Nouvelles Recherches
sur le Recueil de Présages Prosaïques

 

 

            Dans l'étude qu'il vient de consacrer à l'almanach pour 1556, Patrice Guinard rappelle que "cet almanach ne contient pas de quatrains, comme l'a confirmé la récente découverte du manuscrit de Chavigny."

            Il ne faut pas exagérer l'importance des quatrains au sein des almanachs, car ils ne sont, à notre avis, que la versification très libre du contenu des prédictions ou présages mensuels, également au nombre de douze, encore qu'il puisse y avoir également un quatrain pour l'année, donc un treizième quatrain.

            Cette absence de quatrains pour l'almanach pour 1556 n'est d'ailleurs pas absolument démontrée. et ce n'est pas leur absence dans le Recueil des Présages Prosaïques, présenté par Chavigny, qui est déterminante. En fait, il conviendrait plutôt de se demander à quoi tient la présence de quatrains au sein du dit Recueil.....

            En effet, les quatrains ne figuraient pas en tête des Prédictions mensuelles comme tend à le faire croire une approche trop rapide du Recueil en question. La comparaison avec les almanachs qui nous sont parvenus par ailleurs témoigne de ce qu'il s'agit là d'un montage

            Cela dit, il nous paraît tout à fait concevable que l'habitude de composer des quatrains pour illustrer les présages n'ait pas été prise avant la production pour l'année 1557 et qu'il se soit agi d'une initiative relativement tardive, ce que ne vient pas infirmer la présence de quatrains dans la Pronostication pour 1555, présence tout à fait atypique puisque les quatrains sont affectés au calendrier et que les Pronostications n'en comportent pas. On n'a d'ailleurs aucun recoupement à propos de la Pronostication pour 1555 chez les adversaires de Nostradamus.

            Que Chavigny ait cru bon d'intégrer la dite Pronostication dans le Recueil des Présages Prosaïques ne saurait conférer à celle-ci, ipso facto, quelque authenticité.

             P. Guinard réserve l'emploi du mot "présages" à des extraits en prose dont la numérotation est d'ailleurs artificielle et de fait n'a-t-on pas affaire à un Recueil de Présages Prosaïques? Mais ce n'est pas une raison pour refuser aux quatrains le titre de présages d'où notre proposition de parler de quatrains-présages, c'est à dire de présages résumés sous forme de quatrains. Et c'est d'ailleurs à ce titre qu'ils ont quelque légitimité à figurer au sein du dit Recueil.

            Le terme Présages sera associé au XVIIe siècle, dans le canon centurique, avec les quatrains issus des almanachs, encore que certaines éditions ne les comportent pas comme chez le libraire Pierre Chevillot et dans les éditions "Rigaud", même celles intégrant les sixains avec l'Epître de 1605.

