les ligueurs verraient bien le duc de Guise succéder à Henri de Valois.

                        Quel est le statut de cette IVe Centurie? Probablement une addition à un ensemble de trois centuries pleines car en tout état de cause, il nous semble exclus qu'une toute première édition ait comporté une dernière centurie incomplète.

                        Ces 49 quatrains placés initialement  en la iVe centurie ne sont d'ailleurs pas sans évoquer l'addition  de "39 articles à la dernière centurie", telle qu'indiquée au titre des éditions parisiennes de 1588 et au-delà, lequel titre d'ailleurs ne correspondant pas au contenu. Ne pourrait-on supposer une coquille ayant changé 49 en 39?

                        Par la suite, l'on aurait conservé, perpétué, ce schéma pour la VIIe centurie, de façon à dissimuler le passage de 3 à 7 centuries, ce qui expliquerait l'existence d'une VIIe centurie à 39 (non conservée) puis à  40 quatrains.

                        Il n'y a pas de raison, en effet, pour que les éditions de Rouen aient censuré ces quatre quatrains typiquement ligueurs, vu que Rouen appartenait à la Normandie ligueuse à la différence de Caen. En outre, dès 1589 le même libraire Raphaël du Petit Val - dans un exemplaire que nous n'avons pu consulter et qui appartenait également à Daniel Ruzo - a une centurie IV à 100 quatrains, incluant les 4 quatrains en question, sans d'ailleurs la marque d'une addition à la IVe centurie à la différence des éditions parisiennes de la même période.

                        S'il n'y a pas eu censure, nous pensons que la centurie IV, qui n'était à l'origine qu'une addition à la centurie III, a du initialement ne comporter que 49 quatrains. L'édition Petit Val à 4 centuries  titularise en quelque sorte cette addition en lui conférant le statut de centurie à part entière.

                        C'est dire à quel point sont suspectes les "premières" éditions Macé Bonhomme 1555 comportant 53 quatrains à la IV sans même indication au titre de "quatre centuries" ( "quarte centuries", selon la formulation rouennaise). Elles n'ont pu qu'être précédées d'une édition à 3 centuries et d'une édition augmentée à 49 quatrains (ou moins) et enfin d'une édition se présentant comme étant à 4 centuries à 49 (conservée) puis d'une édition à 53 quatrains (non conservée) avant que cette mention ne disparaisse pour donner l'édition antidatée Macé Bonhomme (Bibliothèques d' Albi et de Vienne(Autriche qui ne serait elle-même que la réplique d'une même édition datée de 1588 non conservée, à 53 quatrains seulement  à la IV, ce qui n'est le cas ni de l'édition de Rouen 1589 ni des éditions parisiennes (1588-1589) lesquelles comportent déjà un complément au delà du 53e quatrain...

 

 

Centurie VII

                        On aura compris que selon nous,  il n'aura été conservé qu'une toute petite partie du corpus centurique paru au cours de la décennie 1580 mais que ce qui a été conservé, y compris les éditions antidatées 1555, 1557 ainsi que la survivance de titres anciens renvoyant à une édition 1560, nous permet de procéder à une telle reconstitution chronologique à la Cuvier.

                        L'on pourrait en effet resituer les éditions Antoine du Rosne - cette fois fort distinctes l'une de l'autre, de par leur contenu, à la différence des divers tirages de l'édition Macé Bonhomme. Ces éditions 1557 ne correspondent à aucune édition "ultérieure" mais s'inscrivent, pour l'édition Budapest, après l'édition St Jaure qui n'a encore que 35 quatrain à la VII au lieu des 40 de la dite édition Budapest. NOus ne pensons pas que l'on ait supprimé des quatrains à la VII dans l'édition St Jaure 1590  pas plus que dans l'édition Petit Val 1588 mais que ces deux éditions sont des terminus post quem : pas de IVe centurie à 53 quatrains avant l'édition Petit Val 1588 à 49 quatrains et pas de VIIe centurie à 40 quatrains avant l'édition Saint Jaure à 35 quatrains.

