Les Accords de Munich (1938), une date disjonctionnelle

 

par  Jacques Halbronn

 

 

            Une soixantaine d'années avant la fin du mur de Berlin (1989),  le 30 septembre 1938, furent signés des accords entre l'Allemagne, la vaincue de la Première Guerre  Mondiale et la France et l'Angleterre, les vainqueurs qui imposèrent le Traité de Versailles, dont une des conséquences fut la création de la Tchécoslovaquie.

            Selon la méthode que nous avons préconisée  (cf. Grande Conjonction), il ne faut jamais perdre de vue le passé pour comprendre le futur.  Rétrospectivement,  l'on pourrait être tenté de présenter l'Allemagne comme l'homme fort de l'Europe, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Mais c'est là une illusion et la force de l'Allemagne n'était qu'une apparence, due surtout à la faiblesse des  deux grands empires coloniaux que s'étaient constitués respectivement la France et la Grande Bretagne.

            Pour l'astrologue "4 étoiles",  fin  Septembre 1938 voit Saturne à 15° Bélier, rétrograde, position disjonctionnelle typique, impliquant un certain sommeil des grandes puissances, comme en 1989, l'URSS était vouée à une certaine impuissance, avec un Saturne à 10° capricorne, le 9 novembre,  avec la fin du mur de Berlin position analogue à 15° bélier, en astrologie 4 Etoiles. La disjonction est une victoire souvent éphémère du pot de t  erre contre le pot de fer.

            Pour l'astrologie 4 étoiles, ces deux événements ne relèvent pas d'un déterminisme astrologique, d'une nécessité structurelle, mais d'un certain vide, d'une "vacance" qui aurait pu n'avoir que peu d'effets si certaines précautions avaient été prises ou si certaines occasions n'avaient pas été saisies. Phénomène en cela fort différent des conjonctions qui correspondent à une conjonctionalité vitale. La disjonction est liée à des faiblesses, la conjonction à des forces.

            Il y a là une approche de l'Histoire assez  novatrice et  c'est l'occasion de souligner le fait que l'astrologie ne saurait se contenter d'un bagage historique de seconde main et qui serait reçu tel quel.  Il n'y a pas d'astrologie mondiale digne de ce nom sans une certaine philosophie et épistémologie de l'Histoire.

            Selon nous,  le diagnostic astrologique doit se situer dans une certaine durée et nous rappellerons que pour nous l'astrologie est l'étude de la dynamique des  forces  portées par la conjonction Saturne 4 étoiles. Il va de soi que lorsque cette dynamique fléchit, cela laisse le champ libre à d'autres forces de moindre potentiel.

            D'ailleurs, dès que la conjonction Saturne 4 Etoiles va se reformer, l'Allemagne sera de moins en moins capable de l'emporter, cela correspond à l'approche de Saturne de l'étoile Aldébaran, à 8° Gémeaux.  De Gaulle d'ailleurs avait compris la situation dès son discours du 18 juin 1940 :

"Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

"Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

"Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limites l’immense industrie des États-Unis.

"Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu’il y a, dans l’univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là".

            Langage de la raison de la part d'un homme qui connaît la réalité des rapports de force, à plus long terme. c'est un mauvais moment  à passer!

            Dans un conflit, il importe impérativement de distinguer entre les puissances en place, qui ont "fait leurs preuves" dans le passé  et les puissances émergeantes qui peuvent tenter ou espérer profiter d'un 'passage à vide" des "grandes puissances".

            Prenons le cas de la guerre du Koweït, déclenchée en août 1990 lorsque les armées irakiennes de Saddam Hussein envahissent leur petit voisin.  Saturne est alors  à 20°  capricorne,  à 10° de sa position de novembre 1989. Cette position est fort semblable, selon l'astrologie 4 Etoiles, à celle des Accords de Munich et l'on peut penser que Saddam Hussein  était dans une position assez semblable à celle de l'Anschluss qui permit à Hitler d'annexer l'Autriche, le 13 mars 1938, Saturne étant alors à  6° bélier.

            La réaction occidentale face à l'invasion du Koweït  se produisit sur le terrain en janvier-février 1991, alors que Saturne  est à l'extrême fin du capricorne. Réaction bien plus forte que celle de 1939 quand la France et l'Allemagne déclarèrent (avec Saturne à l'extrême fin du bélier)  la guerre à l'Allemagne mais sans que cela fît perdre son pouvoir au dictateur irakien.

            Encore convient-il de distinguer le destin des Etats et  celui des leaders. Un Etat puissant peut être desservi par un leader faible, c'est à dire non "saturnien royal", c'est à dire non porté par la conjonctionalité saturniennes et inversement un Etat  faible peut être  catalysé  par un leader fort, au sens où nous l'entendons ici.

