Claude Fabri,
collaborateur de  Michel  de Nostredame

par Jacques Halbronn

Signalons l'annonce, le ier février,  par Patrice Guinard d'un  Dictionnaire Nostradamus, sur  le site du CURA. Ce " sera à la fois un Catalogue, une Bibliothèque en ligne, et un ensemble d'articles et de commentaires critiques" . Rappelons l'existence de la Bibliothèque Nostradamus en ligne de Mario Gregor (GB) ainsi que celle du précieux Dictionnaire Nostradamus du québécois Michel Dufresne (1989). "Suite à une recherche que j'ai effectuée l'an passé sur un millier de catalogues de vente de collections privées ou de libraires, principalement des XVIIe et XVIIIe siècles,. cette recherche laborieuse mais instructive, qui n'a pas été engagée par les bibliographes spécialisés de l'astrologue salonais, et qui pourra s'étoffer ultérieurement en raison du nombre beaucoup plus grand de catalogues existants, peut-être dix milliers, m'a permis d'y voir plus clair dans la chronologie des oeuvres de Nostradamus, et en particulier pour les Prophéties et pour le Traité des Fardements et des Confitures".  P. Guinard  précise : "Dans un premier temps je me limiterai au XVIe siècle (..) Les lecteurs et spécialistes qui pourraient m'apporter leur aide sont les bienvenus"..  Il semble bien  que le site du CURA sera désormais  focalisé sur les études nostradamiques.

   Nous commenterons bien entendu les études qui paraitront tous les deux mois sur le site du CURA et ce d'autant que notre nom semble devoir y être prononcé périodiquement. C'est ainsi que P. Guinard revient  sur nos propos concernant les éditions Antoine du Rosne 1557. en parlant de "spéculation hasardeuse d'un Halbronn contre l'authenticité de cette édition", sans même prendre la peine de mentionner un de nos textes à ce propos.  Selon lui, le fait que le sous titre comporte "il en y a " au lieu de 'il y en a" serait pour nous un argument contre l'authenticité des dites éditions alors que cette forme serait attestée hors des titres des éditions.. Or, notre argument était d'un autre ordre, il consistait à noter que cette forme 'il en y a"  -  mais cette fois  suivie de toute une  phrase identique - se retrouvait dans l'édition de Rouen  Raphael du Petit Val, 1589. intitulée Les Grandes et Merveilleuses Prédictions de M. Michel Nostradamus.(cf planche in R. Benazra,  Répertoire Chronologique Nostradamique; p. X). On ne reviendra pas sur ce que nous disions dans le précédent numéro au sujet de cette édition : rappelons quans même qu'en la même année 1557 auraient circulé divers textes de Nostradamus avec des vignettes différentes puisque la pronostication nouvelle pour 1557 n'a pas la même vignette que les dites éditions Antoine du Rosne 1557. C'est pourquoi nous pensons que les dites éditions sont parues à l'époque où la dite vignette est attestée dans les éditions des Prophéties, à savoir en 1588-&589  chez  la libraire Veuve Nicolas Roffet et sous une forme quelque peu différente chez Pierre Ménier. Enfin, pour faire écho à notre aricle dans le présent numéro sur le syncrétisme chronologique, on aimerait qu'on nous explique comment il est possible qu'en, 1557 puisse exister une édition à 7 centuries alors que la septiéme centurie semble n'avoir été produite qu'en 1560 dans une édition Barbe Regnault signalée par les dites éditions parisiennes de la Ligue. Certes, toutes ces éditions sont contrefaites mais il y a quand même un minimum de cohérence  à respecter même dans la contrefaçon! Autrement dit, ces éditions Antoine du Rosne, même dans la logique des faussaires, est postérieure à 1560 puisqu'elle comporte en la centurie VII les 39 articles pour 1561. On pourrait dire que ces éditions 1557 sont un " faux faux", ce qui n'en fait pas un vrai.

