Les dilemmes de l'astrologie mondiale : Pluton, Uranus ou Régulus?

 

 

par Jacques Halbronn

 

            Face à la crise actuelle, la plupart des astrologues sont contraints de privilégier Pluton, l'astre mal aimé des astronomes à moins de se fixer sur  une opposition Saturne-Uranus sur l'axe vierge-poissons. Sauf, évidemment à s'intéresser à la conjonction de Saturne avec Régulus....Trois conceptions sensiblement différentes de l'astrologie entre lesquelles il va probablement falloir choisir, tôt ou tard.

            On notera d'abord que toutes les trois sortent du cadre du septénaire, qu'il s'agisse de s'intéresser à Uranus, à Pluton ou à Régulus.  Le septénaire ne fait pas le poids. Exit les tenants de la conjonction Jupiter-Saturne à moins de retenir le trigone actuel entre les deux planètes les plus lentes du septénaire, un aspect (120°) pour lequel nous n'éprouvons guère de respect surtout en période de crise.

            Cela dit, tant Uranus que Pluton étaient inconnus des anciens alors que Régulus avait été mis en avant depuis des millénaires et nous avons la faiblesse de ne pas accorder trop d'importance à une astrologie du télescope et donc forcément bien récente. Querelle des Anciens et des Modernes...

            Ah s'il y avait eu une belle conjonction Saturne-Uranus, on aurait pu la mettre en parallèle  avec celle de Saturne-Neptune de 1989 qui vit l'effondrement du bloc communiste. Cette fois ci ce serait l'effondrement des Etats Unis....

            Mais si l'on se rapporte à octobre  1929, on ne retrouve pas les mêmes configurations: Pluton n'est pas en train de changer de signe comme en 2008, où il quitte le Sagittaire pour le Capricorne, Saturne  se rapproche d'un carré avec Uranus, et Saturne est en fin Sagittaire, ayant passé la conjonction avec Antarès.

            Fin 1994, dans une plaquette (dans le cadre du Bulletin de la SAF, déposé à la BNF) intitulée  L'astrologie selon Saturne, Ed. La Grande Conjonction, nous avions annoncé, sur 2 siècles,  une série de récurrences (p. 5), pour le passage de Saturne sur  un espace compris entre 342° et 353° de longitude, soit "une quinzaine de degrés  avant le 0° bélier" :  12°Poissons-23° Poissons. Or, lors de la grève générale de décembre 1995, Saturne était  à 18° Poissons. A propos de ces positions "équinoxiales", nous écrivions alors : "L'équinoxe fait tomber les barrières entre les entités politique".

             Près de 15 ans plus tard,  nous considérons cette analyse comme empirique, c'est à dire qu'elle relevait d'un constat sur le terrain mais sans théorie sous jacente cohérente. Il nous fallut quelques années de plus pour comprendre que l'importance accordée aux signes mutables devait être reliée aux quatre étoiles fixes royales, si l'on se plaçait dans un référentiel  sidéraliste et non tropicaliste. Autrement dit, il s'agissait de périodes situées au delà d'une conjonction de Saturne avec une des fixes. Nous avions commencé par Fomalhaut, au début des Poissons.  Au lieu donc de considérer le point d'impact  avant le repère équinoxial, nous avons opté pour un point d'impact après le repère stellaire.

            L'étude de 1994 s'était concentrée sur les poissons, mais l'on peut l'étendre à l'axe vierge-poissons qui est de circonstance actuellement, où Saturne est justement en vierge. dans les mêmes degrés, soit avec un décalage d'un demi-cycle. A l'époque nous avions introduit  une dualité entre positions équinoxiales et solsticiales alors qu'à présent ce que nous disions pour l'axe solsticial vaut pour la disjonction."Le solstice rétablit (les barrières)".

