LES PSEUDO-CONTREFAÇONS
DES NOSTRADAMOLOGUES
par Jacques Halbronn
On nous reproche de voir partout des contrefaçons mais à y
regarder de plus près les tenants de la chronologie nostradamique
"classique" ne se privent pas, quand cela les arrange, de recourir
à un tel argument...
Que penser ainsi d'un récent article de Patrice Guinard "Une
contrefaçon anglaise: un almanach Sutton pour 1562" et qui fait
suite d'ailleurs à une accusation du même ordre concernant
Claude Fabri, lui aussi, considéré par le même P. Guinard
d'"imitateur", dans le même Dictionnaire Nostradamus. (cf
notre texte "Claude Fabri, collaborateur de Michel de Nostreadame",
dans nos Estudes Nostradamiennes)
Guinard
nous explique que si les quatrains figurant dans l'almanach anglais pour
1562 se retrouvent dans la Pronostication pour 1555, c'est qu'il ne peut
s'agir que de faux! On aimerait que l'on nous expliquât pourquoi les
libraires anglais se serait amusé à décaler de 7 ans
- excusez du peu - une série de prédictions.
A -t-on d'autres exemples d'un tel procédé?
Certes, il existe un faux almanach anglais pour 1563 mais il n'est
que la traduction d'un faux almanach français pour cette même
année, composé de quatrains pris de diverses années
(Paris, Barbe Regnault, Bibl. Municipale de Lille) et il date en réalité
d'une période plus tardive. Il comporte une vignette à la
différence de l'almanach pour 1562 dont la présentation est
assez semblable à celle de l'almanach pour 1559, dont existe une
traduction anglaise alors que l'original français a également
disparu. A noter en ce qui concerne1559 que l'almanach français a
été divisé en deux parties : d'une part l'almanach
proprement dit et de l'autre la "Pronostication" qui est en fait
la traduction des Prédictions mensuelles du dit almanach. Précisons
que l'usage du terme "Pronostication" en anglais n'a pas le même
sens qu'en français, puisque en français, il était,
à l'époque, réservé aux études saison
par saison et non pas mois par mois. Il a donc très probablement
existé un almanach pour 1562 qui aura servi pour la traduction anglaise
et c'est pourquoi Il nous semble en fait fort probable que l'almanach anglais
pour 1562 soit authentique.
On nous objectera cependant que l'on dispose d'un almanach pour 1562
(Archives Royales de Belgique, Bruxelles) comportant d'autres quatrains
de ceux de l'almanach anglais pour cette même année. Mais est-il
si inconcevable qu'il ait pu exister deux séries de quatrains pour
1562? Ceci expliquerait d'ailleurs cela: à savoir l'utilisation de
l'une des séries pour la confection de la Pronostication pour 1555
: réalisation bien maladroite puisque comme chacun sait il n'y a
pas de quatrains mensuels dans une Pronostication à moins que l'on
ne nous présente un exemple de ce type...
Peut-on
imaginer que Nostradamus ait rédigé deux séries de
quatrains pour 1562? Certes non mais selon nous Nostradamus n'avait cure
des quatrains de ses almanachs et d'ailleurs à l'évidence,
le style des deux séries ne semble guère être du même
auteur, sinon sur le fond du moins dans la forme. Nostradamus, nous semble-t-il,
laissait des versificateurs se charger de composer de tels quatrains. Dès
lors, pourquoi n'aurait-on point deux séries de quatrains pour une
même année, ce dont témoignerait justement l'almanach
anglais placé vis à vis de l'almanach français pour
la même année 1562.
Les traductions vers l'anglais ou vers l'italien peuvent venir compléter
heureusement notre documentation et pallier certains manques On ne saurait
donc les traiter cavalièrement d'autant qu'en la circonstance, ces
quatrains sont attestés en français tant dans le Recueil des
Présages Prosaïques que dans le Janus Gallicus ou dans la Pronostication
pour 1555.
