La galère de l'astrologie électorale

 

par  Jacques Halbronn

 

                        Notre découverte de l'astrologie a été quasi contemporaine de notre immersion dans les études de science politique, juridique et économique  tant en France qu'en Israël, dans les années 1965-1969. (Faculté de Droit Assas, Paris II, Institut d'Etude Politique, Université Hébraïque de Jérusalem). Ce qui nous permet de traiter de l'Astrologie sous l'angle du droit constitutionnel, des relations internationales et surtout autour de la notion d'Etat : l'Etat, ce Léviathan, selon la formue de Hobbes, qui se réveille périodiquement.

                        Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Parler de crise actuellement, c'est voir les choses du côté des adversaires de l'Etat. A contrario, la période actuelle que nous avions annoncée, est éminemment favorable à l'idée et à la réalité de l'Etat, à condition de comprendre ce mot dans  le sens non pas d'un pays donné (les "Etats Unis, l'Etat  hébreu) mais bien  d'une instance organisationnelle., comme dans le "Conseil d'Etat" ou le "Chef de l'Etat' voire dans les "Etats Généraux" ou "l'Etat Juif" (auquel nous avons consacré un ouvrage, en 2002, in "Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle", Feyzin,  Ed.Ramkat).

            Depuis quelques jours, l'on parle du retour de l'Etat et même le mot "nationalisation" signifie en réalité passage sous le contrôle de l'Etat, le terme nation étant inapproprié, au regard des deux sens du mot Etat (avec une majuscule). Disons même que la Nation est une idée bien différente de celle d'Etat et que la faiblesse de l'Etat peut renforcer ou être relayée par celle de Nation, comme en Pologne, au XIXe siècle, lors du partage de ce pays entre ses voisins.

            L'astrologie n'est pas foncièrement du côté de l'individu sinon en tant que citoyen et serait plutôt le vecteur d'une certaine élite administrative, et plus largement dirigeante.

            D'ailleurs, le système solaire  a été baptisé dans ce sens : avec d'un côté, les astres rapides (Lune, Soleil, Mercure, Vénus) dont la présence s'inscrit dans un temps "ordinaire", celui fixé par les mois (en anglais month à rapprocher de Moon, la Lune), les saisons, le temps au quotidien et de l'autre les astres (relativement) lents, découverts bien plus tard (Mars, Jupiter, Saturne).. Les noms de ces trois dieux est tout à fait emblématique d'une vision étatique par opposition à celle des marchands et des paysans. Mars, Jupiter et Saturne incarnent la caste des guerriers (ksatriyas)  et des prêtres (brahmanes).

            Les astrologues ont tort de mettre trop souvent ces deux groupes de planètes sur le même plan. Il y a une hiérarchie à respecter. Tout le monde a le droit de manger, de copuler, de procréer, de cultiver son lopin de terre, d'élever ses moutons. En revanche, il y a les hommes qui représentent le pouvoir, le "bras" séculier, l'autorité légale et l'on ne peut se faire justice à soi-même. Mars, ici, n'est pas la violence du mari qui bat sa femme mais celle de la hache ou de la guillotine, de la chaise électrique,  à la suite d'un jugement (exécution de Marie Stuart, de Charles Ier Stuart ou de Louis XVI ou de tel condamné à mort). Foin de cette astropsychologie qui veut faire de Mars l'expression de quelque pulsion de la psyché.  Il faut voir cette galerie de dieux comme le reflet de l'ordre social et c'est d'ailleurs le domaine même que nous assignons à l'astrologie, en tant que science de l'Etat, suivant en cela le juriste angevin de la fin du XVIe siècle, Jean Bodin, dans ses Six Livres de la République ou par Loys Le Roy, à la même époque.

            Rappelons que ce découpage du septénaire en deux camps est inhérente à la théorie des domiciles qui place globalement  lune, soleil,  Mercure et Vénus, deux dieux et deux déesses  du côté de l'Eté et du Printemps et  Mars, Jupiter et Saturne, trois acteurs masculins,  du côté de l'automne et de l'Hiver (voir nos études in Grande Conjonction). Le temps plus lent de cette troïka  correspond aux saisons qui permettent à l'Homme de s'émanciper de la Nature et d'inventer son propre ordre, passant de la loi de la Physique à la loi du Droit. C'est alors que l'Etat fait valoir ses droits pour garantir un certain rationnement.

. En cela, le Verseau, signe d'hiver, serait donc marqué par le poids de l'Etat. Avis aux partisans de l'Ere du Verseau! Le Feu symbolise le dit trio. Il est à l'opposé du Soleil et c'est un contresens d'associer le soleil au feu, le feu en étant le substitut, volé par Prométhée aux dieux, dit-on. Le feu permet aux hommes de s'éclairer, de se chauffer, de préparer des provisions, de forger  des armes. Pluton fait partie de cet ensemble et on pourrait le préférer à Saturne : son monde est celui de la pesée des âmes (la balance, premier signe de l'automne). Pluton est un personnage autrement plus important que Neptune. De nos jours, il devient de plus en plus difficile de penser les polarités: voilà donc des astrologues réjouis de voir que Vénus et Mars sont domiciliés aussi bien dans des signes de printemps que d'automne. Même dans ce domaine, la parité semble devoir prévaloir!

