Réflexions sur la pseudo-causalité en astrologie et en d'autres domaines

 

par  Jacques Halbronn

 

 

            Nos lecteurs savent que nous apprécions les approches  transdisciplinaires - plutôt que pluridisciplinaires- c'est à dire qui valent pour différents domaines. Souvent, des travaux développés dans un champ se révèlent utiles pour en baliser un autre. On ne s'étonnera pas qu'il en soit en matière de causalité...

            Un aspect de la causalité qui nous semble avoir été quelque peu négligé est celui de la pseudo-causalité où l'on essaie de faire croire que  A a produit x  alors que A ne produit rien et que x a été en réalité produit par B.

            On commencera par des exemples empruntés au domaine de l'alimentation puis l'on passera à celui de la musique et enfin l'on abordera le cas de l'astrologie -(voir notamment notre colloque du 30 novembre 2007 sur astrologie et musique, qui sera prochainement mis en ligne)

            Prenons une viande desséchée, qui ne secrété plus aucun jus, comme le kebab, il sera accompagné d'une sauce qui en fait se substitue au liquide que la viande ne produit pas. On est donc là dans une pseudo-causalité, qui tient à une sorte de symbiose entre deux produits sans rapport entre eux. Il en est de même de la tartine de pain beurrée, le beurre ne vient pas du pain et il en serait de même si on mettait de la confiture.  On aura ici cherché à créer une fausse causalité pour dissimuler  une incapacité du pain à générer du liquide, sauf à se tremper dans un bol de café au lait. C'est dire que dans nos actes  les plus quotidiens, comme pour le petit déjeuner, nous mettons en oeuvre de fausses causalités. A contrario, si je mange une grillade, en croquant cette viande, il en sortira du jus, à moins qu'elle n'ait été par trop cuite et soit devenue de la semelle! Cependant, je cuis la viande dans de l'huile, on introduit alors un corps étranger à la viande. Il en est de même si je mange de la purée avec du jus de viande,  il y a fausse causalité car ce n'est la purée qui a généré de l'humidité mais une sauce ou une huile que l'on aura rajoutées.  Apporter de l'humidité à  un objet, à une partie du corps,  qui n'en secrète pas ou plus (ex vagin)  est de l'ordre de  la pseudo-causalité/. Rappelons que l'homme a été objet de consommation dans les sociétés anthropophagiques et que le graal est associé au sang du Christ.

            Passons à d'autres domaines comme la musique et plus largement le son.  Quelqu'un qui joue d'un instrument est dans une fausse causalité puisque le son n'émane pas du corps de cette personne mais seulement de l'instrument qu'il actionne.  Dire que cette personne fait de la musique serait  donc ici  quelque  peu abusif, il y a là comme un tour de passe passe. En revanche, quelqu'un qui siffle et produit ce faisant du son sera dans une "vraie" causalité. On nous dira que nos mains font partie de notre corps: jusqu'à preuve du contraire,  elles ne font du son qu'en claquant l'une sur l'autre (applaudissement) et si l'on admet que le son est lié au souffle, les mains, à l'évidence, ne produisent pas de souffle et a fortiori pas non plus de son, sauf à actionner quelque instrument. Il est fréquent que les mains soient les agents d'une pseudo-causalité, d'une sorte de prestidigitation.  Le souffle, c'est la vie : faire croire que du souffle émane de telle personne alors que c'est faux  doit nous interpeller. On aura compris que toute cause doit secréter quelque effet, qui en est l'émanation naturelle et normale.   Mais qu'est ce qui amen à presser des olives pour utiliser l'huile pour agrémenter divers mets. Ici l'olive  "prête" son huile pour apporter du liquide à des mets qui en sont dépourvus.

            Arrivons-en à l'astrologie! Quid de la causalité et  de la pseudo-causalité en ce domaine?  Selon nous, si les astres sont cause de quelque chose - et peu importe ici comment cela se fait- ils doivent  produire des effets significatifs. Mais dans bien des cas, le rapport de cause à effet est problématique et l'on peut se demander s'il n'y a pas pseudo-causalité comme dans le cas de l'huile d'olive laquelle olive prête sa sécrétion à des mets qui manquent d'humidité.

            Le probléme, c'est qu'il est à craindre qu'en astrologie, on ne sache pas très bien à quoi s'attendre en matière d'effet! Dans bien des cas, les effets revendiqués ne sont pas nécessairement assignables à l'astrologie, ce qui ne signifie pas que les phénomènes mis en avant n'existent pas, pas plus que le beurre sur la tartine mais le beurre a été mis sur la tartine, il n'émane pas de la tartine même s'il aide à manger celle-ci.

            Dans le domaine de l'astropsychologie statique, le cas semble à peu près sans issue. On a des astres d'un côté, une personnalité de l'autre dont les astrologues prétendent que celle-ci a été structurée par ceux là.  Comment pourrait-on s'en assurer, on se le demande?

