La conjonction  saturnienne ou la contraction  de l'espace temps

 

par Jacques Halbronn

  

            Il n'y a pas de meilleure définition  de la conjonction que de parler d'une contraction des données de temps et d'espace

            Il y a là un double processus dont la psychanalyse semble ne pas avoir perçu les deux branches: elle qui insiste sur l'anamnèse, la dynamique du "souvenir" (venir indique bien ici un certain mouvement à travers le temps) mais qui, à notre connaissance, néglige celle du "venir", au sens le plus concret du terme, c'est  à dire un déplacement dans l'espace.

            D'ailleurs, comment dissocier sérieusement ces deux vecteurs pour comprendre le comportement humain, tant individuel que collectif?

            La mémoire fait travailler le cerveau, le déplacement  les jambes. De nos jours, il est vrai que le voyage peut passer par les divers moyens de communication – du voyage à l’envoi  -  et de transport, ne faisant plus guère appel à  la marche stricto sensu....Il reste que les deux fonctions, si elles sont complémentaires, ne sauraient se réduire l'une à l'autre. Encore que le pèlerinage fasse appel à la fois à un travail de mémoire et  à une certaine forme de migration, de passage d'un lieu vers un autre, avec ou non un aller retour qui se présente comme cyclique, comme conjonctionnel,  à l'instar d'une planète se dirigeant vers "son" étoile", comme Saturne se rapprochant d'Aldébaran ou d'Antarés.

            C'est d'ailleurs par la mémoire que l'on peut être amené à bouger mais le  déplacement peut aussi nous renvoyer à des souvenirs...

            Dans les stages collectifs que nous entendons organiser, il s'agira de s'assurer qu'à certains moments de la vie,  et ce pour chacun d'entre nous, le passé aura lourdement pesé - et ce dans la simultanéité des expériences individuelles.  Il y aura eu intrusion du passé dans notre présent, chacun ayant évidemment son propre passé mais tous les passés ont en commun d'être....passés, même si le passé souvent repasse.

            Le pronostic astrologique conduira donc à annoncer aux clients qu'à l'approche et autour de la conjonction, il faudra s'attendre à un afflux du passé. Là encore, les psychanalystes n'ont pas d'outil pour déterminer ces pics d'anamnèse : ils prennent leur temps- et celui de leurs patients- et sur la durée, cela finira bien par se produire. S'ils connaissaient l'astrologie, du moins celle que nous prônons,  ils procéderaient probablement autrement, moins empiriquement. Ils font penser à des gynécologues qui ignoreraient la durée d'une grossesse normale.

            Il y a quelque chose d'à la fois excitant et effarant à se dire que le passé plus ou moins refoulé, dont on a fait plus ou moins le deuil,  fait son come back, à la façon du Colonel Chabert (Balzac)... mais c'est à cette expérience là que l'astrologue doit préparer ses clients et/ou  ses élèves.

            Mais il doit aussi prendre en compte l'autre vecteur, moins cérébral et plus physique, qui est le déplacement spatial, stricto sensu. Il s'agit bien là de ce que l'on pourrait appeler le syndrome de l'étranger : on part au loin ou bien ou également l'on rencontre des gens qui viennent de loin. On échappera difficilement à l'un ou l'autre de ces cas de figure. Certains vivront le déplacement en accueillant l'étranger tandis que d'autres se mettront, eux mêmes en situation de visiteur. Autrement dit, nous pouvons être actif ou/et  passif dans de telles configurations.  

            Quand nous interrogeons un groupe de stagiaires, nous demandons à chacun des participants de faire la liste - lors d'une conjonction stellaire, de tout ce qui a fait que le temps et l'espace se sont peu ou prou télescopés. Car c'est ce télescopage spatio-temporel qui constitue, selon nous, le fait astrologique en ce qu'il ne se produit pas à n'importe quel moment mais au moment des conjonctions saturniennes.       

            On peut envisager un questionnaire permettant de déterminer  l'ampleur de l'impact en termes de rencontres avec des personnes venus de loin ou de connaissances perdues de vue que l'on retrouve à ce moment m là précisément.

            La disjonction offre-t-elle des expériences aussi significatives? Si l'on définit la disjonction comme l'inverse ou l'envers de la conjonction, faut-il y voir un ralentissement du processus que nous venons de décrire : est-ce à dire que les distances augmentent, que le passé est plus reculé et le lointain plus inaccessible? Nous dirons qu'il en est ainsi statistiquement car bien entendu il peut y avoir, du fait d'un décès un voyage imprévu ou une rencontre à l'improviste  mais c'est l'exception  qui vient confirmer la règle. Ce qui intéresse l'astrologie, c'est le quantitatif, la répétition, la multiplication de cas semblables à grande échelle, d'où l'importance du travail en groupe plus saisissant qu'une consultation individuelle.