            C'est dire que l'astrologue doit être un véritable spécialiste dans un domaine très pointu  et en cette qualité faire entendre sa voix au lieu d'être un discoureur sur les sujets les plus divers en collectant une série de lieux communs. C'est selon nous la non spécialisation de l'astrologue, l'absence de compétence particulière à appréhender certaines situations qui mine l'astrologie.  Il faut renoncer à cette croyance qu'il suffit de dresser un thème pour quelque événement que ce soit pour en obtenir la clef et en déterminer la portée.

            L'astrologie doit se situer dans une démarche dialectique : un signal a nécessairement sa contrepartie qui tient à son absence. Epistémologiquement,  une discipline se doit de prendre en compte les effets des manques sans pour autant les présenter avec le même profil : un manque de vigilance n'est pas réductible à une entreprise en bonne et due forme.

            On trouve dans l'Apocalypse, au chapitre XX,   une dialectique comparable :

20-1 Puis je vis descendre du ciel un ange, qui avait la clef de l'abîme et une grande chaîne dans sa main.

20:2 Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et il le lia pour mille ans.

20:3 Il le jeta dans l'abîme, ferma et scella l'entrée au-dessus de lui, afin qu'il ne séduisît plus les nations, jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis. Après cela, il faut qu'il soit délié pour un peu de temps.

            La disjonction met à l'épreuve la solidité des empires, elle les fragilise et donne ainsi sa chance à des forces marginales de se manifester avec une certaine vigueur, voire à passer de l'autre côté de la barrière en devenant elles-mêmes des puissances à part entière. L'arrivée de la conjonction décidera de leur sort, selon que ces nouvelles données seront ou non balayées par les anciennes. Ce fut bel et bien le (triste) sort de l'Allemagne avec le passage de Saturne sur Aldébaran qui conduisit à sa partition durant des décennies et c'est justement à la suite de  1989, avec une nouvelle disjonction que l'Allemagne put se réunifier et redevenir le plus grand Etat d'Europe,  Russie exclue. Mais il n'en reste pas moins que le passage de la nouvelle conjonction, actuellement, au niveau de Regulus, a rappelé douloureusement, à quel point l'Europe était tributaire de puissances plus redoutables qu'elles, les Etats Unis et la Russie, comme si cette Europe n'était pas parvenue, du fait d'un manque de génie de ses leaders, à "transformer" son essai, à moins d'admettre que la dite Union Européenne n'accepte l'hégémonie de l'un de ses constituants : à sa création en 1957, l'on peut considérer que la France avait joué une carte lui permettant de contrôler ses ennemis de la veille, l'Allemagne et l'Italie et donc de se constituer en quelque sorte un nouvel Empire, à la suite de la déconfiture de Suez, alors même que son empire colonial était en passe d'être ébranlé par des processus disjonctionnels d'indépendance. En 1957, lors du Traité de Rome, la France, on l'a oublié, était dans une position dominante assez exceptionnelle et l'on peut considérer que ce fut le chant du cygne de sa dimension conjonctionnelle. Désormais, elle serait plutôt favorisée par la disjonction, quand elle en profiterait pour  défier ponctuellement  les "Grands" au risque d'être accusée de trahison par les Américains face aux positions d'un Jacques Chirac. La rupture entre la France et les Etats Unis est profonde car elle place la France dans le camp anti-impérial,  ce qui est un étonnant revirement quand on songe à l'époque où c'était la France qui se voyait mise en cause par Washington....; Ce sont là des retournements historiques dont la nouvelle astrologie mondiale doit tenir le plus grand compte.

            La disjonction est assimilable aux saturnales,  qui voulaient que durant quelques jours les maîtres et les esclaves  échangent leurs rôles ; elle donne sa chance aux petits, aux faibles, de prendre leur revanche sur les grands et sa devise pourrait être que l'on a toujours besoin d'un plus petit que soi alors que la devise conjonctionnelle prônerait l'inverse. A l'approche de la conjonction, les "petits" ont soit intérêt à cesser de narguer les grands, en se croyant en toute impunité, soit à grandir très vite pour passer de l'autre côté de la barrière.  Il y a une topographie astrologique, avec des pics conjonctionnels qui favorisent les grimpeurs et des  plateaux disjonctionnels qui tendent à  favoriser les sprinters qui grappillent quelques secondes de bonus.  Mais pour cela, on ne cessera de le répéter, il faut s'en tenir à un supercycles, toute polycyclicité introduisant un déficit de lisibilité.

           

 

JH

18. 09. 08

 

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