EVOLUTION DU TEXTE PARACENTURIQUE :
 DE L'ADDITION À L'EXPLICATION

 

par Jacques Halbronn

           

                        Quand après avoir étudié les éditions centuriques de la seconde partie du XVIIe siècle, l'on remonte vers des éditions plus anciennes, l'on est surpris de ne pas trouver le moindre appareil biographique ou exégétique. comme si le lecteur se trouvait directement confronté, sans aucun intermédiaire, avec les quatrains, si l'on fait abstraction des épîtres dont l'apport peut sembler assez annexe sous le dit angle biographique et exégétique et qui, d'ailleurs, seront relativement peu commentées.

                        A quoi peut tenir un tel décalage entre une édition de 1589 et une édition, à un siècle de distance, de 1689? La réponse selon nous tient au passage "de l'addition à l'explication".

                        Entendons par-là que sous la Ligue le canon centurique n'est pas encore figé comme il le sera au lendemain de la Fronde, période au cours de laquelle la centurie VII accueillera encore un quatrain comportant un anagramme se référant à Mazarine, ce qui pourrait donner à ces éditions le statut de mazarinade. Mais il s'agit là du chant du cygne de la phase d'addition, laissant la place à la phase d'explication dont l'Eclaircissement des Véritables Quatrains est une illustration avant que ne paraissent des éditions commentées, où texte complet des quatrains et commentaire cohabitent.

                        Si, donc, les éditions de la Ligue ne sont pas accompagnées de commentaires, c'est que la pratique des Centuries suit une autre voie, en dépit du fait que parait en 1594 le Janus Gallicus, qui fournir matière aux éditions centuriques du milieu du siècle suivant. Cet ensemble de quatrains commentés relève somme toute plus du stade explicatif et n'est pas caractéristique de la pratique de l'époque où il parait.

                        En effet, la pratique en vigueur est, dans l'ensemble, d'un autre ordre, à savoir que l'on intervient directement sur le contenu des Centuries, tendance d'ailleurs à laquelle n'est pas totalement étranger le Janus Gallicus, où l'on n'hésite pas à modifier la traduction latine des quatrains - et éventuellement le texte même des quatrains dans l'original français - pour la conformer aux besoins de l'exégèse/

                        Dès lors, il importe de prendre conscience de ce que le texte centurique est voué à des transformations successives. Il serait ainsi assez vain de croire au maintien d' un texte centurique figé dès l'origine et restant inchangé sur des décennies, tout au long de la seconde moitié du XVIe siècle...

                        Ces additions d'ailleurs semblent s'être essentiellement concentrées sur la fin du corpus centurique, à savoir les centuries VI et VII, puisque à un certain stade, l'on aura purement et simplement évacué les centuries VIII- X, ce qui est, en quelque sorte, une forme d'addition inversée, par soustraction et qui en dit long sur les libertés prises sous la Ligue avec l'intégrité du texte centurique. Ce respect de l'intégrité apparaît d'ailleurs, ici, comme singulièrement anachronique.

                        Si l'on compare les éditions qui paraissent entre 1588 et 1590, à Rouen, Paris, Anvers et Cahors - en s'en tenant au seul premier volet dans le cas de cette dernière - donc sur une brève période, force est de constater des évolutions flagrantes notamment dans le nombre de quatrains de la centurie VII, qui va compter entre 32 (Ed. Pierre Valentin, Rouen,, non datée, Collection Ruzo) et 42 quatrains (Jacques Rousseau, Cahors, 1590) en passant par les 35 quatrains de l'édition d'Anvers (St Jaure, 1590).

                        Non pas d'ailleurs que les éditions de Paris des années 1588-1589 n'aient comporté de centurie VII. La preuve en est que dans les éditions du xVIIe siècle, l'on publiera fréquemment une annexe intitulée:

 "Autres prophéties cy devant imprimées sous la Centurie septiesme" comportant 5 quatrains issus des dites éditions parisiennes, lesquels quatrains sont d'ailleurs repris de l'almanach pour 1561. Cette "septiesme" centurie n'a au demeurant rien à voir avec "la" Centurie " également dite septième telle qu'elle se constituera progressivement au sein du canon centurique.

                         Ajoutons que la Centurie VI se termine par un avertissement en latin qui est ou non retenu selon les éditions, dont l'intitulé varie (tantôt Cautio, tantôt Cantio), avec un centième quatrain qui parfois figure, parfois non.... A ce propos, l'on notera que les deux éditions Antoine du Rosne 1557 se distinguent en ce que l'une comporte l'avertissement (Utrecht) et l'autre non (Budapest), que l'une a 42 quatrains à la VII et l'autre seulement 40.