En outre l'almanach anglais ne comporte pas un quatorziéme
quatrain signalé dans le Janus Gallicus sous le titre d'Epistre liminaire
sur l'an 1555. et qui nous semble se présenter, du moins selon son
titre, comme un résumé versifié d'une Epître
Liminaire en prose:
La mer Tyrhhene,
l'Océan par la garde
Du grand Neptun & ses tridents soldats
Provence seure par la main du grand Tende
Plus Mars Narbon l'heroiq de Vilars
L'existence
même d'un tel quatrain nous conduit à suspecter un "montage"
élaboré à propos de l'an 1555. Le fait que par ailleurs,
ce quatrain, comme le note R. Benazra soit à rapprocher du quatrain
II, 59 ne fait que compliquer encore plus les choses et nous interpelle
quant à la date d'apparition du dit quatrain sachant que sa forme
centurique est manifestement corrompue donc plus tardive:
Classe Gauloyse
par apuy de grand garde
Du grand Neptune & ses tridents souldars
Rousgee Provence pour sostenir grand bande
Plus Mars Narbon par iavelotz & dards
En
tout cas le JG ne signale, en 1594, pas ce doublon.
Il est vrai que le quatrain de l'Epître Liminairte pour 1555 y est
assez méconnaissable:
Tende a disparu ainsi que Vilars, deux personnages bien connus et dont traite
le commentaire du JG.
Voilà donc un cas de doublon Présage/quatrain qui aura
échappé à la vigilance des éditeurs, lesquels
ont éliminé les quatrains des éditions parisiennes
des Centuries qui se retrouvaient dans les dits Présages, oubliant
d'ailleurs certains cas qui n'étaient pas portés à
leur connaissance du fait qu'ils ignoraient certains quatrains de l'almanach
pour 1561 non commentés dans le dit JG. Mais dans le cas du dit quatrain,
ils n'ont pas d'excuse puisque les deux versions cohabitent au sein du même
canon centurique, tout au long du XVIIe siècle. C'est peut-être
d'ailleurs cette cohabitation difficile qui aura abouti, au siècle
suivant, à la disparition pure et simple des Présages du dit
canon, du moins de ceux qui avaient été identifiés
comme tels.
Selon nous, l'almanach anglais est tout à fait authentique si l'on
entend qu'il n'a rien inventé qui n'ait d'abord existé, sous
la même forme, en français. Il est la traduction d'un almanach
français pour 1562. Il est possible que cet almanach français
en tant que tel soit douteux, pour telle ou telle raison , mais il est bel
et bien paru à la date indiquée. Et l'on ne saurait en dire
autant de la Pronostication pour 1555 et le fait que les dits quatrains
figurent pour 1555 dans le Recueil des Présages Prosaïques n'y
change rien! Idem en ce qui concerne le fait que le Janus Gallicus date
les dits quatrains de cette même année 1555.
Car, en réalité, il semble bien que P. Guinard se voit
conforté par la présence dans ces deux recueils - dont on
sait les liens entre eux- en ce qui concerne l'an 1555 et non 1562. Il ne
lui en faut pas plus pour crier à la contrefaçon car si ce
n'était pas le cas, il faudrait en tirer certaines conclusions inconfortables.
Ce qui est clair, en effet, c'est que la composition du dit Recueil
des Présages Prosaïques - daté de 1589 - est postérieure
à la production de la Pronostication pour 1555. Non pas cependant
que le titre Pronostication pour 1555 s'y trouvât. Il n'y a rien de
tel dans le dit Recueil manuscrit qui est une succession de pièces
souvent mal délimitées les unes par rapport aux autres. Mais
le fait est que les quatrains de l'almanach anglais pour 1562 sont indiqués
comme correspondant à 1555. Qui a a raison, qui a tort? Nous pensons
que ce sont les Anglais qui sont dans le vrai et que l'on assiste ici à
un véritable Waterloo d'un certain nostradamisme.
En ce qui concerne le style des deux séries, on ne peut, en
tout cas, que relever des différences marquantes et qui nous semble
confirmer qu'il y a là deux auteurs différents pour une même
année et non un même auteur à sept ans d'intervalle.
C'est qu'en effet, selon nous, Nostradamus n'avait cure de rédiger
des quatrains pour ses almanachs. Ceux-ci, placés au sein du calendrier
- à l'exception de la seule Pronostication pour 1555- n'étaient
en fait que des extraits des prédictions mensuelles en prose se trouvant
dans la seconde partie de l'almanach, séparée du calendrier,
par une Epître "liminaire"..
La série "anglaise" comporte ainsi deux quatrains avec
des initiales que l'on retrouve dans la Pronostication pour 1555:
"V.
