Pour une réforme du dispositif des Maîtrises planétaires

 

(en préparation au Colloque du 13 décembre  Paris)

par  Jacques Halbronn

 

 

            Le signe du cancer est bien infortuné en ce qu'il porte sur son dos tous les péchés de l'astrologie. Signe attribué à la lune, signe féminin et d'eau avec les poissons et le scorpion, signe du solstice d'Eté, signe où s'exalte Jupiter, l'exaltation de la lune étant en taureau, signe en rapport avec la maison IV, c'est à dire avec le " fonds du ciel", il cumule les handicaps, comme on va le rappeler, c'est le maillon faible de l'astrologie et il est intéressant d'étudier comment certains de nos interlocuteurs répliquent à nos observations et à nos questionnements.

            Nous avons déjà signalé, dans nos colonnes (grande-conjonction) et dans nos entretiens sur teleprovidence.com, certaines bizarreries relatives à la définition de ce signe.

            Récapitulons pour en venir à de nouvelles considérations sur le rapport des astrologues avec leur discipline, ce qui passe par un certain manque d'esprit critique.

            Le signe du cancer, si on lit les diverses descriptions qui en sont proposées depuis une cinquantaine d'années, pour ne pas remonter au delà de la collection parue alors aux Editions du Seuil, autour d'André Barbault et de l'équipe du Centre International d'Astrologie (CIA) est un signe attaché à son foyer, à sa maison. D'où vient une telle attribution assez surprenante quand on sait que l'Eté on tend à sortir de chez soi? Tout simplement du fait que c'est le quatrième signe et que la maison IV est associée à une dimension nocturne. Mais se pose alors la question des raisons qui ont conduit à associer la maison IV avec le "minuit", le "nadir", ce qui conviendrait mieux, analogiquement, à un signe d'Hiver, comme son opposé solsticial le capricorne. Pourquoi, donc, ne pas placer la maison IV au zénith.? Parce que l'on compte les maisons à l'envers de leur progression dans le ciel, les planètes se levant en maison XII. Michel Gauquelin a rappelé cette vérité élémentaire depuis 1955 mais il n'a pas été entendu.

            Le signe du cancer, donc, signe d'Eté mais signe du minuit : voilà une belle contradiction structurelle qui ne semble pas troubler outre mesure les élèves en astrologie puisque c'est dans les écoles que s'opère une certaine formation des esprits...

            Il est vrai que le cancer est aussi le domicile de la Lune  et que la Lune est "nocturne"....Certes, mais que fait-elle alors aux côtés du soleil, situé en lion ou en exaltation, au taureau jouxtant le soleil exalté en bélier? Sur le plan analogique, on comprend mal cette promiscuité du soleil et de la lune tout comme on saisit difficilement l'intégration des luminaires sur le même pied que les planètes...En fait, il semble  bien que le seul critère qui ait été retenu est celui de la vitesse de révolution avec d'un côté les astres rapides (lune, le plus rapide suivi de trois astres ex aequo, à savoir, en position géocentrique,  soleil, Mercure-Vénus) et de l'autre les astres lents (Mars, Jupiter et Saturne) dont la révolution dépasse le cadre de l'année. En fait, la Lune se place bel et bien, selon un argument cinétique,  en tête de la série et non le soleil qui constitue une troïka  avec son escorte. Pourquoi dans ce cas, la lune suit-elle, en exaltation, le soleil, au lieu de le précéder? Il y a là très vraisemblablement une permutation qui a perturbé le système- et l'on verra que ce n'est pas la seule!.Il y a déjà trente deux ans (in Clefs pour l'astrologie, Paris, Seghers, 1976); nous avions proposé, sans être le moins du monde entendu, de placer l'exaltation de la lune en bélier mais c'est apparu comme un sacrilège, le principe étant que le soleil ne devait se rattacher qu'à des signes masculins et la lune qu'à des signes féminins. alors même que cette règle n'était pas respectée pour les doubles domiciles de  Vénus (taureau/balance) ou de Mars (bélier/scorpion), pour ne prendre que des astres fortement associés à cette dialectique et pour ne pas parler de Mercure, de Jupiter ou de Saturne.