                         Si l'on examine le contenu de la Centurie VII centurique, force est de constater qu'y figurent des quatrains très fortement marqués par les enjeux politiques de la fin des années 1580, nous pensons au quatrain VII, 24, selon la numérotation des éditions à 42 quatrains à la VI et qui est le quatrain VII, 19 dans l'édition d'Anvers à 35 quatrains ; il s'agit du quatrain mentionnant le Marquis du Pont (à Mousson)..

                        La Collection Ruzo nous fournit un document important avec les Centuries et Merveilleuses Prédictions de Me Michel Nostradamus contenant sept Centuries, Rouen, Pierre Valentin, sans date, seul cas à comporter en sous-titre une référence explicite à un ensemble de sept centuries, ce qui fait écho à l'édition parue à Rouen en 1588 chez un autre libraire rouennais : Les Grandes et Merveilleuses Prédictions de M. Michel Nostradamus divisées en quarte Centuries. (Collection Ruzo (sic). La mention du nombre de Centuries, au titre, est rarissime.; même l'édition d'Anvers qui comporte pourtant également sept centuries ne l'indique pas en son titre. D'ailleurs, sans accès à la Collection Ruzo, l'on n'en aurait pas d'attestation avant la fin du XVIIIe siècle. En revanche, en ce qui concerne le second volet, il est généralement précisé "Centuries VIII. IX. X."., ce qui laisse à entendre que la mention du nombre de centuries devait figurer initialement en tête du premier volet, ce qui n'est le cas ni de l'édition Macé Bonhomme 1555 (à 4 centuries) ni des éditions Antoine du Rosne (à 7 centuries).

                        Comment, dans ces conditions, ne pas être sceptique quand se présentent à nous des éditions datées de 1555, 1557 ou 1568 comportant des états tardifs de la VIIe Centurie et n'indiquant même pas le nombre de Centuries qu'elles comportent?

                        Pour accorder quelque crédit à une telle chronologie imposée par les dites éditions, il faudrait pouvoir soutenir la thèse d'un texte centurique originel qui aurait été corrompu et que l'on serait finalement parvenu à restituer, en dépit de toutes sortes de tribulations.

                        L'on comprend mieux dès lors toute l'importance accordée à l'idée d'une édition princeps telle qu'il en sera question à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. L'établissement d'une telle édition, sous couvert d'exigences scientifiques, correspond, en réalité, à notre avis, à une volonté d'asseoir le centurisme sur des bases solides et notamment de contrecarrer la thèse d'un centurisme évolutif.

                        Comme corollaire d'une telle attitude, d'aucuns se trouvent d'ailleurs dans l'obligation d'accorder à Nostradamus des facultés prophétiques. Si dès 1555, l'auteur présumé des Centuries a parlé du Marquis du Pont, c'est - mais bien sûr! - parce qu'il était "voyant".

                        Pour notre part, nous pensons que le contenu des Centuries aura sensiblement évolué depuis leur "lancement", dans les années 1580 et ce jusqu'à ce que l'on atteigne la phase d'explication, d'éclaircissement. A partir du milieu des années 1650, le canon centurique se stabilise. Il faut dire qu'entre temps, l'on a intégré les sixains, que l'on a fait une place aux Présages (quatrains des almanachs). Certain s rejetteront ces dernières additions mais pour ce qui est des dix centuries principales, le consensus est très large. Le temps des exégètes a sonné et désormais ce n'est plus que par le biais des commentaires que l'on pourra faire dire aux Centuries ce que l'on veut.

                        Nous avons nettement distinguer contenant et contenu et nous voudrions aborder à présent la question du contenu des Prophéties parues sous le nom de Nostradamus.

                        Rappelons que certaines prophéties ont été accomplies parce que l'on a cru bon de se conformer à ce qu'elles annonçaient. Jésus, notamment, semble avoir voulu correspondre en toute connaissance de cause à des textes annonçant la venue d'un Sauveur. Ensuite, il n'y a plus qu'à montrer à quel point ce qui s'est passé avait été annoncé (Isaïe)... Un tel procédé ne diffère guère de celui auquel, selon nous, recoururent certaines contrefaçons nostradamiques. Il consiste à reprendre un titre attesté à une certaine époque et à lui conférer un nouveau contenu.

                        Une récente étude de P. Guinard, [1] relance le débat sur la question des Prophéties parue du vivant de Nostradamus, de quoi donc s'agissait-il?