            Les présages prosaïques sont la partie la plus authentique de l'ensemble de l’œuvre nostradamique, plus que les quatrains présages et plus que les quatrains centuriques et plus que les Epîtres à César et à Henri II. Paradoxalement, ces présages prosaïques sont absents du canon centurique et n'ont été repris que très partiellement dans les Pléiades de Chevigny. Quant au Recueil de Présages Prosaïques, il ne nous est parvenu qu'en manuscrit et sa carrière a fait long feu. Il s'agissait pourtant du cœur de la production de Michel de Nostredame, tant il est probable, selon nous, que les quatrains des almanachs aient été l’œuvre d'un commentateur-poéte à l'instar d'un Jean Dorat, mettant en vers les présages d'un Jacques Brochier : Prognostication pour 1570, (...) avec les vers Latin de Jean d'Aurat, poète du Roy, sur ladicte Prognostication, Paris, Nicolas du Mont, 1569, . La versification de Dorat porte le nom latin de Praesagia. et suit le découpage en saisons et en mois Ajoutons que la Prognostication de Brochier est dédiée au duc d'Alençon, à l'instar de nombre de publications néo-nostradamiques de l'époque. Brochier appartient en tout cas à cette même nébuleuse mais n'a pas retenu l'attention des bibliographes du fait que n'y figure pas le nom de Nostradamus. Mais la présence de celui de Dorat, dans le cadre d'une pronostication qui plus est versifiée par ses soins, aurait du suffire à prendre ce texte en considération. Rappelons que Dorat sera mis à contribution pour l'Androgyn, censé paru à Lyon, chez Michel Jove, en 1570, et dont Jean de Chevigny signe l'épître sinon la traduction française du texte latin, cette fois, du dit Dorat. Parmi d'autres astrologues qu'il conviendrait de situer dans cet ensemble néonostradamique, signalons Jaques de Viard auteur d'un Diurnal fatal pour tout jamais, paru chez un des libraires s'étant illustrés dans la production nostradamique, Guillaume de Nyverd (BNF) cf notre étude sur Espace Nostradamus), comportant une épitre à Charles IX en date du 4 avril 1572 et une autre à son épouse Elisabeth d'Autriche en date du 7 avril, dans un style qui n'est pas sans faire songer à Antoine Crespin.

 

BROCHIER BROCHIER

 

C'est dire que la Bibliothèque Nostradamus de Mario Gregorio qui se cantonne aux ouvrages signalés dans le Répertoire Chronologique Nostradamus comporte bien des lacunes, même pour les années 1560. Quant à Nicolas du Mont, l'on sait qu'il fut aussi, un des libraires parisiens les plus actifs en matière de production néonostradamique, même s'il déclare se prêter à cette tâche à contrecœur, dans une autre publication datée de 1571, également conservée à la Bibliothèque Sainte Geneviève, et dans laquelle il vise peut-être Brochier, en le traitant de faux provençal.

            Le néo-nostradamisme de Brochier, "mathématicien de Pertuys en Provence", nous invite à repenser la définition de ce mouvement, soutenu par un certain nombre de libraires, dont Benoist Rigaud. En effet, il n'est pas nécessaire pour ce courant de mentionner le nom de Nostradamus pas plus que de reprendre textuellement des éléments de son oeuvre. On aura noté en tout cas que Dorat, s'il est probable qu'il faille associer son nom à celui du corpus nostradamique, ne craignait pas de mettre son talent au service d'un autre astrologue, quelques années après la mort de Nostradamus, survenue en 1566.

            Au fond, ce néonostradamisme pouvait se situer dans une certaine mouvance sans reproduction servile. C'est là l'erreur que l'on commet fréquemment et qui pousse la plupart des nostradamologues à croire que dès lors que tel passage se retrouve et dans les Centuries et dans l’œuvre de tel néo-nostradamiste, il doit être ipso facto considéré comme un emprunt à Nostradamus. Il faudrait plutôt parler d'un courant nostradamiste que d'une tradition strictement nostradamienne. Ce qui vient, évidemment, brouiller les pistes, c'est lorsque un tel corpus nénostradamiste sera en partie recyclé sous le nom de Nostradamus. ...

            Nostradamus aura donné ses lettres de noblesse à un genre qu'il n'aura d'ailleurs pas inventé. Après lui, d'autres s'efforceront d'entretenir et de maintenir un tel genre, marqué notamment par des adresses à la famille royale et sous-tendu par une certaine poésie prophétique, laquelle n'est que la traduction de textes en prose qui ne sont nullement le commentaire des vers mais dont les vers sont le commentaire.

            Avec les Centuries, l'on assiste à un renversement: la prose y devient, au XVIIe siècle, le commentaire du quatrain encore que celui-ci soit censé refléter certains événements politiques et éventuellement restituer ainsi la raison d'être de certains quatrains.... Il convient, en tout cas, d'éviter l'anachronisme consistant à conférer aux quatrains-présages le statut de texte source.

