Retour à une astrologie binaire pour le XXIe siècle

 

par Jacques Halbronn (CSAF)

 

            L'astrologie du XXe siècle n'a accordé que peu d'importance au principe binaire qui devrait être au coeur de l'astrologie du XXIe siècle.

            Par binarité, nous entendons l'idée selon laquelle l'astrologie devrait s'ancrer sur une dualité fondamentale et ne pas se disperser dans des dispositifs tentaculaires.

            J. P.  Nicola, un des maîtres à penser de l'astrologie du siècle dernier, a certes tenté de fonder le zodiaque sur le rapport diurne/nocturne  mais il n'en a pas moins défendu une typologie zodiacale à 12 termes. Quant à son RET, il est non pas binaire mais ternaire et sous-tend une typologie planétaire à 10 termes. Quant à sa théorie des Ages, elle n'a vraiment rien de binaire et s'efforce au contraire de valider la diversité même des significations planétaires.

            En ce qui concerne André Barbault, il  a certes favorisé l'idée de couples planétaires mais cela  ne débouchait pas pour autant sur une binarité centrale mais sur une série de binarités, regroupant toute une série de planètes (à l'exception de Mercure et de Pluton). On pourrait aussi parler de binarité dans le couple signe solaire/ascendant mais  cela conduit à 144 combinaisons!  En revanche, en astrologie mondiale, Barbault a  prêché en faveur de couples planétaires constituant des cycles mais il en multiplié le nombre. (Saturne/Neptune, Saturne/Uranus etc....) En ce qui concerne son indice de concentration planétaire, l'on peut en revanche y voir une volonté de binariser l'astrologie en opposant la concentration des planètes  à leur dispersion. L'idée d'opposer tension et détente était en soi intéressante mais ne prenait pas vraiment  toute la mesure de l'idée de conjonction.

            Dane Rudhyar a privilégié la conjonction soleil-lune mais n'en a pas moins conservé une dimension sémantique lourde de planètes, de signes, de maisons, d'aspects....

            Quant à Michel Gauquelin, ses résultats statistiques ne débouchent sur la binarité qu'en ce qui concerne l'importance accordée au lever et à la culmination d'un astre mais sans qu'il distingue ces deux positions. Par ailleurs, il aura, au contraire, valider la thèse d'une pluralité de planètes actives (Lune, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne)

             Un certain nombre d'obstacles épistémologiques auront empêché les astrologues de l'après guerre, nés dans les années Vingt.

            1  Ne pas avoir compris que derrière la diversité, il fallait rechercher une polarité: tous les signes de printemps et d'Eté sont réductibles à une seule valeur  qui est déclinée et dérivée en divers attributs. Idem pour les signes d'automne et d'hiver

            2  Toutes les planètes  ne forment en fait que deux ensembles, les intérieures et les extérieures et leur nombre est sans importance, là encore, les principes de ces deux groupes sont déclinés et dérivés sans qu'il faille perdre de vue la "racine" qui seule importe.

            3 A l'évidence, ces astrologues n'ont pas su prendre leurs distances par  rapport à l'astronomie (nombre de planètes) , et à la méta-astronomie (division en 12 du zodiaque, nombre d'aspects, division en 12 du mouvement diurne)

            4  Ces astrologues n'ont pas compris que la diversification  était due à de simples considérations de découpage : nombre de planètes connues, nombre de conjonctions soleil-lune.

            5 Ils n'ont pas compris que le discours de l'astrologie ne pouvait être que très simple et donc binaire, à l'instar du langage informatique. Dès lors, l'astrologie perdait en lisibilité et en visibilité.

            6 Ils n'ont pas compris que la binarité en astrologie devait être récurrente et constante pour garantir et maintenir son harmonie interne, son homogénéité. Les acrobaties liées aux doubles domiciles des planètes trahissent des tentatives malheureuses d'unification, ne passant pas par la binarité, en dépit même de l'idée de dédoublement des domiciles aux dépens des exaltations.

            7 En posant la binarité comme fondement, la question du nombre de planètes nouvellement découvertes  à prendre en compte ne faisait plus sens puisque de toute façon  il ne s'agirait que de prolongements à partir d'un centre.

            8  Une binarité fondamentale qui est restituée par l'astrologie du XXIe siècle est le couple planète/étoile fixe soit un lien entre deux ensembles ayant des profils radicalement différents se substituant à des relations entre éléments d'un même ensemble (planète/planète)

            8 la binarité radicale que nous proposons évite toute tentation divinatoire et place l'astrologie comme garante et gérante  d'un certain ordre du monde, au dessus de la mêlée.

