Encyclopaedia Astrologica

 

 

Fatalisme  intellectuel et/ou psychique chez le demandeur d'astrologie

 

par  Jacques Halbronn

 

 

 

                        A de nombreuses reprises, au cours de ce que l'on pourrait qualifier d'enquête,  nous avons interpellé nos interlocuteurs, notamment dans nos colloques et dans nos entretiens filmés, concernant certaines bizarreries que nous avions relevées quant au savoir astrologique. Et nous n'avons pu que constater à quel point le premier réflexe était de chercher, à tout prix, à trouver "normal" ce que nous trouvions étrange. 

                        Tout se passe, en fait, comme si le milieu astrologique, à tous les niveaux, faisait preuve d'une attitude  fortement révérencieuse à l'égard  tant des écrits de  l'astrologie que de la parole  de l'astrologue,  du haut en bas de la chaîne.

                        D'où  notre titre "fatalisme intellectuel et/ou psychique", le demandeur d'astrologie étant aussi bien le client qui se rend chez l'astrologue que l'élève en astrologie qui veut s'initier à cette discipline pour devenir, éventuellement, lui-même, astrologue.

                        Par fatalisme intellectuel, nous entendons une attitude consistant à entériner d'office  ce qui est  véhiculé par une "tradition" assez consensuelle.  Entériner, ici, signifie que l'on va chercher à lui donner du sens, ce qui peut exiger une certaine énergie mais en aval, au niveau du commentateur, de l'interprète, de l'enseignant.

                        Faisons l'expérience: demandons pourquoi Mars est-il domicilié à la fois dans un signe d'automne (scorpion) et de printemps (bélier)?  Notons d'abord que bien souvent l'astrologue ne sait pas immédiatement à quelle saison se rattache un signe, il a souvent un moment d'hésitation- surtout pour les signes mutables -  alors que c'est un point fondamental.  Toujours est-il qu'en règle générale, il n'est pas "troublé", cela ne le gène pas. Instinctivement, il va chercher à justifier cet état de choses qui lui sert notamment pour articuler les maîtrises, oubliant d'ailleurs qu'il ne recourt à une maîtrise que lorsque cela va dans le sens de sa démonstration.

                        Et l'on peut rééditer dix fois l'expérience sur tel ou tel point du savoir astrologique officiel, on aura la même réaction, même si chacun y va de sa propre explication. L'essentiel est qu'il n y ait "rien à signaler". Comme disait un astrologue, on ne va pas réinventer la brouette. Il y a des acquis sur lesquels on ne revient pas et qui soudent la communauté astrologique, pour le pire comme pour le meilleur.

                        Cette attitude assez moutonnière n'a pas toujours prévalu et il y a 40 ans quand nous sommes entrés en contact avec le milieu astrologique, la pensée était plus libre. On a beaucoup stagné et reculé depuis et l'on pourrait même parler d'une société décadente, qui vit sur un héritage qu'elle a du mal à maîtriser mais qu'elle s'évertue à appliquer, vaille que vaille. Il est vrai que le thème natal est d'une telle luxuriance que la plus grossière erreur y passerait inaperçue.

                        Or, ce même "fatalisme" se retrouve chez le client de l'astrologue. Si par fatalisme "intellectuel", nous entendions une façon pour l'intellect  d'admettre, par principe, la validité du dispositif astrologique en vigueur, de refouler tout questionnement intérieur ou extérieur susceptible de le déstabiliser, par fatalisme "psychique", il s'agirait de décrire une attitude consistant à se retrouver dans ce que l'astrologue - oralement ou par écrit - et cela inclut le thème par ordinateur - nous adresse nous concernant. On se contente alors de chercher à comprendre pourquoi il nous est dit ce qui nous est dit ou ce qui est dit sur telle ou telle personne de notre connaissance ou dont nous avons entendu, peu ou prou, parler. Il faut "coller", s'ajuster au discours, non plus cette fois intellectuellement seulement  mais aussi psychiquement, c'est à dire quant à notre perception de nous-même. Cela n'est pas si difficile qu'on pourrait le croire, notre psychisme étant plus flexible qu'on veut bien le dire. Il suffit de faire preuve d'un peu de bonne volonté sinon de complaisance.

                        En ce sens, entre fatalisme intellectuel et fatalisme psychique, l'astrologue et son client seraient complices d'une certaine mauvaise conscience à l'encontre d'une certaine exigence intérieure d'authenticité qui serait de fait muselée par une forme de Surmoi, ce qui passe par une certaine forme de sado-masochisme que l'on s'impose  à soi, enseignant et/ou praticien  et à son  client et/ou élève et qu'il convient de tenter d'appréhender et dont nous dirons qu'il suppose une certaine forme d'humilité sinon d'humiliation du cogito et/ou de l'ego.