                        Pourquoi 35 quatrains puis 40 et 42 au lieu de 49? Nous avons indiqué qu'il y avait du y avoir erreur sur ce point. On notera que dans les éditions parisiennes de 1588-1589, il n'y a pas encore les quatrains de la VIIe Centurie au sens canonique du terme mais bien la marque d'une addition au sein de la IVe Centurie, après le 53e quatrain.

                        A contrario, dans l'édition anversoise, l'indication d'un état  de la IVe Centurie à 53 quatrains n'est plus fournie, ce qui signifie, selon nous, que les "éditeurs" ne savaient plus combien de quatrains il fallait conférer à la VIIe centurie, censée remplacer la IVe Centurie. Ils optèrent pour 35  quatrains puis pour 40 et ainsi de suite à la VIIe centurie, se rapprochant finalement d'assez près des 49 quatrains de la IV, quand on sait que la VIIe centurie, au xVIIe siècle, sera encore augmentée, notamment sous la Fronde sans que cela soit retenu dans le canon.

                        On aura compris ce qu'il y a de suicidaire à vouloir constituer une chronologie des éditions centuriques  qui ne retiendrait que les seules éditions conservées et disponibles, certains étant même près à ne pas tenir compte de celles de la collection Ruzo sous le prétexte que nous n'en disposons pas. Si l'on ajoute le refus de considérer comme antidatées les éditions 1555 et 1557,lesquelles ont adopté la vignette de l'édition parisienne Veuve Nicolas Rofffet 1588  l'on saisit à quel degré d'inconsistance l'on risque de parvenir....

             Il n'y a pas selon nous de constitution chronologique sans reconstitution. Ceux qui, au nom de la rigueur scientifique, voudraient s'en tenir aux seules éditions accessibles à l'heure actuelle, devraient garder un profil bas et ne tirer aucune conclusion d'ensemble  à partir du corpus fort défectueux ainsi préservé : les bibliographes et bibliophiles au petit pied ne sont pas nécessairement des historiens.  Il est vrai que le travail de reconstitution exige d'autres qualités que celui consistant en un simple enregistrement et une  description élémentaire.  Or, pour éviter de reconnaître humblement leurs sous-qualifications ou leur dépendance par rapport à des chercheurs de plus haute volée, d'aucuns cherchent à se persuader que l'on peut fort bien se passer de telles reconstitutions et se serrent les coudes....Lutte de classes entre  techniciens - regroupés frileusement en une sorte de  syndicat qui ne s'avoue pas comme tel protégeant leurs intérêts corporatifs-  et ingénieurs.

                        Si nous revenons sur la question des toutes premières éditions centuriques,  il semblerait que l'on ait donc produit une première édition à 3 centuries, largement empruntée au corpus crespinien dont nous avons montré le recoupement avec les quatrains correspondants étant entendu que la IVe centurie ne comportait que 49 quatrains. Un autre volet à 3 centuries, toujours issu en partie du vivier crespinien se met en place correspondant aux centuries VIII-X du canon mais évidemment ne se présentant pas selon cette numérotation. Ce qui expliquerait le dispositif à 2 volets comportant chacun mention du libraire, du canon centurique.

                        L'édition Petit Val de 1589 - à ne pas confondre avec celle à 4 centuries de l'année précédente - correspond à l'installation d'un troisième corpus non crespinien venant se greffer sur le "premier" volet  à 4 centuries.

                        Il semble bien, certes, qu'il y ait eu autour de 1585 un rassemblement global à 10 centuries: le groupe I-IV (49 quatrains à la IV), le groupe VIII-X et un dernier groupe "médian" fin de IV, V, VI et VII à 35 quatrains.

            La centurie VII n'appartient pas au groupe crespinien - son contenu n'est donc pas attesté au début des années 1570 -  et nous ignorons si son contenu initial correspond, en quoi que ce soit ou jusqu'à quel point,  à ce qui figure dans le canon. Il a de toute façon du exister une septième centurie pour que l'on puisse parler en 1585 de "Dix centuries" mais on ne peut exclure que le contenu en ait été radicalement transformé, tant qualitativement que quantitativement. Le fait est que la centurie VII telle qu'elle figure dans le canon est totalement absente des éditions parisiennes de la Ligue.

