Encyclopaedia Astrologica

 

 

Réponse au texte d'André Barbault  

"Pour une réhabilitation de l'Astrologie" (http://www.didiergeslain.fr)

 

 

par Jacques Halbronn

 

            Nous sommes accoutumés au  discours d'André Barbault, depuis 40 ans que nous fréquentons puis organisons et filmons  les réunions astrologiques et nous avons proposé d'autres positionnements dont A. B. ne daigne même pas se faire l'écho, pour des raisons qui lui appartiennent, quitte à les réfuter, ce qui laisse entendre que seuls ses travaux ou ceux qui se greffent sur ses travaux méritent d'être évoqués. Il aurait été également heureux qu'il prît la peine de répliquer à nos objections, largement accessibles sur différents sites et que l'on retrouve aisément par google.

            Nous avons ainsi mis en question :

1° l'utilisation de planètes transsaturniennes

2° l'utilisation d'un "bouquet" planétaire

3° la non utilisation  de certaines étoiles fixes

4° la volonté d'expliquer tout ce qui se passe d’exceptionnel dans le monde

5° le fait d'attribuer à chaque cycle entre deux planètes une région spécifique

6° une astrologie mondiale qui  ne tient pas assez compte des relais humains que sont les leaders.

 

             La démarche d'André Barbault nous apparaît comme discutable sous deux angles majeurs et complémentaires.

            D'une part,  André Barbault, en privilégiant les planètes invisibles à l'oeil nu et/ou inconnues des anciens astrologues  se coupe de l'anthropologie, de l'Histoire sociale pour tenter de faire alliance avec la modernité des sciences dures. Implicitement, A. B. laisse entendre que durant des millénaires, les hommes étaient incapables de constituer une véritable astrologie puisqu'ils n'en avaient pas les moyens technoscientifiques. Sur l'autel d'une alliance avec le monde astronomique, A. B.  sacrifie la thèse d'une empreinte profonde de l'astrologie dans nos civilisations, non pas à leur insu mais bien en pleine conscience. Dans cette logique que nous jugeons  suicidaire de l'astrologie contemporaine,  il  fallait également évacuer, n'est-ce pas, les étoiles fixes, véritable verrue, à l'en croire, sur le visage de l'Astrologie, ces étoiles étant infiniment plus éloignées de notre Terre que les planètes les plus distantes de notre système solaire. En cela, d'ailleurs, J. P. Nicola lui aura emboîté le pas.

            D'autre part, cependant,  André Barbault veut que l'astrologie rende compte de tout ce qui nous arrive d'important, comme s'il n'existait pas d'autres  paramètres que celui de l'astrologie. On est perplexe quand on voit A. B. nous parler de périodes distantes de 500 ans  et juste après tenter de "coller" au plus près de ce qui arrive ici  ou là dans le monde, passant ainsi du très long terme au très court terme.  Tout se passe comme si le moyen terme et notamment cette durée qui est une constante dans la vie politique de tant de pays, depuis près de 250 ans, à savoir des périodes, des mandats de 4 à 7 ans, ne concernait pas le temps astrologique, ce qui est une occasion manquée, encore une fois, de nouer le dialogue avec les sciences sociales pour préférer les grandes fresques historiques matinées de journalisme à la petite semaine.

            Il est d'ailleurs, pour le moins paradoxal, qu'au moment même où la crise actuelle vient fortement  valider nos prévisions concernant le cycle Saturne 4 étoiles (Aldébaran, Régulus, Antarés, Fomalhaut),  André Barbault ait jugé nécessaire de réaffirmer ses convictions concernant son indice de concentration planétaire dont la cyclicité, il l'admet, est de 500 en 500 ans alors que nous travaillons avec un autre indice qui va de 7 ans en 7 ans et qui s'articule sur une seule et même planète croisant au cours de sa révolution des étoiles "fixes" qui ont justement le mérite d'être fixes, ce qui permet une certaine transparence.

            Et c'est finalement cela que semble ne pas vouloir reconnaître André Barbault, c'est l'extrême complexité de son argumentation : on est bien loin de la simplicité des grandes conjonctions Jupiter-Saturne qui correspondit à un âge d'or de l'astrologie, et qui s'articulait sur les signes zodiacaux, répartis entre les 4 Eléments et dont le juriste Jean Bodin n'avait pas dédaigné traiter dans sa République. L'astrologie d'AB nous fait songer à un immeuble rococo bien plus qu'à une cathédrale gothique! Cette astrologie est une astrologie d'astrologue, elle n'est nullement en mesure d'être mise sur la place publique. Et d'ailleurs pourquoi devrait elle l'être puisque cette astrologie préconisée  par AB  n'a jamais existé dans l'Antiquité, qu'elle n'a pas été intégrée par les sociétés traditionnelles, n'a pas servi de ciment religieux. L'astrologie mondiale d'AB est  totalement étrangère aux civilisations d'il y a 5000 ans à part le fait, bien trompeur, qu'elle se sert de noms de divinités mythologiques mais ceci est un trompe l'oeil dont personne n'est vraiment dupe!

