DU POUVOIR DE « PERTURBATION »

DE LA « SCIENCE » ASTROLOGIQUE

 

 

Par Jacques Halbronn

 

 

         Toute recherche s’inscrit au sein d’un travail collectif et doit s’enrichir des contributions des uns et des autres. En est-il ainsi dans le milieu astrologique ?

         Il importe se méfier des étiquettes sous lesquels on nous propose un ensemble « tout compris » comportant en fait souvent le pire et le meilleur.

         Il est donc conseillé d’en prendre et d’en laisser, ce qui n’est évidemment pas à la portée de chacun, surtout quand le recrutement des futurs astrologues tend à régulièrement baisser en qualité depuis quarante ans, d’où une approche de plus en plus moutonière de l’Astrologie au nom d’un consensus mou et de ce qu’il faut bien appeler un certain catéchisme.

L’objet de la présente étude est de sensibiliser ceux qui se pensent/ croient un destin de chercheur en Astrologie aux différents problémes auxquels ils vont et doivent se confronter. Disons pour nous résumer que dans ce domaine rien n’est jamais définitivement « gagné » ou … « perdu »..

Ce n’est pas parce que nous avons des « résultats » au niveau pratique que tout le systéme dont nous nous servons est ipso facto validé. Nous n’avons pas suivi Suzel Fuzeau-Braesch quand elle voulait ainsi confirmer « en bloc » toute une tradition astrologique en testant le texte que la dite tradition produisait en fin de course.

Soyons un peu sérieux, la consultation astrologique – qu’elle soit de vive voix ou par le biais d’un ordinateur – ne saurait être concluante en raison même de son caractère synthétique qui rend bien délicat la possibilité d’isoler un facteur au milieu de tant d’autres. Une poule n’y retrouverait pas ses petits….Se lancer trop tôt dans la consultation, y compris quand elle nous vise personnellement ou notre entourage, risque fort de freiner notre réflexion en la confiant à des enjeux de communication, très en aval au risque de basculer dans un certain bricolage.

D’ailleurs, nombreux sont les chercheurs acceptant bel et bien pour argent comptant, des pans entiers de la littérature astrologique qui viennent ainsi cohabiter avec des inventions plus ou moins originales.

Nous proposerons ici une check list permettant au chercheur de ne pas se décourager ni s’exalter trop vite.

Deux grands axes de recherche s’offrent et il est déjà satisfaisant de progresser sur l’un d’entre eux encore que les deux soient peu ou prou liés.

D’une part, il s’agit d’élaborer un modèle astrologique dynamique à savoir quelle configuration astrale privilégier si l’on admet que l’on ne peut vouloir tout combiner, ce qui est en soi inconcevable puisque le seul fait de recourir à certains intervalles/aspects est déjà un choix à moins de s’aligner sur la Tradition, ce qui en est un aussi.

D’autre part, il convient d’indiquer la signification propre à ce modèle et à son déploiement. A moins de considérer que ce modèle parle de tout, englobe tout….

Dans l’état actuel de la recherche, en ce début de XXIe siècle, il nous apparaît qu’en ce qui concerne le premier pôle, astrologico-astronomique, deux grandes options se présentent : doit-on se servir des transsaturniennes, doit-on introduire les étoiles fixes dans les modèles cycliques ? En ce qui concerne le second pôle, le questionnement nous semble être le suivant : doit-on considérer un cycle, quel qu’il soit, comme comportant un seul centre d’énergie qui tend à s’épuiser en cours de route jusqu’au prochain relais conjonctionnel ou bien s’agit-il d’un rapport qui passe par des crises opposant- lors de certains aspects - les forces propres aux deux astres considérés ?

