Encyclopaedia Astrologica

 

 

 

 

Le rythme de vie selon l'Astrologie

 

 

par  Jacques Halbronn  (CSAF)

 

 

            Depuis quelque temps, nous entendons des exposés, chez Didier Geslain, à l'association Source ou au Colloque du RAO du 25 octobre, consacrés à la crise...

            Nous y trouvons le  même défaut, à savoir  un certain manque de perspective, c'est à dire une difficulté à situer ce qui se passe sur  deux ou trois ans.

            Tout se passe, en effet, comme si les modèles utilisés par les astrologues, notamment en mondiale, étaient inadéquats et disons le disproportionnés.

            C'est ainsi que l'on veut nous expliquer ce qui se passe actuellement par des phénomènes "lourds", comme l'entrée de Pluton en Capricorne, comme tel aspect se reproduisant à  intervalles relativement éloignés.

            Certes, nous sommes sous le choc de ce qui se passe en ce moment mais les astrologues auront bonne mine si, sous peu,  on en arrive à un nouvel ordre qui sera à l'opposé d'une cacophonie, bref s'ils ne parviennent pas à nous dire quel est le sens - dans toutes les acceptions du terme- de ce à quoi nous assistons si tant est que l'on sache de quoi il s'agit justement.

            A force de nous  déclarer, urbi et orbi,  que l'astrologie est dans le global, dans la synthèse, dans le reflet du miroir,  on peut se demander vraiment si elle ne fait pas qu'épouser le ressenti immédiat voire l'amplifier considérablement voire démesurément....Or, est-ce ce que l'on ait en droit d'attendre d'elle?

            Notre impression est que les astrologues actuels sont à la dérive, qu'ils ne font qu'accompagner l'actualité par un effet grossissant. Ils nous mentionnent certains événements comparables mais ils feraient aussi bien de nous signaler des événements de nature opposée, pour que l'on s'y retrouve et que l'on puisse noter que les configurations sont alors tout autres.!

            Il faut d'abord raison garder : quand on nous dit qu'il n'y aura pas de conjonction majeure  d'ici 2020, avec Jupiter  Saturne -Pluton  à la fin du capricorne, on se dit que quelque chose ne tourne pas rond.

            Peut-être est-ce l'heure de vérité pour l'astrologie contemporaine de repenser les vecteurs composant son arsenal et dont les étoiles fixes sont exclues, bannies...Dire que dans les 12 prochaines années, il n'y aura pas de conjonction des planétes à partir de Jupiter, c'est faire preuve d'une certaine dose d'irresponsabilité! Rappelons que la conjonction est la chose la plus facile à détecter  dans les éphémérides, que cela frappe immédiatement le regard.

            Annoncer un temps aussi long d'absence de conjonction, sans remettre en question le modèle utilisé, c'est se condamner à minimiser le rôle des conjonctions qui sont une force capitale de recentrage et de rapprochement ou bien c'est annoncer une période prolongée de division, d'éclatement, de repli de chaque entité politique ou autre, sur elle-même.

            C'est d'ailleurs toute la faiblesse de l'indice de concentration planétaire préconisé par André Barbault, il y a 40 ans, à savoir qu'il ne comporte une régularité cyclique, avec des intervalles réguliers. Certes, le XXe siècle, dans les années Soixante, avec ses Deux guerres mondiales donnait-il un sentiment de répétition et il était tentant d'étayer cette répétition au moyen de quelque modèle astrologique. Mais une telle cyclicité était une cyclicité de synthèse, dont les composantes planétaires étaient en partie interchangeables à la façon des cabalistes rapprochant des mots différents mais totalisant, par leurs lettres,  la même valeur numérique.(guématrie)

            Ce qui, selon nous, devra être l'image de marque de l'astrologie, dans la prochaine décennie du XXIe siècle, sera une cyclicité rigoureuse, axée sur  un nombre très réduit de facteurs et imprimant un rythme d'horloge à l'Humanité.