            A. B. ne parvient pas, selon nous, à différencier l'astrologie de l'astronomie et il est vrai que la confusion, elle, ne date pas d'hier: il est évident pour l'astronome et l'astrophysicien, le ciel ne cesse de se mouvoir, qu'il est en perpétuel éveil. En revanche, pour l'astrologue, tel que nous le pressentons, nous avons des rendez-vous avec le ciel et ces rencontres qui sont avant tout les conjonctions - dont A. B. traite heureusement - se produisent à certains intervalles, on passe ainsi du continu astronomique au discontinu astrologique, étant donné que pour l'astronome ces conjonctions sont fictives, qu'elles ne sont qu'une apparence, qu'un effet de perspective. C'est dire qu'AB se leurre s'il s'imagine que la notion de conjonction puisse faire sens pour l'astronome. En revanche, en tant que signal  fort déterminé par une longue tradition astrologique,  donc par les sociétés humaines, cela peut fort bien se concevoir mais on n'est plus là dans l'épistémologie des sciences dures qui n'accorde que bien peu à la créativité humaine pour se fixer, arbitrairement mais de façon contraignante,  des lois et des repères.

            Récemment, nous avons voulu repenser les résultats Gauquelin, qui ne donnent rien pour les transsaturniennes ni d'ailleurs pour Mercure ou le Soleil. Nous avons ce faisant distingué la nécessité pour une certaine humanité - une élite comme le reconnaît MG  de se repérer dans le ciel et ce bien avant le moment de la naissance qui serait le résultat d'une perception du ciel et non son point de départ- du fait que la recherche ne concernait que quelques données cosmiques parmi d'autres, qu'il fallait savoir isoler d'un ensemble.  Et cette sensibilité aux astres atteste bien que l'humanité avait su se brancher sur le cosmos bien avant  que l'on en vienne, à partir de la fin du XVIIIe siècle, à découvrir des astres au delà de Saturne mais aussi des astéroïdes entre Mars et Jupiter et que cette  humanité, même à son insu, ne naissait pas en tenant compte des astres invisibles.-

            Pour notre part, nous ne croyons aucunement à une quelconque interaction physique entre planètes et nous sommes en faveur de la thèse de signaux établis par les sociétés elles-mêmes, dans un passé fort éloigné, lesquels signaux, comme le montre Gauquelin  sont encore lisibles de nos jours du moins par une certaine partie de la population.   Comme MG, nous ne pensons pas que tout le monde en est capable, ce qui va à l'encontre du thème  valable à tout moment et pour tout le monde.

            Mais revenons sur les corrélations mises en avant par André Barbault, lequel se sert d'un arsenal, à nos yeux, surabondant et qui, par sa surabondance même, se disqualifie à nos yeux et probablement à ceux de nombre d'observateurs. Surtout si l'on note que les événements annoncés sont présentés de façon bien vague, en termes de 'ressenti", d'"impact". Il est clair que celui qui ne s'est pas préparé à certaines éventualités vivra cela de façon plus dramatique que celui qui s'y est préparé de plus ou moins longue date!  Voilà un bien beau dilemme pour l'astrologue: si l'on conçoit une civilisation qui aurait intégré les signaux célestes auxquels elle aura fini, avec le temps, par réagir de façon subconsciente - et les travaux de Gauquelin montrent à quel point l'enfant, sur le point de naître, dispose, on ne sait trop comment, d'un véritable savoir astronomique du fait d'une certaine sensorialité héréditaire- si l'on admet donc qu'une telle civilisation serait en mesure de dédramatiser  les effets cycliques en les intégrant au mieux,  nous n'aurions plus des crises spectaculaires comme celles que nous connaissons encore présentement. C'est dire que l'astrologie aurait tout intérêt à renoncer à une rhétorique de la "gravité" - dans tous les sens du terme- pour prendre enfin la peine de présenter la cyclicité comme un phénomène périodique nécessaire. C'est pourquoi nous avons proposé de définir la conjonction comme impliquant un mouvement d'unification, de rassemblement par opposition à la disjonction - c'est à dire lorsque la conjonction se disjoint, se dénoue -qui favorise le cloisonnement, le clivage, comme ce fut le cas en 1989. enclenchant le démembrement du bloc soviético-communiste, ce qu'étrangement André Barbault veut expliquer... par une conjonction (Saturne-Neptune), ce qui montre le caractère assez élastique de ses définitions.

            Qui ne voit qu'actuellement, nous vivons une période conjonctionelle? Malgré l'absence de conjonctions entre deux planètes mais avec la sortie d' une conjonction Saturne-Régulus, dans une région du zodiaque que nous avions définies très précisément en 1994 dans L'Astrologie selon Saturne, n° spécial du Bulletin de la Société Astrologique de France, dépôt légal à la BNF).  De tous côtés, il n'est plus question que de concertation à l'échelle des continents, au niveau global, mondial. On est bien aux antipodes de ce qui se produisit en 1989, période qui correspond, pour nous, non pas à une conjonction (de Saturne avec une transsaturnienne invisible et inconnue de l'Antiquité, soulignons-le encore!) mais à une disjonction.