            Pour notre part, nous proposons le protocole suivant: lors d'une configuration significative, les êtres humains, en masse, sont marqués par un certain mouvement car il y a autant d'astrologies que de configurations, chaque cycle planétaire constituant déjà une astrologie.

            Il  y a là un stimulus réponse.  Un signal provoque une réaction qui n'aura pas d'autre cause que le dit signal. Si l'attitude étudiée s'explique autrement et plus simplement, avec moins de présupposés et d'hypothèses, l'on risque de  basculer dans la pseudo-causalité. Mais inversement, si j'essaie d'expliquer une réaction d'ordre astrologique en substituant une autre cause que celle d'une certaine astrologie,  l'on se place aussi dans la pseudo-causalité. Autrement dit, la pseudo-causalité peut occulter les vraies causes tout comme les vrais effets. En vérité, dans la pseudo causalité, tout sonne faux, tout est dépareillé, rien n'est vraiment assorti.

            Nous dirons donc que le problème de l'astrologie, c'est que son processus causal reste fortement sujet à caution et que l'on est en droit de penser être en présence d'une pseudo causalité.  Il est clair que l'astrologie ne pourra jamais être démontrée avec la même évidence que le fait que le sang émane du corps humain du fait que l'on voit sortir le sang encore qu'il puisse y avoir des trucages comme au cinéma ou sur la scène du Grand Guignol.

            En fait, l'on peut sérieusement se demander si l'astrologie en vigueur ne relève pas, dans bien des cas, de la magie au sens de prestidigitation.  Le problème, c'est que l'on sait que le lapin n'est pas né dans le chapeau haut de forme mais que l'on est plus enclin à croire que ce que dit l'astrologue émane de l'astrologie et plus encore des astres alors que c'est l'astrologue qui fait vivre l'astrologie - plus encore que celle-ci le fait vivre. C'est l'astrologue  qui, tel un ventriloque, prête sa voix, sa parole à un savoir qui   a perdu, en quelque sorte, le verbe. La pseudo-causalité est assimilable à de la ventriloquie.

            Plus on est dans une usine à gaz, plus on est dans la sophistication et plus cela encourage les fausses causalités.

            Nous dirons à propos de la parole que le livre, le texte permettent  à celui qui ne sait pas s'exprimer d'y parvenir en passant par une solution pseudo-causale.

            L'action nous semble moins aisée à remplacer que la parole. On peut dire "je sais nager" plus facilement qu'on se met à nager. "Il dit qu'il sait nager", aurait déclaré  un Pierre Dac.            On peut parler à la place de quelqu'un d'autre, on ne peut agir à la place de quelqu'un d'autre sans que cela se remarque, même si je peux imiter  quelqu'un dans son comportement. Il est clair que des danseurs vont effectuer des actes sur scène qui ne sont pas "naturels", "spontanés" mais qui sont "empruntés", ce qui relève de la pseudo-causalité.  Sur le plan linguistique, l'imposture pseudo-causale consiste  à laisser croire que tel mot est apparu dans tel pays alors qu'il a été formaté dans un autre puis a été emprunté  par le pays considéré au départ. Une traduction peut également enrichir  artificiellement la production littéraire d'une aire linguistique donnée et tromper quant à la véritable vitalité de la dite aire.

            D'une façon générale, la technique entretient de la pseudo-causalité. Celui qui conduit une voiture ne la fait pas rouler avec sa seule force mais grâce à un moteur tant et si bien que l'on tend à découpler l'effet et la cause en introduisant une solution de continuité qui viendra amplifier la dite cause comme dans le cas de celui qui souffle dans une trompette.

            Même dans les actions les plus banales comme d'aller avec quelqu'un au restaurant ou au spectacle avec quelqu’un, il y a des modes de substitution : on se fait remplacer par un tiers qui fait les choses pour nous, qui comble notre vacuité ou qui occulte  le fait que l'autre ne goûte pas vraiment ce qui émane de nous....

            En ce qui concerne la causalité astrologique, il convient donc de se méfier de tous les intermédiaires et l'astrologue en est un de taille.....! D'où l'idée d'une astrologie sans astrologue qui jouerait cartes sur table, sans adjuvant. Pour notre part, l'effet astrologique est à chercher dans le mouvement, dans le fait de (se) bouger et de faire bouger les gens à des moments bien spécifiques, donc dans la discontinuité. La causalité de l'astrologie ne pourra être mise en évidence que si l'astrologie opère un retrait stratégique, se fait rare, n'est pas constamment sur le qui vive. Car il est plus aisé de démontrer la causalité d'un phénomène discontinu que celle d'un phénomène continu.

           

 

 

JH

07. 09. 08

 

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