Un autre critère déterminant concerne les modalités d’application : il est clair que si les conditions de travail sont médiocres, le résultat général en sera affecté. Deux problèmes se posent alors : d’une part, le maniement des directions est plus aisé que celui des transits du fait de la simplification due à l’attribution d’une seule et même vitesse à tous les astres de la Lune jusqu’à Pluton. L’utilisateur de transits va devoir, a contrario, consulter en permanence ses éphémérides, besogne si fastidieuse que, selon l’adage bien connu qui dit que « qui trop embrasse mal étreint », beaucoup d’informations seront délestées en cours de route. D’autre part, le langage de l’astrologue se doit d’être aussi transparent que possible : plus le propos de l’astrologue sera ambigu et confus plus le rapport avec le client sera problématique. Autrement dit, si l’astrologue ne sait pas s’expliquer, n’est pas pédagogue, les malentendus entre lui et son client risquent de se multiplier. Cela fait penser à un vendeur qui omet certaines informations tant et si bien que par la suite le client déclarera « si j’avais su, j’aurais fait un autre choix ». Déontologiquement, l’astrologue se doit de « faire un dessin », de montrer, notamment, que s’il dit A, il ne dit pas B et inversement.. Pour cela, il lui faut montrer ce qu’il entend par-là. Quel est la terminologie de l’astrologue pour désigner les événements ? Quelle typologie événementielle met-il en place ?

Comme nous le disions, au début, l’on ne doit pas appréhender le discours d’un astrologue comme à considérer comme un tout indissociable et indivisible. Une idée brillante peut être gâchée par une pratique peu rigoureuse tout comme une pratique habile peut « sauver » un système bancal.

On ne peut faire l’économie d’une approche statistique permettant de dépasser les particularités de tel ou tel cas, marqué par des paramètres non astrologiques. Sans aller jusque là la démarche comparative est vivement recommandée car elle permet de dépasser les aléas propres à tel ou tel contexte. Rien ne pourrait être pire pour la recherche astrologique que d’isoler les événements les uns des autres au travers du thème astral dressé pour chacun d’entre eux.

Le thème astral est-il un outil valable de recherche ? C’est certainement là un obstacle ou en tout cas un nœud épistémologique majeur.. il y a les astrologues thémiques et les astrologues a-thémiques.

Les astrologues thémiques, qui restent la très grande majorité, dressent des thèmes à tout bout de champ. Ils partent du principe que le ciel constitue un ensemble solidaire et que la dominante est dictée par les relations qu’entretiennent les astres tels que positionnés dans le thème entre eux. Le thème est censé donner la réponse à « qu’est-ce qui s’est passé », « qu’est-ce qui a joué ? » . Si lorsqu’un événement x a lieu, se forme tel aspect, c’est cet aspect qui sera la « clef » du thème. Encore faut-il s’entendre sur les aspects que l’on accepte ou pas et avec quels astres (cf supra).

 Pour l’astrologue thémique, il faut faire apparaître une résultante, ce qui sera d’autant plus concluant qu’il disposera d’un grand nombre de données, permettant un maximum de recoupements. On fait de nécessité vertu et du syncrétisme une méthode quantitative qui permettra, paradoxalement, de déboucher sur une synthèse pouvant se formuler simplement.

Or, en pratique, le recours à la grille thémique englobant un grand nombre de facteurs – c’est là loi du genre - aboutit à une grande diversité d’explications d’une fois sur l’autre, ce qui compromet l’approche comparative (cf supra) ou la rend aléatoire si des événements comparables s’expliquent diversement ou si des configurations proches correspondent à des événements qui n’ont en commun que leur « importance », leur caractère « mémorable », ce qui est un peu court.

En conclusion, nous dirons qu’avant de se lancer dans l’aventure astrologique, il importe de vérifier si l’on est bien équipé et surtout si l’on aura les moyens de tirer parti des expériences qui se présenteront en suivant une méthodologie convenable.

Ajoutons qu’il est de plus en plus évident que le chercheur en astrologie ne doit plus se permettre de dépendre d’autres savoirs ou/et de considérer ces savoirs comme une base nécessairement fiable. La revue Grande Conjonction (grande-conjonction.org)- qui mérite bien son nom - incarne une véritable démarche transdisciplinaire ; elle est la seule, à notre connaissance, à englober l’astrologie au sein d’un ensemble bien plus large de recherches conduites de front et en interdépendance. Il ne suffit pas, en effet, d’ajuster l’astrologie sur des données prétendument objectives parce que relevant d’une culture basique et scolaire souvent complétement dépassée mais bien de faire évoluer l’ensemble dont l’astrologie est un élément significatif certes mais sans prétention « synthétique ». Nous dirons que de même qu’une force politique est jugée par son pouvoir de nuisance, une science est estimée selon son pouvoir de perturbation.

