Encyclopaedia Astrologica

 

 

 

 

Recherches  sur les sources du savoir astrologique et divinatoire

(en vue de la journée de la réforme de l'enseignement du samedi 13 décembre, à Paris)

 

 

 

par Jacques Halbronn

 

                        Il importe de comprendre  que la divination en général et l'astrologie en particulier se sont greffées sur des  savoirs qui n'ont aucune prétention à deviner qui est qui et qui fait quoi.

                        A la base, en effet, du savoir astrologique, des descriptions générales sur l'ordre  du monde et des sociétés ? 

            C'est ainsi qu'une simple description des activités mensuelles par lesquelles, au cours d'une année, passent diverses sociétés a pu donner naissance au Zodiaque. Et l'on pourrait en dire autant d'une certaine hiérarchie sociale qui, quant à elle, aurait, selon nous, une fois projetée sur le ciel, aux fins de nommer une succession de planètes, servi  la cause astrologique.

                        Il a pu en être également ainsi en ce qui concerne les Ages de la vie, les astres les plus rapides correspondant aux premières étapes et les astres les plus lents aux suivantes et dernières.

                        En ce qui concerne les maisons, il semble bien également qu'elles ne fassent que décrire les différents domaines ou moments de l'existence.

                        Bref, l'astrologie aurait ainsi récupéré toutes sortes de descriptions basiques de la vie sociale et en les articulant sur un substrat astronomico-cosmographique, leur aurait  impulsé une dynamique particulière qui aboutira notamment  au thème natal, véritable mosaïque de toutes ces données qui ont une réalité en dehors et en amont de l'astrologie.

                        Il en aura été de même des chronologies bibliques ou  historiques qui ont pu être constituées et qui auront servi de matériau pour spéculer, par extrapolation, sur le futur des hommes.

                        On pourrait en dire autant des travaux géographiques (La Guide des Voyages de Charles Estienne, 1552)  qui ont alimenté nombre de quatrains des Centuries de Nostradamus...

                        C'est là qu'il convient de rechercher les sources dont s'est servi l'astrologie pour se constituer en leur conférant un mécanisme en quelques sorte d'animation, à partir d'une astronomie qui une fois chargée de ces données terrestres  sera en mesure de constituer comme une sorte de grande roue de loterie....

                        Le cas des Quatre Eléments est particulièrement intéressants car au lieu de concevoir ceux-ci sur un plan "symbolique", nous pensons qu'il est plus pertinent et plus prudent de n'y voir qu'une problématique sociale : le feu, par exemple, est très présent dans les descriptions des mois d'hiver dans l'iconographie des anciens livres d'heures,  des calendriers. Car  c'est en hiver que l'on se chauffe à autre chose qu'au soleil.  Attribuer le feu à l'Eté est donc un contresens monumental puisqu'en Eté, précisément, on n'a aucunement besoin de feu. Cette dialectique du feu et du soleil est aussi déterminante que  celle du jour et de la nuit, que des bonnes et des mauvaises saisons.

                        Mais là encore,  évitons de projeter ou de plaquer sur l'astrologie des considérations décalées. Tout nous laisse penser que l'on divisait le monde plus spontanément en deux qu'en quatre ou en douze. La ligne équinoxiale est en analogie avec l'horizon, elle sépare deux mondes, celui de Proserpine et de Pluton, celui du visible et de l'invisible. La ligne solsticiale est bien plus secondaire dans ces divers dispositifs. Dans le cas des domiciles, elle sert seulement d'axe de symétrie mais justement avec les mêmes planètes de part et d'autre du dit axe (cf. Tétrabiblos de Ptolémée, IIe siècle de notre ère). La vraie frontière est la ligne équinoxiale. Pour les maisons, c'est l'horizon qui marque l'ascendant qui est une notion bien plus significative que le Milieu du Ciel puisqu'elle est souvent combinée avec le signe solaire et largement connue.  Il y a les planètes au dessus et au dessous de l'horizon, celles que l'on voit et celles que l'on ne voit pas.