             En tout état de cause,  il ne faudrait pas perdre de vue la dualité que nous avons mise en évidence entre l'ancien monde solilunaire et le monde planétaire, découvert bien plus tard lorsque l'on apprit à distinguer entre planètes et étoiles fixes. Cela nous conduit à penser que ce serait un contresens de ne retenir qu'un emprunt à la mythologie que l'on pourrait poursuivre de nos jours. Nous pencherons désormais pour une autre analyse, à savoir que l'on aura traduit en termes mythologiques des concepts sociopolitiques et non l'inverse.

            La conjonction est  le signe d'un renforcement de la présence et de la pression étatique sur la société civile alors que la "disjonction"- quand la conjonction se dénoue - correspond à un certain relâchement : quand le chat n'est pas là, les souris dansent.. La notion d'empire est inséparable de celle d'Etat. Avec l'Empire, l’Etat abolit peu ou prou la Nation, il l'asservit. Un Etat peut se permettre d'être plurinational, ce qui lui permet de s'étendre indéfiniment.  Entre les revendications pangermaniques d'un Hitler et  les guerres napoléoniennes, il  y a une grande différence : l'Etat ne se connaît pas de limites ethniques, religieuses mais il  impose à tous un modèle juridique, constitutionnel supposé transcender les différences, le cas de l'Austro Hongrie correspond au triomphe de l'Etat, jusqu'à la première guerre mondiale. Le XXe siècle aura été fatal pour les empires entre 1918 et 1989, et notamment pour les empires coloniaux mais il a aussi vu naître l'Union Européenne dans les années Cinquante, qui est incontestablement un Empire. Il n'en reste pas moins que l'idée d'Etat a décliné au siècle dernier sans qu'il faille y chercher une raison astrologique si ce n'est que les disjonctions ont eu  des effets destructeurs qui auraient probablement pu être évités par une meilleure conscience des cycles. Il reste qu'en cette première décennie du XXIe siècle, l'idée d'Etat, tel un Léviathan, se rappelle à notre attention et notamment autour de la pratique des nationalisations ( voir l'article "The United States of France", par Bill Saporito, Time, n° (anti)daté du  6 octobre 2008, p. 37), c'est à dire du passage de sociétés sous le joug et le contrôle de l'Etat et notamment dans les pays anglo-saxons qui semblaient pourtant être aux antipodes d'une telle solution (Bush, Gordon Brown).. qui fut au coeur du débat politique français à la fin des années Soixante-dix, du moins à gauche. Les trois Etats du Benelux ont décidé, en cette fin septembre, de prendre le contrôle, de la banque Fortis, pour des milliards de dollars. L'Etat redevient plus que jamais Providence. Le retour de Saturne, c'est le come back de l'Etat qui nationalise à tout va non pas par idéologie, comme sous Mitterrand, en 1981,  mais par nécessité.

            Il ne faudrait donc pas se précipiter en parlant de "crise", du moins si l'on est astrologue car ces événements viennent renforcer le crédit de l'astrologie, du moins chez ceux qui en avaient, comme nous, saisi la véritable vocation et parce que l'astrologue est historiquement au service de l'Etat, il devrait en être un des fonctionnaires, bien plus encore que l'astronome qui depuis 1666 est pensionné par l'Etat, avec la fondation de l'Observatoire Royal. C'est en cela que 1666 est une date mémorable et non pas du fait de la création de l'Académie des Sciences par Colbert.  Dès lors, l'astrologue va devoir vivre en dehors de l'Etat. Rappelons que l'astrologue  Jean-Baptiste Morin de Villefranche était Professeur au Collège Royal (notre actuel Collège de France). L'astrologue est en tout cas un gardien de l'Etat, il peut le protéger contre certains soubresauts liés à la cyclicité, faire prendre des mesures préventives en phase de disjonction, à la façon de Joseph conseillant le Pharaon, c'est à dire le chef de l'Etat égyptien, dans la Bible.(Sept Vaches pour sept années et c'est précisément l'intervalle de 7 ans qui s'avère déterminant dans notre approche saturnocentrique (cf nos études in Grande Conjonction)

