L’ASTROLOGIE ET L’ÉPISTÉMOLOGIE DU CHOIX.

 

 

Par Jacques Halbronn

 

         L’acte d’élire, de choisir, de trier, de tirer est un garant majeur de toute civilisation. A l’inverse, toute approche globalisante nous apparaîtra comme décadente.

         Ce qui caractérise nos sociétés démocratiques est marqué par un certain processus sélectif dès lors que l’on attribue des prix, que l’on élit des représentants. Nous pensons que les sociétés doivent impérativement passer par des phases « électives », sinon « électorales » et que le processus devra s’accentuer quand bien même conduirait-il à des formes d’eugénisme [1] .

         En ce qui concerne l’astrologie, nous pensons que l’idée selon laquelle certains astres auraient été choisis de préférence à d’autres est à retenir, alors même qu’elle n’a pas vraiment la faveur de l’intelligentsia astrologique.

         Avec Jean-Pierre Nicola, dans les années soixante du siècle dernier, la tendance à considérer le système solaire comme une totalité indissociable et donc ne se prêtant pas à une sélection, l’a emporté, se fondant sur le point de vue astronomique qui n’est pas, selon nous, celui de l’Astrologie ni de l’Humanisme plus généralement.

         Le fait de se polariser sur le système solaire, tout le système solaire mais seulement le système solaire nous paraît devoir être abandonné par l’astrologie du XXIe siècle.

         En effet, l’astrologie ne parviendra à se différencier de l’astronomie qu’en montrant qu’elle ne se contente pas d’affirmer – ce qui est un truisme - qu’il y a toujours des astres positionnés à un moment donné dans le ciel… ;

Cette façon de parler du ciel nous fait penser à ces oracles qui regardaient le ciel pour réaliser leurs présages et bien entendu, il fallait qu’à chaque instant, pour chaque heure, pour chaque jour, le ciel puisse indiquer quelque chose de différent. D’ailleurs, certains astrologues actuels semblent vouloir réduire à l’astrologie à l’annonce de jours fastes ou néfastes, comme si c’était tout ce qu’il fallait en attendre…Cette façon de vouloir ajuster l’astrologie sur une unité de temps qui serait la journée ce que les noms des jours de la semaine ont perpétué en de nombreuses langues et singulièrement dans les langues latines nous la trouvons critiquable. Selon nous, la recherche astrologique doit précisément s’orienter vers la détermination d’Unité Astrologique de Temps.(UAT) et selon nous, ce n’est ni l’heure, ni le jour ni même la semaine, le mois et l’année qui restent liés aux divers cycles des luminaires (lunaison, divisée en quatre (nouvelle lune, quartiers, pleine lune) dans les almanachs du XVIe siècle , révolution solaire, etc-

Il importe que l’astrologue renonce à nous expliquer pour un jour donné, à une heure donnée ce que « disent « les astres et s’attelle au rôle consistant à déterminer les moments astrologiquement significatifs. On aboutirait ainsi non pas à avoir toujours quelque chose à signaler mais à annoncer que certaines périodes sont astrologiquement fortes alors que d’autres seraient faibles, étant entendu, que ces périodes recouvrent des durées significatives et ne varient pas d’un jour à l’autre.

Bien entendu, selon cette optique, il n’est pas question de dresser des thèmes à tout bout de champ, à commencer par le moment d’une naissance, ce qui trahit un certain manque de discernement, un trop plein d’informations.

Au nom de la mythologie, certains viennent ajouter à l’obligation astronomique de considérer toutes les planètes, une obligation mythologique nous forçant à intégrer astrologiquement tous les dieux du panthéon gréco-latin. 

Ceux là se croient évidemment obligés de déclarer que toute la panoplie planétaire « marche », que cela se confirme dans le thème. Or, nous pensons qu’il est particulièrement chimérique de s’imaginer que l’on puisse isoler l’influence d’un astre particulier au sein du réseau céleste pris dans sa globalité avec toutes les interactions et combinatoires – aspects, maîtrises et autres encadrements – que cela entraîne.