            Nous proposons à tous les astrologues concernés par l'astrologie prévisionnelle un modèle de recherche susceptible à terme de déceler parmi tous les cycles existants celui ou ceux qui font le mieux leurs preuves..

 

 1 Nous accorderons à la conjonction entre deux astres quels qu'ils soient - planète du septénaire/ planète transsaturnienne, planète/étoile fixe - et quelle qu'en soit la modalité, que cette conjonction soit constituée par les données astronomiques classiques ou du fait d'un système de progressions/directions ou encore par transit- une fonction majeure.

 

 2 Mais nous attacherons également de l'importance à la non-conjonction quand la conjonction se défait, quand ses composantes s'éloignent l'une de l'autre - ou que l'une se sépare de l'autre qui fait du surplace -et là encore selon les diverses modalités cinétiques envisageables.

 

3 Au niveau de la signification de cette configuration, nous accepterons comme principe analogique que la conjonction rassemble et que la disjonction sépare. Entendons par-là que la conjonction -si elle est valable" doit coïncider avec des processus sociaux de rapprochement de facteurs divers en un ensemble qui affirmera son unité par delà ses différences. A l'inverse, il faut s'attendre à ce que la disjonction coïncide avec le retour des clivages et des cloisonnements.

 

 4 Un modèle conjonctionnel sera éliminé quand il sera en décalage complet avec les événements dont il est contemporain. Par exemple, un modèle qui comportera une conjonction alors que la tendance lourde est à la dissociation, à la dislocation en petites unités sera éliminé.. Tout comme un modèle qui sera disjonctionnel alors que l'on est manifestement en face d'un processus d'unification des contraires.

 

5 De proche en proche, l'on pourra ainsi observer quels sont les modèles conjonctionnels qui tiennent le mieux la route et résistent le mieux à de tels tests.

 

 6 Les participants à cette recherche devront déposer leur modèle en indiquant les astres ainsi reliés et les dates conjonctionnelles mais aussi les dates disjonctionnelles.

 7 Eventuellement, un modèle conjonctionnel pourra être remis dans la course si l'on modifie les orbes utilisés et bien entendu si l'un des astres est remplacé par un autre.

 

 8 A priori, l'on laissera de côté toute considération fondée sur le caractère des astres tout comme sur le signe zodiacal pris en compte, suivant en cela l'ouvrage d'André Barbault paru en 1967, chez Pauvert, les Astres et l'Histoire.

 

9 Un bureau des cycles sera constitué qui recensera tous les modèles conjonctionnels et mènera à bien des contrôles. Quand ces contrôles seront négatifs de façon flagrante, les dépositaires en seront informés et invités à "revoir" leur copie. Si, a contrario, le modèle connaît une quantité importante de recoupements convaincants, le dit modèle sera signalé et diffusé par le dit bureau, qui lui apportera son estampille. On donnera des exemples inverses à savoir abolition de frontières ou au contraire émergence de frontières :

1 fin 1942, fin de la ligne de démarcation avec l'invasion allemande, 1957, traité de Rome, dans les deux cas, à 15 ans d'intervalle, phase de dépassement des clivages et

2 Janvier 1959, la France reconnaît l'indépendance de la Guinée, premier territoire de son Empire colonial à faire sécession et trente ans plus tard, 1989, autonomisation des pays satellites de l'URSS.

Dans le premier cas, il faut s'attendre à une conjonction mais point dans le second.

10 Par la suite, l'on mettra en concurrence les modèles les plus performants pour les tester de façon encore plus rigoureuse face à une succession d'événements "positifs" ( renforcement d'une structure aux composantes très diversifiées) ou "négatifs" (dislocation de l'unité antérieure)

 

11 En fin de parcours, l'on devrait parvenir à mettre en avant un modèle donnant le plus satisfaction selon les critères ici posés. Un tel modèle sera adopté - jusqu'à une nouvelle session où il sera à nouveau confronté à une sélection de candidats- comme base sous-tendant diverses pratiques à l'échelle d'une pratique individuelle recourant à d'autres facteurs.

 

 

L’on mettra en avant certains critères d’élimination , certains a priori, d’autres a posteriori.