            Du fait de la culture astrologique dominante lors de notre formation, nous avons commencé par expliquer tout cela par l'approche de Saturne de l'axe équinoxial, et en l'occurrence du 0° Bélier (voir nos deux éditions des Clefs pour l'Atrologie, 1976 et 1992, Ed. Seghers).  Par la suite, recherchant une astrologie fondée sur des réalités astronomiques et visibles, nous abandonâmes ce référentiel abstrait des axes équinoxiaux et/ou solsticiaux.

            Il en est évidemment de même pour le cas de Pluton quittant le Sagittaire pour le Capricorne, donc s'approchant de l'axe solsticial. Mais Pluton n'est pas Saturne, Pluton est un astre découvert en 1930, depuis un observatoire américain, ce qui fait environ 3/4 de siècles.  Certes, Pluton est--il infiniment plus près de nous que n' l'est Régulus mais visuellement Régulus l'emporte haut la main, sans parler de son ancienneté dans les archives de l'Humanité (voir notre article sur les planètes dans les signes, sur Grande Conjonction). Pluton qui, de surcroît, a un statut astronomique branlant comme ce fut le cas au siècle dernier pour Vulcain, intramercurielle hypothétique, tombée dans les poubelles des astronomes, qui a disparu de la littérature astrologique mais qui est très présent dans les premiers numéros des Cahiers Astrologiques d'avant la Seconde Guerre Mondiale et qui désormais, ironie du sort, désignait  une éventuelle 'transplutonienne", selon Jean Carteret, aux côtés de Proserpine, ce qui correspond chez Lisa Morpurgo aux planétes X et Y..

            Nous l'avons dit, à plusieurs reprises,  l'astrologie mondiale ne peut pas/plus se contenter d'annoncer des événements importants car à quoi sert-il de savoir que quelque chose de "grave" va se produire si l'on ne sait pas de quelle façon et dans quel registre. L'avantage de notre approche Saturne 4 étoiles, c'est de montrer que la conjonction..... conjoint, c'est à dire centralise, met fin à la dispersion,  réunit, rassemble. Pour André Barbault et son indice de "concentration planétaire", repris de Gouchon (cf Les Astres et l'Histoire, Paris, Pauvert, 1967), était constitué d'"un bouquet de planètes allant de Jupiter jusqu'à Pluton. C'était un signe de tension alors que la dispersion de ces astres signifiait une détente.  Nous avons proposé un nouvel indice constitué uniquement des conjonctions Saturne aux 4 étoiles fixes royales car nous ne croyons guère ni aux transsaturniennes ni à une interaction entre planète  et beaucoup plus aux interactions d'une  planète avec une série d 'étoiles. Tout se passe en fait comme si l'on avait remplacé les étoiles par les transsaturniennes, faute de mieux.  Il conviendrait d'abandonner les planètes invisibles et les remplacer par des étoiles fixes bien visibles et depuis bien longtemps, bien avant même que l'on découvre qu'il y avait des  astres errants...les planètes.

            L'astrologie, à partir du moment où elle maîtrise bien le concept, l'idée de conjonction (voir notre prochain Colloque des 14-15 novembre, Paris), ne se contente plus de fixer des dates mais de dire ce qui va se passer ou plutôt quelles seront les problématiques soulevées, à savoir la "concentration" du pouvoir, la mainmise de l'Etat, la reconstitution d'Empires, de monopoles (mono: seul, en grec). Un tel langage parle, permet de se préparer. C'est autre chose que d'annoncer une échéance cruciale (en quoi?).

            Inversement, le contraire de la conjonction - ce que Barbault appelle la dispersion  et que nous qualifions de disjonction (comme les vidéos de nos derniers colloques le montrent, depuis décembre 2000), correspondra au passage à un autre mode de fonctionnement, à une prise de relais par les proserpiniens se substituant aux plutoniens. C'est là encore une nouveauté importante que d'articuler l'astrologie mondiale sur des êtres en chair et en os, alors  que la Mondiale, chez Barbault, restait abstraite, en dépit de son intérêt par ailleurs pour les thèmes de grands personnages et notamment de rois, comme s'il n'avait pas su connecter ces deux plans du collectif et de l'individuel., ce qui tient au caractère chaotique de l'astrologie individuelle.