            La prose précéde les vers et il importe de retrouver le texte en prose dont s'est inspiré tel passage versifié, ce qui est particulièrement aisé, dans le cas de la Prognostication de Brochier. Chez Crespin, les adresses sont en prose, dans les Prophéties dédiées à la Puissance Divine (1572) avant d'être redistribuées pour produire des quatrains au sein des Centuries. Quant à la source en prose des quatrains centuriques non crespiniens, elle n'a pas été identifiée, l'on ne peut exclure l'existence d'un texte en prose de la plume même de Michel de Nostredame qui aurait disparu. En effet, dans la Préface à César d'origine telle que la restitue Antoine Couillard, Nostradamus reconnaît vouloir s'exprimer autrement que dans cette prose d'almanachs.

            Comme nous le laissions entendre plus haut, le Recueil des Présages Prosaïques fournit une fausse présentation quant au statut des quatrains-présages. En bonne logique, il n'aurait même pas du comporter de quatrains car il n'était censé comporter que la seconde partie des almanachs qui n'est faite que de prédictions mensuelles en prose alors que les quatrains se situent au sein de la première partie, répartis entre les douze mois du calendrier. Si l'ouvrage était paru - et peut-être fut-ce le cas- il aurait offert une fausse image de la production nostradamienne. Le moins que l'on puisse dire est que les éditions d'origine ont été retouchées pour conférer quelque importance aux quatrains alors que selon nous les dits quatrains ne sont probablement pas l’œuvre de Michel de Nostradamus, à proprement parler, mais un résumé assez fantaisiste.

                        Force est de constater que dans le Janus Gallicus, les dits quatrains-présages sont en vedette puisque plus d'une centaine d'entre eux y font l'objet d'un commentaire. Et c'est d'ailleurs cette sélection- et seulement elle, à quelques quatrains près - qui paraîtra au XVIIe siècle sous le nom de Présages. Montée en grade des quatrains-présages qui annonce dans la foulée celle des quatrains centuriques. Autrement dit, sans l'émergence des quatrains- présages en tant que quintessence du savoir nostradamique, point de Centuries!

                        Si l'on compare l'almanach pour l'an 1557 de Nostradamus et la présentation qu'en donne le Recueil des Présages Prosaïques). Il s'agit du seul almanach conservé pour la décennie 1550, en dehors de la traduction anglaise de l'almanach pour 1559. Chevignard a disposé d'une copie de cet almanach et fournit les variantes. mais sans indiquer les passages sautés et sans s'en expliquer:

                        Le Recueil conserve la seconde moitié de l'Epître à "Catherine Reine de France "( c'est à dire Catherine de Médicis) mais sans mentionner la dédicataire - "De l'epistre liminaire" - ni la date de rédaction. Nous reproduisons le début de l'Epître qui a été évacué dans le Recueil et qui n'est pas signalé par B. Chevignard:

"Ma Dame en m'essayant à tout mon pouvoir de satisfaire au vouloir de vostre maiesté après avoir parachevé la nativité de monseigneur le Daulphin, me suis remis sur mon estude ordinaire pour supputer l'Almanach de l'Année MDLVII qui est pour maintenant le Present que vous puis offrir combien que peu digne de vostre haultesse, toutesfois le plus propre à ma profession. Vous suppliant qu'il vous plaise le prendre en gré, comme de tres humble affection je le vous dedie & aussi de veoir encores plus songneusement le genese de vostre premier fruict. C'est pour le particulier." .Le Recueil ne conserve que la suite qui touche non plus au "particulier" mais au "général" et ne reprend pas le mot "général":

Quant au general, je trouve que d'icy à l'an mil cinq cens cinquante neuf les astres font indication de tant & si divers troubles que la carte ne seroit suffisante pour en recevoir les discours qui s'en peuvent faire mais ce sera pour un autre temps & loisir. Par les presages & par le présent Almanach est amplement déclarée la constitution de la presente année, comprenant d'abondant une partie de l'année merveilleuse LVIII & encores quelque chose de l'année LIX. qui sera l'année de la paix universelle : par la grace de celuy qui par son eternelle providence fait mouvoir les Astres. Auquel je prie Madame, vous tenir longuement en ce plus que Royal mariage. De Salon, ce 13. de Ianvier 1556.