            P. Guinard présente ainsi les années 1557-1558 comme 'l'apogée de la renommée de Nostradamus" :

"Outre les habituelles publications annuelles (almanachs et pronostications pour les années 1558 et 1559) et les deux derniers volets des Prophéties, Nostradamus publie encore en 1557 sa traduction de Galien (réimprimée en 1558) et son traité sur l'éclipse (édition unique en 1558). Cette apogée de sa production et de sa renommée est (marquée) par la parution d'opuscules divers : "Hercules" en 1557, Videl et "La Daguenière" en 1558. Au cours de ces années paraissent encore, annexée à la réédition d'une chronique politique une épigramme que j'ai récemment découverte, "La fol s'y fie de Monstradabus" (cf. CORPUS NOSTRADAMUS 23), ainsi que les premières éditions piratées et attestées de ses publications annuelles"

           

Il se réfère notamment aux travaux de Gérard Morisse [2] et revient sur un acte notarié, conservé aux archives départementales de Rouen (Seine Maritime) et qui comporte une série de publications de Nostradamus. On notera que dans ce document, il n'est pas question de Maistre Michel Nostradamus mais de Nostradamus tout court, sans même mention d'un prénom ou d'une indication de qualité, ce qui ne correspond guère avec les indications figurant au titre des diverses publications dont il serait l'auteur.

300 almanachs pour 1558 à 44 s/100 = 6 £ 12 s
200 présages pour 1558 à 44 s/100 = 4 £ 8 s
500 pronostications pour 1558 à 16 s/100 = 4 £
25 prophéties à 4 s 7 d
200 almanachs en feuille à 25 s/100 = 50 s

            P. Guinard note: "L'acte n'indique pas précisément si le prix pour les Prophéties est global ou à l'unité. Cependant le prix de l'édition des Prophéties qui serait la seconde d'Antoine du Rosne imprimée le 3 novembre 1557, est à rapprocher d'autres ouvrages mentionnés dans l'acte, au nombre de pages comparable et valant 5 ou 6 sous l'unité, à savoir le Dialogue de la vie et de la mort d'Innocenzio Ringhieri traduit par Jean Louveau (Lyon, Robert Granjon, 1557, in-8, 80 ff.) et le Premier livre des narrations fabuleuses de Palaephatus traduit par Guillaume Guéroult (Lyon, Robert Granjon, 1558, in-8, c.60 ff.). Dans l'hypothèse contraire, l'ouvrage de quelques 160 pages se serait vendu au même prix qu'une pronostication qui n'en contient que 24."

            Rappelons que ce n'est pas par hasard qu'Antoine Couillard avait intitulé en 1556 sa parodie de Nostradamus "Prophéties du sieur du Pavillon Les Lorriz". Il ne fait guère de doute que des Prophéties parurent sous le nom de Nostradamus dans les années 1550. mais Couillard ne cite pas le moindre quatrain centurique..... Quant à Antoine Crespin, il ne se prive pas non plus de recourir au mot Prophétie dans les années 1570 [3] . Et d'ailleurs, c'est justement pour cela que l'on publiera par la suite les Centuries en empruntant un tel intitulé alors que d'autres titres semblent avoir circulé parallèlement et probablement antérieurement comme celui de Grandes et Merveilleuses Prédictions, Rouen R. Du Petit Val, 1588 et 1589, Anvers François de St Jaure, 1990 sans parler de cette pièce de la Collection Ruzo. Les Centuries et Merveilleuses Prédictions de M. Michel Nostradamus (planche 36 du Catalogue de vente Swann), Rouen, Pierre Valentin, sans date. Seules les éditions parisiennes de 1599 et 1589 comportent alors le nom de Prophéties, avec grosso modo, un contenu comparable à celui des Grandes et Merveilleuses Prédictions.

            P. Guinard ne laisse planer aucun doute sur le fait que les éditions 1555 et 1557 qui ont été conservées correspondent aux Prophéties dont il est fait mention dans l'acte notarié signalé plus haut. Le chercheur toulousain va même; on l'a vu, jusqu'à signaler telle édition d'Antoine du Rosne qui serait directement visée par le dit acte, daté du 27 février 1558, à lire éventuellement 1559 du fait de l' ancien style. Le roman historique se nourrit de faits précis et vérifiables...