Or, pour être en mesure de fixer une Unité Astrologique de Temps, on ne peut, à l’évidence, combiner un grand nombre d’astres. Il faut, bien au contraire, s’en tenir à un seul et unique cycle composé – c’est l’approche du système PEF (planète, étoile fixe) que nous défendons –d’un facteur planétaire et d’un facteur stellaire ; le premier bougeant et l’autre restant sur place. En effet, dès lors que l’on voudrait combiner plusieurs cycles, il n’y a plus d’U. A. T. puisque le temps se trouve alors découpé en un grand nombre de segments d’inégale durée alors que la notion d’UAT implique des segments de même durée.

On aura donc compris que l’UAT exige de « choisir » au sein de l’ensemble de la « voûte » céleste un très petit nombre de corps célestes – en fait deux suffisent bel et bien- et de découper leur course en un nombre très limité de phases.

Nous pensons que ce n’est pas à l’ astrologie qu’il incombe de s’adapter au monde tel qu’il est devenu et vécu mais bien de conformer, autant que faire se peut, le monde à son modèle (MUC Modèle Uni-cyclique), à condition toutefois de ne pas garder l’astrologie telle quelle puisque précisément elle s’est développée dans une direction que nous condamnons. Faute de quoi, on risquerait fort de basculer dans un cercle vicieux, l’astrologue se croyant contraint de faire usage de toute la tradition astrologique ce qui le conduit, par voie de conséquence, à disposer d’un modèle surchargé, que l’on décidera de présenter comme décrivant à la fois le cours des choses et toues les incidents de parcours, faute de quoi, l’on mettrait au chômage un grand nombre de notions traditionnelles. Il faudra bien se décider à « dégraisser » le corpus astrologique au lieu de se contenter de le dépoussiérer comme le font divers théoriciens actuels de l’Astrologie qui gardent tout du moment qu’ils ont redesigné voire rebaptisé dans un nouveau jargon les différents facteurs..

En raréfiant et en épurant le schéma astrologique, l’on ne risque plus de se voir reproché d’avoir « réponse à tout ». L’astrologie ordinaire nous apparaît comme un un réseau de significations très dense – notamment du fait des orbes - de sorte que l’astrologue n’est jamais pris au dépourvu, pouvant toujours compter sur une configuration en train de se former ou venant juste de se défaire. Autrement dit l’astrologue ne travaille jamais sans filet, il a toujours à quoi s’accrocher, ce qui est bien réconfortant tout de même. Mais il ne se rend pas vraiment compte, apparemment, qu’une telle façon de procéder le discrédite et le décrédibilise..

Alors, évidemment, l’astrologue s’ingéniera à démontrer – à la suite d’André Barbault, dans De la psychanalyse à l’Astrologie, [2] - que - voulant pouvoir expliquer tout et n’importe quoi –la variété du monde n’a pas de meilleur pendant que celle du ciel, ce qui condamne l’astrologie à se résoudre à n’être qu’un miroir – sinon une justification -.de nos désordres, quitte à percevoir le ciel comme peu ou prou chaotique. Tout se passe comme si nous en revenions à une astrologie dans les limbes, articulée sur une proto-astronomie de position, encore incapable d’accéder à la dimension cyclique mais pratiquant un empirisme au jour le jour.. Il y aurait donc selon nous une astrologie du côté de l’ordre et de la sélection, du monothéisme, et une autre du côté du désordre, du panthéisme et du refus de hiérarchie. Il y aurait une astrologie de la normalité, des grandes séries et une astrologie de l’anomalie, qui correspondent en gros, ce qui correspond au fond au service après-vente, qui doit gérer toutes sortes d’aléas pouvant se produire. Autant la normalité se situe dans le quantitatif, autant l’anormalité se situe dans le qualitatif c’est à dire dans le spécifique. Il est plus facile de construire que de réparet. Il est tout de même fâcheux que le service SAV de l’Astrologie ait fini par occuper une place aussi considérable au sein de l’ensemble astrologique, lequel s’intéresse avant tout au bon ordre des choses et non pas tant aux brebis galleuses. Il est vrai que le service réparation peut se révéler rapporter « plus gros » et l’on sait que les gens en bonne sante font moins gagner d’argent au corps médical que les gens malades.