            Notre approche aura consisté à constituer deux catégories d'acteurs, les conjonctionnels, que nous appelons les plutoniens et les disjonctionnels, que nous appelons les proserpiniens. Les uns sont portés par la conjonction, les autres par la disjonction. Les uns sont en analogie avec les "mauvaises"saisons, celles de l'exil du soleil et les autres par les "bonnes" saisons, celle du domicile, du trône, du soleil.  Les proserpiniens (voir le mythe célèbre) sont liés au monde soli-lunaire, au rythme rapide, vivent dans le court terme, et sont en prise avec une multitude de micro-événements alors que les plutoniens sont liés à Saturne et à sa rencontre avec les fixes royales, ils sont dans le discontinu, ils travaillent sur une autre dimension, plus ample, du temps, par delà le cadre annuel qui est celui des planètes "intérieures (Vénus, Mercure, Soleil) dont on sait qu'il est celui de la Terre, de Cérès, mère de Proserpine.

            Ainsi, non seulement, nous pouvons déterminer dans les grandes lignes ce qui va se passer mais comment cela va se passer, aider l'Humanité à se préparer en mettant en avant, en temps utile, le personnel, les acteurs adéquats. En outre, les périodicités que nous établissons sont relativement brèves, elles correspondent grosso modo aux pratiques constitutionnelles de mandats de quelques années. A aucun moment, l'astrologie que nous préconisons ne dépasse un tel ordre de grandeur. Nous ne croyons pas aux prévisions sur des dizaines d'années, à des périodicités excessives comme un cycle de 36 ans (celui de Saturne-Neptune!) ou de 44 ans (celui de Saturne-Uranus). Notre unité de base est 7 ans  d'une conjonction à l'autre ou d'une disjonction à l'autre.

            Quant à l'entrée de Pluton en capricorne, pour une durée relativement longue, il faut se garder d'extrapoler la situation actuelle sur un laps de temps trop important, à moins de ne retenir que l'entrée de Pluton et non son passage en tant que tel dans le signe. Et puis, il faudrait aussi éviter de gloser sur la symbolique du capricorne même si en l'occurrence, cela correspond assez bien au climat ambiant. Revanche d'ailleurs du Zodiaque face à une astrologie des cycles entre planètes, chère à Yves Lenoble. Nous ne pouvons, en effet, par delà nos réserves sur Pluton, qu'applaudir une astrologie qui n'oublie pas la dualité planète/zodiaque, alors que nous rejetons vigoureusement toute astrologie planète/planète qui ne respecte pas une vraie dualité propre aux anciennes représentations qui voulaient articuler un astre errant sur un astre fixe (rappelons que le Soleil n'était pas considéré comme une étoile fixe, c'est le moins que l'on puisse dire!)

            On aura compris que nous respectons les intuitions même quand elles ne sont pas abouties, même quand elles sont entravées dans leur processus. En ce sens,  Pluton en capricorne nous parait plus proche de Saturne sur Régulus que de quelque aspect de Saturne à Uranus, en dehors de tout référentiel zodiacal; André Barbault a voulu émanciper l'astrologie mondiale du zodiaque avec son indice de concentration planétaire( ou indice cyclique, calculé en début de chaque année sur la base du plus grand écart entre les planètes de son "bouquet"). Nous pensons, au contraire, que l'on ne peut aucunement ignorer dans quelle région du ciel se trouve un astre et nous rappelons que derrière le Zodiaque, il y a les étoiles - ce que veulent oublier les tropicalistes- et donc qu'une planète peut être en conjonction avec une étoile. Il faut redonner vie au Zodiaque, structure fantomatique,  en lui substituant les 4 étoiles fixes, astres bien réels et bien visibles à l'oeil nu et depuis la nuit des temps.

