La fuite en avant de l'astropsychologie

 

par Jacques Halbronn

 

 

            L'idée générale qui semble dominer dans l'esprit de bien des astrologues c'est que peu importe le général dès lors que l'on traite du particulier, notamment par le biais du thème astral. C'est là commettre un contresens gravissime car le thème astral, dans le meilleur des cas, ne fait sens que sur des bases connues préalablement et qui, pour leur part,  ne dépendent pas de l'astrologie ou en tout cas pas seulement  Les astrologues tendent à esquiver un tel questionnement et après avoir volontiers concédé que ce serait préférable, en principe, n'en continuent pas moins comme si de rien n'était.. 

            On nous parle de thème fait à n'importe quel propos et qui nous décrirait ce qu'il faut en penser, qui nous permettrait d'avoir des choses à dire sur ce qui se passe. Mais imagine-t-on quelqu'un nous parlait de tel ou tel événement sans en situer le contexte non astrologique? Certains ont pensé que c'était possible, dès lors que l'astrologue se limite à des formules lapidaires, du type "c'est bon" ou  "c'est  mauvais!'. renvoyant ainsi le client au fonds du dossier à propos duquel le dit client devra se débrouiller.

            L'astrologie traiterait ainsi de la "fin" des choses alors que bien des points nous conduisent à penser que l'astrologie est là pour nous inciter à entreprendre, comme nous le rappelle l'interview donné par Rosine Bramly,  (à passer sur teleprovidence).

            Entrons dans le vif du sujet et abordons la question du masculin et du féminin dont certains astrologues s'imaginent que l'astrologie fournit tout ce qu'il y a à savoir ....Or, l'astrologue s'il devait s'en tenir à ce qu'en dit sa "science" en serait réduit à des représentations hyper schématiques : actif, passif,  solaire, lunaire; martien/vénusien ou bien à quelques clichés qui traînent partout sur les hommes et les femmes. Tout cela est bien insuffisant mais il est vrai que l'on peut se demander si les astrologues cherchent vraiment à clarifier le débat ou au contraire à le brouiller et à l'embrouiller. Pour ces astrologues, il s'agirait de "dépasser"  cette dialectique et l'astrologie serait la meilleure garante de la parité hommes-femmes, tous égaux devant le thème natal. C'est en cela que l'astrologie s'inscrirait, d'ailleurs, dans la modernité au même titre qu'en intégrant les astres les plus récemment découverts et baptisés. On est là dans un syndrome de fuite en avant, ce qui conduit à négliger les idées de cyclicité et de dualité qui sont, selon nous, le noyau dur de l'astrologie au  profit de la linéarité, de l'individualité.. On nous parle d'une astrologie de progrés, tant scientifique que social.

            Il serait bon de rééquilibrer, sérieusement, les choses- en rendant à César ce qui est à César-et en les replaçant à leur juste échelle, où les cas particuliers n'ont qu'un poids tout relatif, l'individu étant, en l'occurrence, un cas particulier dont le thème spécifique ne saurait  dispenser de le resituer au sein d'un ensemble plus vaste, tant au niveau du ou des grands cycles astraux qu'à celui de données anthropologiques incontournables et indispensables.

            Pour aider les astrologues à  mieux étayer leur travail, nous fournirons quelques modèles non astrologiques sur lesquels il leur sera loisible de broder et qui pourraient se révéler plus utiles que ce que le thème, en tant que tel, pourrait leur apporter. En effet,  si déjà l'on a bien compris ce qu'est un homme et ce qu'est une femme, l'on a déjà fait un grand pas dans la connaissance de soi-même et c'est peut-être,au bout du compte,ce que le client est venu chercher chez l'astrologue, tout simplement. Croit-on en effet que les gens soient si capables que cela à distinguer ce qui leur est propre en tant que membre d'un collectif et ce qui l'est à titre individuel, stricto sensu?. Ce serait vraiment  beaucoup s'avancer...

            Nous dirons que le masculin et le féminin - qu'on l'appelle animus et anima, soleil et lune,  yang et yin - est en rapport avec l'être et l'avoir et si l'astrologue développe cette problématique, nul doute qu'il n'intéresse son consultant, quitte à ce qu'il traduise, à son gré, selon des symboliques zodiacales ou planétaires.

