La démarche rétrospective de l'Astrologie.

 

par Jacques Halbronn

 

           

            La grande question qui se pose actuellement est la suivante : à quoi sert l'astrologie? On nous parle de l'astrologie comme d'un outil un peu comme on parlerait d'une loupe que l'on peut appliquer à tout et à n'importe quoi. L'"horoscope" serait-elle une sorte de rayon X, de microscope ou...de télescope permettant de voir plus en détail?  Il semble que de façon plus ou moins explicite, beaucoup d'astrologues perçoivent ainsi leur discipline : elle serait une sorte de lunette psychique faisant pendant à la lunette physique de l'astronome. 

            Pour notre part, un tel statut conféré à l'astrologie ne nous convient guère. Il convient de mieux préciser son objet : l'astrologie ne se réduit pas à un outil pas plus que l'astronomie, même si toute discipline a besoin d'outils.

            L'ère de l'astrologie, science bonne à tout faire, science de la synthèse, est révolue. On va enfin savoir de  quoi traite l'Astrologie ou plutôt de quoi elle devrait traiter. Pour l'heure, l'astrologie nous apparaît bel et bien comme une science à la dérive, sinon en perdition

            Disons  les choses  clairement et simplement,  une science est responsable du domaine qui est le sien et de nul autre. A elle de prouver, en revanche, que son domaine peut avoir des implications plus ou moins vastes et se révéler peu ou prou  incontournable. Mais que l'on n'aille pas juger l'astrologie dans un domaine qui n'est pas le sien du genre "mais vous n'aviez pas prévu tel résultat" alors que ce résultat  ne dépend pas de la seule astrologie!

            Fini le temps où  un André Barbault pouvait se contenter d'annoncer une échéance "importante", "grave" pour un pays donné. Cela supposait que l'Astrologie - mondiale mais cela valait en fait pour toute forme d'astrologie - avait à répondre de tout ce qui pouvait être "marquant" et surtout "mémorable", ce qui touche au problème bien aléatoire de ce qui reste dans la mémoire et qui est fonction de la culture générale.  C'était là une certaine idée de la visibilité de l'astrologie, laquelle aurait eu pour cahier de charges de ne pas manquer d'événement majeur et aux effets  déterminants pour l'avenir. Plus l'effet était ''gros" et moins l'astrologie aurait été excusable de ne pas l'avoir annoncé, pour une date donnée.

            On était là en plein empirisme! On ne sait pas ce que l'on cherche si ce n'est que cela doit être frappant. L'astrologie n'aurait pas eu une obligation de moyens mais de résultat.

            Il faut désormais tourner la page d'une telle approche de l'astrologie et prendre la peine de définir non seulement ses moyens mais son objet. Car en ce qui concerne ses moyens, on s'en doute, il s'agit des astres encore que là encore cela reste bien vague étant donné que par là on peut entendre toutes sortes de configurations de toutes sortes d'astres, C'était là, du coup; un peu vague! Tout ce qui se passe sur cette terre devrait s'expliquer au moyen de tout ce qui se passe dans le ciel: telle était, grosso modo, la devise de l'astrologue de la seconde moitié du XXe siècle.

            L'astrologie aurait ainsi été une science du mémorable, de ce que l'on retient, de ce qui sera conservé dans les mémoires. Si un événement est oublié, c'est qu'il n'était pas du ressort de l'astrologie....et vice versa. D'ailleurs, au XVIe siècle, dans la littérature pseudo-nostradamique, l'on trouve cet adjectif :

Prédictions des choses plus mémorables qui sont à advenir depuis cette présente année jusques à l'an 1585, lesquelles ont esté en grande diligence mises en lumière par M. Mich. Nostradamus le Jeune. Lyon, Benoît Rigaud, 1574

ou encore:

 

La prophétie merveilleuse, contenant au vray les choses plus mémorables qui sont à advenir, depuis ceste année 1590, iusques en l'année 1598, lesquelles n'ont esté encor mis en lumière. Là ou il est declaré les miseres & calamitez dont les Astres nous menacent, tant en ce Royaume de France, qu'Espagne, Italie, Allemagne, Angleterre, qu'autres lieux, iusques à la Fin du Triangle accomply. Ce qui s'est jà passé soubs le règne du grand Empereur Charlemaigne, & maintenant se prépare à nous donner un siècle & triangle nouveau. Le tout composé par M. Crespin Archiamus (sic), Astrologue du Roy. Paris, Pierre Ménier

 

Cette "tradition" se maintiendra au siècle suivant avec Pierre de Larivey, dans ses publications troyennes:

 