            Ajoutons que nous ignorons le contenu initial de la centurie VII ; en effet, s’il faut prendre à la lettre le sous-titre du premier volet indiquant une addition de 300 « prophéties », cette centurie ne devrait-elle pas dès lors avoir comporté 53 quatrains à l’instar de la centurie IV ou du moins un nombre équivalent de quatrains, si l’on considère que la centurie IV ne comportait pas initialement 53 quatrains ? Inversement, le fait que la centurie VII comporte 35 quatrains dans l’édition d’Anvers pourrait aussi être un indice en faveur d’une centurie IV initialement à 35 quatrains…..

 

Centurie VI

             Une autre centurie peut aussi être appelée "incomplète", à savoir la centurie VI, dans la mesure où dans le canon centurique, elle ne comporte que 99 quatrains, l'avertissement latin  ayant parfois été présenté comme centième, encore que l'on ait trace par ailleurs d'un centième quatrain en  français, d'ailleurs commenté dans le Janus Gallicus (1594).

            Or, il existe des éditions ne comportant ni le 100e quatrain de la VI, ni l'avertissement latin, lequel s'intitulé Legis Cantio dans certaines éditions et, plus correctement, Legis Cautio (Chevillot), dans d'autres (Du Ruau).

            On notera ainsi que l'édition Antoine Du Rosne 1557-Budapest ne comporte aucun de ces deux points alors que celle d'Utrecht comporte le Legis Cantio mais pas davantage le 100e quatrain.

            L'édition St Jaure comporte les dites mêmes particularités que l'édition Antoine du Rosne 1557-Budapest. Autant pour les centuries IV et VII, l'on soit en droit de parler d'une centurie se "remplissant" progressivement, notamment dans le cas de la centurie IV qui parviendra à 100 quatrains, autant dans le cas d'une centurie à 99 quatrains, l'on est fortement tenté de parler d'une soustraction et de la nécessité qu'une édition antérieure devait bel et bien comporter 100 quatrains à la VI.

            La question est de savoir à quel moment apparut l'avertissement latin. Il semble que cet avertissement n'avait de raison d'être qu'en fin d'ouvrage et donc avant même l'addition qui correspondra à la VIIe centurie ; il témoigne de l'existence d'un stade à six centuries s'achevant sur le dit avertissement.

            Il est donc d'autant plus insolite de trouver des éditions centuriques comportant une centurie VII sans le dit avertissement comme c'est le cas des éditions susmentionnées (St Jaure et Antoine du Rosne 1557-Budapest) lesquelles ne comportent pas non plus de quatrain 100 à la sixième centurie....

             L'on peut certes comprendre la suppression de l'avertissement dès lors que l'on ajoutait une centurie supplémentaire selon une politique visant à gommer les états intermédiaires. C'est le cas ainsi des deux éditions à la centurie IV où la marque d'addition a disparu.

             Mais comment se fait-il alors que le canon centurique (cf Ed. Benoist Rigaud et Chevillot) comporte l'avertissement latin et la VIIe centurie? Tout semble indiquer une concoction tardive, dont l'édition Antoine du Rosne 1557-Utrecht est un exemple, procédant artificiellement et syncrétiquement à contre-courant d'une logique de développement du corpus dont le sens aura fini par se perdre. Il en est de même pour les éditions de type du Ruau si ce n'est que celles-ci comportent bel et bien, s'appuyant sur le Janus Gallicus, un centième quatrain français suivi de l'avertissement latin et d'une septième centurie à 42 quatrains.

            En tout état de cause, nous réfutons absolument la thèse répandue parmi les nostradamologues, selon laquelle l'avertissement latin serait le vrai centième quatrain de la VIe centurie, évacuant ainsi allégrement le centième quatrain de la VI bel et bien attesté et dont certains voudraient qu'il ait été ajouté ultérieurement....