            9 En recentrant l'astrologie sur la binarité, l'on  parvient à établir un grand nombre de passerelles avec la religion (le diable), avec la sociologie (lutte des classes), avec la   philosophie  alors que d'autres ont cru devoir faire l'inverse et "dé-binariser" la philosophie (P. Guinard) pour la rapprocher de l'astrologie,  en déplaçant la problématique de l'être vers l'avoir.

            10  L'idée de binarité est extrêmement économique, puisque le second terme est souvent absence plutôt que présence (conjonction/disjonction), à l'instar du rapport jour/nuit, "bonnes" saisons/"mauvaises" saisons, l'absence de signal  pouvant générer sa propre dynamique..

            11 En fait, les astrologues du XXe siècle se seront  vainement épuisé dans des tâches de différenciation pour distinguer chaque signe du zodiaque, chaque planète, chaque maison. au lieu de se centrer sur une seule et unique polarité fondamentale.

            12 Il importe que l'astrologie du XXIe siècle investissent pleinement la binarité, en évacuant les 12 typologies zodiacales pour s'articuler sur la dualité Homme/Femme, sur la lutte des classes (Marx), sur la discontinuité du cours des choses, ce que la crise actuelle aura fait comprendre, on peut le penser. A force, en fait, de multiplier les cas de figure, l'on risque de perdre de vue la dualité qui est au coeur de toute idée de cycle, puisque pour qu'il y ait retour, il faut qu'il y ait absence, séparation.

            13  L'astrologie du XXIe siècle nous enseigne que l'Humanité est à deux vitesses, une humanité soli-lunaire (ou proserpinienne) et une humanité saturnienne (ou plutonienne) qui vivent dans un processus d'alternance. En phase conjonctionnelle,  les plutoniens font la loi, dans tous les sens du terme, c'est à dire qu'ils unifient, qu'ils mettent fin à un certain désordre, à une multiplicité chaotique. En revanche, en phase disjonctionnelle - on est dans l'esprit des saturnales où maîtres et esclaves échangeaient symboliquement leurs rôles- le monde soli-lunaire reprend ses droits et l'Humanité  tend à se déresponsabiliser, persuadée de l'existence d'une harmonie préétablie et  ne dépendant pas d'elle mais de la Nature avant de retomber sous le joug des législateurs imposant leur pouvoir par toutes sortes de contraintes..   

            14 Bien entendu, l'astrologie du XXIe siècle se déleste du thème natal et de ses avatars, l'existence même d'une telle structure conduisant  à l'illusion que l'astrologie serait apte à traiter des  individus et non des membres d'ensembles considérables. Avec le thème, on accède au comble, au paroxysme, de la différenciation.

            15 Selon l'astrologie du XXIe siècle, telle que nous la voyons se profiler,  il nous faut découvrir qui nous sommes, non point par le thème natal, mais par notre rapport au monde,  à notre réactivité au cycle de Saturne, soit que nous soyons portés par la conjonction ou par la disjonction, ce qui peut évoluer au cours de notre existence du fait de divers critères (âge, déplacement dans un autre milieu etc). La grande question est bien: qui est plutonien ou qui est proserpinien, qui naît avec un sens aigu de l'ordre social  à constituer et à faire respecter  et qui veut s'en tenir à un ordre transcendantal, dicté au hommes  non par d'autres hommes mais par l'univers.

            16 En fait la conjonction correspondrait symboliquement et analogiquement au basculement ( de la balance) de l'Eté vers l'Automne. C'est alors que l'ordre naturel (proserpinien)  ne suffit plus et qu'un autre ordre (plutonien)  doit prendre le relais, ce qui implique la mise en avant d'une population plutonienne devant prendre, pour un temps, les rênes du pouvoir jusqu'au retour du printemps....quand la "sirène" conjonctionnelle ne se fera plus entendre.

            17 Ce qui vient compliquer l'analyse, c'est que désormais  l'ordre plutonien est devenu "naturel", ou du moins aura fini par constituer une "seconde nature". Le  jeune plutonien  se sent instinctivement investi d'une sorte de mission de justicier alors que socialement il n'a pas été patenté comme tel.

            18 Cela montre, d'ailleurs, que nos sociétés n'ont nul besoin, dans l'absolu, d'un quelconque carcan extérieur  (Droit, Constitution, Calendrier) du fait que nous sommes dépositaires en nous -mêmes d'un ordre qui se suffit à lui-même à partir du moment où rien ne vient le fausser et nous pensons aux divers palliatifs technologiques ou juridiques qui occultent  et interfèrent de plus en plus avec  nos perceptions de la binarité, remplacée par la parité qui est son contraire..

 

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