Prédictions et prognostications génèrales pour 19 ans des choses plus mémorables lesquelles nous sont dénoncées advenir par les révolutions, grandes conjonctions des plus haultes planètes, éclipses, comettes & autres météores depuis l'ab 1623 jusques à l'an 1641 , Troyes , Oudot

-  Prédiction et pronostication générale pour cinq années des choses plus mémorables. Lesquelles nous sont dénoncées (?) advenir par révolutions, grandes conjonctions des plus hautes planètes, éclipses, comètes et autres météores. Depuis l'an de grâce 1621 jusqu'à 1626 , Troyes , Jean Oudot

            L'astrologie aurait ainsi été chargée de prévoir les "choses les plus mémorables". On en est toujours là, quatre siècles plus tard, dans l'imaginaire des astrologues.

            L'idée d'ailleurs que l'astrologie a quelque chose à voir avec la mémoire n'est pas si absurde que cela à condition de comprendre que toute cyclicité  opère un travail de mémoire et que tout signal astrologique  excite notre mémoire. Certes, l'astrologie étudiera (voir notre étude sur l'anamnèse, in Grande Conjonction) le poids du passé sur notre comportement, sur nos orientations  et nos choix mais cela ne signifie pas que ce passé soit déterminé par les astres car cela voudrait dire que l'astrologie serait comptable de tout ce qui se passe dans le monde. En revanche, une fois que les choses ont eu lieu, quelle qu'en soit la cause, elles vont s'installer dans notre mémoire et c'est alors que l'astrologie sera concernée au regard d'une cyclicité du souvenir.

            Mais c'est tout autre chose que de déclarer que l'astrologie s'occupe de ce dont on se souviendra et qui n'est pas encore advenu. Nous dirons que l'astrologie telle que du moins nous la concevons appréhendera le poids de la mémoire mais elle n'aura pas à en gérer la chronologie factuelle mais plutôt une chronologie imaginaire, les souvenirs réapparaissant conjointement à certains moments alors qu'ils relèvent de périodes très différentes.

            . C'est là un impératif dont il est bon de se délester si par mémorable, l'on se réfère à la mémoire populaire. Que l'astrologie traite, en revanche, de choses qui ont été conservées dans des archives, dans des statistiques, cela est certain mais, avec le temps, cette connaissance est réservée, le plus souvent, aux spécialistes, aux historiens de métier et non à ceux dont la culture, c'est ce que l'on n'a pas oublié! Bien au contraire, l'astrologie a à voir avec l'anamnèse et si l'on admet qu'un individu a pu oublier des moments significatifs de son existence (voir notre texte sous ce titre, in Grande Conjonction), il en est ainsi également pour les sociétés.

            Pour notre part, nous proposons que l'astrologie soit désormais considérée non plus comme une science du mémorable mais comme une science de la mobilité, du mouvement -  au sein des sociétés, que ces phénomènes aient ou non laissé une trace indélébile dans la culture du citoyen ordinaire.

            Et une science, à notre sens, se situe dans le champ du quantitatif plutôt que du qualitatif. Or, il est plus facile de souvenir d'un fait saillant que d'une multitude de faits. Une hirondelle ne fait pas le printemps et un fait isolé peut relever du hasard, de quelque action à contretemps et décalée.  Sinon, n'importe qui pourrait invalider une loi par une initiative personnelle comme un assassinat. A grande échelle, il n'y a pas de trucage.

            L'astrologie serait  la science du " moment du  mouvement"  (du latin movimentum) -on notera que moment vient de mouvement, une sorte de sismographie sociale.

            .Le chercheur en astrologie n'aurait à répondre que sur ce créneau : quelque chose de significatif, d'inhabituel,  est-il à prévoir en matière de mouvement, c'est à dire de déplacement, de brassage, de dépassement des lignes, de désenclavement?

Et encore par inhabituel, il faut entendre par rapport à une période donnée qui serait marquée par un relâchement de la mobilité car ce qui est cyclique ne saurait être traité d'inhabituel puisque cela correspond à une nécessité, à une récurrence faisant partie du cours normal des choses, au regard, en tout cas, de la discipline considérée. On parlera de changement par rapport à un moment donné. Un changement apparemment imprévisible et d'ailleurs la prévision, quelque part, ne fait sens que parce qu'elle concerne ce qui pouvait sembler imprévisible pour un observateur non prévenu. Non pas que l'on ne s'y attendait pas mais que l'on ne savait pas quand cela aurait lieu : une prévision non datée avec une certaine précision, quant au début du processus ne fait ici guère sens. Quant à la fin d'un processus, elle est plus difficile à appréhender  car petites causes grands effets. Nous pensons, en effet, que l'astrologie doit se cantonner dans l'annonce du commencement du mouvement, de sa conception, pour emprunter une image  à la procréation -  plutôt que de son aboutissement.