                        Cette Epître à la Reine mérite quelque commentaire: on notera qu'il y est question d'un mariage, il s'agit probablement de projets déjà envisagés entre la France et l'Espagne qui se concrétiseront en 1559, événement célébré par un tournoi au cours duquel Henri II sera mortellement blessé. Par ailleurs, il convient de rapprocher cette Epître d'une autre également dédiée à la Reine mais datée du 22 décembre 1565 et non du 13 janvier 1556: Letre (sic) de Maistre Michel Nostradamus de Salon de Craux en Provence A la Royne mere du Roy, Lyon, Benoist Rigaud, 1566 . Or, il y a des recoupements entre les deux épîtres: Nostradamus dans les deux cas se référe à un fils de la Reine:

En 1556, il s'agit du futur François qui succédera brièvement à son père et décédera dès 1560 :

"Ma Dame en m'essayant à tout mon pouvoir de satisfaire au vouloir de vostre maiesté après avoir parachevé la nativité de monseigneur le Daulphin"

En 1565, il s'agit de Charles IX qui a succédé à son frère:

 "Plaise aussi à vostre Maiesté me faire envoyer la figure celeste astronomique de l'an XVII. du Roy tres chrestien vostre fils pour faire l'explication bien au point pour ce que je trouve en icelle année, quelque grande & tresfelice fortune de paix longue, en son Royaume. Mais qu'elle soit exactement calculée, pour la conférer avec la mienne etc"

Cette seconde épître nous semble assez suspecte et pourrait avoir été inspirée par la première. M. Chomarat qui ne mentionne pas la première épître - ne disposant pas de l'almanach pour 1557 - encore que dans sa Bibliographie Nostradamus, Baden-Baden, 1989, p. 16, il signale la dédicace du dit almanach mais sans en avoir pris connaissance - signale (p. 13) que dans une lettre en date du 13 décembre 1565, soit 9 jours avant la "seconde" épître à la Reine, Nostradamus se plaignait d'une crise de rhumatisme aux mains et conclue "Nostradamus devait aller un peu mieux pour pouvoir rédiger cette lettre".

                        On ajoutera que le ton de la "première" Epître à la Reine, datant de 1556, n'est pas sans annoncer celui de la "seconde" Epître à Henri II, datée de 1558 :

A la Reine

"le Present que vous puis offrir combien que peu digne de vostre haultesse, toutesfois le plus propre à ma profession"

Au Roi

"n'y étonné d'un si mince present" (version Besson)

On ne trouve dans la version canonique qu' "estonné" , la suite de la phrase ayant disparu! Cela nous confirme dans notre position à savoir que la version Besson correspond à un état antérieur de la pseudo-Epitre datée de juin 1558 et que celle-ci fut conçue en compilant les "premières" Epitres de Nostradamus à Henri II et à Catherine de Médicis en s'inspirant également d'une épître figurant chez Plutarque.

                           Le Recueil supprime d'office le calendrier de l'almanach lequel pourtant comporte des oracles quotidiens mais conserve ses quatrains, comme on l'a signalé plus haut.

 

Almanach 1557 

ALMANACH 1557

           Nous donnerons ci après une comparaison entre le texte de l'almanach pour le mois de juin 1559 et ce qu'en a cru bon en restituer le Recueil. Nous mettrons en italique les passages sautés par le dit Recueil, sans signaler les variantes lesquelles ont été signalées par B. Chevignard. Le lecteur n'aura qu'à se reporter à l'édition Chevignard pour avoir la version du Recueil.

