La carence  Mars-Jupiter dans le milieu astrologique

 

par Jacques Halbronn   

                        Nous nous proposons ici de nous servir de nos travaux sur la typologie planétaire pour  diagnostiquer les problèmes endémiques dont souffre la "communauté" astrologique française - et probablement pas seulement française.

                        Dans divers textes (sur Grande Conjonction), nous avons montré qu'il existait deux groupes de dieux planétaires, ce qui ne signifie pas que ces planètes ainsi nommées ou assignées agissent astrologiquement mais qu'ils sont un enseignement pour l'astrologue, dans son appréhension du monde. Nuance importante!

                        Il nous aura fallu du temps d'ailleurs pour comprendre les raisons d'être du choix des dieux planétaires, au niveau du septénaire. Il est évident qu'aujourd'hui, le problème ne se pose plus de la même manière du fait que l'on a recouru à doses massives à tout ce qui touchait de prés ou de loin à la Mythologie.

                        Les travaux de Barbault ou de Hadés -sans parler de ceux de Nicola avec le RET-  sur les couples planétaires  n'apportaient pas vraiment de lumière. On nous parlait du couple Mars-Vénus, Soleil Lune, mais aussi Jupiter-Saturne, voire Uranus-Neptune. Chez Nicola, la Lune se trouvait mise à part, il répartissait les planètes en trois groupes de trois.

                        Comment parvenir à restituer l'idée sous jacente à une telle répartition des dieux et les raisons de ces choix et de l'ordre de leur succession.

                        En (ré)étudiant la question des domiciles des planètes, il nous est apparu que les anciens astrologues avaient clairement distingué entre les planètes rapides et les planètes lentes, étant rapides celles dont le cycle apparent - d'un point de vue géocentrique- est inférieur ou égal à celui du Soleil (soit Lune, Mercure, Vénus et le soleil lui-même) et celles dont le cycle est supérieur à l'année (Mars-Jupiter-Saturne) et que ces deux groupes étaient attribués l'un aux "belles saisons" et l'autre aux saisons où le soleil est en quelque sorte exilé, ce qui renvoie à la dialectique du domicile et de l'exil.

                        Deux ensembles qu'il convenait plus d'étudier chacun de son côté plutôt que de placer dans des dialectiques. D'ailleurs le seul couple faisant appel à un membre de chaque groupe, dans le système préconisé par Barbault, était Mars- Vénus alors que la théorie des domiciles proposait Mercure face à Jupiter et Saturne à l'opposé des luminaires.(tant en domicile qu'en exaltation). Soleil et Lune appartiennent en effet au même groupe, tout comme Jupiter et Saturne.

                        Le critère saisonnier nous semble ici déterminant d'autant qu'il est en prise avec un "vrai" couple mythologique, celui de Pluton et de Proserpine, lequel couple ne figure pas parmi les dieux planétaires de l'Antiquité, du moins selon ce qu'en dit la Tétrabible de Ptolémée.(IIe siècle après JC).

                        Il y aurait donc deux humanités, si l'on veut, l'une dominée par les luminaires à la présence céleste et par les "satellites" du Soleil  Mercure et Vénus, qui ne s'éloignent guère du soleil (élongation 28° et 48°),  incontournable et connue depuis toujours et celles des planètes à proprement parler marquées par une autre temporalité et en quelque sorte échappant à l'emprise solaire.

            Ces trois dieux planétaires - correspondant au niveau E du RET et aux planètes dites 'extérieures"de l'astronomie pré-uranienne!- sont d'une autre trempe que les quatre dieux planétaires du niveau R (planètes dites "intérieures"). Et ce serait une grave erreur de ne pas tenir compte du nom de ces dieux ni des saisons auxquels ils correspondent. C'est dire que nous avons un certain respect pour la Tradition, ce qui ne nous empêche pas de nous réserver un droit d'inventaire et aussi de nous interroger sur son bon usage.

            Il suffit d'ailleurs de se demander quel est le point commun entre les planètes de chaque groupe - ce qui ne nous semble pas avoir été envisagé - pour comprendre que le groupe des planètes extérieures n'était pas très....commode; Imaginons une soirée peuplée de gens marqués par les dieux Mars, Jupiter et Saturne, cela donne un peu le frisson dans le dos. On est plongé dans le monde de Shakespeare. Ce sont des dieux vengeurs, justiciers, capables de tout pour faire respecter leur volonté. Face à ce "club", les dieux d'en face ne font décidément pas le poids! Ce sont des dieux mineurs, sans pouvoir officiel et même les luminaires ne sont pas beaucoup plus que des roues comme celles du char de Phaéton, les serviteurs d'une mécanique céleste.

            Les vrais maîtres du monde sont à chercher du côté de la troïka Mars, Jupiter et Saturne, ce sont eux qui garantissent et contraignent à une certaine unité, à un minimum de discipline. Face à Mars, le gendarme et à Jupiter, le juge, le roi , Mercure, le dieu des voleurs aux côtés de Vénus, la fille de joie, la prostituée, à la marge de la Loi.

            .C'est ce monde que nous décrivent les planètes tout comme le font  les signes du zodiaque nous relatent, symboliquement,  le fil des jours avec les occupations successives, en rapport également avec les saisons. Mais nous en avons traité ailleurs (cf. Grande Conjonction).

