Les conjonctions, au coeur de la (re)constitution  du savoir astrologique

 

par Jacques Halbronn

 

            Lorsque l'on demande à des astrologues comment s'est élaboré le savoir astrologique, comment nos prédécesseurs ont procédé l'on entend fréquemment comme explication que les premiers astrologues  auraient fini par déterminer, par recoupements successifs,  ce à quoi chaque astre voire chaque configuration correspondaient...

            Ce genre de discours qui est "servi" d'office ne convainc qu'à moitié et l'on reste sur sa faim étant donné la complexité et l'enchevêtrement propre à tout ce qui touche au thème astral (natal, horaire ou RS etc.).

            Pour notre part, si l'on admet un tel scénario, nous pensons que cela exige un socle aussi simple que possible, à savoir la mise en évidence de corrélations entre une conjonction et un certain type d'événement récurrent. C'est d'ailleurs ainsi que nous avons procédé pour  le cycle de Saturne en rapport avec la constitution ou la dissolution des empires, et ce dès les années Soixante Dix.

            Non pas que  nous pensions, cependant, que nos prédécesseurs aient procédé ainsi. Nous sommes plus favorables à la thèse de signaux fixés par la loi des hommes en rapport analogique avec la conjonction, à savoir le rassemblement, le rapprochement,  le dépassement des clivages.

            Mais, cela nous importe assez peu qu'il en ait été ainsi ou autrement; le point essentiel étant que l'on accepte la centralité et la supériorité du modèle saturnien que nous avons élaboré.

            Ce que nous récusons, en revanche, avec la plus grande vigueur, c'est que les astrologues d'antan aient été en mesure de décrypter les méandres du savoir astrologique tel qu'il figure abondamment dans la littérature astrologique antique, médiévale et classique, sous la forme du thème astral, qui est notre bête noire. Surtout si l'on admet, comme la plupart des astrologues, que nombre de planètes  restèrent inconnues jusqu'à il y a peu alors qu'elles auraient quand même eu des effets!

            .Une conjonction de référence est évidemment celle des luminaires. Et ce n''est pas par hasard que soleil et lune figurent côté à côte dans le dispositif des domiciles (à partir du solstice d'Eté, cancer/lion)  comme dans celui des exaltation (à partir de l'équinoxe de printemps,  bélier/taureau)

            Il nous semble d'ailleurs que ces deux dispositifs  ne devaient concerner au départ que le signe dans lequel se faisait la lunaison. Quand la syzygie avait lieu en cancer ou en lion, elle était spécialement favorable et cela n'arrivait que deux mois par an, puisque chaque mois, la conjonction se décalait de 30° environ. Quand la lunaison avait lieu en gémeaux, elle était marquée par  Mercure, quand bien même Mercure ne s'y trouvait pas et ainsi de suite jusqu'à Saturne. Un tel système permettait de recourir aux symboliques planétaires, chacune à leur tour, au cours de l'année, sans dépendre de la réalité astronomique laquelle ne permettait pas une répartition aussi régulière et égale.

            Rappelons que le découpage zodiacal actuel ne respecte pas les conjonctions soleil-lune - principe qui est sous-jacent aux calendrier dit lunaire- et fait donc totalement abstraction de la lune, en astrologie occidentale. Le Zodiaque usuel est déconnecté   par rapport aux conjonctions des luminaires. Cela dit, le dispositif des domiciles et des exaltations tient compte des équinoxes et des solstices tout comme il  place soleil et lune côte à côte.  Il y a là, semble-t-il, quelque contradiction!

            Il semble bien, en  vérité, que le savoir astrologique ait au départ accordé bien peu d'importance aux observations et ait décrété un certain nombre de corrélations offrant une certaine cohérence géométrique selon la thèse  qui voudrait que le monde obéisse aux nombres (Pythagore). Cette astrologie pythagoricienne  se voulut probablement le pendant, au niveau de l'Homme,  d'une astronomie au niveau de la Nature.

            C'est d'ailleurs l'occasion de souligner le fait que le savoir astrologique comporte ses propres structures qui ne sauraient se réduire à celles de l'astronomie.  L'astrologie serait une superstructure de l'astronomie. Malheureusement,  une telle "mathématique divinatoire" (voir notre ouvrage sous ce titre, au pluriel,  Paris, Trédaniel,  1983) ne nous est  pas parvenue sans un certain nombre d'incohérences (voir nos études sur les domiciles, notamment:  in Grande Conjonction).  Il serait déjà bien de restaurer une certaine cohérence de la tradition astrologique (cf Clefs pour l'astrologie, Paris, Seghers, 1976 et 1993). Mais selon nous, l'astrologie originelle s'est constitué par un dépassement du temps soli-lunaire, en s'axant sur le groupe des planètes "extérieures",  marquées par un temps plus lent, Mars, Jupiter et Saturne qui incarnent la Loi et la façon de l'appliquer (Jupiter, en hébreu Tsedeq, le Juste, le Tsadiq) et de la faire respecter (Mars). C''est autour du cycle de ces trois astres que l' astrologie s'est constituée.

            Il nous apparaît cependant que Saturne fut préféré du fait de ses affinités numériques avec la Lune, sur la base d'un jour pour un an, équivalence que l'on retrouve dans la Bible : 40 jours/40 ans), point qu'avait souligné  Rudhyar. Et toute l'astrologie   tourne probablement autour de la conjonction de Saturne divisée, comme la lune, en quatre, non pas sous la forme lunaire avec demi-lune et pleine lune mais par son passage sur la même ligne que l'une des 4 étoiles fixes, octave supérieure de la conjonction des luminaires. Il y a bien là un agencement assez heureux  qui sera par la suite noyé dans une astrologie imbibée d'astronomie, cadeau empoisonné, l'avoir compromettant l'être.

            Claude Gaignebé, lors d'un entretien pour téléprovidence (à paraître) nous signale le cas du lever héliaque des étoiles et notamment de Sirius/Sothis; Une fois par an, Sirius  est éclipsé par sa conjonction avec le soleil et ce pendant une trentaine de jours puis réapparaît enfin, c'est son lever, en analogie avec la nouvelle lune. Sirius  reste invisible au regard car elle  se lève et se couche en même temps que le soleil ce qui montre bien l'importance du critère de visibilité. . C'est ce lever sothiaque qui longtemps coïncida avec la crue du Nil. Cela a donné son nom à la canicule (canicula, littéralement,   la petite chienne, nom donné à Sirius, étoile de la constellation du Grand chien,  l'étoile la plus brillante du ciel),  période particulièrement  chaude, au cours de l'Eté, un Eté donc relativement humide en Egypte, plaçant ce pays en porte à faux avec le reste du monde... Il est d'autant plus étrange que l'astrologie contemporaine ne se réfère plus aux étoiles mais à un substitut virtuel, le zodiaque.

            Affirmer que l'astrologie serait née d'une pratique de consultation individuelle nous semble tout à fait irrecevable et abusif. Il est clair que l'on est dans le collectif et la simultanéité. C'est parce que de nombreux changements  allant dans le même sens et au même moment que  nous avons pu déterminer un modèle. Cela eût été tout à fait inconcevable sur la base de la prédiction individuelle où les événements sont décalés dans le temps d'une personne à l'autre.

 

 

 

 

 

 

JH

02. 10. 08

 

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