            Certes, au niveau des souvenirs scolaires, l'on est forcément victime de télescopages (mot utilisé par comparaison avec un télescope que l'on replie) qui nous font sauter bien des étapes, bien des stades. Les astrologues adorent disserter sur le long terme et jouer aux historiens de la "longue durée". Mais c'est selon nous, un leurre et il vaut mieux laisser un tel exercice aux non astrologues et investir une temporalité plus modeste.

            L'a "morale" de l'astrologie devrait être, bien plutôt, le moyen terme, celui du temps politique de nos démocraties électives. C'est à  cette échelle de quelques années que se situent, selon nous, les retournements dont l'astrologie est vouée à rendre compte.

            Ce qu'on attend des astrologues, en vérité, n'est pas qu'ils nous expliquent ce qui se passe ici et maintenant, dans l'immédiat, mais ce qui va se passer dans les toutes prochaines années, ce qui nous évite de nous installer dans de trop longues périodes -comme on est parfois tenté de le faire en astrologie indienne, avec les dasas dont chacun, tour à tour, est  marqué par une planète donnée. Le cas de Pluton en Capricorne est la plus grosse énormité - dans tous les sens du terme - que l'on puisse concevoir : car cela signifie qu'il n'y aura pas  de revirement jusqu'au passage de Pluton en verseau, donc pas avant la troisième décennie du XXIe siècle..

            Certes,  quand on regarde le cours de l'Histoire, l'on peut être tenté de s'arrêter sur des événements particulièrement mémorables et frappants.  Mais  il est des échéances astrologiques qui  ont le même profil mais pas les mêmes effets dramatiques. Or, ce qui devrait intéresser l'astrologue, c'est le profil et non l'effet "final" - ou soi disant tel - sinon l'on bascule dans une forme de prévision de mauvais aloi que d'aucuns ont raison de dénoncer. Or, en astrologie, rien n'est jamais terminé et il y a toujours des rebondissements et c'est cela que l'astrologie doit  revendiquer : annoncer des changements survenant  plus tôt que prévu.

            Il y a là un obstacle épistémologique qu'il nous faut souligner et signaler : si la prévision astrologique n'est pas très précisément circonscrite dans le temps, cela devient du n'importe quoi puisque sur un certain laps de temps, il peut se passer une chose et son contraire, selon la cyclicité astrologique que nous préconisons. On a donc toujours raison si l'on reste dans le vague d'autant que l'on sort toujours de A pour aller vers B et de B pour aller vers A, quel que soit le contenu assigné à A et B,  dans un aller-retour permanent. Autant dire que A et B coexistent en permanence; Imaginons quelqu'un devant sa porte: entre-t-il chez lui ou sort-il de chez lui? Ce n'est quand même pas la même chose! C'est à l'astrologue de nous dire ce qui est en train de se passer, sans tomber dans une quelconque dérive divinatoire.

            Il est vrai que, question temps, nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne (cf. nos études sur Grande Conjonction).Il y a ceux qui fonctionnent sur une cyclicité longue, en quelque sorte "au ralenti" et dans ce cas, l'astrologue a les moyens de "placer" sa prévision et il prend le risque d'être démenti par les faits si l'orientation des choses contredit son pronostic. :il y  a là une possibilité de falsifiabilité (Popper)

            Mais il y  a aussi des gens, des "lunaires" (des "lunatiques" pour parler franglais) à qui il arrive des tas de choses en très peu de temps. C'est une manne pour les astrologues! Car quel que soit le pronostic, il se vérifiera sous peu, pourvu que l'on accorde une petite marge de temps de quelques jours voire de quelques heures.