            Le milieu astrologique disions nous manque d'énergies liées aux planètes "lentes' -et on ne parle pas ici des transsaturniennes- d'où cette cacophonie et cette anarchie qui le caractérisent.

            Certes, il y a eu des velléités d'organisation et de régulation, et le seul fait de convoquer les astrologues à des congrès et autres colloques correspond bel et bien à un processus jupitérien : respect d'un programme, d'un horaire, d'un lieu, d'une date. Idem en ce qui concerne la constitution d'associations et de fédérations. Mais force est de constater le manque de centralisation.

            Les astrologues, dans leur grande majorité, y voient comme une sorte de fatalité alors qu'il s'agit d'une carence de leaders, ceux qui se présentent comme tels n'étant pas forcément à la hauteur de la tâche, n'ayant pas su se faire assez persuasifs ni intellectuellement, ni déontologiquement, ni financièrement.

            Certes, il faut saluer les tentatives d'Alain de Chivré de chercher à imposer un certain ordre des choses à  partir de la FDAF mais  sans grand résultat, même ceux qui ne protestent pas n'en pensant pas moins et continuant à n'en faire qu'à leur tête comme nous avons pu le constater en en interviewant  un certain nombre de membres.

            ¨Le rôle de rassembleur est inhérent à ce qu'on est en droit d'attendre de véritables chefs, sur le modèle Mars-Jupiter-Saturne. Cela passe par une certaine aptitude à se déplacer, à se montrer, à rencontrer des astrologues, ce qui ne correspond à  une sédentarité provinciale. Une Fédération implique de fédérer; de réunir les principaux acteurs, les sources vives, de ne pas se cloisonner, de trouver des terrains d'entente, de souder par des votes à la majorité mais acceptés par tous les votants..

            Certes,  depuis le début des années 90, Yves Lenoble a-t-il réuni les astrologues - notamment du fait du Salon de l'Astrologue qui s'articulait sur ses congrès annuels. Mais on ne peut pas dire qu'il en soit sorti grand chose à part quelques actes de colloques, réunissant souvent, d'une année sur l'autre, les mêmes intervenants.. Est-ce que s'est constituée une cagnotte permettant de peser sur les programmes d'enseignement par ses subventions, par exemple? Car l'argent est à l'évidence un agent de progrès lorsqu'il est utilisé à bon escient? Est-ce que les astrologues reversent une partie significative de leurs rentrées à un pot commun pouvant servir à  employer des cadres véritablement compétents, au service de la communauté? Est-ce qu'il existe une structure de recherche digne de ce nom permettant de mener à bien d'ambitieux travaux?

             Autrement dit,  les valeurs mercuro-vénusiennes l'auront largement emporté sur les valeurs Mars-Jupiter et l'on nous dit que l'on n'aime pas les polémiques, le mot étant typiquement martien  (du grec polemos, la guerre), que l'on évite les débats "houleux". Bonjour Vénus! Et même Saturne que Gauquelin identifie au monde de la science n'est guère à la fête, lui qui cherche à unifier le savoir, à mettre fin à sa disparité. Ce que Jean-Pierre Nicola a ambitionné de faire mais sans apporter tous les arguments qui auraient pu emporter un consensus large et ce que Gauquelin pouvait aussi espérer obtenir avec ses résultats statistiques pouvant servir de socle à  une nouvelle astrologie.  Ces trois dieux  planétaires pourraient être définies globalement comme des vecteurs de pouvoir. Or, le changement n'est possible que s'il y a un pouvoir capable de l'imposer par la persuasion, par la contrainte. Sans pouvoir, sans volonté, une société est condamnée à stagner, ce qui est bien ce qui se passe dans le milieu astrologique français à moins que cela ne vienne à changer prochainement, sous le coup de la conjonction Saturne-Régulus.

            Il semble donc bien que la communauté astrologique soit essentiellement caractérisée par Vénus et Mercure et par une routine soli-lunaire, à courte vue. Cela explique d'ailleurs une très forte majorité de femmes dans les réunions astrologiques car celles-ci se complaisent dans un tel  registre bon enfant, où l'on gagne de l'argent par son bagout et son charme, sa capacité d'empathie, le tout agrémenté  de jolis desseins et de mots qui  excitent l'imagination. Un monde  marqué par l'extérieur (l'Eté on sort), où l'intérieur (l'hiver) est réductible à l'extérieur.

            Cela dit, la leçon vaut pour tous les milieux quand ceux-ci font fuir les éléments  Mars Jupiter-Saturne, pour "avoir la paix".... Le milieu astrologique apparaît ainsi comme un havre où la seule qualité appréciée est l'amabilité et  les bonnes paroles.

            Ce qui est assez malheureux, c'est qu'il semble que tout le monde semble ne rien attendre des astrologues, si ce n'est - et encore- les astrologues eux-mêmes. Voilà une bien belle occasion de manquée pour ceux qui prétendent parler au nom de l'astrologie! Nous pensons avoir été le seul à désigner cette période comme un tournant..

            Le milieu astrologique  ne parvient pas à établir un nouveau consensus, ce qui n'est possible que dans une société capable de se mettre d'accord autour de nouvelles idées, ce qui implique des leaders ayant une certaine poigne qui ne se contentent pas de perpétuer un consensus ancien.                  

                       

JH

11. 10. 08

 

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