[ Déclaration de Iuin. Le premier quart de la Lune sera le III. à VIII minu. au signe de Virgo, qui sera chaud & sec, enflammé dune ardeur exorbitante. Le Soleil en Gemini encores plus ardent & certains jours frais, par ouverture d'aucuns vents & la conjonction du Soleil à Mercure préserve de la grand appertion des portes] Saturne descendant en Taurus encores plus enflammé, faisant esmouvoir les Monarques à une antique haine & causera           fievres continues, pestilentes, alienation d'entendement, flux de ventre, disinterique & lienterique faisant mutation de temps, de beau converty en nubileux & obscur qui sera bon pour aucuns qui demandent brigue & la guerre.

La pleine Lune sera le XI à 3 heures minu. au signe du Sagittaire, qui sera froide & seiche & quelque peu venteuse. Le Soleil en Cancer qui signifie grand chaleur. Le dernier quart sera le XIX/. iour à XII minutes au signe d'Aries chaud & humide, combien qu'il y ait similitude de pluye, gresle, tonnerre, esclairs de nuict. Le Soleil, Saturne, Iupiter, Mars, dans leurs domiciles constituée [mot illisble] Venus qui est en Cancer qui signifie chaleur, feu & conflagration qui augmentera iusques à la fin du moys & une partie du suyvanr & ne sera exempt daucunes frescheurs & brouillats le XVIII & XIX là environ arrivera le bien venu & grandement honoré. En ce moys la France fera perte par quelques Princes estrangiers par la mort inopinée & destrange langue qui seront grandement à plaindre. Par les hebdomades de Democrite en met un sub ariete (sans italique à la différence du Recueil) Zoroastre le met à 1559 puis félicité.

La nouvelle lune le XXI a XVIII mi. au signe de Cancer, chaude & seiche, temps de la plus grande inflammation qui fut iamais. Le Soleil en Cancer qui presage que la chaleur sera beaucoup plus violente qu'elle n' a esté au paravant qu'on verra plusieurs en leur labeur cheoir en fievres ardantes & oppressés de pestilence les apparences celestes ne demonstrent que chaleur du ciel, par tonnerres seront frappés plusieurs temples par le long du circuit de ceste lune fera esmouvoir plusieurs querelles , seditions & intestins tumultes celuy qui aura abandonné son pays legerement le XXVII du moys sera délibéré s'en retourner par les chaleurs vehementes seront les Orientaux pacifiés, ce nonobstant que Neptune est encores grandement courroucé à l'encontre de ceux de Lybie tellement que devers la fin de ce moys aux silences selines à la diane faire grandes pilleries & insultes, plusieurs frappés de Tygres entre ceux d'Afrique & du dernier de l'Europe ny avoir paix, accord ny appointement mais seront affligés les uns par les autres. Pour declarer icy la constitution du temps, l'air ne les cieux ne demonstrent que chaleur fort ardente & inflammation, grand nombre de fievres, flux de ventre, dissenteries devers l'Automne fievres longues, fievres quartes, abondance de troubles & de tout presque à vil pris. Prions Dieu & que la prière soit universelle, qu'il lui plaise de accoustrer le temps là où il appartiendra & de garder son peuple de maladies pestilentes, depuis qu'il a voulu preserver des guerres & donner vie longue à ce grand CHYREN" [anagramme d'Henri, en capitales dans l'original et dans le Recueil]

            On voit que P. Brind'amour n'avait finalement pas tort de parler d'extraits à propos du Recuei. Cela dit, l'on a du mal à comprendre la raison d'être de telles omissions lesquelles nuisent inévitablement à l'intelligence du texte de Nostradamus Il nous semble que le compilateur du Recueil aura voulu supprimer systématiquement les développement à caractère médical.

            En tout état de cause, le Recueil des Présages Prosaïques ne saurait être présenté comme un reflet fidèle de la production annuelle de Nostradamus pas plus d’ailleurs que les quatrains mensuels. A quoi tient un tel découpage ? Aux besoins de quelque enjeu exégétique ou à une esthétique prophétique dont les principes nous échappent ?