                        On songe à ces ordres religieux où la règle veut que l'on se donne et s'abandonne à l'autorité du supérieur, refoulant ainsi toute forme d'orgueil qui nous ferait croire que nous sommes aptes à juger ce qui est décrété d'en haut. Il y a là quelque chose d'admirable, il faut bien l'avouer qui correspond au credo quia absurdum. Il ne faudrait pas oublier que le seul fait de s'en référer aux astres correspond bien à un certain besoin de transcendance : la vérité ne serait pas d'ici bas mais d'en haut et à nous qui nous trouvons en bas de nous conformer à l'image qui nous est offerte en haut.

                        C'est pourquoi nous pensons, pour notre part, que le "demandeur d'astrologie", terme englobant toutes formes de rapport à l'astrologie, du lecteur d'horoscopes à l'astrologue, du client de l'astrologue à l'historien,   qui lui aussi participe, bien souvent, d'un tel processus de consolidation et de cristallisation,  ne se permet pas  et ne se donne pas les moyens de "juger"  du bien fondé de l'astrologie mais se donne pour seule mission de la défendre, tel un avocat. Le demandeur d'astrologie ne jugerait pas l'astrologie car ce serait, en quelque sorte, sacrilège.

                        Le "fait",  dans la rhétorique de la plupart des gens, c'est ce que l'on a décidé de ne pas ou plus remettre en question. Ce qui est fait est fait.... Le fatalisme (du latin  fatum)  serait d'admettre toute une série de faits ( du latin factum) sur lesquels on n'a pas à revenir.

                        D'ailleurs, ceux qui ont  respecté les dits "faits" ont-il eu à s'en plaindre? Tout le monde s'y retrouve. La plupart des demandeurs d'astrologie veulent éviter que l'astrologie se dissolve, se déconstruise/ Il ne faut donc rien céder, rien concéder.  Quel plaisir, il est vrai, de communier  en recourant à  un langage, à une grammaire qui  sont le bien commun de tous et dont on peut d'ailleurs tirer ce qu'on veut? Pourquoi ferait-on la fine bouche? Et de toute façon, l'astrologie étant rejetée par ceux qui fixent les normes du savoir admis, qu'est ce que cela changerait de corriger ceci ou cela? On est un peu dans un cercle vicieux.

                        Pour ce qui nous concerne, nous nous faisons une autre idée de l'Astrologie, par delà la question de sa reconnaissance, qui est d'ailleurs liée à sa réforme en profondeur.  Nous sommes en faveur d'une transparence au lieu d'un fatalisme.

                        Par transparence, nous entendons un savoir dont les articulations analogiques soient établies et rétablies, ce qui implique la (re)constitution de son socle (voir les textes relatifs au Manuel Officiel d'Astrologie, sur Grande Conjonction,  on en trouvera des éléments en avant première, non encore mis en ligne sur le site grande-conjonction.org, en attente sur le portail   fernandanosenzo.net)

                        Par transparence, nous entendons un système cyclique très simple et  bien connu du grand public et ne ressemblant pas à une usine à gaz dont seul l'astrologue se débrouillerait.

                        Par transparence, nous entendons une astrologie qui s'appuie sur un certain nombre de faits observables : le sexe, l'âge, la situation sociale  qui déterminent notre façon de vivre les configurations astrales, c'est à dire un vrai conditionalisme.

                        Par transparence,   nous entendons que l'on circonscrive bien plus rigoureusement le champ propre à l'astrologie, que celle-ci renonce à se présenter comme une "synthèse" qui aurait le dernier mot, qui expliciterait  tout et n'importe quoi, du moment que l'on dresse le thème, qui renonce à une terminologie primaire comme "bon" ou "mauvais", "tendu" ou "détendu",  "important" ou "secondaire". Pour nous, l'astrologie doit affirmer et confirmer son domaine de spécialisation et l'astrologue intervenir en tant que spécialiste, parmi d'autres spécialistes et non comme celui qui voit tout et comprend tout  en contemplant le monde d'en haut.

                        Par transparence, enfin, nous entendons une humanité certes en prise permanente sur le cosmos mais qui ne crie pas au loup en permanence. L'astrologue serait la sentinelle  qui veille et qui annonce les moments clef en scrutant le ciel, à la façon dont les Anciens guettaient le plus petit croissant de lune pour déclarer le nouveau  mois. L'astrologue doit nous parler de ce qui relève de son domaine et en montrer l'efficience mais il n'a pas à chercher à rendre compte de tout ce qui se passe dans le monde, si ce n'est dans la mesure où cela peut interférer avec son travail.

                        En bref, nous sommes en faveur d'une astrologie qui ait une vraie colonne vertébrale et qui ne considère pas qu'elle doive, au nom d'une certaine forme de fatalisme,  se contenter de montrer pourquoi les choses se passent comme elles se passent.

           

                       

 

 

 

JH

21. 10. 08

 

 

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