S. C. paix l'armée passera"
et
"Mer, terre, tresve, l'amy à L. V. s'est ioint"
L'auteur de ces vers se faisait une autre idée de son travail et
utilise d'autres codes . De la même façon, il multiplie les
chiffres, à la différence de l'autre série pour 1562:
"Le
cinq, six, quinze, tard & tost l'on sejourne"
"Huit, quinze & cinq quelle desloyauté"
"Six douze, treize, vint parlera la Dame"
Reste la question de savoir pourquoi des faussaires se seraient échiné
à récupérer des quatrains pour 1562 pour les antidater,
puisque c'est bien de cela qu'il s'agit. Cela n'était certainement
pas sans intérêt pour la biographie de Nostradamus et notamment
quant aux raisons qui auraient conduit à son voyage à la Cour.
Quelle malchance vraiment que l'on ait conservé cet almanach anglais
pour 1562 alors que tout avait été mise en place dans le Recueil
des Présages Prosaïques et dans le Janus Gallicus à tel
point que dans le Brief Discours sur la vie de M. Michel Nostradamus, l'on
nous place le quatrain de l'an 1555 comme introduisant toute la série
des Présages en vers (p.3) "& Autres présages commençant
ainsi,.
D'ESPRIT
divin l'ame présage atteinte
Trouble famine, peste guerres courir
Eaux siccitez terre & mer de sang teinte
Paix, tresve à naistre Prélats, Princes mourir.
Bernard Chevignard, pour sa part, dans son édition de 1999 (Présages
de Nostradamus, Paris, Seuil), ne semble pas avoir eu connaissance de l'almanach
anglais pour 1562 dont P. Guinard nous rappelle opportunément l'existence.
Il ne semble pas que les nostradamologues anglais comme Peter Lemesurier,
aient été intrigués par le décalage de 7 ans
entre la version anglaise et la version française.
Quant à. P. Brind'amour, s'il signale (Premières Centuries
ou Prophéties, Genéve, Droz, 1996) le cas du quatrain de l'Epître
Liminaire pour 1555 et celui du quatrain 59 de la deuxième centurie,
il n'en tire pas de conclusion quant à l'âge du dit quatrain
centurique.
Selon Chevignard (p. 113), suivant en cela Brind'amour, c'est le quatrain
II, 59 qui aura "servi de modèle à Chavigny". lequel
se voit donc accusé de contrefaçon, position étonnante
de la part du dit Chevignard qui veut par ailleurs décharger le dit
Chavigny de toute accusation de malversation.
Pour notre part, Chavigny n'est pour rien dans une telle entreprise; elle
est le fait de son prédécesseur dont il reprend l'héritage,
lequel avait ses propres enjeux étrangers au dit Chavigny et cela
vaut aussi bien pour le Brief Discours que pour le commentaire des Présages.
Mais cela dit, ce serait aller bien vite en besogne que d'affirmer qu'un
tel quatrain a été fabriqué à partir de II,
59. Ce serait bien plutôt le contraire qui se sera produit quand on
sait que la composition du canon centurique aura mobilisé toutes
sortes de textes néo ou paranostradamiques à commencer par
ceux de Crespin dont évidemment, comme pour l'almanach anglais, il
est tellement tentant d'évacuer le témoignage en le qualifiant
d'imposteur.

Dans
une étude intitulée "La lettre de Jean Brotot à Nostradamus (septembre
1554 (sic)", P, Guinard revient, dans son Dictionnaire Nostradamus, sur les anomalies
de la Pronostication pour 1555.
"En
effet, comme Brind'Amour et Chevignard l'ont compris, cette lettre n'est
pas de 1557, mais de 1554, et l'erreur de transcription proviendrait de
deux I rapidement consignés et prenant l'apparence d'un V. Ainsi faut-il
lira lange : XII Cal. Octob. MDLIIII . Un premier indice
permet d'appuyer cette hypothèse, à savoir la déclaration de Brotot venant
de recevoir un texte dédié à Joseph des Panisses et qui deviendra la Pronostication pour l'an 1555 parue chez
cet éditeur à l'automne 1554."
"L'autre
indice est moins facile à interpréter : Brotot déclare se préparer à envoyer
au salonais un exemplaire de "l'almanach" imprimé par Antoine
du Rosne surnommé Lyserot. Il peut s'agir de la
Pronostication pour l'an 1554 parue l'année précédente, mais avec du
retard (cf. ce texte et l'acte notarié s'y rapportant, CURA, 2006) : cependant
Brotot parle spécifiquement d'un almanach, non d'une pronostication. Il
peut s'agir, mais c'est peu robable, de l'Almanach pour l'an 1555, déjà
imprimé par Lizerot en septembre 1554, ce qui signifierait que Nostradamus,
qui a envoyé les quatrains versifiés de 1555 à Brotot, les destinait initialement
à ses futures pronostications, mais qu'il a changé d'avis entre temps, puisqu'après 1556 ces
quatrains apparaîtront toujours dans les almanachs."
