ICONOGRAPHIE NOSTRADAMIQUE :
DE GALIEN À EPICURE

par Jacques Halbronn

 

            L'on sait qu'un des arguments que nous avons développé
contre les éditions Macé Bonhomme 1555
concerne la vignette qu'elles portent au titre. 
        

Cette vignette, en effet,
est très proche de celle figurant au titre de la

Paraphrase de C. Galen sus l'exortation de Menodote;
aux estudes des bonnes Artz, mesmement Medicine,
traduict de Latin en Francoys par Mic
hel Nostradamus,
Lyon, Antoine du Rosne  1557.

 

      Rien que de très normal, répliqueront d'aucuns
puisque c'est dans les deux cas de Nostradamus
qu'il s'agit. Voire...

Galien
A cela, nous avons déjà répondu qu'il existe au même moment une autre vignette qui, elle, comporte même la mention M. de Nostredame et qui figure sur plusieurs Pronostications de Nostradamus y compris sur la fameuse Pronostication pour 1555 dont il a déjà été question dans notre rubrique des Estudes Nostradamiennes.
  Vignette
Epicur

Travaillant actuellement sur Pierre Gassendi, nous avons trouvé un exemple intéressant pour illustrer notre propos.
En 1649 - soit un siècle plus tard, quand le dit Gassendi, adversaire de Morin de Villefranche, publie son gros travail sur Epicure, le libraire lyonnais, Guillaume Barbier, fera figurer un portrait non pas de Gassendi mais d'Epicure - un autre auteur grec plus ancien de quelques siècles - en prenant, quant à lui, la peine de préciser sous ce portrait, Epicuri Effigies.         

            Et pourtant, il s'agit d'une oeuvre de Gassendi :
Petri Gassendi Animadversiones (..) qui est De Vita, Moribus, Placitisque EPICURI.
(en capitales).

Ce n'est donc point un portrait du dit Gassendi que l'on aura placé au titre!

            Pour en revenir à Nostradamus, la confusion tient vraisemblablement au fait que le choix de la vignette censée représenter tant Galien que Nostradamus reléve d'une seule et même source commune. Autrement dit, la vignette choisie pour représenter Michel de Nostredame ne correspond point à une quelconque réalité relative au dit Nostradamus. Nous avons déjà signalé en d'autres occasions qu'une telle vignette émanait du Kalendrier des Bergers (cf notre étude sur le site du CURA). Et il en fut, selon nous, de même quand il s'agit d'illustrer la Paraphrase, d'où d'ailleurs, peut être, le besoin que l'on eut d'indiquer "M. de Nostredame" sur les vignettes censées correspondre à Nostradamus.

            L'on nous fera remarquer que les faussaires - rappelons que deux éditions seront ainsi "signées" Antoine du Rosne, le libraire de la Paraphrase- connu aussi sous le nom de Lyzerot- auraient tout aussi bien pu se servir de la vignette ainsi estampillée "M. de Nostredame". C'eût été, somme toute, plus logique.

            Apparemment, ils ne disposèrent pas de la dite vignette - laquelle servit par ailleurs pour les contrefaçons que sont la Pronostication pour 1555 et les Significations de l'Eclipse qui sera le 16 septembre 1559. Il s'agit là d'une autre équipe de faussaires...
Il est probable cependant qu'ils aient su qu'il avait existé une vignette sur certaines publications de Nostradamus mais qu'ils aient trouvé plus commode, pour des raisons techniques, de recourir à celle figurant chez Antoine du Rosne et qui lui ressemblait assez.

Nous disposons donc de deux séries de vignettes censées représenter Nostradamus à sa table de travail et qui sont tout aussi fantaisistes l'une que l'autre à cela près que celle comportant le nom de M. de Nostredame marque des Pronostications authentiques - mais aussi on l'a vu des contrefaçons - alors que l'autre caractérise tout un ensemble de faux, s'articulant autour d'un texte traduit par Nostradamus et sans caractère astrologique, la dite vignette étant aussi utilisée pour les productions nostradamiques - contrefaites et antidatées - Barbe Regnault pour 1562 (Pronostication) et 1563.(Almanach). Rappelons que les vignettes authentiques ne concernent que les Pronostications et ne figurent sur aucun almanach réellement paru à cette époque et c'est encore une raison pour suspecter les éditions des Prophéties (anti)datées de 1555 et 1557 et qui ne correspondent point au genre de la Pronostication, axée sur les axes équinoxiaux et solsticiaux.

Il semble qu'un certain consensus ait voulu que l'on n'utilisât pas ces vignettes pour des éditions postérieures, au vu de leur date, à 1563. En ce qui concerne l'iconographie de la feuille allemande - puisque elle consiste en une seule page recto - l'on notera que la Lune comporte un visage alors que la vignette issue de la Paraphrase de Galien n'en a pas. En revanche, la vignette comportant mention de M. de Nostredame en a un.
Ce sont là des détails qui interdisent d'affirmer que l'on n'a affaire qu'à une seule et même vignette en ce qui concerne la production 1557 par exemple. Force est de constater que la vignette de la Pronostication pour 1557 ainsi que de celle pour 1558 se distingue de la vignette de la Paraphrase - Antoine du Rosne 1557 et 1558 comme de celle des Prophéties - Antoine du Rosne, 1557. L'on nous fera remarquer que les faussaires - rappelons que deux éditions seront ainsi "signées" Antoine du Rosne, le libraire de la Paraphrase- connu aussi sous le nom de Lyzerot- auraient tout aussi bien pu se servir de la vignette ainsi estampillée "M. de Nostredame". C'eût été, somme toute, plus logique.
Ajoutons que si le libraire avait voulu représenter Nostradamus, il aurait pu se servir de la vignette de la Pronostication pour 1557, parue en début d'année comportant la mention "M. de Nostredame" : pourquoi produire une autre vignette. Et pour ceux qui croient à l'authenticitéde la Pronostication pour 1555, comportant la même vignette que la Pronostication pour 1557, l'on comprend encore moins le choix d'une vignette qui avait déjà cours depuis un certain temps.
Au demeurant, dans ce cas de figure, on ne saisit pas davantahe pourquoi Macé Bonhomme aurait choisi une autre vignette pour son édition des Prophéties, parue à Lyon en 1555 que celle de la Pronostication pour 1555.