            C'est  justement ce classement par vitesse - mais non par distance - qui nous interpelle par rapport à l'exaltation de Jupiter dans le signe lunaire et estival du cancer. Il apparaît, en effet-et nous ne reviendrons pas ici sur le détail de notre récente étude (in Grande Conjonction)- que les planètes lentes- en un temps où l'on ignorait les transsaturniennes- se plaçaient dans des signes d'automne et d'hiver, ce qui est le corollaire du dispositif présenté dans la Tétrabible et qui part du solstice d'Eté et procède par symétrie en distribuant d'abord les astres les plus rapides, outre les luminaires, à savoir Mercure (Gémeaux-Vierge) et Vénus (Taureau-Balance, encore que la balance soit le signe de l'équinoxe d'automne, à la frontière donc entre cette ligne de démarcation) et en poursuivant par les astres les plus lents, avec une nouvelle anomalie pour Mars attribué au bélier, signe de l'équinoxe de printemps. En fait, cela tient au fait que l'axe ne doit pas passer entre le cancer et le lion mais entre les gémeaux et le cancer, signes séparés par le solstice d'Eté, tout est ainsi décalé d'un cran et au lieu d'avoir associés taureau et lion, bélier et vierge, on a  taureau et....balance, gémeaux et vierge, la balance n'appartenant pas au même groupe  (bi)saisonnier que les autres, ce qui génère des effets similaires dans l'autre groupe avec Mars en bélier. Or, le fait d'avoir néanmoins choisi le début de l'Eté (cancer-lion) pour articuler le processus montre bien que le critère saisonnier n'était  pas absent dans l'esprit des concepteurs du dit dispositif

 que nous essayons de restituer et de reconstituer.

            Mais ces anomalies équinoxiales  ne sont, somme toute, que peu de choses par rapport au cas de Jupiter exalté en cancer, signe solsticial  radicalement opposé aux valeurs de l'hémisphère automne--hiver. Examinons le dispositif des exaltations tel qu'attesté du temps de Pline, avant donc la Tétrabible (IIe siècle de notre ère) qui, elle -Tétrabible est un féminin  comme "la Bible" - ne les mentionne pas.

            Soleil et lune au printemps,  Mercure en vierge, signe d'Eté, mais vénus en poissons, signe d'hiver,  jouxtant toutefois la ligne équinoxiale? Quant aux planètes "lentes", on a Mars en Capricorne, signe du solstice d'hiver et Saturne en balance, signe de l'équinoxe d'automne. Le problème, c'est bel et bien Jupiter exalté en cancer et donc à l'opposé de Mars exalté en capricorne.  Quelle étrange affaire que d'opposer deux planètes lentes alors que la règle des domiciles oppose systématiquement un astre rapide à un astre lent?La solution est, au vrai, simple, il suffit de permuter l'exaltation de Jupiter avec celle de Vénus, ce qui rétablit ipso facto les couples Mars-Vénus et Jupiter-Mercure. On nous objectera que cela place Jupiter en poissons où il a un de ses domiciles mais n'est-ce pas le cas de Mercure en vierge, tant en exaltation qu'en domicile.? Pourquoi ne pas avoir permuté Mercure en vierge avec Mars en capricorne, pendant qu'on y était? Pourquoi cette demi mesure bancale? Nous répondrons que visiblement le dispositif des exaltations tel qu'on le connaît ne s'explique que par rapport à celui des doubles  domiciles et qu'il a été affecté par une confrontation avec ce dernier, d'où des changements qui n'ont pas respecté la cohérence planètes/saisons. Il convient aussi- comme nous l'avons montré ailleurs - que l'on mette fin au système des doubles domiciles qui avait probablement pour objet d'évacuer les exaltations, de façon à parvenir à la symétrie  exposée dans la Tétrabible, d'où justement le silence de cet ouvrage sur...les exaltations. Mais comme l'astrologie est terriblement syncrétique et conservatrice,  les exaltations n'en ont pas pour autant disparu....d'où la situation actuelle qui fait que Jupiter a gardé ses droits sur le signe du Cancer....