         Il y a deux ans, nous avions consacré un colloque –en partie accessible sur TV Urania (abcart fr) sur le thème « Quel ciel pour l’Astrologie ? ». Nous voudrions revenir sur cette problématique.

         On aura beau dire : l’astrologue n’assume pas la totalité du ciel mais ne conserve que ce que l’on pourrait appeler le « ciel utile », comme l’on parle de vote utile.

         De fait, l’astrologue ne retient que certaines angularités parmi toutes celles possible et ne prend en compte que certains astres, excluant notamment les étoiles fixes pourtant infiniment plus nombreuses que les planètes. C’est dire que le ciel de l’astrologue est, à tort ou à raison, tronqué.

         De la même façon, l’astrologue ne se sert pas de toutes les données du thème natal de son client ou de son « cobaye » et laisse de côté ce qu’un autre astrologue aura jugé bon de privilégier. A nouveau, cette fois, plus en aval, un filtrage se sera donc opéré.

         On ne saurait reprocher aux astrologues de ne pas « tout » prendre dans le ciel. Mais encore faudrait-il qu’ils reconnussent que la question se pose de ce qu’il convient ou non de prendre au lieu de présenter le choix effectué comme allant de soi et ne comportant aucune alternative.

         Or, nous pensons judicieux de remettre sur le tapis la question de la dialectique entre le ciel des astronomes et celui des astrologues du fait que les enjeux ne sont nullement les mêmes.

         Les astronomes ont vocation à une exhaustivité dans leur description des phénomènes célestes, ce qui exige de constants réajustements tandis que les astrologues n’ont pas un tel impératif à respecter et cela vaut notamment en ce qui concerne les transsaturniennes.        Les astrologues ont à constituer un ciel « utile », c’est à dire en adéquation avec leurs besoins. Ni plus ni moins. Encore faudrait-il s’entendre, d’ailleurs, sur ce que cela implique.

         Tout indique que les astrologues n’ont pas su garder leurs distances par rapport à l’astrologie moderne avec laquelle selon nous ils n’ont strictement rien à voir ni à faire, vu qu’ils ont avant tout à gérer un état de choses établi voilà des millénaires et non point à le mettre à jour.

         Mais ne sachant pas très bien ce qu’est le statut du savoir astrologique, la plupart des astrologues se réfugient dans les jupes de l’astronomie, espérant, assez vainement, y trouver un appui, une assise en se délestant notamment des étoiles fixes dont l’astronomie a montré qu’elles n’appartenaient aucunement au même plan que le système solaire. Dont acte. Or, à force de vouloir s’aligner, l’on risque fort de couper la branche sur laquelle l’on est perché

Malheureusement, les astrologues tiennent beaucoup à leur Tradition dont même certains hardis rénovateurs ne souhaitent pas se priver, alors même qu’ils affirment que cette Tradition ignorait bien des données. Se pose la question de la qualité du réajustement de la Tradition quant à l’intégration de nouvelles planètes... . Or, dans cette Tradition, il y a des traces d’une astrologie stellaire à commencer bien entendu par le Zodiaque [3] Il ne suffit pas, en effet, de reconnaître qu’il existe des constellations dites zodiacales mais que l’on n’en a plus cure….Encore conviendrait-il de dresser l’inventaire de cette Tradition pour l’élaguer le cas échéant de tout ce qui ne serait plus astronomiquement pertinent. Ce qui nous renvoie à l’argument de la précession des équinoxes qui n’est pas aussi facile à ignorer que l’on pourrait le croire.

        

JH

05. 06 07

 



[1] cf nos travaux sur le polygamisme,  in GC)

[2] Paris, Seuil, 1961

[3] .(cf notre article sur les Dignités Planétaires, in GC 19

 


 
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