            Au demeurant, la liste fournie dans le dit Acte notarié accorde aux Prophéties un tirage beaucoup plus faible que pour les autres publications de Nostradamus également proposées à la vente. On notera que les almanachs sont plus coûteux que les pronostications -44 sols la pièce au lieu de 16 - et que l'on en vend davantage, 500 au lieu de 300. Quant aux Prophéties elles coûtent encore moins cher mais cette fois on en vend moins, c'est dire que pour le libraire concerné, elles sont d'un bien faible profit. et l'on peut aussi raisonnablement penser que ces Prophéties ne comportent que fort peu de pages, si l'on considère que le prix est fonction du volume.. C'est ainsi que les pronostications pour 1557 ou pour 1558 comportent une douzaine de feuillets contre 16 pour l'almanach pour 1557, l'almanach pour 1558 n'ayant pas été conservé sous sa forme imprimée.
300 almanachs pour 1558 à 44 sols, les 100 pièces
200 présages pour 1558 à 44 sols les 100 pièces
500 pronostications pour 1558 à 16 sols les 100 pièces
25 prophéties à 4 sols 7 d " [la pièce]
200 almanachs en feuille à 25 sols les 100 pièces

.                       Le document ne précise pas si pour ce qui est des Prophéties, le prix indiqué est à la pièce ou au cent mais comme le libraire ne dispose que de 25 exemplaires, l'on peut raisonnablement supposer qu'il s'agit bien d'un prix à la pièce. Dans ce cas, les Prophéties, en raison d'un coût somme toute assez élevé, seraient d'un certain volume.

            En ce qui concerne les Présages, l'on n'a conservé (Collection Ruzo) que les Présages Merveilleux pour 1557, auxquels il est fait allusion dans les Significations de l'Eclipse pour 1559. [4] : "mais scais-tu que tu seras philosophe avec tes pronostique (sic) que tu dis estre merveilleux" (fol B III recto), ce qui nous confirme dans l'idée que ces Significations sont un faux puisqu'ils mettent dans la bouche de Nostradamus ce qui émanait de ses adversaires...

             Dans les années 1550, l'on n'a pas d'exemple d'almanachs pseudo-nostradamiques. Le phénomène semble avoir démarré dans les années 1560 et c'est alors que parait une nouvelle vignette, qui marquera ces contrefaçons. Vignette qui figure dans la production de la Veuve Barbe Regnault et de Thibaut Bessault.

             Ce n'est pas encore le cas dans les années 1550 et nous pensons que la présence de cette vignette dans des éditions se présentant comme parues en cette décennie sont antidatées, à savoir:

 

Macé Bonhomme 1555

Antoine du Rosne 1557, tant pour les éditions centuriques que pour la Paraphrase de Galien.

            Il est donc très improbable que soit réellement parue dans les années 1550 une édition centurique avec une vignette propre aux faux almanachs de Nostradamus des années 1560.

            Quel était le contenu de ces Prophéties qui sont attestées pour les années 1550? Si l'on en croit la Préface à César, non pas celle figurant en tête des éditions cenuriques de la Ligue mais celle commentée par Antoine Couillard -les deux textes offrant d'ailleurs de nombreux recoupements - il s'agirait de Vaticinations Perpétuelles, selon la formule utilisée dans la Préface à César, c'est à dire de prophéties, année par année, sur un nombre important d'années, genre attesté à partir des années 1560 dans la production néo-nostradamique. Ce genre ne s'appuie pas - sinon très accessoirement, à la différence des autres catégories signalées dans l'Acte considéré sur des données astronomiques réelles.

                        Ces Vaticinations sont distribuées entre les années. Or tel n'est pas le cas du dispositif des Centuries même si certains quatrains peuvent renvoyer au vrai assez rarement à des données astronomiques.

                        L'intérêt de telles Prophéties Perpétuelles - ce titre sera très en vogue au XVIIIe siècle, à partir de 1740, avec pour auteur Thomas Joseph Moult - tient au fait que cela dispensait d'acheter des publications annuelles. C'était donc un achat qu'il fallait conserver et qui devait comporter une couverture, une reliure, plus solides et un encrage plus durable donc plus coûteuse que pour des publications annuelles. Aucun exemplaire n'a été conservé de telles Prophéties, d'où le débat actuel quant à leur contenu....

                        Il aura donc suffi que des faussaires de la fin du XVIe siècle aient eu la riche idée de reprendre le titre "Prophéties" pour offrir une légitimité - et ce jusqu'à nos jours - à leur production centurique.. Mais ces faussaires n'ont pas pris la mesure du caractère évolutif du corpus centurique ; si dans le cas du volume à 4 centuries, l'affaire a été assez bien menée, il n'en est pas de même des deux éditions Anoine du Rosne, qui, de toute évidence, correspondent à des états appartenant aux années 1590. Il eut été plus ingénieux de fabriquer des éditions dépourvues de la septième centurie centurique avec à la rigueur quelques quatrains d'almanach.