            En conclusion, l'édition Antoine du Rosne 1557-Budapest correspondrait à un état ultime quant à la formation des sept premières centuries, quand bien même ne posséderait-elle que 40 quatrains au lieu des 42 figurant à la VIIe centurie canonique. C'est une édition qui aura supprimé toutes les marques d'additions, tant à la IVe centurie qu'à la VIIe et en cela elle est plus achevée que le premier volet Benoist Rigaud 1568 ou que l'édition Antoine du Rosne 1557-Utrecht, ce qui ne signifie pas qu'elle soit plus tardive dans la mesure où les dites éditions, selon nous, auraient récupéré des états antérieurs à la dite édition Antoine du Rosne 1557-Budapest. L'édition est également dans le cas de correspondre à un état encore antérieur, quant au premier volet, à l'édition Benoist Rigaud-Chevillot.

                        On aura compris que la chronologie des éditions centuriques ne correspond absolument pas à  la logique de formation du canon. il faut, à l'évidence, faire la part et des éditions antidatées et des éditions post-datées, récupérant des éléments anciens, tant au titre que dans l'articulation des quatrains.

                        Deux   éditions nous semblent  n'appartenir à aucune de ces deux catégories, c'est d'une part l'édition parue à Anvers, en 1590; chez François de Sainct Jaure, sous contrôle espagnol. Cette édition n'est ni antidatée ni postdatée, elle correspond à un état ultime du premier volet, si ce n'est en ce qui concerne les additions aux 35 quatrains de la VIIe centurie. L'édition Antoine du Rosne 1557 Budapest est antidatée mais elle pourrait correspondre à une édition de peu postérieure à l'édition anversoise si ce n'est quant à son nouveau titre -  Prophéties -  (cf infra). Et d'autre part , l'édition parue à Rouen en 1588, deux ans plus tôt,  chez Raphaël du Petit Val comportant en son titre l'annonce de 4 centuries.  On notera que l’édition Macé Bonhomme a supprimé la mention « en quarte centuries » .

                        Ces deux éditions comportent le même titre principal:  Les Grandes et merveilleuses prédictions de M. Michel Nostradamus, l'une  à 7 centuries  étant bien entendu le prolongement et l'aboutissement de l'autre à 4 centuries, en ce qui concerne le premier volet. Toutes les autres éditions conservées  du premier volet sont à placer entre ces deux pôles, quelle que soit leur date affichée d'édition, à l'exception de l'édition antoine du Rosne 1557-Budapest qui est le calque légèrement augmenté de l'édition anversoise mais sous un autre titre, plus tardif du moins pour désigner le corpus en question, qui l'emportera au niveau canonique, Les Prophéties de M. Michel Nostradamus. Mais c'est très vraisemblablement le titre de Grandes et merveilleuses prédictions qui aura été le premier à qualifier un ensemble centurique, au milieu des années 1580 qui font écho aux  Présages Merveilleux pour l'an  1557 dédiées au Roy treschrestien Henri deuxiesme de ce nom. Et d'ailleurs ces Centuries devaient justement être introduites par une (fausse) Epître à Henri I -avant que la dite Epître ne soit remplacée par une Préface à César -  les mots prédictions - à ne pas confondre avec pronostications! -  et présages étant dans la production des almanachs de Nostradamus synonymes et interchangeables. L'idée des faussaires était de recycler  un titre déjà attesté. L'autre titre "Prophéties", a d'ailleurs du également exister bien que l'on n'en ait pas conservé d'exemplaire -cela est attesté par Couillard qui reprend le dit titre en 1556 pour sa parodie. Cet autre titre connaîtra, par la suite, la fortune que l'on sait...Mais tout au long du XVIIe siècle, le premier titre - Les Grandes et merveilleuses prédictions -  se maintiendra en son sous-titre à savoir "où se voit représenté tout ce qui s'est passé tant en France, Espagne, Italie, Allemagne, Angleterre qu'autres parties du monde", sous titre absent du second, lequel cependant conserve - outre la forme "M. Michel Nostradamus" un autre élément du sous-titre des Grandes et Merveilleuses Prédictions : "dont il en y a (sic)  trois cents qui n'ont encores jamais esté imprimées", les deux éditions Antoine du Rosne ayant même conservé la permutation "il en y a" corrigée dans les autres éditions, notamment au titre du premier volet Rigaud-Chevillot...

