Pour un nouveau paradigme de la genèse de l'Astrologie

 

par   Jacques Halbronn
(docteur es lettres,  post doctorat  en sciences des religions, EPHE)

 

                        Nous nous proposons dans ce texte de placer l'Astrologie dans une toute nouvelle perspective historique et de remplacer ainsi un paradigme qui a fait son temps en ce qui concerne sa genèse et son émergence.

                        Pour ce faire, il importe, d'entrée de jeu, de distinguer l'astrologie comme savoir et l'astrologie objet supposé du dit savoir. Entendons par là  que ce qu'on appelle actuellement Astrologie, d'un point de vue sociologique, culturel,  ne correspond pas nécessairement à ce qu'est l'Astrologie dans sa réalité anthropologique, c'est à dire quant à sa présence réelle en l'Homme..                        

                        Quand on interroge les astrologues mais aussi les historiens de l'Astrologie, l'on obtient des réponses qui font problème et qui  ne sont plus à la hauteur des enjeux du Troisième Millénaire, marqué par une influence toujours plus forte du technologique.

                        Or, selon nous, la première tâche de l'Historien de l'Astrologie est de replacer l'Astrologie dans l'Histoire de l'Humanité et cela ne consiste pas simplement à  recenser tout ce qui a été écrit sur l'Astrologie au cours des siècles mais à réfléchir sur le moment où les hommes ont fini par être reliés au Ciel, non seulement consciemment mais pour certains  astrologues à leur insu voire avant même qu'il  apparaisse des hommes, au sens où on l'entend habituellement.

                        .Pour notre part, il n'est pas question de plonger la genèse de l'astrologie, en tant que phénomène sinon en tant que savoir,  dans une non-historicité originelle,une sorte de trou noir qui remonterait à la nuit des temps, ou carrément au big bang....   

                        Le monde a existé avant l'astrologie-phénoméne tout comme le marbre préexiste à la sculpture qui se cisèle à partir du bloc. Et l'Humanité  a poursuivi son évolution au delà de ce que nous appellerons l'ère de l'astrologie et notamment du fait de l'option technologique qui marque évidemment notre temps. Autrement dit, l'astrologie se situerait dans un entre-deux, n'étant ni de l'ordre du commencement du monde, ni de celui de son '"aboutissement" actuel, ce qui  constitue, probablement, sa spécificité et la difficulté d'appréhension de ses fondements, y compris par le milieu astrologique qui est largement tributaire des représentations dominantes, dont il parvient mal à se dégager, sauf à basculer dans des hypothèses révélationistes et extraterrestres.

                        Nous dirons que l'ère astrologique aura permis à l'Humanité de sortir  de l'animalité, en rompant avec un état premier, dicté par les contraintes extérieures et ponctué par le couple soleil-lune, fixant le jour et  la nuit, les semaines, les mois, les saisons.....ce qui correspond, d'ailleurs, à une astrologie des almanachs annuels, dont Nostradamus fut un auteur parmi d'autres,  et des horoscopes zodiacaux  qui est tout au plus une proto-astrologie.

                        La découverte astronomique  de planètes (astres errants)  comme entités n'étant réductibles ni aux étoiles, ni aux luminaires, aura permis d'entrer dans cette ère astrologique.  On entend trop souvent des astrologues revendiquer comme fondement de l'astrologie l'action des luminaires alors que précisément l'astrologie est, avant tout, un dépassement d'une Humanité qui vit au rythme du soleil et de la lune. Ces planètes - et les luminaires n'en sont pas en dépit de leur assimilation dans la littérature astrologique à ce statut - vont permettre à l'Humanité de se brancher sur des marqueurs de temps se situant au delà du cadre de l'ancienne chronologie soli-lunaire, de raisonner sur des échéances à plusieurs années, en tenant compte du cycle des  plus lentes parmi les planètes alors connues, à savoir Jupiter et Saturne.

                        A ce stade, se pose évidemment la question de savoir si l'Humanité s'est contentée de se conformer, de son propre chef;  à des cycles découverts par l'astronomie ou bien si elle a découvert rétroactivement  l'influence des dits cycle sur son Histoire, ce qui générerait un hiatus entre astrologie -phénomène et astrologie- savoir. Il règne à ce sujet une extrême confusion qui conduit de nos jours  à intégrer des planètes invisibles et inconnues dans le champ de l'astrologie ancienne laquelle serait virtuellement en décalage par rapport à l'astronomie ancienne. Il y aurait là une assimilation fallacieuse  des planètes aux luminaires, lesquels agissent de toute façon, quelle que soit l'importance que les humains soient disposés à leur accorder.