Parmi les critères a priori, nous proposerons de ne pas admettre de cycle conjonctionnels comportant au moins un facteur invisible à l’œil nu, ce qui est le cas du cycle Saturne Neptune comme du cycle Saturne Pluton. En effet, la con-jonction de deux astres est un simple effet de perspective - comme le sont les con –stellations, autre phénoméne purement visuel et dont le découpage, de surcroit, tient à un simple découpage dicté par le modèle du calendrier et des mois - car s’ils ont une même longitude céleste, ils ne sauraient avoir, également, une même latitude car cela signifierait qu’ils partageraient la même orbite. La conjonction, dès lors, ne saurait être autre chose qu’un signal n’exerçant d’effets que par convention admise suffisamment longtemps par un groupe obéissant à des contraintes suffisament rigoureuses et s’imposant à tous ses membres, de la naissance à la mort. Que penser donc d’une conjonction Saturne-Neptune ou Saturne-Pluton, qui font entrer en jeu une planéte invisible, Neptune et Pluton, astres invisibles dans l’Antiquité, jamais intégrés dans aucun groupe consistant mais admis par un « clergé » astrologique [1] qui ne saurait prétendre constituer autre chose qu’une secte adepte d’une nouvelle cyclicité planétaire, s’appuyant sur les découvertes astronomiques effectuées depuis la fin du XVIIIe siècle ?

Parmi les critères a posteriori, nous n’admettrons plus les cycles conjonctionnels dont la polarité conjonction/disjonction ne se superpose pas à celle d’évenements également opposés correspondant à une alternance convergence/divergence.

 

         En conclusion, en nous référant à l’exemple de Le Verrier, celui qui ignore la norme est incapable de capter ce qui vient la perturber. Or, toute la question n’est-elle pas, au final, du point de vue de la recherche astrologique, de faire apparaître le facteur astrologique ? Il faut déjà épuiser les explications non astrologiques avant d’en arriver à affirmer que l’astrologie explique ceci ou cela. Or, il semble bien que la plupart des « chercheurs » en astrologie ne respectent guère une telle méthodologie et qu’ils prétendent expliquer une « totalité » et non le « plus » de l’effet astrologique. On est donc loin de la méthode qui a conduit à la découverte de Neptune, si chère au cœur de tant d’astrologues au point que cela serait un brise cœur que de devoir renoncer à cet astre dans leur pratique. On saisit d’ailleurs ce qui sépare leur approche de celle des astronomes, lesquels ont une quête de précision qui a pour corollaire l ‘appréhension de nouvelles données. C’est ce qu’Einstein a permis de faire en 1916 en expliquant certaines perturbations dans la course de Mercure, aboutissant ainsi à l’élimination de l’hypothèse « Vulcain » d’une intra-mercurielle.

         Dans le domaine des sciences humaines, l’on a tout autant besoin de poser des normes, aussi générales soient-elles, de façon à se donner les moyens de saisir ce qui pourrait en sortir, ce qui est hors norme, énorme. Avant qu’un savoir devienne normatif, il lui faut passer par le stade de l’anormal. Il semble que l’Astrologie actuelle veuille brûler les étapes alors que l’on n’en est encore qu’au stade expérimental ce qui fait que les clients de l’astrologue en sont réduits à n’être que des cobayes, plus ou moins consentants, face à des produits insuffisamment testés et validés.

         Nous militons donc en faveur d’une nouvelle épistémologie de l’Astrologie qui prône la mise en évidence du différentiel astrologique. Il ne s’agit donc pas d’’expliquer globalement, holistiquement, un événement mais de montrer en quoi il pourrait ne s’expliquer pleinement qu’en recourant à la grille astrologique, sachant que cette grille elle-n’est pas établie, ce qui reléve d’un certain cercle vicieux. : on a donc bien deux inconnues dans une telle équation : qu’est-ce que la normalité non astrologique (x) et qu’est-ce que la grille astrologique (y) ?

         En ce qui concerne le paramétre « y », il est clair que l’astrologie est en quéte de sa propre « normalité » et qu’il faudrait déjà qu’elle balaie devant sa porte. Elle est certes lourde d’un corpus de régles que beaucoup d’astrologues actuels sont tentés, faute de mieux, d’accepter tel quel d’autant que cela garantit un certain consensus assez réconfortant entre astrologues.. A cela vient s’ajouter cet autre « corpus »- au niveau du tirage - qu’est le thème astral dressé pour chaque cas étudié. Pour notre part, nous avons proposé d’élaguer considérablement une « tradition » hybride, hétérogéne, hétéroclite, visiblement atteinte de syncrétisme.dans le cadre d’une commission « Conjonction », ce qui implique de retrouver les fondamentaux de l’Astrologie, à la façon de Descartes, en faisant tabula rasa, comme le voulait un Paul Choisnard, il y a cent ans.