 Ironiquement, un tel dispositif est constitué de plusieurs ouvrages fort peu accessibles à savoir les Présages Merveilleux pour 1557, les deux éditions centuriques parues à Rouen en 1588 et 1589 des Grandes et Merveilleuses Prédictions. Etant donné que la tendance est actuellement à ne se soucier, pour parvenir à une représentation de la chronologie de la production centurique, ni des éditions perdues, ni des éditions absentes des bibliothèques publiques - les absents ont toujours tort! -  l'on imagine dans quelle impasse se trouvent la plupart des nostradamologues actuels. On en arrive à un degré zéro de la recherche quand on constate  l'incapacité du milieu nostradamologique à prendre de la distance par rapport aux mentions datées de nombre d'éditions qui ont le mérite d'être accessibles et de fournir des informations "précises". Autrement dit,  ce qui est "visible", "palpable", détermine - et mine -  quantitativement  la représentation que la plupart se font du passé nostradamique.

            Ajoutons que la présentation des sixains telle qu’elle figure au XVIIe siècle notamment dans les éditions Du Ruau  pourrait fort bien correspondre à un état beaucoup plus ancien : « Prédictions admirables pour les ans courans en ce siecle. Recueillies des Memoires de feu M. Michel Nostradamus, vivant Médecin du Roy Charles IX & l'un des plus excellens Astronomes qui furent iamais" . La référence au seul Charles IX et non aux trois rois servis par Nostradamus  est ici insolite dans un document qui ne serait que rétrospectif ; il semble bien que cette présentation corresponde à une publication reprise d’un imprimé paru en 1568- année où régnait le dit roi - puis dont le titre fut repris tel quel  dans les années 1580.

            L’on pourra s’étonner qu’ une édition à 4 centuries ait pu paraître après qu’ait  existé une édition à  10 centuries. Ce serait oublier que des politiques concurrentes ont pu coexister et que ce n’est pas parce que tel projet éditorial aura consisté à  constituer un ensemble de 10 centuries que des éditions séparées n’ont pu continué à paraître. Rien ne serait plus faux  de croire  à un déploiement linéaire de la production centurique.

           

 

            Nous commenterons, en conclusion, en guise de récapitulation, l’iconographie ci-après

Fiche 1

Editions centuriques

 

 Nous avons relevé  3 éléments  dans l ‘édition « Les Grandes et Merveilleuses prédictions », Rouen, 1589.

N°1  « dont il en y a trois cens qui n’ont encores jamais esté imprimées

N°2  « esquelles se voit représenté une partie de ce qui se passe en ce temps  tant en France etc

N°3 « M. Michel Nostradamus »

On retrouve tel ou tel de ces 3 éléments dans les éditions suivantes, avec parfois de légères variantes :

N°2 dans l’édition Amsterdam, 1668

« où se void représenté tout ce qui s’est passé tant en France etc »

N° dans l’édition Paris, 1589, Charles Roger :

« dont il y en a trois cens qui n’ont encores esté imprimées lesquelles sont en ceste présente édition »

N°1 dans l’édition Amsterdam, 1668

« Maistre Michel Nostradamus »

            On signalera aussi certaines absences : la formule «  divisées en quarte centuries » de l’édition Rouen, 1588 n’est pas reprise dans l’édition Macé Bonhomme 1555 qui ne comporte cependant que quatre centuries. Quant à la mention d’Henri II figurant sur la page de titre des Présages Merveilleux pour 1557, elle n’est pas reprise dans les éditions ici signalées pour l’excellente raison qu’elle a été remplacée par la Préface à César. Mais il est à parier que cette mention a du figurer au titre des toutes premières éditions.

Fiche 2

JH

25. 11. 06