                        Une autre frontière majeure est la Terre, qui sépare les planètes dites intérieures et les planètes dites extérieures, et il importe de se pénétrer de ce qui rapproche les astres d'un groupe par opposition aux astres de l'autre groupe, tout comme il ne faut pas perdre de vue ce qui relie entre eux les trois signes d'une même saison, tout discours sur ce qui les distingue nous semblant, à vrai dire, assez vain, surtout si c'est pour en arriver à opposer radicalement deux signes qui se suivent et qui en plus relèvent d'une seule et même saison, comme le bélier martien au taureau vénusien ou comme la balance vénusienne et le scorpion martien.

                        Il serait bon que les polarités planétaires respectent les polarités de saisons  et que l'on ne place pas en domicile ou en exaltation deux planètes appartenant au même groupe (rapides et lentes) dans des signes de  saisons opposées et inversement des planètes de deux groupes différents dans des signes d'une même saison.

                        Il y aurait ainsi une géométrie astrologique à préserver et à faire respecter car le débat sur la cohérence de l'astrologie doit se situer au niveau structurel avant de se placer sur le plan de la pratique (voir mon texte paru dans le dernier n° de trois-sept-onze, la revue du RAO)

                        Pour illustrer notre propos nous proposerons deux exemples qui ont été évoqués lors du récent Colloque du RAO sur l'argent (-25 octobre, 2008, Lyon)

                        D'une part, le passage de Pluton en Capricorne. Outre le fait que la planète Pluton ne faisait pas partie du savoir antique sur lequel l'astrologie s'est constituée pendant des millénaires, nous dirons que le passage du Sagittaire au Capricorne ne doit pas être exagéré puisque ce sont deux signes qui se suivent en plein milieu de deux saisons de même tonalité, à savoir l'automne et l'hiver. Rien à voir avec le passage de la frontière équinoxiale  Vierge-balance et poissons-bélier! Opposer Jupiter à Saturne, maîtres du sagittaire et du capricorne, deux signes de mauvaise saison, nous semble très discutable: ce sont deux planètes extérieures, dont moins conflictuelles entre elles que Mars et Vénus, lesquelles relèvent de deux groupes planétaires distincts. Il est fort dommage que l'on ait tellement insisté depuis 50 ans sur la dualité Jupiter-Saturne qui n'a aucun fondement traditionnel, quand bien même on leur aurait accordé quelque importance, bien à tort, dans un volume dirigé par André Barbault, à la suite d'un autre volume Mars-Vénus. De même d'ailleurs, l'on n'a pas à opposer le soleil et la lune et c'est pourquoi on les place en domiciles côte à côte au milieu des "bonnes saisons" et non dans des saisons opposées. Rappelons que selon la théorie des domiciles, Jupiter s'oppose à Mercure, planète intérieure et nullement  à Saturne, planète extérieure comme lui.!

                        D'autre part, il serait bon de revenir sur la maison II, que l'on aura souvent, lors du Colloque mentionné, associé à l'argent.  Ce rapprochement nous semble improbable. La maison II est associée au printemps - bien que fort étrangement on la place sous l'horizon- ce qui est une impropriété puisque le printemps comme l'Eté doivent être associés au jour et non à la nuit. L'argent, au demeurant n'a rien à voir avec le printemps mais est en rapport avec les "mauvaises " saisons qui  impliquent et exigent de faire des provisions, c'est à dire d'être prévoyant. Et cette thésaurisation n'a rien à avoir  avec la liberté - plus cigale que fourmi- des "belles" saisons.

                        Tout comme au niveau financier, on s'aperçoit que l'on est trop loin, il est fort probable que l'on puisse aussi se rendre compte que l'astrologie, aussi, est allée trop loin, en se déconnectant, symbolisme oblige, de la réalité pour en générer une autre, fictive.

                        Cela fait longtemps que nous dénonçons cette façon qu'ont les astrologues de mettre la charrue avant/devant les boeufs et de ne pas s'assurer de la cohérence d'ensemble avant d'aborder des cas particuliers. La déontologie de l'astrologue implique, selon nous, de passer du général au particulier.

                        Rappelons enfin qu'à partir du moment où l'on restitue les bases de l'astrologie, cela permet, évidemment, de corriger un certain nombre de contresens qui ont pu se glisser avec le temps.  On pense à cet inacceptable Jupiter exalté en cancer, signe du milieu de l'Eté  et inversement à cette Vénus exaltée en poissons, signe d'hiver!