                        Pour nous, bien au contraire,  ce sont les Hommes qui ont  intégré, tout à fait sciemment et consciemment, certains cycles planétaires  au delà du temps des luminaires - ce qui exclut Mercure et Vénus  dont les vitesses sont trop brèves et au mieux, en géocentrique,  du même ordre que le soleil - ce qui signifie qu'avant une telle intégration, l'influence des dites planètes était quasi nulle, par delà le fait que tout corps exerce de façon plus ou moins minimale une certaine énergie cosmique, en vérité totalement négligeable au regard de l'Homme.

                        Une telle intégration aura  enclenché ce que nous avons appelé l'ère de l'astrologie qui d'ailleurs ne se comprend pleinement que par rapport à l'ère suivante, celle de la technologie dans laquelle nous vivons présentement. Selon l'approche de la Techno-science, qui associe une science intemporelle et donc nécessairement originelle à une technologie  qui génère une société actrice, au jour le jour,  de son environnement,  le phénomène astrologique semble bien difficile à appréhender et cela vaut, soulignons-le, pour les astrologues eux-mêmes qui n'hésitent pas à intégrer les planètes découvertes par les télescopes les plus performants et à décréter que les astres ainsi découverts doivent être considérés nécessairement comme agissant sur les Hommes au même titre que les anciennes planètes, connues depuis des millénaires. Le temps technologique n'est visiblement pas le temps soli-lunaire et encore moins le temps astrologique.

                        En fait, le temps proprement  astrologique  est en décalage avec les temps plus brefs que sont ceux du calendrier tout comme avec ceux des perfectionnements incessants de la Technique, exigeant de constantes adaptations de la part des humains.. 

                        D'où l'idée d'une astrologie ayant à remplir et à assumer une double mission et l'idée d'un grand Retour de l'Astrologie dans les décennies et les siècles à venir, dans le cadre d'une nouvelle Guerre du Temps.

                        L'astrologie aurait ainsi permis à l'Humanité, il y a bien longtemps, de s'émanciper du temps trop court dicté et scandé cycliquement  par le soleil et la lune. et à présent, l'astrologie devrait permettre à notre Humanité de se protéger contre le temps encore plus accéléré - mais cette fois en spirale - alimenté par la Technique.

                        Il faut comprendre que l'ère technologique est issue de l'ère astrologique en ce que cette dernière fait en quelque sorte de l'Homme une machine. L'astrologie conduit en effet à une mécanisation de l'humain et c'est cette option qui a été éliminée par la Technique en ce qu'à un certain stade l'Homme ne progresse plus par un progrès organique interne mais de plus en plus par un progrès instrumental externe, avec tous les effets écologiques que l'on sait. La nourriture de l'homme, c'est l'essence de la machine...

                        L'astrologie nous apparaît dès lors comme le témoin d'une ère pré-technologique et post animale. Elle signifie un progrès structurel du temps humain,   impliquant une faculté des hommes à changer leur mode de fonctionnement en interne mais en se servant de référentiels externes sur lesquels il n'a cependant pas prise, qu'il ne peut transformer matériellement mais seulement, en quelque sorte, spirituellement, c'est à dire de l'homme vers la matière et non de la matière vers l'Homme...

                        L'ère astrologique, en effet, qui correspond à un temps de transformation, d'enrichissement, des facultés humaines -bien au delà d'un simple processus d'adaptation à un quelconque environnement plus ou moins contraignant, est un maillon incontournable - mais le plus souvent méconnu - pour comprendre l'Histoire de l'Humanité. Les astres, de par leur éloignement, ne sauraient en effet rentrer dans le schéma darwinien qui voudrait que l'Humanité ait évolué non pas du  fait de son savoir -ce qui est justement le cas de l'astrologie se servant des découvertes astronomiques - mais du fait d'une confrontation à des défis directs.

                        Il convient à ce stade de notre exposé de clarifier  ce que nous entendons ou n'entendons pas par Astrologie. On aura compris que sous ce terme nous n'entendons pas l'astrologie telle qu'elle est devenue et notamment une astrologie contemporaine ayant intégré les techno-planétes que sont Uranus, Neptune, Pluton et tant d'autres (astéroïdes, planétoïdes etc.), astres dont la découverte a commencé à la fin du XVIIIe siècle, à moins de vouloir remonter à la lunette de Galilée, au début du XVIIe siècle. Mais nous n'incluons pas davantage sous ce label  ce que l'on pourrait appeler l'"astrologie des astronomes", qui prend en compte la totalité du système solaire des Anciens et donc nous apparaît comme en recul par rapport à ce qu'a été ce que nous appelons l'ère astrologique.