            Le problème est bien là : il est impératif pour l'astrologue de déterminer le rythme de vie de ses interlocuteurs. Nous distinguons fondamentalement deux catégories: les Mercuro- vénusiens qui vivent toutes sortes de micro-événements les faisant passer d'une humeur à une autre,  en un rien de temps, vivant intensément chaque instant d'euphorie ou de déprime. Cette population marquée par la famille des astres les plus rapides (Lune-Soleil-Mercure-Vénus) est fortement marquée par ce que nous appelons le monde de l'avoir, de ce qui se gagne et de ce qui se perd et le plus souvent cela tient au hasard même si l'on n'y croit pas, c'est à dire que cela arrive de façon imprévue et imprévisible. L'on comprend que ce type de personnes soit sensible à l'horoscope quotidien, qu'elle soit persuadée que les jours, sinon les heures, se suivent mais ne se ressemblent pas. Disons le tout nettement, l'astrologue y trouve là son pain bénit tant il a affaire à des gens sur qui pleuvent en continu toutes sortes de ressentis  vécus au jour le jour. Mais il s’épuiserait, cet astrologue, à suivre les méandres de l'humeur de tels clients lesquels d'ailleurs préférent être leur propre astrologue; on n'est jamais si bien servi que par soi-même....

            A l'opposé de cette famille  "speed", on a une autre famille qui tend à survoler le quotidien et qui a une toute autre conception de l'événementiel, liée davantage à un aboutissement de longue haleine d'une action entreprise et poursuivie. Nous dirons que ces clients là se situent dans le registre de l'être, et que leur principale préoccupation est que leur action avorte, soit détournée, pervertie. Cette famille jupitéro-martienne (mais aussi saturnienne voire stellaire) ne croit guère au hasard et n'attend pas de "cadeau" du ciel. Elle  entend avant tout à réussir ce qui a été entrepris ou en tout cas à entreprendre avant même tout espérance certaine.  Autrement dit, ce que ces clients attendent ne se disperse pas dans tous les sens : la question posée sera parfois unique: est-ce que mon projet va  se concrétiser et aboutir, comme on le dirait d'une naissance menée ou non à son terme. Le type Mars-Jupiter est "enceint" de ce qu'il porte en lui.  Ce type de personne ne veut pas être détournée de ses objectifs, craint la tentation des Délices de Capoue, qui lui ferait perdre de vue ses vrais enjeux.

            On aura compris que dans les deux cas, nous avons affaire à un temps relativement court, qui va de quelques jours à quelques années qui ne sauraient dépasser sept ans avec des  points critiques qui se situent autour d'une demi-semaine d'années, soit 3 ans 1/2.

            La question est de savoir s'il existe ou non une troisième famille - comme le pensent les astrologues conditionalistes avec le groupe T, le "troisième homme" du système RET, s'il existe, en astrologie -à la différence de l'astronomie- un troisième type de rythme qui correspondrait aux transsaturniennes  et dont l'Astrologie Mondiale actuelle semble ne pas pouvoir/vouloir se passer.  Pour notre part, la réponse est carrément négative!

            Autrement dit, les transsaturniennes n'ont rien à faire en Astrologie! Michel Gauquelin - dont il convient certes de réinterpréter les  résultats statistiques (voir nos études sur Grande Conjonction)- le confirme, avec une totale absence d'effets au delà de Saturne.

            On ne se lassera pas de dénoncer  les effets pervers du recours à ces invisibles qui ne nous sont connues que depuis si peu de temps et encore pas à l'oeil nu, donc pas dans la continuité mais de façon ponctuelle et artificielle.  Ces planètes qui dépassent totalement la durée de vie humaine, à l'exception d'Uranus mais le cycle d'Uranus n'est pas récurrent : on ne le vit qu'une fois à la différence de celui de Saturne qui est quasiment  trois fois plus rapide.  Ces planètes lentes risquent fort d'hypothéquer le discours de l'astrologie mondiale de par leur lourdeur de mouvement, de par la rareté relative de leurs aspects, ce qui conduit à les combiner entre elles avec pour résultat l'impossibilité de déterminer une cyclicité globale régulière : la diversité des cycles tue la cyclicité:

            Certes, selon une certaine lecture d' l'Histoire, l'on pourrait être tenté de recourir au trio Uranus-Neptune-Pluton -et pourquoi pas des ères précessionnelles, chères au regrette Jean-Charles Pichon qui subdivisait chaque ère en 12 périodes "zodiacales" - pour coller avec certaines représentations historiques. Nous conseillons aux astrologues de prendre leurs distances par rapport à de tels macro-découpages qui ne les mèneront nulle part et qui dénatureront l'astrologie: c'est là un cadeau empoisonné!

            Que l'astrologie travaille sur le très court terme lunaire ou sur le moyen terme saturnien mais qu'elle se sépare du long terme  neptuno-plutonien. Car si rétrospectivement, l'on peut s'évertuer à faire ressortir des lignes de force dans la longue durée, il ne faut pas oublier la part du contingent dans de tels effets. Dès que l'on passe au prévisionnel immédiat, il ne s'agit plus du tout de cela. L'astrologue n'est pas là pour nous dire comment les hommes des prochains siècles percevront notre époque -selon des critères qui sont d'ailleurs parfaitement imprévisibles- mais bien pour nous parler de son vrai "métier" qui est celui d'une cyclicité du moyen terme. Très franchement, une périodicité de 36 ans comme celle qu'a proposée André Barbault, à partir du cycle Saturne-Neptune, ne fait pas sens astrologiquement pour nous. Elle est beaucoup trop longue et donne une fausse image de la rythmicité de l'Histoire.

            Nous dirons que l'astrologie doit se garder, pour paraphraser Blaise Pascal,  de deux infinis : l'infiniment court qui nous renvoie à la micro-prévision, à l'infiniment petit  lunaire - qui flirte inévitablement avec  un infra-astrologique et l'infiniment long qui relève d'un supra-astrologique  cher à un Paul Le Cour.

             On a là trois métiers différents : l'horoscope des journaux, -quotidien, hebdomadaire, mensuel qui rassure les "lunaires" sur la normalité de  leur instabilité psychique, les grandes fresques historiques qui ne font que singer les travaux des économistes, des démographes et des climatologues et  last but not least, l'astrologie du collectif, qui est celle des planétes visibles et circulant plus vite que le soleil/la terre et qui est très certainement le noyau dur de l'astrologie, son épine dorsale..

            Nous préconisions, in fine, un seul et unique indice allant de 1 à 100 et calculé sur le seul étalon saturnien. L'unité de temps en astrologie est de 7 ans car cet indice parvient à 100 à ce rythme. Et nous pensons que cet indice peut et doit être très largement diffusé auprès des décideurs et n'exige pas de passer par des astrologues qui ne seraient qu'astrologues ou qui prétendraient discourir sur tous les sujets....Cet indice ne fait sens que pour des gens qui sont sur le terrain et ne perçoivent les choses ni par à coup, au travers de la presse, ni     de façon par trop schématique en travaillant sur des décennies voire des siècles.  La mémoire du moyen terme est justement celle qui est véritablement à  la mesure de l'Humanité, laquelle n'est pas réduite à vivre au jour le jour ni à s'inscrire dans une temporalité qui la dépasse et l'écrase.

            Le thème astral nous apparaît comme un microscope, il induit la personne à s'intéresser à de micro-événements, ouvrant ainsi une boîte à Pandore en ce qu'à ce niveau,  l'on bascule dans l'infinitésimal, dans un monde où il faudrait pour bien faire utiliser une unité de mesure extrêmement fine mais aussi que notre mémoire soit en mesure d'en capter le détail, au delà de l'instant présent. Dans ce domaine aussi crépusculaire, l'astrologue et son client  ne peuvent qu'errer.     

 

JH

30. 10. 08

 

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