            En période de disjonction,  le passé reste à sa place et l'ailleurs  ne vient pas frapper à notre porte. C'est un moment propice pour faire table rase, refaire sa vie sur de nouvelles bases, de mettre les choses et les gens à distance. La disjonction favorisera donc le deuil alors que la conjonction nous forcera à faire face à notre vécu, non seulement par la mémoire mais par la rencontre en chair et en os, des gens et/ou des lieux.

            La disjonction du fait d'un manque de contraction spatio-temporelle conduit à une contraction du vécu puisque la contraction spatio-temporelle conduit à se mettre en phase avec une réalité non cloisonnée. A contrario, quand les distances dans le temps et/ou dans 'l'espace s'amplifient, on est moins les uns sur les autres, et l'on aboutit à une certaine forme d'isolement et de repli, du fait du déclin des interférences. La disjonction favorise le proche par rapport au lointain - on  retrouve cette dialectique entre maisons I-VI  et maisons VII-XII (avec notamment la IX, celle des voyages au loin). Les significations des premières maisons seraient disjonctionnelles et celles des six dernières, conjonctionnelles à ce détail près que la numérotation actuelle des maisons est inversée et que les maisons VII à XII devraient se placer sous l'horizon.

            La conjonction implique ce double processus dans le temps et dans l'espace alors que la disjonction correspondrait à un  temps sans espace ou à un espace sans temps. Par exemple, en 1989, lors de la destruction du mur de Berlin, on aura assisté à une résurgence des nationalismes, donc à une certaine prégnance du temps mais à un rétrécissement des frontières, avec un processus de repli, mettant fin à une dimension supranationale, correspondant à une expansion spatiale, incarnée par le bloc communiste. Inversement,  l'on peut imaginer des situations à une très large échelle spatiale mais sans  résonance dans le temps, comme dans le domaine de la consommation et de la technique.

            Une telle contraction conjonctionnelle de l'espace-temps peut-elle s'expliquer anthropologiquement? Nous dirons que l'on ne peut se réunir, c'est à dire se retrouver dans un même espace que si on le fait dans un même temps. Le rendez-vous, c'est faire telle chose, tel jour, en tel endroit  Tout rendez-vous est spatio-temporel.

            Mais le rendez-vous peut être périodique, c'est à dire que cela implique de se re-trouver et donc de revenir en un lieu déjà connu. C'est la mémoire du lieu qui permettra à tous de se rejoindre. C'est probablement ce que font certains oiseaux migrateurs.

            Plus la mémoire est puissante et plus elle nous ramène à des périodes anciennes, à des réalités ancestrales en décalage avec une certaine modernité, le passé récent étant balayé par un passé beaucoup plus  archaïque. C'est ainsi que les nationalismes peuvent être emportés en conjonction par la conscience d'une appartenance à des ensembles plus vastes et qui auront été morcelés par la suite. Tout est relatif!

            La mémoire peut aussi réveiller en nous le souvenir d'une vie migratoire, c'est à dire des sensations liées au déplacement et que l'on veut revivre. Car la migration est un trait fort ancien des sociétés humaines les plus éloignées dans le temps.

            En conclusion, nous dirons que la conjonction nous renvoie à des réalités archaïques. L'astrologie est porteuse d'un très ancien héritage légué par nos ancêtres et il convient de ne pas le perturber par des apports modernes inadéquats comme l'apport des nouvelles planètes, même si celles-ci sont évidemment fort anciennes à l'échelle de l'humanité.

            La question consiste de quelle façon vivre cette "contraction" avec son lot de "revenants", de rencontres improbables, de grands écarts dans le temps et dans l'espace. Faut-il simplement faire un peu de tourisme sans grande conséquence ou bien s'agit-il réellement d'intégrer ou de réintégrer dans sa vie des éléments qui en étaient sortis ou exclus jusqu'alors C'est bien là une question existentielle qui ne prend toute son importance que du fait de la réalité d'une certaine astrologie, laquelle, actuellement, se voit remplacée et refoulée par une autre.

            Deux astrologie, en effet, sont en présence : l'une, proserpinienne,  qui n'accepte que la cyclicité basique des mois et des saisons, du jour et de la nuit,  l'autre, plutonienne, qui introduit  une autre cyclicité pour une autre temporalité et c'est cette dernière qui seule mérite le nom d'astrologie.  Pour faire image, nous dirons que la lune devrait être rebaptisée Proserpine, tournant autour du soleil et Saturne, Pluton, tournant autour du quatuor étoilé.

 

JH

12. 10. 08

 

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