La guerre des astrologies

 

par Jacques Halbronn

 

            Les points communs entre le monde de l'astrologie et celui de la Bible sont assez frappants. Quand on interroge des astrologues, ils nous parlent de leur façon de percevoir le corpus astrologique et quand on parle à des "judéo-chrétiens", ils abordent inévitablement l'interprétation des "Ecritures".

            Mais la comparaison ne s'arrête pas là.  Il nous semble en effet que le clivage entre Ancien et Nouveau Testament n'est pas absent du débat autour de l'Astrologie et qu'il s'est passé dans l'histoire de l'Astrologie la même chose qui est attestée dans celle du Judéo-christianisme, à savoir la question du renouveau, du renouvellement et le passage d'une religion limitée à une ethnie, à une élite,  à une dimension se voulant plus universelle et somme toute plus démocratique.

            L'on pourrait d'ailleurs poursuivre la comparaison en rappelant le passage du polythéisme au monothéisme qui se retrouve dans le débat actuel entre monoplanétarisme et polyplanétarisme, que nous animons. On sait qu'Abraham avait fui le culte polythéiste. Nous avons donc là trois strates: préjudaïque, judaïque et post-judaïque.

            Certes, l'astrologie, de nos jours, ne se présente pas comme une religion, ni même comme un mode de vie mais le plus souvent comme un "outil", propre à une certaine profession. Il est étonnant de noter que des mots comme "pratique", comme '"profession" peuvent revêtir une connotation religieuse: on parle de profession de foi, de pratiquant sinon de praticien dans le champ du religieux.

            En tant qu'étant de confession juive, il semblerait qu'instinctivement, nous tendions à nous méfier et à nous défier de toute idée de "nouveauté" qui remettrait en question l'alliance originelle. L'expression même de "Nouveau Testament" sonne mal à l'oreille juive.

            Or, la tendance de l'astrologie contemporaine a des relents néotestamentaires qui font probablement écho pour la psyché chrétienne même si les arguments scientifiques sont mis en avant par ses tenants. De nouvelles planètes n'annonceraient-elles pas des temps nouveaux sinon la fin des temps? Il y a chez nos modernes astrologues des intonations mystiques quand ils nous parlent de ces astres nouvellement baptisés par la main supposée innocente sinon infaillible des astronomes.

            Force est de constater, au vrai, que l'astrologie moderne nous apparaît comme plus proche du polythéisme que du monothéisme, du  fait précisément de la diversité des dieux et des hommes qui en serait le corollaire.

            Pour notre part, au contraire, l'astrologie doit renouer avec le monothéisme, c'est à dire avec le principe d'une planète unique, un peu comme le pouce face aux quatre doigts de la main. (cf. nos travaux sur Grande-conjonction)

            Mais elle doit aussi, renouer avec l'idée d'une certaine élite qui serait seule apte à se connecter avec les signaux célestes,  constituant en quelque sorte une caste de prêtres, ce que refuse radicalement l'astrologie moderne laquelle prône le thème astral pour tous et qui dénie à  quelques privilégiés une certaine exclusivité. Il y a là une attitude viscéralement chrétienne dans cette affirmation d'une humanité une et non hiérarchisée et qui en quelque sorte, aurait pris le relais de la dite caste, celle des Juifs de naissance.

            Mais ce faisant, cette astrologie nouvelle  exigerait une omniprésence du ciel, une "continuité" de sa vigilance, ce qui est contraire à l'idée de cyclicité, de repos périodique de Dieu, donc du Ciel, tel que rappelé dans le récit de la Création comme dans le commandement du Sabbat, du septième jour.

            Clivage qui perdure-malgré un propos syncrétique qui ne veut pas voir la contradiction - entre astrologie généthliaque et astrologie mondiale.

            Deux astrologies nous semblent s'opposer et se confronter: celle d'une astrologie focalisée sur le dieu royal qui domine et  totalise tous les autres dieux (Mardouk, Zeus, Jupiter, Jéhovah) et qui prône une cyclicité totalement dépouillée et réduite à la course de Saturne rencontrant successivement  les quatre composantes du sphinx et divisant le temps en phases de 7 ans comme dans le Songe de Pharaon interprété par Joseph  et ne concernant que quelques élus qui transmettront l'énergie au reste du monde et celle d'une astrologie ouverte à tous et se complaisant dans un cosmos bariolé et multiforme, proche d'un certain paganisme dionysiaque.

            D'un côté une astrologie moderne qui veut que l'astrologie soit l'expression d'une énergie universelle dans laquelle les hommes seraient immergés de toute éternité et de l'autre l'astrologie que nous préconisons qui  affirme que l'astrologie est l'oeuvre des humains qui ont structuré le ciel à leur guise, le faisant passer de la continuité  à la discontinuité, d'un temps court ou incommensurable à un temps intermédiaire, qui se veut au delà de celui dicté par le soleil et la lune, et en deçà du temps stellaire, à savoir  le temps planétaire, stricto sensu, celui incarne par Mars, Jupiter et Saturne entre lesquels il fallut choisir.

            Etrangement, ces deux astrologies flirtent avec la Science, chacune à sa manière: l'astrologie moderne en  fétichisant l'astronomie en toutes ses manifestations, jusqu'aux plus aléatoires et l'autre, notre astrologie '"quatre étoiles", qui s'appuie sur l'anthropologie en affirmant que les hommes d'autrefois étaient dotés d'une extraordinaire créativité sociale qui a permis à l'humanité de progresser, au prix de contraintes "religieuses" très fortes.       Le XXIe siècle tranchera probablement entre ces deux écoles.

 

JH

10. 09. 08

 

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