L'Astrologie et le Monde : les garde fous.

(en écho au Colloque du même nom, novembre 2004, Paris, disponible sur DVD)

par Jacques Halbronn

 

            Tout se passe comme si l'on voulait faire de la pathologie et du handicap  une vertu, une norme et l'astrologie au lieu d'aller à l'encontre de cette tendance lourde semble tout au contraire tenter de l'entériner, de la formaliser.

            Prenons le cas de l'astrologie médicale, il est clair qu'il ne s'agit pas de favoriser l'étrangeté du corps de la personne mais de le ramener, aussi vite que possible, à une certaine norme partagée avec la très grande majorité du genre humain. En revanche, dès que l'on se met à décrire la maladie, l'on se dirige vers des manifestations toujours plus variées et décalées par rapport à la norme.

            Or, il semble qu'une telle démarche ne prévale pas quant à l'astro-psychologie où c'est la différenciation qui devient en quelque sorte l'idéal. Astrologie médicale et astro-psychologie se situeraient à l'opposé l'une de l'autre.

            Toute différenciation restrictive par rapport à une totalité de l'être humain devrait être ressentie comme un manque. Or, le thème natal  consolide et image l'idée selon laquelle nous serions tous des malades inclassables.

            Pour nous, l'astrologie a vocation à nous rétablir dans notre intégralité d'être humain et non à nous enfermer dans des limitations dont on fait de nécessité vertu.

            Les tempéraments d'Hippocrate explorent  nos dysfonctionnements humoraux. Un être humain "normal" n'appartiendra donc à aucun tempérament. Si certains dysfonctionnements se présentent, alors, l'on tendra à s'individualiser.

            Certes, le fait d'appartenir à une norme ne signifie pas que nous ne puissions peu ou prou nous différencier mais il ne s'agira pas d'un phénomène pathologique mais d'une façon de nous faire reconnaître, en une sorte de méta-caractérologie.

            De la même façon, le monde des objets va contribuer artificiellement  à nous différencier par notre habillement, par les instruments dont nous usons. Or, ces objets sont des prothèses qui correspondent à des manques, à des défaillances, à des béquilles.

            C''est dire que nous ne nous distinguons les uns des autres que par nos pathologies, nos déviances, nos infirmités, parfois au point d'en arriver à penser que ces différences sont notre raison d'être alors qu'il s'agit d'un pis aller.

            Qu'il faille tenir compte de ces protubérances; de ces parasites, de ces prolongements  du moi, est une chose, qu'il faille considérer l'astrologie comme devant en traiter voire devant en annoncer l'expression est un contresens absolu! L'astrologie n'est pas là pour entériner nos différences mais au contraire pour nous aider  à purifier, à décanter, à élaguer notre moi.

            Une  conjonction a plus précisément vocation à  nous aider à dépasser nos différences, nos clivages, à en faire table rase de tout ce que nous avons pu accumuler depuis la précédente conjonction.

            D'ailleurs, le public attend  de l'astrologie qu'il aide l'individu à se dépasser en s'inscrivant dans une famille zodiacale. Non pas qu'il s'agisse là de l'astrologie que nous recommandons mais le public est attiré par le Zodiaque parce qu'il ressent le besoin de ne pas s'isoler en se pensant bien à tort comme un cas à part : c'est le retour de la brebis égarée dans le troupeau et l'astrologue est le bon pasteur qui  rassemble ses ouailles; De même , le public en allant voter périodiquement va dans le sens d'une très ancienne programmation cyclique mais là encore, il ne s'agit pas, on l'aura compris, de dire que la date des élections correspond aux configurations cycliques pertinentes mais que le phénomène est symptomatique d'un certain tropisme ancestral.

            On voit à quel point l'astrologie est écartelée entre une astrologie normative qui relativise les différences et cherche à montrer qu'elles sont vouées à se résorber périodiquement, conjonctionnellement et une astrologie différenciatrice et individualisante qui est une contre-astrologie qui est le reflet inversé de la première..

            Concluons en soulignant à quel point la division entre hommes et femmes reste insurmontable et qu'elle constitue la seule  donnée différenciatrice vraiment  incontournable. L'idée d'un être humain qui serait une combinaison d'animus et d'animus ne nous convient pas, ce n'est là qu'une façon d'entériner une certaine confusion de la conscience et surtout cela se fonde sur des définitions très insuffisantes du masculin et du féminin, sujet que chacun croit bien à tort maîtriser et connaître, alors qu'il n'en capte le plus souvent que l'apparence. Au lieu de parler d'individualité, il serait bon que les gens assument honnêtement, sans tergiverser, et sans chercher à brouiller les pistes,  leur appartenance au genre masculin ou au genre féminin en instrumentalisant l'astrologie au service d'une cause qui la trahit.

            L'astrologie est donc dépendante de la qualité des modèles normatifs concernant l'homme et la femme. Or, la femme tend à s'individualiser plus que l'homme, précisément parce qu'elle est marquée par un instinct d'acquisition, d'accumulation  des  choses et des notions les plus variées, ce qui forme un patchwork dont elle n'a qu'une maîtrise très relative, Elle vit d'ailleurs constamment dans l'angoisse d'une sorte d'implosion -à la façon de ces artistes qui  font travailler leurs membres, c'est à dire leurs tentacules,  en recourant à divers instruments, sans jamais faire un vrai travail de décodage interne,  avec le  centre de leur corps comme vide -  alors que la vitalité du moi de l'Homme conduit à un péril d'explosion.