                        Tout se passe, à notre avis, comme si une certaine confusion avait présidé au travail des faussaires. En effet, les éditions parisiennes des années 1588-1589 auraient beaucoup mieux fait l'affaire pour servir de matrice à la fabrication de faux antidatés. En fait, il semble qu'il y ait eu une cote mal taillée. Les faussaires ont emprunté aux éditions parisiennes la vignette du titre ainsi que le début du titre "Les Prophéties de M. Michel Nostradamus dont il en y a (sic)trois cens qui n'ont encores esté imprimées lesquels sont en ceste présente édition", titre que l'on retrouve presque littéralement dans l"'édition 1557-Budapest. En revanche, pour quelque raison assez malheureuse, ils ont rechigné à en reprendre le contenu et lui ont préféré celui, plus achevé, plus en prise sur l'actualité, de l'édition d'Anvers ou mieux encore de l'édition de Cahors, toutes deux datant de 1590..

                        Il importe en effet de comprendre à quel point il eut été préférable de s'en tenir au contenu des éditions parisiennes : elles comportaient une indication d'addition au milieu de la IVe Centurie, après le 53e quatrain. Ce qui en faisait la suite logique de l'édition à 4 centuries à 353 quatrains. L'on aurait alors compris comment on serait passé en l'espace de deux ans à une édition plus ample venant prolonger la précédente. Dans cette édition - dont nous imaginons ici l'existence- calquée sur l'édition de la veuve Nicolas Roffet de 1588 - point de centurie VII par trop marquée par les événements de la Ligue.

                        Au lieu de cela, tout en conservant la présentation extérieure de la dite édition de 1588, les faussaires préféreront insérer un contenu plus tardif - il est vrai de quelques années seulement.

                        Par la suite, quand il s'agira, au XVIIIe siècle, d'évacuer les additions suspectes en vue de restituer un état antérieur à des initiatives jugées intempestives et entre temps devenues caduques, relevant du seul siècle précédent venant de s'achever, l'on se délestera, on l'a dit, des sixains mais point de la Centurie VII - erreur d'appréciation à quelques années près - d'où l'existence d'éditons censées parues du vivant de Nostradamus et comportant la dite centurie VII non pas même sous la forme à 32 ou 35 quatrains mais sous la forme à 40 et 42 quatrains...Au vrai, est-ce que la présence de cette centurie VII n'aura pas précisément contribué fortement à conforter le prophétisme nostradamique?

                        Les éditions censées parues dans les années 1550 nous apparaissent ainsi comme une compilation de diverses éditions dues à la fin des années 1580, une sorte de mélange entre le groupe Paris et le groupe Anvers-Cahors. Il est d'ailleurs probable, par ailleurs, qu'un tel travail ait été l’œuvre de libraires lyonnais et notamment de Benoist Rigaud, faisant preuve d'une expertise certaine en matière d'édition lyonnaise des années 1550. Or, c'est justement la qualité matérielle de ces contrefaçons, la récupération de polices, de bandeaux, de lettrines qui contribueront considérablement à l'authentification prétendue des éditons Macé Bonhomme et Antoine du Rosne, deux libraires lyonnais.

                        Par texte « paracenturique », nous entendrons ce qui vient s’ajouter à une première mouture du projet centurique telle qu’elle s’établit, selon nous, autour de 1584. Tout ce qui vient s’ajouter ou se soustraire par rapport à la dite mouture ou l’amplifier de quelque façon notamment par le commentaire sera ainsi qualifié. Il s’agit, en effet, de restituer un certain noyau autour duquel se sera constituée une périphérie, sans pour autant que le dit noyau soit considéré par nous comme ayant été l’œuvre de Nostradamus et encore moins paru de son vivant.

                       

JH

06. 05. 07



[1] "Les publications de l'année 1557 pour l'an 1558", Cura.free.fr, faisant écho aux recherches de Gérard Morisse

[2] (cf  l'enregistrement vidéo de sa communication  de 2004 sur TV  Urania, abcart.fr;  "commission Nostradamus")

[3] cf nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus, Feyzin, Ed. Ramkat, 2002

[4] cf B. Chevignard, Présages, op. cit, p 457


 
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