            Il y a une dualité des saisons : d'un côté et de l'autre côté de l'équinoxe comme il y a une dualité des maisons de part et d'autre de l'horizon : les maisons de proximité (celle de l'entourage, de la famille et les maisons de l'éloignement (la mort, les voyages, les enfermements etc.) encore que l'on comprenne mal, on l'a dit comment l'on peut mettre les dernières maisons au dessus de l'horizon. La division en 4 est ici beaucoup moins évidente, c'est le deux qui ici fait sens.

            Une planète lente est liée aux saisons automne-hiver et il n'est donc pas normal que Mars soit associé tantôt au printemps,par le bélier et tantôt à l'automne par le scorpion et vice versa, on l'a vu, pour Vénus. Pourtant, l'idée que Mars soit le maître du bélier est entrée dans les moeurs à tel point que le mois du bélier....s'appelle Mars! Mais Mars n'a rien à voir avec le printemps, il est à rapprocher de la Mort et non de la Vie, dont le V est l'initiale de Vénus. C'est à l'automne qu'on tue le cochon, que l'on recueille son sang.  Comment d'ailleurs, Mars pourrait-il côtoyer Vénus, tant en taureau qu'en balance? Le vrai domicile de Vénus est le taureau et le vrai domicile de Mars est le scorpion, en face, comme il se doit.

            Le CIA, sous la direction d'André Barbault, avait publié, dans les années Cinquante un ouvrage consacré au "coule" Jupiter-Saturne, notamment en raison de la symétrie de leurs glyphes respectifs. Mais ces deux planètes appartiennent toutes deux au groupe des planètes lentes -du moins au sein du septénaire- et ne sauraient donc être opposées ; raison de plus pour refuser que Jupiter soit exalté en cancer, signe faisant face au capricorne. Certains voudraient ainsi que Jupiter ait des affinités avec le soleil, placé dans le signe jouxtant celui du cancer, le lion. Certes, si l'on s'arrête sur la personnalité du dieu Jupiter/Zeus, il a une certaine dimension solaire mais c'est oublier que dans l'antiquité, le soleil n'occupait pas une place centrale, dans une perspective géocentrique et était en charge d'une fonction bien précise et somme toute assez subalterne, tout comme celle de Mercure, le 'messager des dieux" et Vénus était probablement une prostituée.. Pas d'anachronisme! En face, le trio Mars, Jupiter et Saturne correspondaient à une dynastie dominatrice, Mars étant le fils de Jupiter et de Junon et Jupiter le fils de Saturne.....On peut se demander si en fait il n'y aurait pas seulement deux familles de planètes et qu'au sein de chaque famille, les membres seraient plus ou moins interchangeables. 

            Soleil, Lune, Mercure et Vénus sont les astres qui président au printemps et à l'Eté -exit Mars (en bélier) et exit Jupiter (en cancer)! Et Mars, Jupiter et Saturne président à l'automne et à l'Hiver, exit Vénus (dont deux des trois maîtrises se retrouvaient en automne-hiver, en balance et en poissons). Si l'on ajoute que par ricochet, les débilités (chute, exil) se situent dans les saisons opposées , cela  donne un Jupiter faible en capricorne, une Vénus faible en bélier (!!!) et en vierge, un Mars faible en balance, à l'équinoxe d'automne, le temps des feuilles mortes! Quel micmac! Bien entendu, toute l'exégèse astrologique - par le biais des manuels et des cours - aura consisté à expliciter, devant des générations d'élèves,  ces bien étranges attributions! Ce qui est, somme toute, une excellente gymnastique pour la consultation où le client doit être mis en état de réceptivité et d'intégration de ce qui lui est proposé ou assigné.

             Les belles saisons -printemps et Eté- sont attribuées à des dieux mineurs, ce sont des périodes de l'année qui n'impliquent aucun hiérarchie, tant la nature est accueillante. En revanche, dès que le temps se gâte,  alors certains ont droit à des palais et d'autres à des chaumières. Le monde des gens simples est celui de leurs proches alors que celui des classes plus élevées  les met en contact avec des contrées plus lointaines et les tombeaux et mausolées  des Grands n'ont rien à voir avec les fosses du commun peuple.