                        Rappelons (cf autres textes de Grande Conjonction) que cette ère astrologique est celle de la discontinuité et qu'elle n'obéit aucunement au cahier de charges de l'astronomie qui est marqué par un impératif de continuité. Entendons par là que l'astrologie naît d'un processus d'élection de certaines configurations parmi bien d'autres possibles et qu'elle ne retient pas parce qu'elle est en quête de signaux simples, repérables et faisant l'objet d'un consensus simple. L'astronomie, a contrario, ne saurait penser une telle approche anthropocentrée  du réel et c'est pourquoi elle a fini par imposer à l'astrologie, bien plus tard, l'idée d'une prise en compte du ciel à tout moment et dans sa globalité. Cette astrologie des astronomes - rappelons que Ptolémée est astronome et astrologue- aura donné le thème natal, dont l'existence même suppose une "intervention" céleste permanente, même si elle n'est que ponctuelle pour un individu donné.  Le thème natal est le cheval de Troie de l'astronomie et d'ailleurs est  a longtemps été  une précieuse  source de travail pour les astronomes, tel un Kepler. Mais l'astrologie des almanachs relève  tout autant de cette emprise de l'astronomie sur l'astrologie. A l'inverse, l'astrologie dite mondiale quant à elle dépend largement, de nos jours, des plus récents apports de l'astronomie et de la télescopie. La "vraie" astrologie n'est ni dans les thèmes, quels qu'ils soient, ni dans les nouvelles planètes. Et il est bon que l'astrologie apprenne à nouveau à se démarquer de l'astronomie pour retrouver sa raison d'être.

                        Face à une Techno-Science dont les rapports avec l'Humanité sont des plus ambigus - l'Homme ne fait-il pas partie de l'Univers, les machines ne sont-elles pas l'oeuvre voire le chef d'oeuvre des hommes? - nous prônons le retour à une astrologie réellement humaniste qui protége l'Humanité à la fois contre l'inflation du réel - tout serait cause ou signe - et contre l'invasion des prothèses de tous acabits qui font de l'homme sans un instrument dans les mains un être sans emploi et sans statut.                     D'ailleurs,  cette ère astrologique continue à exercer ses droits de façon insoupçonnée, au travers de la vie politique : la fixation  à intervalles relativement espacés d'élections visant à élire des députés, des présidents ne se conçoit, selon nous, que par référence à un modèle astrologique sous jacent, quand bien même le "produit" proposé actuellement, n'est qu'un succédané introduisant un calendrier qui n'est pas fondé sur une quelconque astrologie. Il n'en reste pas moins que cette revendication "démocratique" qui perdure dans un monde technologique, ne nous en apparaît pas moins comme le nouveau point d'ancrage d'un retour à l'ère astrologique, du fait même de la discontinuité que cela implique: on ne fait pas des élections en permanence, on n'alterne pas les équipes à chaque instant.  Il conviendrait évidemment, dans les décennies à venir, d'ajuster la vie politique sur les rythmes astrologiques discontinus et simples que nous avons définis ailleurs (conjonctions de Saturne avec les 4 étoiles fixes royales, ce qui donne des périodes des "septennats"); Cela signifierait que les élections devraient avoir lieu sur toute la planète aux mêmes dates, ce qui rationaliserait singulièrement les relations internationales : on irait donc vers une mondialisation de la vie politique. Certes, le cycle est-il en soi,  un processus qui se répète mais il n'en est pas moins de l'ordre de la discontinuité. Rappelons que pour un astronome, il n'y a pas, stricto sensu,  de commencement ou de fin de cycle, pas de jour ni de nuit.

                        C'est pourquoi, nous pensons que l'astrologie doit (re)devenir un art de vivre et cesser, à terme, de se réduire à une pratique commerciale qui en trahit l'esprit de discontinuité. Passons du praticien au pratiquant de l'astrologie! A terme, elle doit témoigner de la nécessité pour les hommes de se transformer de l'intérieur et non pas de l'extérieur, quitte à envisager des mutations, en rappelant que l'homo astrologicus, de l'ère astrologique, était déjà un mutant. 

                        Les enjeux écologiques actuels sont voués à remette largement en question l'ère technologique actuelle tendant à marginaliser de plus en plus les humains, dans leur grande masse, et ne progressant que par procuration, c'est à dire du fait des objets dont ils se servent, ce qui rend les dits humains de plus en plus interchangeables et uniquement définis par leurs possessions et non par ce qu'ils sont intrinsèquement. L'ère astrologique, a contrario, dont nous prônons le retour libérateur, met l'accent sur les facultés de transformation intérieure de l'Homme et cela n'est pas simplement un constat rétrospectif mais la promesse d'autres changements à venir si l'on est prêt à s'engager dans la voie de nouvelles mutations non pas subies mais décidées, programmées. Les obstacles idéologiques à affronter pour les "guerriers" de l'astrologie - par opposition aux "marchands" d'astrologie- sont nombreux tant on tend actuellement à minimiser le rôle de l'humain, qui ne serait qu'une sorte de résultante involontaire d'un certain environnement  pour aboutir à n'être que le vecteur de mise en oeuvre de machines infiniment plus performantes que lui.

                       

                                               

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JH 06. 09. 08

 

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