            Rappelons quand même que l'astrologie est née d'une instrumentalisation par l'Homme de quelques signaux cosmiques récurrents et déterminés arbitrairement par l'élimination  d'une infinité d'autres signaux non retenus, par une sorte d'ovulation sémiologique. Mais le recours à un tel système de référence a provoqué des transformations majeures de la sensorialité, ce qui n'est pas le cas du monde technique qui domine actuellement et qui n'a aucune capacité à faire évoluer l'organisme humain. En cela, l'astrologie relève d'un progrès de l'être bien plus que d'un processus d'appropriation. L'Humanité n'a pas porté atteinte à l'intégrité du cosmos alors qu'elle a bouleversé durablement et peut être irréversiblement  son environnement terrestre, ce qui relève d'une dynamique de l'avoir.  L'Humanité ne survivra qu'en se déféminisant et en échappant à une spirale de l'avoir au profit d'une spirale de l'être qui est fondamentalement masculine - et qui commence avec la croissance  du corps sans faire appel à quelque prothèse - et qui conduit à une différenciation interne, qui se situe dans le temps (L'Etre et le Temps (Sein un Zeit)  de Martin  Heidegger)- demain n'est pas hier -   et non pas externe, se plaçant dans l'espace- avec comme principe " je suis différent de mon prochain..".. L'astrologie différentie dans le Temps d'une périodisation, d'une évolution de l'espèce, elle n'a pas à servir à légitimer  les dérives spatiales qui sous tendent l'illusion (Maya) de l'individualisation. Certes, en pratique, nous différons mais ce n'est pas notre raison de vivre, bien au contraire mais ce dont nous devons nous garder et que nous avons le loisir de contrôler.  La différenciation spatiale est comparable au découpage zodiacal : elle fait sens du fait de la socio-diversité qui  permet à la quête de progrès de l'être de s'expérimenter au sein de groupes différentiés. Ce qui va à l'encontre de toute mondialisation qui conduirait à ce que l'Humanité mette tous ses oeufs dans le même panier. Mais là encore, l'astrologue doit prendre connaissance de la nécessité d'"une telle socio-diversité (du fait de la langue, de la religion, des règles de vie etc.). sans chercher à modéliser cosmiquement la dite socio-diversité, l'astrologie se situant exclusivement dans la chrono-diversité.

            En ce sens, nous ne suivrons pas la démarche de Jean-Pierre Nicola et de l'astrologie conditionaliste qui s'efforce depuis plus de 40 ans d'articuler une certaine vision du monde sur les diverses astres du système solaire, avec le système RER (Réprésentation, Existence, Transcendance). Au lieu d'utiliser le système en complément de l'astrologie, comme nous le proposons pour cette dialectique de l'Etre et de l'Avoir, l'école conditionaliste, laquelle insiste par son nom même sur ce qui vient se situer autour de l'astrologie, et qui la "conditionne", aura préféré se servir du dit système pour différencier les astres les uns par rapport aux autres, telle planète étant plus dans le R, dans le E  ou dans le T.  Pour nous, au contraire, s'il est parfaitement concevable que les penseurs de l'astrologie ne se limitent pas à l'astrologie mais abordent de front ce qui la conditionne et quelque part la détermine, et mettent en évidence des paramètres de différenciation entre les gens, il convient de ne pas céder à la tentation d'intégrer les dites catégories conceptuelles  au coeur même de l'Astrologie, laquelle astrologie par elle même n'a nulle vocation à diviser l'espace social - mais seulement le temps social, c'est à dire les cycles collectifs. Tentation d'autant plus grande pour l'Astrologie que de se croire chargée d'une mission différenciatrice que l'astronomie lui fournit un riche clavier avec ses signes, ses maisons, ses "planètes" et ses aspects. On sait que pour nous, l'astrologie doit impérativement se démarquer de l'astronomie, y puiser certes ce dont elle a besoin mais de façon extrêmement sélective et minimale Cette fascination pour la multiplicité des facteurs astronomiques et cosmographiques a été au demeurant formalisée par André Barbault dans son De la psychanalyse à l'Astrologie(Paris, Seuil, 1961) qui voit dans les entrelacs céleste le reflet de notre complexité individuelle à moins que cela ne soit plutôt l'inverse....

            Certes, force est de reconnaître que le monde est, à plus d'un titre, considérablement clivé mais l'astrologie n'a pas à être le miroir du monde mais à appréhender le monde pour être en dialectique avec lui. Et cette dialectique peut certes être perçue comme une synergie ou une symbiose mais sans qu'il  faille fondre et fusionner  l'astrologie avec le "monde". En cela, l'astrologue est inévitablement conduit à aller au delà de l'astrologie mais ce n'est pas une raison pour que son métier d'explorateur du monde déteigne et contamine son modèle, ce qui est malheureusement trop souvent la règle....En cela, une fois de plus, le théoricien de l'astrologie doit  être le garde fou de l'intégrité de l'astrologie face au praticien qui, poussé par un  zèle excessif, empiété à l'excès sur le modèle astrologique fondamental en le boursouflant.

 

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JH

27. 09. 08

 

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