            Cette dialectique de l'être et de l'avoir est aussi celle de la jeunesse et de la vieillesse et l'on se souvient de l'énigme du Sphinx qui présentait l'homme âgé se tenant sur un cinquième pied, à savoir son bâton, c'est à dire un apport extérieur à notre corps, c'est à dire à notre être. Plus nous vieillissons et plus les objets prennent de l'importance : lunettes, fauteuil (roulant), tout ce qui vient corriger des infirmités et les ravages du temps.

            Ce qui est dans le domaine de l'être, a contrario, c’est ce que nous avons développé ou intégré dans notre jeune âge, y compris ce que nous avons appris, comme le langage. Et  par la suite, nous serons redevables à de tels acquis de plus en plus anciens au point d'être plus à notre aise avec ce qui est "vieux" qu'avec ce qui est nouveau, le vieux étant ce que nous avons assimilé dans nos jeunes années....

            Au fur et à mesure que nous avançons en âge, notre "être" se révèle de moins en moins performant  - sauf chez certains personnages "saturniens royaux" (cf. nos textes in  grande-conjonction.org)- et nous cherchons  des compensations, des protections pour pallier nos faiblesses, ce qui correspond à une certaine richesse, à la possession de quelques biens, de nos "avoirs".  On paie pour ce que l'on avait avant pour rien, ne serait-ce que la présence d'une personne à laquelle on est attaché. Il  y  a là quelque forme de corruption quand l'avoir vient au secours de l'être ou du manque d'être. Avec l'âge, il arrive d'ailleurs que les fronts soient inversés: les femmes ne sont plus ouvertes au monde mais elles veulent qu'on les écoute, ce qui fausse leurs rapports aux hommes. Pygmalion n'est pas tant l'homme qui découvre la femme que la femme qui  incarne les valeurs de l'homme et en fait la promotion.

            Pour en revenir à nos moutons, nous dirons que le féminin nous semble plus correspondre à l'avoir et le masculin à l'être, ce qui rejaillit au niveau des valeurs : le vol d'un objet, la perte ou la dilapidation d'un bien seront ressentis plus péniblement par une femme que par un homme. Inversement, le fait de végéter, de ne rien produire par soi-même, pourra conduire un homme au suicide, ce qui expliquerait pourquoi les hommes vivent moins vieux en ce que la vieillesse ne correspond que rarement à un épanouissement de l'être. La famille, les enfants et les petits enfants relèvent de l'avoir, un avoir, un capital, auquel on s'attache et  que l'on peut perdre.

            Au niveau des relations entre un homme et une femme,  il est clair que ces problématiques devront être abordées avant même de considérer, si nécessaire,  les thèmes respectifs. C'est là un préalable dont beaucoup de clients se satisferont, d'ailleurs.

            Maintenant, si l'on voit une femme avec, dans son thème, des valeurs dites masculines, l'on pourra doser l'analyse en conséquence et vice versa. Mais ce n'est pas l'astrologie qui nous dit ce que sont intrinsèquement  les dites valeurs fondamentales. Certains astrologues pensent peut être que le distinguo entre hommes et femmes ne saurait être poussé si loin et qu'il n'y a pas de psychologie masculine ou féminine, mais seulement des individualités. Mais le débat est faussé dès lors que l'on ne recourt pas  à des définitions pertinentes du masculin et du féminin.

            Un autre clivage entre hommes et femmes tient au rôle des choix que l'on est prêt à faire. Il semble que les femmes soient plus aptes que les hommes à décider, à trier, à faire le deuil mais cela tient surtout au problème d'accumulation de tout ce que l'on a pu engranger au registre de l'avoir. A contrario,  s'il faut, pour certaines, exorciser le passé, il est bon, en revanche, d'aborder l'avenir, qui est le domaine de l'être, avec une approche multiple, en prévoyant toutes les éventualités, même les plus improbables. Là encore, il y a risque de conflit entre hommes et femmes. La femme tend à se battre avec son passé, qu'elle ressasse, avec  ses souvenirs qu'elle ne cesse d'évoquer inlassablement car l'énergie mémorielle dépensée est faible alors que l'homme affronte son avenir, qui est le prolongement, la poursuite, la continuation de son (à)  être, à devenir, ce qui implique de travailler avec sa mémoire vive, celle de l'instant et non en se contentant de réchauffé, d’infiniment répété et devenu si familier.