            On nous objectera probablement, tant est grand l'obstacle épistémologique du fait du bannissement des étoiles fixes en astrologie mondiale, le grand absent du travail d'André Barbault- que se servir des étoiles fixes est totalement dépassé et est risible tant cela s'oppose à la doxa dominante : l'abandon des étoiles fixes - mais la conjonction a aussi pour effet de nous faire revenir sur ce que nous avons exclus, tant comme personne que comme savoir- apparaît comme un des postulats négatifs de l'Astrologie contemporaine. On s'en serait délesté une bonne fois pour toutes! Eh bien non, il va nous falloir nous habituer au retour des Quatre Etoiles Fixes Royales dans l'arsenal de l'astrologie du XXIe siècle!  Qu'y a-t-il en effet de si scandaleux dans la prise en compte de ce quadrilatère stellaire qui découpe la course de toute planète en quatre zones de dimension à peu près identique: on ne choisit pas ses repères, on prend ceux qui existent et on fait avec les moyens du bord.?  Un tel quadrilatère stellaire ne s'est-il d'ailleurs pas perpétué au travers des constellations et/ou des signes zodiacaux? Il est vrai que l'indice concentrationnaire de Barbault comme d'ailleurs sa théorie des cycles - à commencer par son traitement du cycle Saturne-Neptune- ne se soucie aucunement de savoir dans quel(s) signe(s) se produit une conjonction ou une concentration. A.B. aura ainsi voulu libérer définitivement l'astrologie mondiale du boulet zodiacal.  Cela faisait sens dans un système planète/planète mais plus du tout dans un modèle planète/étoile ainsi passé par dessus bord.

            On nous objectera aussi, même parmi les tenants du seul septénaire - le choix d'une seule planète, à savoir Saturne. Nous répondrons d'abord que le cycle de Saturne, tel que nous le concevons, a prouvé sa validité à telle enseigne que Saturne ne s'est imposé à nous que parce que nous avions remarqué que certaines situations se produisaient environ à 7 ans d'intervalles, sans comprendre immédiatement ce qui venait structurer la révolution de Saturne, en fait octave supérieure de la Lune structurant en quatre le cycle solaire, non plus en 7 ans mais en 7 jours,  ce que  Dane Rudhyar avait mis en évidence à sa façon. Nous l'avons dit plus haut: l'astrologie n'est pas l'astronomie, l'astrologie se sert de l'astronomie et l'Homme se repère par rapport à l'astronomie mais pour se focaliser sur une planète centrale qui est Saturne, ce qui nous renvoie à l'histoire du monothéisme, encore une façon de construire des passerelles avec les sciences religieuses et sociales.

            Et nous conclurons précisément sur ce point : l'alliance que l'astrologie a à chercher ne se situe pas au contact des astronomes et des astrophysiciens, même si ceux-ci fournissent à l'astrologie un matériau brut mais bien du côté des sciences sociales, politiques, religieuses et juridique et bien entendu historiques et économiques.

            Quant à l'astrologie individuelle,  nous avons préconisé depuis longtemps l'abandon du thème natal qui finalement inspire l'astrologie mondiale d'André Barbault, par cette solidarité posée d'entrée de jeu  entre tous les astres du système solaire. En revanche, l'idée d'une astrologie qui ne vaudrait, au premier chef, que pour une élite, hyperréactive à certains signaux célestes, ne semble pas avoir intéressé André Barbault. Or, nous pensons que l'astrologie mondiale, si elle n'a pas à se focaliser sur tel ou tel pays - au nom de quelle correspondance? - ce qui est d'ailleurs contraire à l'idée de mondialisation - doit, en revanche, faire l'inventaire des leaders qui seront animés par ces signaux et c'est à partir de la localisation des dits leaders que l'on saura où l'impact sera le plus fort.  Une telle localisation ne passe pas par le thème natal mais bien par l'étude des carrières des principaux protagonistes, au regard des précédentes  conjonctions et disjonctions. Ce n'est pas le thème qui détermine le cycle, mais le cycle qui détermine la personne. Certains d'entre nous sont sensibles directement aux signaux célestes, d'autres vivent selon d'autres repères, à plus court terme, dans un monde soli-lunaire qui a existé bien avant la mise en place des signaux planétaro-stellaires - le mot planète désignant ici les planètes plus lentes que le cycle apparent du soleil, à savoir Mars, Jupiter et Saturne - qui sont le véritable domaine d'investigation de l'astrologie. Ces trois dieux représentent d'ailleurs le monde du pouvoir, celui de la police, de la justice, de la Loi mais aussi de la Science, seules forces capables précisément de contraindre l'Humanité à s'unifier, au moment des conjonctions.

           

 

 

 

Jacques Halbronn

16. 10. 08

 

 

 

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