                        Que des générations d'astrologues aient religieusement enseigné ces choses sans en comprendre le  pourquoi structurel est grave car  les définitions des planètes sont influencées par les signes qu'on leur attribue...

                        Cessons donc d'opposer Jupiter à Saturne ou à Mars! Ces trois dieux constituent une troïka, associés aux trois planètes extérieures, au sein du septénaire. Ne confondons pas Jupiter et le soleil! Jupiter est une planète des "mauvaises "saisons (sagittaire/automne et poissons/hiver) à l'opposé des valeurs solaires situées au printemps et en Eté.  Jupiter est le roi et en ce sens il est solaire mais il est un roi d'un autre monde nocturne qui fait pendant au monde solaire, diurne,  tout comme le feu est le pendant nocturne du soleil.  Jupiter est le législateur qui décrète des lois  face au Soleil qui impose sa loi  naturelle aux hommes. Mélanger ces deux plans, c'est se disqualifier : si l'astrologue ne comprend pas le monde, comment pourrait-il prétendre à conseiller autrui  à moins qu'il ne s'imagine justement que l'astrologie masquera ses lacunes....?

                        La pratique astrologique actuelle est d'ailleurs coupée de ses fondements pour les raisons suivantes:

1   Les maîtrises qui relient entre elles des maisons qui n'appartiennent pas aux deux grands ensembles, séparés par l'horizon

2   les domiciles et exaltations qui par  leur détérioration rapprochent des signes de nature très différente sous prétexte qu'ils sont dominés par la même planète

3   les  quatre éléments qui  relient entre eux des signes appartenant à des ensemble saisonniers et planétaires différents. Somme toute, cette répartition des 4 Eléments est une des sources de confusion les plus dommageables pour le discours astrologique et est la honte de l'enseignement astrologique.

                        Ces trois techniques pernicieuses, on l'aura compris, réussissent à désorienter, à déboussoler les étudiants en astrologie en les déconnectant du référentiel saisonnier bipolaire (signes), du référentiel jour/nuit (maisons).

                        De nos jours,  tous ces élèves en astrologie ont synthétisé le savoir qu'on leur a inculqué autour des 12 signes, eux mêmes associés aux maisons, à telle ou telle planète, à tel ou tel Elément. Il n'y a plus de conscience des saisons : les ont remplacées douze entités bien distinctes que sont les signes. En ce sens, l'on peut désigner l'astrologie actuelle d zodiacale bien plus que de saisonnière ou même de terrestre, puisqu'elle ne tient pas compte de la disposition des planètes de part et d'autre de la Terre.

                        Une cristallisation s'est opéré qui fait que l'unité de base de l'astrologie est devenue le signe zodiacale  à telle enseigne que  tout changement de signe est perçu et présenté comme déterminant, que l'on s'extasie sur le changement radical entre le bélier et le taureau, entre le sagittaire et le capricorne etc, d'où l'importance désormais que l'on attribue au demi-sextile (30°) qui devrait d'ailleurs être considéré comme plutôt négative,  tant les astrologues se sont évertue à opposer des signes consécutifs, ce qui a l'avantage d'impulser un rythme de changement plus vif que s'il fallait attendre un changement de saison et pis encore le passage d'un équinoxe à l'autre.... En pratique, le semi-sextile est un aspect qui concerne des signes qui se suivent, il ne devrait faire problème que dans le cas où les deux signes ainsi connectés appartiennent chacun à un ensemble saisonnier différent.... Il est vrai que pour ceux qui travaillent sur les transsaturniennes, spécialement lentes, l'on tend à accorder toute son importance aux intervalles les plus brefs, ce qui multiplie d'autant les chances d'aspect. Il est vrai que ces nouvelles planètes n'ont pas peu contribué à créer de la confusion, même si d'aucuns ont tenté d'en faire un troisième volet planétaire, comme Nicola avec son RET, qui a l'avantage de mettre l'accent sur ce qui rapproche des planètes qui se suivent dans le système solaire. Mais cela tend  casser la dualité qui est le domaine privilégié de l'intelligence humaine. Tout se passe comme si  tout dépassement du deux tendait à placer notre cerveau dans une sorte de somnolence,  de démission du  mental...

 

JH

26. 10. 08

 

 

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