            Au niveau des relations entre homme et femmes, on attendra plus de l'être de l'homme et plus de l'avoir de la femme. Autrement dit, la femme est censée avoir accumulé à la façon d'un écureuil, pour l'hiver, elle est la fourni face à l'homme qui serait la cigale, qui a "dansé tout l'Eté". En revanche, l'homme doit avoir su préserver son être, une certaine dynamique psychique et physique  qui en fasse un individu intéressant par lui-même et non par ce qu'il possède. Avec l'âge, la complémentarité homme/femme prend davantage d'importance et de sens.

            Nous dirons que la femme sait s'entourer de compétences, recruter et employer les talents alors que l'homme est surtout en quête de sa propre progression. Les choses n'ont guère changé depuis un siècle de féminisme et de parité!  On a cru que le fait d'accéder aux commandes constituait une révolution prouvant la marge d'évolution de la femme. C'est là une erreur. Si commander, c'est savoir à qui s'adresser pour qu'une tâche s'accomplisse, les femmes ont toujours su s'y prendre. La femme est apte à transformer le plomb de la création masculine en l'or de la reconnaissance sociale, ce qui passe par la diffusion, la reproduction et donc par un certain revenu, c'est à dire un certain feed back matériel. La femme est une sorte d'athanor qui donne forme au germe masculin. Il lui faut pour cela être un récepteur doté de jugement, tant au niveau de la procréation que de la création. Or, l'on tend à minimiser le rôle du récepteur, ce qui fausse la dynamique de la dualité.

             Mais de là à parler d'une progression de la créativité féminine, il y aurait un grand pas à franchir et l'astrologie n’a pas vocation à nier la dualité bien qu'elle soit souvent tentée de remplacer la dite dualité par le système unisexe des 12 signes, tombant ainsi dans un niveau de différenciation bien plus accentué. Les élèves en astrologie apprennent en priorité à distinguer le sens de chaque signe et de chaque planète et à ne pas confondre les territoires respectifs.

            Dans le cours de la consultation astrologique, plutôt que de se fier à de telles catégories, nous conseillerons plutôt de travailler sur les fondamentaux que sont le masculin et le féminin, ce qui évitera à l'astrologue femme de plaquer, de projeter  ses valeurs sur ses clients hommes et vice versa. Le rôle de l'argent n'est notamment pas le même : pour la femme, il lui faut obtenir  des aides, par la séduction, mais  plus durablement  par l'argent puisque chez elle.  En revanche, pour l'homme, c'est l'appauvrissement intérieur qui est sa hantise et le fait de se faire remplacer ne l'excite pas, sauf en période de fléchissement et de dépression. Le capital de l'homme reste son savoir faire : du bricolage à l'écriture, du sexe au sport...

            En conclusion nous dirons que l'astrologie doit  respecter les grandes structures avant de se lancer dans des analyses plus fines, évitant ainsi de mettre la charrue devant les boeufs. Il  ne s'agit pas, pour autant, de renoncer à l'astrologie pour traiter du "macro" plutôt que du "micro" : en effet, si sur certains points, l'astrologie n'est pas prioritaire et doit laisser la préséance à la psycho-anthropologie, en revanche sur le plan cyclique, l'astrologie "mondiale" a son  mot à dire, à condition de ne pas "convertir" immédiatement les configurations astrale en "transits" en rapport avec le thème natal mais en les étudiant en tant que telles en ce que les dites configurations ont une valeur de signal général, ce qui nous amène à souligner à quel point nous dépendons de notre environnement et  à quel point nos questionnements individuels sont d'abord nourris des rapports que nous établissons avec le dit environnement.

            Trop d'astrologues, au lieu d'aller du général vers le particulier  font l'inverse: ils partent du particulier pour aller vers le général, c'est à dire le ciel, censé être le dénominateur commun. Pour eux, c'est l'individu qui est structuré par son thème alors que le Ciel est un ensemble qui n'est pas signifiant par lui-même. Pour nous, tout au contraire, c'est le monde qui est structuré et l'individu qui ne l'est pas. Tout dépend par quel bout de la lorgnette l'on regarde.... 

           

 

 

 

JH

 

19. 09. 08      

 

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