Observations:
Faut-il
véritablement placer cette épitre en 1554, soit trois ans plus tôt? Dans
ce cas, elle devrait se trouver en tête du volume des lettres qui ne débute
qu'en février 1556 avec une lettre de Gabriel Simeoni traitant du voyage
de Nostradamus à la Cour. Il nous semble extrémement improbable qu'une lettre
de 1554 donc antérieure au dit voyage ait jamais figuré dans la correspondance.
En ce qui concerne Antoine du Rosne dit Lyzerot, il peut fort bien s'agir
de l'almanach pour 1558 qui n'a pas été conservé. Après tout, nous savons
que Nostradamus était en relation avec cet imprimeur concernant sa traduction
de Galien, dont on connait deux éditions en 1557 et 1558. Certes, Antoine
du Rosne faisait-il partie depuis 1553 du réseau qui publiait Nostradamus
comme l'atteste la procuration du 11 novembre 1553.
Mais
venons en à la Préface à Joseph de Panisses annoncée sur la page de titre
de la Prognostication
nouvelle & prediction portenteuse pour Lan MDLV, laquelle Préface est mentionnée dans la lettre de 1557. Il
est remarquable que les termes en soient exactement les mêmes que dans la
dite Lettre. Brotot note que Nostradamus lui a envoyé deux Praedictiones pour 1558. Jean Dupébe (Nostradamus. Lettres Inédites., Genéve, Droz, 1983, p; 31 traduit
incorrectement par "pronostications"..Or, les prédictions sont
mensuelles, elles constituent la seconde partie d'un almanach, la première
partie étant le calendrier qui n'est pas du ressort de Nostradamus et qui
comporte des quatrains extraits des dites Prédictions. A propos de Brotot,
il est étonnant que P. Guinard parle d'un Bertot (sic) dit La Bourgogne
sans le rapprocher du dit Brotot, d'autant que dans sa lettre du 20 septembre
1557, le dit Brotot écrit "Je vais compléter le diaire pour les Bourguignons"
(Ipsum diarium quod Sequanos, qui hodie Burgundi vocitantur etc )
P. Guinard note
d'ailleurs : "On apprend de
plus que le calendrier autrefois envoyé par Nostradamus à son ou ses éditeurs
"Bourguignons", c'est-à-dire à Maître Bertot dit la Bourgogne
(cf. Pronostication pour l'an 1554, CURA), a
bien été récupéré. Enfin, on apprend que les formules laconiques journalières
des calendriers proviendraient de recueils de sentences philosophiques non
identifiés."
Le terme Pronostication doit être réservée pour
l'étude des quatre ingrés saisonniers et dédsigne un ouvrage sans calendrier
et sans quatrain qui débute non pas en janvier mais au Printemps.
Donc, Jean Brotot déclare avoir reçu deux séries de praedictiones
mensuelles dont la seconde est dédiée à Joseph de Panisses: 'Altera consecrata
est D. Panice Cavalicensi Praeposito" et c'est précisément cette formule
qui est reprise sur la page de titre de la Pronostication.....pour 1555:
"D. Iosepho des Panisses Cavalissensi praeposito" en dehors de
la variante orthographique changeant le "ss" en "c"
à deux reprises et de l'ajouit du prénom..
Il semble qu'à la
demande de Brotot, l'on ait éliminé la seconde série de prédictions dédiée
à D. de Panisses, prévot de Cavaillon, mais qu'elle ait été conservée dans
les archives de Nostradamus d'où l'idée d'utiliser cette Préface ou plutôt
le dédicataire de la Préface pour la fabrication de la fausse Prognostication
nouvelle pour 1555 et de la date du 27 janvier 1554. Encore faudrait-il
se demander si à l'époque cela ne désignait pas le début de l'année 1555,
selon le style de Pâques.