         Notre « postulat » est le suivant : l’astrologie s’est constitué autour d’un principe conjonctionnel. Et quand nous disons « astrologie », nous entendons non pas le fait pour nos lointains prédécesseurs d’avoir étudié les effets des diverses conjonctions jusqu’à trouver la « bonne » mais bien d’avoir « fixé » celle qui leur convenait. Et à nous, astrologues du XXIe siècle, de mener une enquête pour déterminer ce que fut leur choix. Car il nous apparaît que nos prédécesseurs furent des légistes et non pas des observateurs d’on ne sait quel effet. Mais on aura compris que nous, a contrario, des millénaires plus tard, nous nous devons d’être des observateurs et non des législateurs. Les temps changent…

         Depuis des millénaires, cette enquête sur ce que ces législateurs conjonctionnels ont accompli n’aura fait que s’enliser. Une coupure épistémologique sépare radicalement le temps des astrologues législateurs de celui des astrologues observateurs dont nous sommes les épigones au point que le temps des astrologues législateurs est nié. L’astrologie n’aurait, à entendre la plupart de ceux qui parlent en son nom, jamais connu une phase législatrice, à savoir un temps où l’on établit les codes selon les besoins et les connaissances de l’époque. Et cette tendance à nier cette phase fondatrice s’est renforcée avec la découverte des transsatuniennes.

          Une fois que l’astrologie du XXIe siècle aura retrouvé cette législation cosmique originelle, alors elle pourra prétendre rendre compte de certaines perturbations de la « normalité » socio-historique. On nous objectera, cependant, à juste titre, que l’on ne voit pas comment établir cette « grille » astrologique sans mettre en évidence les perturbations en question. Toujours cette affaire des deux inconnues (x, y) dans laquelle la recherche astrologique serait inexorablement empêtrée.….

         D’où l’importance du postulat conjonctionnel – sorte de pari de Pascal. Il importe, pour « sauver » le projet astrologique, de « poser » comme point de départ cette conjonctionalité du fait de son caractère simple tant au niveau du signal céleste que du type de situation censé correspondre au niveau « terrestre ». Autrement dit, il nous faut affirmer que l’Astrologie reconjonctionalisées serait l’étude des processus conjonctionnels propres aux diverses sociétés existantes puisqu’elle est en phase avec une programmation que certaines sociétés s’assignèrent délibérément dans un passé fort lointain certes mais qui perdure en nous-mêmes et donc qui est toujours présent et agit sur notre futur. Tel est le manifeste de ce que l’on pourrait appeler le conjonctionalisme en astrologie ou l’astro-conjonctionalisme. [2]

         Cela dit, il importe surtout de ne pas plaquer sur une telle dialectique les termes de « bon » et de « mauvais ». La Conjonction est probablement nécessaire, elle n’est pas forcément une période évidente à passer ; il est même possible qu’elle soit un « mal nécessaire ». Le fait, en effet, d’associer des éléments plus ou moins incompatibles entre eux, au nom d’une quête d’unité et d’ouverture ne vas pas sans encombre et sans embarras et une telle situation ne peut se maintenir très longtemps. La conjonction est l’alliance des contraires, elle fait plus sens dans l’espace – à l’instar d’un thème astral fourre-tout - que dans le temps. Soudain, des préoccupations et des enjeux supplémentaires viennent se greffer qui alourdissent le cours normal des choses.

         Arrive le moment conjonctionnel et l’on voit des structures s’étendre par des recrutements, des élargissements « externes » qui introduisent des chocs de culture, la cohabitation d’équipes ne fonctionnant pas selon les mêmes principes. Or, c’est précisément un tel processus »anormal », utopique, qui caractériserait le moment conjonctionnel . Que la conjonction puisse apparaître comme un temps de démesure, d’ubris où l’on ne se connaît plus de limites explique pourquoi les sociétés en arrivent à s’encombrer de projets inapplicables et chimériques au nom d’une certaine universalité qui abolirait les anciens clivages. Bien des entreprises qui étaient « bien parties » vont devoir passer par une crise conjonctionnelle qui risque d’entraver leur développement initialement attendu. 