    En ce qui concerne  le cas de Claude Fabri, qui aurait été un collaborateur de Laurent Videl - un astrologue qui fera un réquisitoire contre les prédictions en prose de  Nostradamus  en1558 -  pour des almanachs (cf l'étude de Michael Johnathan Mcdonald, bookoflife.org),  P. Guinard, reprenant les observations très intéressantes de Bernard Chevignard,  mettant l'accent sur les similitudes frappantes entre la pronostication du dit Fabri  pour 1552  et la pronostication pour 1552 qui serait l'oeuvre de Nostradamus, si l'on en croit le Recueil des Présages Prosaïques; écrit:

"Même si un emprunt de Nostradamus n'est pas totalement à exclure, encore que ceux-ci sont toujours intentionnels et significatifs, et que l'astrologue de Salon n'a pas besoin d'un Fabri pour établir ses présages, il est fortement probable que la pronostication d'Agen est une contrefaçon, peut-être publiée par une ancienne connaissance agenaise de Nostradamus qui tente de tirer parti du succès grandissant de ses écrits (..) Finalement le texte signalé par Chevignard, dont malheureusement il n'a pas engagé les analyses directes et afférentes nécessaires, pourrait être la première contrefaçon connue d'une publication de l'astrologue salonais".
            Tel n'est pas notre avis; Nous pensons que Fabri et Nostradamus agissaient de concert et d''ailleurs Antoine Couillard dans ses Prophéties (1556), se moquent de ces "nouveaux prophétes", ne visant pas uniquement Nostradamus, le terme "prophétie après un an", employé par Couillard, désignant des prédictions ou des pronostications annuelles ou pluriannuelles et nullement des quatrains centuriques..

            Au sujet de l'équipe Fabri  (de Dole) -Nostradamus (de Salon),  on comprend l'emploi du  pluriel,  ainsi que le rapprochement au niveau du contenu des textes mais l'on comprend aussi l'épithète nouveau car l'un et l'autre, les deux compères, Fabri et Nostradamus,  emploient cet adjectif dans leurs pronostications, outre le fait que leurs vignettes ont quelque air de famille. 

Fabri: Vraye Prognostication Nouvelle composée par maistre Claude Fabri; Médecin & Astrophile (...) pour l'an 1552

La Grand Pronostication Nouvelle  (...) pour l'an 1557

(reproduction in Documents Inexploités  sur le phénoméne Nostradamus, Ed. Ramkat, 2002,  et chez Chevignard, Présages de Nostradamus, Paris, Seuil , 1999, pp 33-35.)

            Pour Nostradamus, nous prendrons une édition plus  tardive comme celle de 1557  ou de 1558. Quant à  la Pronostication  pour 1555, elle est selon nous douteuse : a-t-on jamais vu une Pronostication avec des quatrains mensuels?. Le Recueil des Présages Prosaïques ne fournit pas,  notons-le, le  titre des ouvrages dont il donne le texte. Il semble que l'on ait voulu réutiliser le texte de l'almanach pour 1555 quitte à le retoucher et que par erreur on ait intitulé cette réédition Pronostication. Ajoutons que le dit Recueil n'est nullement à l'abri des retouches comme le confirme le fait, signalé par Chevignard, que l'échéance pour 1557 est reportée de trente ans pour 1587, de façon à ce que le texte fasse sens pour la période de la Ligue. Quant à la tentative de trouver dans la pronostication pour 1552 (Livre I, n° 22)  l'annonce de la mort df'Henri II en tournoi survenue en 1559, en prenant un passage où il est question de grain donc d'orge- parce que Montgomerry se nommait Gabriel d'Orges  - "certes le grain sera cause de grande mutinerie" -  il s'agit là d'un évident détournement  par Chavigny, dans les Pléiades,  d'une "prophétie" agricole tout à fait banale.

           

            Ceux qui gravitèrent dans l'orbite de Nostradamus ne sont pas pour autant ni des faussaires, ni des imposteurs, ni des plagiaires.  L'ère des contrefaçons nostradamiques est plus tardive, elle correspond aux années 1580 qui seront  l'âge d'or non plus du néonostradamisme mais bien du pseudonostradamisme; lorsque l'on attribuera à Nostradamus ce qu'il n'a pas composé.  On notera ainsi  que la vogue des almanachs à quatrains, signés par d'autres autres que Nostradamus,   ne semble avoir pris tournure qu'au cours des dites années 158O. Décidément,  lorsque Michel de Nostredame mourut, sa réputation ne tenait nullement à des quatrains, quels qu'ils soient.

 

JH       

Paris, le 01. 02. 06