            Nous ne croyons absolument pas  à une science du global et c'est là un positionnement qui doit être définitivement abandonné et qui relève d'une vision en quelque sorte féminine du monde, qui voudrait que l'important soit le chaînon ultime. L'épistémologie serait-elle sexuée? Si une "science" du global pouvait exister, cela ne serait, en tout état de cause, pas l'Astrologie.

            De quoi donc l'astrologue a-t-il à répondre, demandions-nous. De l"émergence à un moment donné d'une accélération sensible du mouvement des  hommes. C'est peu et c'est beaucoup. Précisons davantage  du mouvement de certains hommes (et de certaines femmes) qui se mettent en branle.(branle-bas de combat). Tout d'un coup, Un tel se mettra à s'agiter, à être pris d'une fringale de mouvement qui aura évidemment des conséquences pour autrui : que l'on pense de façon emblématique aux grands voyages d'un Marco Polo ou d'un Christophe Colomb ou d'une Jeanne d'Arc.... Mais laissons ces cas extrêmes et pensons simplement aux déplacements d'un responsable d'entreprise, de communauté.

            Il est relativement aisé de repérer; à ces moments là, de tels personnages car ils ne sont pas si nombreux que cela mais ils sortent en quelque sorte, soudainement, de leur hibernation et cela fait la différence. L'astrologie est la science de cette population particulière de gens pris périodiquement d'une mobilité qui a pour effet d'animer une société, dans tous les sens du terme. (Pays, entreprise, corporation). Certains de ces personnages seront plus doués que d'autres, feront preuve de plus d'élan et de puissance que d'autres. Dans certains groupes, ils manqueront à l'appel. Dans d'autres, ils seront en surplus.

            Insistons sur le point suivant: rien n'empêche quelqu'un de croire à tort que le temps est venu de prendre son bâton de pèlerin et de croire, prématurément, que c'est son heure. Il y a ainsi de fausses alertes ou alarmes. Il en est qui partent trop tôt ou trop tard. Ce seront des cas isolés car ce qui compte pour la recherche astrologique, c'est la masse critique, c'est l'ampleur des mouvements.

            Cela dit, l'astrologue peut tout à  fait se charger de l'un de ces personnages animés d'une cyclicité particulière et suivre son parcours. L'astrologue n'est pas censé, en effet, de s'occuper du "premier venu" comme c'est le cas actuellement. Car l'homme ordinaire n'intéresse la recherche astrologique qu'accessoirement, par ricochet.

            Nous dirons donc que l'astrologue ne s'occupe de tout ni de tout le monde. C'est un spécialiste d'une catégorie particulière de personnes dont l'importance stratégique pour l'Humanité ne saurait être exagérée et dont la gestion sera certainement une affaire cruciale dans les prochaines décennies : quant à leur détection, à leur répartition, à leur importation ou exportation.

            A-t-on d'ailleurs jamais vu un spécialiste ne pas avoir d'objet privilégié d'étude, s'intéresser à tout le monde? Si ce n'est que l'astrologue doit aussi être capable de diagnostiquer si telle personne est ou non concernée par l'astrologie et pouvoir  lui remettre un certificat dans un sens ou dans l'autre. C'"est dire que cet astrologue là ne sera  pas au chômage puisque c'est toute la population qui sera amenée à être recensée et diagnostiquée, sans que l'on puisse, cette fois, tenir compte de quelque date de naissance que l'on n'a plus qu'à passer à l'ordinateur...

            Comment procédera cet astrologue pour statuer dans un sens ou dans un autre? Il est clair que face à un enfant qui vient de naître, l'astrologue sera démuni sauf  si le moment de la consultation coïncide avec une configuration significative (dans notre système Saturne en conjonction avec l'une des 4 étoiles fixes royales). Etant donné que le tableau des conjonctions pourra être connu de tous, il  reviendra aux parents de veiller à observer si cela correspond à des changements remarquables dans le comportement de leur progéniture et d'aller voir l'astrologue, à partir d'un minimum d'observations.

            On aura compris que l'astrologie que nous préconisons devra fonctionner dans la transparence et dans l'apparence, c'est à dire offrir au public des tableaux aisément compréhensibles : rien à voir avec la cuisine astrologique actuelle qui est tout à fait hermétique, même et surtout quand l'astrologue se répand en explications.

 

           

JH

10. 10. 08

 

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