         Il faut faire entrer le paramétre conjonctionnel pour expliquer ce que fait Hitler lorsque Saturne s’approche d’Aldébaran, au début des Gémeaux (tropique). Sa politique d’extermination juive prend une dimension plus systématique et vient perturber le cours normal de la guerre par la logistique matérielle et humaine que cela entraîne. Il y a là comme un débordement au niveau des buts poursuivis qui enclencje une dispersion, un gaspillage des énergies au nom d’une volonté de tout embrasser, de ne rien laisser à l’écart. En même temps, l’on comprend que sans ces moments conjonctionnels, au demeurant assez bien repérables de par leurs excés mêmes, cela puisse faire un contre poids à des décalages sociaux, géopolitiques, trop importants, que cela permette des brassages, de la mixité, que cela alimente un sentiment d’unité de l’Humanité par delà ce qui sépare.

         L’on se doute, néanmoins, de ce que l’affaiblissement progressif du fait conjonctionnel, au fur et à mesure que la conjonction se défait, puisse être perçu avec un certain soulagement., augurant d’un retour à la normale, même si cette normale implique de constituer ou de reconstituer des unités plus limitées mais plus fonctionnelles, parce que recourant à une dynamique collective, fondée sur des automatismes anciens. C’est ce sursaut anticonjonctionnel et donc quelque part opposé à la dynamique astrologique dans son essence, qui marqua de son sceau, entre autres, l’an 1989.

Le fait astrologique n’est pas à chercher dans le démembrement des empires mais bien dans les tentatives d’en constituer de nouveau. Que l’on s’attache à ce qui annonce la conjonction et à ce qui indique l’amenuisement de ses effets est certes souhaitable mais il n’en reste pas moins que l’astrologie ne va pas se polariser sur les effets d’un manque lesquels ne sont jamais certains. Je peux laisser par mégarde un livre sur une table du jardin, s’il pleut le livre sera abimé mais il peut aussi ne pas pleuvoir et rien n’arrivera à ce livre. Comme dit l’adage, le pire n’est pas certain.            ….

         En conclusion, l’astrologie nous parle-t-elle vraiment du cours « normal » des choses ? Il convient d’être très prudent : le fait astrologique- pour reprendre l’image de la découverte d e Neptune suite aux perturbations de la course « normale » d’Uranus - doit être identifié comme « perturbant » sinon il serait indécelable. Il convient plus précisément de savoir quel est son mode de perturbation et nous pensons avoir dans ce texte clarifié ce point. La conjonctionnalité est, on l’a assez souligné, un marqueur de dépassement, de convergence mais l’Humanité est de moins en moins capable d’échapper à des structures de plus en plus lourdes et par conséquent les rendez-vous conjonctionnels, auxquels nous sommes tous conviés simultanément tous les sept ans – ce qui n’a rien à voir avec une théorie des âges au niveau individuel – sont de plus en plus problématiques encore que l’emprise croissante de la technologie contribue fortement à relativiser les anciens clivages qui redressent la tête dès que la conjonction s’estompe..

         L’ avenir scientifique de l’Astrologie va, selon nous, tourner autour de ce concept emprunté à l’Astronomie du XIXe siècle, de perturbation. L’Astrologie explique-t-elle certaines perturbations dont on ne pourrait rendre compte autrement ?. On aura compris qu’il ne s’agit certainement plus pour l’Astrologie de « recouper » ce que l’on sait par ailleurs dans l’espoir vain d’être ainsi validée mais bien de démontrer dans quelle mesure elle est incontournable. Par Astrologie, nous n’entendons plus ici une certaine pratique ou une certaine tradition mais bien un champ d’investigation qui peut rassembler aussi bien des « astrologues » que des « anti-astrologues » car, comme l’écritvait Kepler, il y a 400 ans, dans son Tertius Interveniens, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau (sale) du bain. Un scientifique, digne de ce nom, ne saurait se contenter de dénoncer les aberrations de tel ou tel discours astrologiques – sous le prétexte que l’astrologie sort de la bouche des astrologues- il doit se demander s’il n’y a pas anguille sous roche, ou fumée sans feu. C’est à une nouvelle génération d’anti-astrologues que nous appelons qui ne se satisfera plus d’exposer, comme s’y complaisaient un Gassendi (années 1630-1650- ou un Bouché-Leclercq (1899)- mais qui se donne les moyens de reprendre le dossier à la base sans s’arrêter à une certaine doxa astrologique..