            Cependant, l’on est en droit de se demander si le Recueil ne correspond pas au contraire à un état plus ancien que celui que nous fournit l’almanach. Entendons par là que ce qui « manque » dans le Recueil serait en fait constitué par des additions dues éventuellement à d’autres plumes. Nous en avons un indice à la fin du mois de janvier avec ce passage du Recueil qui manque dans l’almanach pour 1557 :

172      « Les autres adventures par figures dressées à longues révolutions sont plus amplement manifestées en nos Présages qu'avons dédiez au très chrestien Roy ».

Or, cette référence figure bel et bien pour le mois de mars tant dans le Recueil que dans le dit almanach :

197        « Ce qu'avons plus amplement déclaré en noz Présages »

               Terminons par une comparaison entre l’Almanach pour 1557 et l’Epître à Henri II, placée en tête des Présages Merveilleux pour 1557 dont il vient d’être question ; cela concerne le cas de l’almanach pour 1556 dont il était question plus haut :

Almanach (mois de juillet)

"la présente supputation qui est le 3. de Ianvier 1556 Il y a un grans laps de temps, si par faute de supputation le cas n'avenoit du tout, si est ce que peu de iours devant ou peu apres ne peut faillir, combien qu'il ne me fut possible de supputer au long & aussi que la serenité de l'air n'estoit préparée comme ceste cy est disposée a telle seicheresse etc:

Présages. Epître à Henri II

"vous consacrer les presaiges de lan mil cinq cens & sept & a cause que lannee passee l'air n'estoit en telle serenité ne les astres disposez ne me feut possible si amplemet specifier les faictz & prédictions futures de lan cinq cens cinquantz & six etc" 

Il nous semble qu’il faut comprendre que Nostradamus étudiait le ciel un jour précis de l’année pour établir son pronostic pour l’année suivante. Si ce jour là, la « sérénité de l’air » n’était d’assez bonne qualité, cela entacherait la qualité du dit pronostic. P. Guinard relève ce point :« Les raisons invoquées (de mauvaises conditions météorologiques et une disposition des astres peu favorable -- à son égard ?) -- comme si Nostradamus observait les astres à l’œil nu à l'instar des astronomes-astrologues babyloniens --, font partie d'une mise en scène facétieuse que l'on retrouve dans la préface à César (cf. CORPUS NOSTRADAMUS 33). Il est plus vraisemblable, au début de l'année 1555, qu'il ait été préoccupé par la parution imminente de ses Prophéties. ». Or, il semble bien que Nostradamus considérait que le destin d’une année entière était révélé par l’état du ciel à un moment donné et toutes les données intervenant pour ce moment là étaient considérées comme pertinentes. Si à l’instant T, l’observation se fait mal, cela entachera toute la prévision pour l’année en question.

 Il semble donc qu’au tout début de l’an 1555, les conditions n’avaient pas été réunies pour que Nostradamus soit en mesure de développer ses prévisions pour 1556, ce dont il s’explique dans son Epître au Roi. Mais comme le voyage à la Cour n’avait pas encore eu lieu en janvier 1555, force n’est-il pas de tout décaler d’un an comme nous y incite la pratique en vigueur du calendrier selon le style de Pâques ? Mais dans ce cas, cela signifierait que les almanachs ne pouvaient être mis en vente, au plus tôt que dans le courant du mois de janvier de l’année concernée par l’almanach. Seules des publications pluri-annuelles pouvaient être vendues antérieurement aux années visées, lesquelles parurent sous le nom de Prophéties - ce dont se gausse un Antoine Couillard en 1556 sous ce même titre de Prophéties- sans aucun rapport avec ce que l’on publiera ultérieurement sous le dit titre. Or, le dit Couillard datait son texte du début de 1555 alors qu’il s’agissait de 1556.      

             

JH

14. 11 06