            Rappelons que le Zodiaque, dans sa symbolique, relève d'une réalité soli-lunaire de par son découpage en 12 mais aussi de par ses éléments constitutifs, extraits des représentations traditionnelles de la vie des hommes d'autrefois (voir nos études sur Grande Conjonction) - aucun astrologue ne devrait ignorer les très riches heures du Duc de Berry- même si le zodiaque a été corrompu et s'est déconnecté en partie des données saisonnières (notamment au niveau des 4 Eléments). En vérité, il existe deux astrologies, celle des proserpiniens qui vivent sous le joug des luminaires et celle des plutoniens qui sont rythmés par les conjonctions saturno-stellaires. Ce sont là deux astrologies - l'astrologie proserpinienne est celles des horoscopes de presse mais aussi des livres sur le Zodiaque  dont la collection réalisée par Barbault, il y a 50 ans, aux Ed. du Seuil  et l'astrologie plutonienne est celle qui correspond grosso modo à l'astrologie mondiale, elle-même fâcheusement  délestée de son référentiel stellaire. Entre ces deux astrologies, il en existe une troisième, celle de l'astrologie généthliaque, des thèmes astraux, des transits et c'est cette  troisième astrologie que nous dénonçons, une sorte de compromis bâtard qui est le fonds de commerce des cours  et des traités d'astrologie, dont la  raison d'être est l'étude de l'individu dans son unicité.(cf Barbault, De la psychanalyse à l'astrologie, Ed. Seuil, 1961).  Toutefois, cette astrologie qui est surtout une astromancie correspond probablement aux préoccupations proserpiniennes, à l'envie de capter une évenementialité éphémère et les nuances infinitésimales de nos personnalités. Or, le message de l'astrologie est-il d'appréhender l'individu dans une sorte de différence ontologique, la société n'étant que la somme d'autant d'individualités ou au contraire de décrire le vécu collectif  et de passer ensuite à une différenciation allant du général vers le particulier? Le grand public reste, il nous semble, attaché à l'idée que l'astrologie, sous sa forme zodiacale, a vocation à inscrire l'individu dans des catégories en nombre limité, quitte ensuite à préciser et à affiner L'astrologie mondiale tend elle aussi à placer l'astrologie au niveau des grands équilibres de la planète. Différence de philosophie sensible par rapport à l'astropsychologie (cf notre étude sur l'astropathologie) qui part de l'individu, de son thème natal, bagage que nous aurions en naissant et qui nous accompagnerait tout au long de notre existence.  Nous sommes tout à fait d'accord pour que se développe une astropathologie à condition que celle-ci se place sous le joug d'une astrologie de la normalité et de l'intégration sociale, où chacun doit connaître sa place. A chaque individu certes de déterminer à quelle catégorie il appartient mais cette introspection doit déboucher sur une conscience identitaire - est-on proserpinien ou plutonien, par exemple? - et non sur la fixation du moi, du fait du thème astral, sur une sorte de microcosme personnel, marqué par un parcours prévisionnel lui même radicalement unique, du fait des progressions, directions et autres transits.  Que cette image de l'humanité puisse être violemment rejetée par notre civilisation ne saurait nous étonner. Comme le disait déjà Saint Augustin, une astrologie qui rend compte de nos travers et de nos déviances est intolérable. Elle n'est en fait acceptable qu'à partir du moment  où elle ne prétend pas donner le la à toute l'astrologie, où elle est une astrologie palliative. Le problème, c'est que notre civilisation tend à faire du palliatif la norme, où les moyens servant à pallier le handicap, celui de la maladie, du sexe (genre),  de la vieillesse, de l'émigration/immigration ou de la prime enfance,  sont revendiqués  par tous. 

           

JH

10. 10. 08      

 

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