            Si l'on demande que l'on en revienne  à un agencement plus cohérent, on a droit à une levée de boucliers avec comme argument massue que 'ça marche" très bien ainsi, dixit le praticien qui veut imposer sa loi au théoricien et lui fermer la bouche.

            Mais la question que nous tenons à poser  est la suivante: si l'astrologue est aussi peu sourcilleux de cohérence au niveau du savoir qu'il gère et applique, pourquoi serait-il plus rigoureux en ce qui concerne son travail de vérification au niveau personnel.?

            En effet,  nous sommes tous dotés d'une certaine sensibilité intellectuelle qui nous fait refuser ce qui se présente de façon confuse et désordonnée (voir notre étude sur le Symptôme de non perception des manques et des substituts  (SNPMS), in Grande Conjonction). Et dès lors que nous ne réagissons pas en face d'affirmations non satisfaisantes pour l'intellect,  on ne sera guère surpris que  nous ne soyons  aussi aptes à avaler un certain nombre de couleuvres en ce qui nous concerne, à commencer par des portraits psychologiques alambiqués, en usine à gaz, comme ceux que l'on nous propose du cancer mais aussi, par voie de conséquence, du capricorne, dixième signe  (d'hiver) donc associé à la maison x (zénith). Certes, nous savons que les exégètes et commentateurs du savoir astrologique ont trouvé des explications ou en trouveront, tôt ou tard, pour rassurer des esprits quelque peu inquiets....Nous avons d'ailleurs commencé à recueillir un certain nombre de perles dans ce domaine quand au lieu de corriger, l'on s'évertue, à n'importe quel prix, à sauver la face, pratiquant ainsi la politique de l'autruche. Car de telles attitudes ne font qu'éloigner de l'astrologie ceux qui ont un minimum d'exigence structurelle. Si, il y a, quarante ans, nous n'avions rencontré un certain nombre de réformateurs de l'astrologie, nous nous en serions certainement rapidement éloignés. De nos jours,  la grande masse des praticiens voire des théoriciens de l'astrologie a décidé de passer outre et cela explique certainement la médiocrité du recrutement actuel, seuls les esprits les plus confus pouvant souscrire à des pseudo-explications mais comme on dit "credo quia absurdum". Il fut faire acte, profession de foi   et  ceux qui n'abandonneront pas leurs considérations mesquines n'auront pas accès  à la grâce... Force est de constater que la pratique par son ingéniosité même mais surtout par la complexité même du thème qui généré une sorte d'irresponsabilité de chaque composante prise séparément - on pense à la Convention, sous la Révolution - aura découragé toute tentative de réforme structurelle, en amont.

            Il semble bien que l'expression "croire en l'astrologie" soit de plus en plus de circonstance, l'incohérence étant transcendée, transfigurée  par l'expérience, au sens religieux du terme. D'ailleurs, le milieu astrologique tend à devenir de plus en plus mystique : il est désormais fasciné par la révélation incessante de nouvelles planètes qui ont remplacé l'importance accordée pendant si longtemps aux comètes.  Les milieux religieux, s'ils refusaient alors, l'astrologie, étaient, en revanche,  persuadés que les comètes étaient des signes envoyés par Dieu. Avec la découverte d'Uranus,  en 1781,  l'astrologie allait trouver un nouvel élan qui ne trouverait sa formulation qu'au XXe siècle quand on commença à nous expliquer (voir le "Traité pratique" d'André Barbault, Paris, Le Seuil) que les planètes n'apparaissent pas par hasard, à n'importe quel moment, phénomène amplifié par la fortune de l'Ere du Verseau. Désormais, la tradition astrologique allait être sacralisée, considérée comme "vérité d'Evangile" et toucher un public épris de merveilleux et d'enchantement, le thème astral étant une sorte de baguette magique, de compteur Geiger,  permettant d'accéder à la vérité dès lors que l'on a appris à le lire et à le  déchiffrer, avec notamment une grille karmique, ce qui semble être le but ultime des cours d'astrologie.(voir notre étude sur "le troisième alphabet", in Grande Conjonction), l'astrologue étant celui par le canal, par le truchement duquel, s'exprime le verbe cosmique.

           

 

 

JH

21. 09. 08

 

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