          Ce pouvoir de perturbation que toute science a le devoir de revendiquer conditionne bel et bien son intégration au sein de la Cité Scientifique [3] . comme c’est le cas dans la sphère politique en termes de crédibilité ? Peut-on se passer de l’astrologie ? Dans l’état actuel de l’Astrologie, la réponse est « certainement », si l’on met de côté des systèmes qui restent très marginaux comme le PEF.

         Est-ce que les travaux statistiques de Gauquelin, par exemple, illustrent notre principe de perturbation ? Il faudrait démontrer que le fait qu’un enfant naisse à tel moment ne pourrait s’expliquer par les seules lois connues de l’obstétrique et que le paramètre astrologique, sous quelque forme que cela soit, est nécessaire pour maîtriser l’ensemble du processus natal. L’on comprend qu’il n’est pas aussi aisé de faire apparaître un facteur de perturbation dans un champ difficilement mathématisable que dans le domaine des calculs astronomiques à la Le Verrier.

          En fait, il faudrait montrer que certaines prévisions qui ne prendraient pas en compte le facteur astrologique risqueraient d’être entachées d’erreur. On est loin de l’affirmation selon laquelle l’astrologie serait « la » science de la prévision par excellence, elle ne peut, pour reprendre le titre du Colloque MAU de juin que faire apparaître sa « contribution à l’art du prévoir » en reconnaissant que la prévision appartient pleinement à la condition humaine et n’est nullement un créneau réservé à l’Astrologie…    

         Autrement dit, à l’astrologie de se confronter à des domaines qui sont déjà fortement marquées par des pratiques prévisionnelles et qui peuvent quantifier leur marge d’erreur. C’est notamment le cas, comme il a été dit au Colloque, des compagnies d’assurance qui auraient tout à gagner en sachant mieux à l’avance comment les choses vont évolue. D’ailleurs, nos sociétés – et l’on pense notamment à la Bourse – ne récompensent-elles pas le « bien prévoir » et ne pénalisent-elles pas, a contrario, ne serait-ce que financièrement, le « mal prévoir » ?

         En définitive, il est bien difficile de statuer sur la question de savoir si les astres sont indicateurs positifs ou négatifs.. Tout dépend du point de vue d’où l’on se place. Nous ne sommes pas loin de penser que la conjonction a pu être source de bien des difficultés dans l’Histoire de l’Humanité. C’est elle qui conduit à la formation d’empires qui sont des « prisons des peuples », qui force à coexister des gens qui n’ont que peu d’atomes crochus entre eux. La conjonction peut conduire les gens à être tentés par des rapprochements téméraires, par des expériences inédites. La disjonction est certes une dépression dans le systéme conjonctionnel mais l’on peut aussi dire qu’elle est plus en phase avec la complexe réalité de la condition humaine que la conjonction tendrait à nier ou en tout cas à relativiser . Dès lors, il nous apparaît que la conjonction serait en mesure de perturber un certain ordre des choses, de remettre en question certaines frontières, certains clivages. C’est dire que cette conjonction introduit une certaine dose d’irréalisme dans les comportements humains au nom d’une quéte de dépassement pouvant conduire à nier autrui dans sa différence, tant individuelle que collective.. Quand on voit un leader affirmer soudain vouloir passer outre à certaines clivages, pratiquer l ‘ »ouverture », il y a là comme une odeur de conjonction.

 

 

JH

29. 06. 07

 

 



[1]  « Peuple élu ou fils élu ? Du judaïsme au christianisme », in GC

 

[2]   tout comme l’on parle d’une astrologie « conditionaliste » pour désigner l’ensemble des travaux de J. P. Nicola.. Cela va fort bien avec le titre de notre revue Grande Conjonction. Dès 1975, nous avions donné à  la revue du MAU le titre de Conjonction avant de passer peu après à Grande Conjonction.

[3] . Ce sera probablement le thème du soixantiéme Colloque du MAU au printemps 2008.

 

 


 
Web www.grande-conjonction.org

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