            En tant qu'historien de l'astrologie et du prophétisme,  l"âge d'or de l'astrologie en Europe, notamment, a correspondu à une période où l'astrologue était proche du pouvoir, comme en 1638 lors de la naissance du fils de Louis XIII, le futur Louis XIV) même si pour notre part nous n'attachons guère d'importance à l'astrologie généthliaque. La théorie des grandes conjonctions (Jupiter-Saturne, tous les 20 ans) apparaissait comme une référence significative et familière de tous ceux qui s'intéressaient à la chose politique, à la res publica. Les guerres civiles contribuèrent au discrédit de l'astrologie en France laquelle se mit parfois au service des ennemis de l'Etat (Ligue, Fronde, fin XVIe-milieu XVIIe siècles). Autrement dit, l'astrologie, selon nous, sera étatisée au XXIe siècle ou ne sera plus. Soit, en effet, elle deviendra un élément du Droit, soit elle sera déclarée hors la loi, comme un contre-pouvoir, favorisant de facto le désordre et l'individualisme outrancier. Bien plus, et c'est là l'ancien étudiant en droit constitutionnel qui parle, l'on peut s'attendre à ce que la date des élections soit par la suite déterminée selon le grand cycle conjonctionnel de Saturne-quatre étoiles car il est ridicule et même dangereux de fixer n'importe comment le calendrier électoral  car cela met les Etats en porte à faux avec la vraie  réalité cyclique en lui substituant une cyclicité constitutionnelle ne reposant sur rien de solide. On ne saurait exagérer l'influence pernicieuse du système électoral sur le statut de l'astrologie et il n'est peut être pas fortuit d'avoir à constater que l'astrologie a décliné avec  la place toujours croissante du calendrier électoral. La IVe République (1946-1958) aura constitué un terrain d'investigation astrologique beaucoup plus excitant que notre Ve République et André Barbault en fut un observateur attentif. De nos jours, tout est verrouillé et rien d'important ne peut se passer entre les élections sauf dans le cas d'une dissolution comme en 1997, avec Alain Juppé,  ou d'une mort comme en 1974, avec Pompidou. Bien pis, ces dates d'élection s'imposent au travail de l'astrologue et créent une fausse évenementialité qui conduit à engager la recherche vers des systèmes de plus en plus opaques. Les astrologues sont tombés dans le panneau et ils ont cru devoir ajuster leurs prévisions sur le dit calendrier lequel fausse le jeu, d'autant que la mémoire collective retient  les dites dates d'élection. Il nous semble que l'astrologie devrait précisément rechercher d'autres dates à expliciter que celles directement liées, en tel ou tel pays, à la fin d'un mandat politique. Rappelons aussi qu'en toute circonstance, il y a toujours un gagnant et un perdant, ne serait-ce que d'un cheveu et que l'astrologie n'a certainement pas à monter dans une telle galère! Nous ne croyons pas en une astrologie qui puise décider d''un demi-point de différence entre deux candidats sur des millions de voix! Certains prétendent que l'astrologie serait capable de "prévoit " un ressenti, au final, c'est en faire carrément une mancie car l'astrologie peut traiter du commencement des choses, de l'existence d'un processus mais non du fait qu'il ne rencontrera pas des forces non astrologiques sur son chemin, même s'"il est tentant de rechercher ces forces dans le thème, ce contre quoi nous nous élevons. Il semble que le terrain économique et militaire soit plus significatif pour l'astrologie que celui des élections qui relève de ce que nous appelons une astrologie d'état civil, qui a le mérite de fournir des dates certifiées mais le plus souvent artificielles, factices, dictées par certaines commodités administratives, celle de celui qui cherche dans un endroit éclairé ce qu'il a perdu dans un endroit qui ne l'est pas....

             Il y a encore trop d'astrologues qui continuent à croire, en leur for intérieur, prisonniers de la mythologie de leur engouement initial,  que l'astrologie a son mot à dire sur tout et sur n'importe quo - ce serait même là la marque d'un "vrai croyant", et qui, non sans un certain cynisme, mettent ces excès sur le dos de leurs clients...

            Que l'astrologie doive se mettre prioritairement au service de l'Etat nous semble désormais une évidence. Rappelons d'ailleurs que nous sommes le fils d'un haut fonctionnaire au Ministère de l'Agriculture, chargé de la question des céréales au niveau national (ONIC)

            Pour nous l'astrologie est  incontournable pour maîtriser les Léviathans étatiques. Non seulement pour les renforcer mais aussi pour les inciter, à certains moments, à lâcher du lest pour ne pas risquer de tout perdre.

            Que par ailleurs, puisse exister une astrologie individuelle, que nous préférons qualifier d'astromancie, pourquoi pas mais que l'on ne se comporte pas comme la mère ayant perdu son enfant face à celle qui l'a gardé et qui, devant Salomon, préfère que l'on coupe l'enfant survivant en deux, comme le propose malicieusement le roi,  plutôt que de le laisser vivre. Que l'astrologie individuelle cesse de pratiquer une politique du tout ou rien et comprenne la nécessité d'une "astrologie d'Etat", certes plus limitée et minimale que celle dont elle est porteuse. Ne sacrifions pas toute l'astrologie au prétexte que celle qui nous est chère n'est pas viable.....

            Les astrologues ont souvent beau jeu de se moquer de l'astrologie "grand public" voire de l'astrologie mondiale qui se fait entendre sur la place publique. Leur principal argument est que les individus ne sont pas réductibles, tant dans leur psychisme que dans leur vie, à des schémas aussi simples, qui pourtant se prêtent mieux aux statistiques. Mais l'astrologie a-t-elle véritablement vocation à traiter des individus  et non pas plutôt de l'Etat? That is the question:!

 

 

JH

28. 09. 08

 

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