On ajoutera que
l'affaire de la Pronostication pour 1555 et de ses prétendus quatrains nous
ineteppelle d'une part sur le fait que les premiers quatrains d'almanach
concernent l'an 1557 et que l'on n'en a pas pour l'an 1556, ce qui crée
un hiatus et d'autre part, il semble bien improbable qu'aient pu paraitre
conjointement deux vignettes aussi différentes, l'une dans les Pronostications
et l'autre dans les Prophéties (Macé Bonhomme 1555 et Antoine du Rosne,
1557). L'on observe en outre que la vignette des Pronostications comporte
un écussion dans lequel figure M. de Nostredame, ce qui n'est pas le cas
de la vignette figurant sur la page de titre de la Paraphrase dont Nostradamus
n'est que le traducteur et qui n'est pas censée le représenter mais bien
plus pertinemment évoque l'auteur, c'est à dire Galien. Encore un exemple
de récupération à plus ou moins bon escient de pièces détournées de leur
fonction première.
Notons à propos
des pages de titre que la Pronostication pour 1557 comporte en son titre
"composée par Maistre Michel de nostre Dame", en accord avec l'écusson.
Si pour l'année suivante, la Pronostication adopte la formue "composée
par Maistre Michel Nostradamus", l'on a peine à croire que cette seconde
formule ait été adoptée pour la Pronostication pour 1555, soit avant la
Pronostication pour 1557 et sa formulation initiale.
Laissons P. Guinard nous présenter
son scénario permettant de sauver l'imbroglio constitué par une Pronostication
à quatrains
"Ce courrier précieux pour diverses
raisons, permet au moins de reconstituer l'historique de la publication
des almanachs et pronostications pour l'année 1555. Nostradamus envoie à
Brotot en septembre 1554 une pronostication dédiée à Joseph des Panisses,
Prévôt de Cavaillon (dédicace datée du 27 janvier 1554) et un almanach contenant
les premiers quatrains versifiés de son oeuvre, dédié à Claude de Tende,
Gouverneur de Provence (dédicace datée du 19 mars 1554). Brotot mélange
le contenu des deux textes, publie le premier accompagné des
quatrains, sous le titre Prognostication
nouvelle, & prediction portenteuse, pour l'an 1555, et le second,
sans les quatrains, sous le titre hypothétique Presage(s)
Merveilleux pour l'an 1555. L'embrouillamini créé par l'imprimeur lyonnais
est la raison pour laquelle cette lettre figure en bonne place dans la correspondance
de Nostradamus"
Il est vrai que pour 1557, furent publiés
simultanément deux séries de prédictions ou présages mensuels: l'une en
seconde parie de l'almanach pour 1557 et l'autre sous le titre de Présages Merveilleux
pour 1557. Dans un cas, dédicace à Catherine de Médicis et dans
l'autre à son époux Henri II. (cf fac similés in Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus,
Feyzin, Ed Ramkat, 2002). Deux séries donc dédiées au couple royal.
Il semble que l'idée d'une double série
ait été reprise par Nostradamus pour l'année suivante 1558 -comme en témoigne
la lettre de Brotot du 20 septembre 1557 mais que l'on n'ait pas cru bon
de rééditer l'expérience de l'année précédente. D'où la mise sur la touche
de la série dédiée au prévôt de Cavaillon, ce qui permit son recyclage lors
de l'élaboration de la Pronostication pour 1555. D'ailleurs, n'en fut-il
pas de même pour les Présages
Merveilleux pour 1557 - autre série faisant double emploi- dont
l'Epitre à Henri II fut elle aussi recyclée à d'autres fins et avec une
autre date - 1558- que la date initiale de 1556? Certes, la dite Epître
à Henri II introduisant cette série de présages mensuels était-elle parue
- à la différence de celle vouée à Joseph de Panissses mais les dits Présages Merveilleux ne furent pas
conservés dans le Recueil des Présages Prosaïques dont on ne nous fournit (cf
B. Chevignard, Présages
de Nostradamus, Paris, Seuil, 1999) qu'une reconstitution très
partielle.
C'est encore cette situation de double
emploi qui explique (cf supra) que l'on ait recyclé une des deux séries
de quatrains composés pour l'an 1562 et qu'on l'ait introduite au sein de
la Prognostication pour 1555, en ne prenant pas garde au fait que la dite
série avait fait l'objet d'une traduction anglaise bel et bien parue à la
fin de l'an 1561, comme il se doit..
Nous sommes heureux
en tout cas de constater que l'on ne peut plus continuer à faire preuve
de laxisme au niveau terminologique, on ne saurait confondre ou utiliser
indifféremment prédictions, présages, almanachs, éphémérides, calendriers,
prophéties ou pronostications qui correspondent à des contenus tant sur
le plan astronomique qu'astrologique, distincts.
JH
12. 05. 06
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