Vers un  nouveau statut de l'enseignant-consultant en astrologie

(contribution au Colloque du 13 décembre  2008)

 

par Jacques Halbronn

            Nous avons lancé récemment l'idée selon laquelle  la tradition astrologique pouvait servir de référence pour cerner le  cadre dans   lequel l'astrologue doit travailler mais ce cadre, il importe que le client de l'astrologue en prenne connaissance dans un premier temps avant de commencer à se situer à titre personnel, ce qui nous conduit à refuser le découplage enseignement- consultation pour en faire une activité solidaire et indivisible. Autrement dit, l'astrologue ne doit pas adopter les référentiels du monde moderne sur le plan psychosociologique, dont les perspectives sont  largement faussées par l'invasion technique qui nivelle toutes les différences, tout en générant une nouvelle forme d'inégalité. L'astrologue ne doit pas davantage adopter une tradition  qui doit être toilettée de fond en comble mais sans jeter le bébé avec l'eau du bain, comme disait Kepler.  Rappelons que l'historien authentique est celui qui est capable de restituer le passé dans sa complexité chronologique .Face à un savoir, il sera capable d'en déterminer les stades successifs qui ont abouti à ce savoir, souvent syncrétique. Malheureusement, beaucoup parmi ceux qui se prétendent historiens se révèlent parfaitement incapables de procéder ainsi. Ils se contentent alors  d'entériner ce qui leur est parvenu comme un ensemble d'un seul tenant et de justifier la complexité de l'ensemble dans l'espace et non dans le temps, en laissant entendre que d'entrée de jeu cette complexité avait sa raison d'être pour rendre compte de la réalité. Ces historiens de pacotille ne sont en fait que des sociologues se complaisant à comprendre comment nos sociétés intègrent ces savoirs, approche plus apologétique que critique et dont l'épistémologie de référence est le langage. C'est pourquoi, nous mettons en avant nos travaux en Histoire de l'Astrologie qui passent par une démarche archéologique - au sens de Michel Foucault- capable de dégager  non seulement  un ordre spatial  mais aussi une succession de temps.

            L'astrologue doit  réaffirmer ainsi, face au diktat technologique, la pérennité des grandes divisions entre hommes et femmes, entre marchands et guerriers, autant de dualités fondamentales et qui continuent à fonctionner en profondeur si ce n'est que l'on met cela sur le compte de variantes individuelles. Que l'astrologie cesse donc de jouer la carte de la modernité astronomique ou de la modernité sociale car une telle voie est suicidaire et elle y perdra son âme.

            Dans ce texte, nous exposerons l'idée de l'impossibilité de consulter en astrologie sans enseigner l'astrologie car le client doit passer par un certain enseignement général avant  de pouvoir se situer au sein d'un ensemble. ll est chimérique de croire que l'on peut parler à quelqu'un de ce qu'il est et de ce qu'il fait sans qu'il sache ce qu'il n'est pas et ce qu'il ne fait pas. C'est là un des principes d'une approche dialectique qui exige que l'on sache d'où l'on vient et où l'on va et non pas seulement que l'on s'inscrive dans un moment présent. C'est justement cette faculté de l'astrologie à situer la personne dans le monde qui la distingue de l'empirisme de la divination. Ce n'est pas prévoir qui fait problème, c'est le fait que prévoir astrologiquement exige de passer du général au particulier, ce qui implique d'abord que l'on passe du particulier au général, c'est à dire que l'on aide la personne à savoir où elle se situe dans l'éventail des possibilités. Il y a ainsi un aller retour constant entre le général et le particulier qui est la clef de l'approche astrologique. Et c'est cet aller retour qui n'est pas ou plus respecté qu'il faut rétablir.

            Nous pensons qu'une consultation astrologique sérieuse doit  être une sorte de maïeutique, c'est à dire une série de discussions d'ordre général sur le monde avant  de situer quelqu'un en particulier au sein de ce monde..Il serait bon de publier un ouvrage qui pourrait s'intituler "Le monde selon l'astrologie" qui exigerait que le lecteur prenne connaissance de l'ensemble de la question avant de se précipiter sur '"son" propre cas. Après avoir lu cet ouvrage, le lecteur pourrait par divers tests essayer de se situer mais sans substituer à ces tests un quelconque mode de tirage, y compris celui du thème natal. On ne peut pas faire l"économie d'un véritable entretien, d'un dialogue et l'on ne saurait,  d'entrée de jeu, réduire le client au mutisme en lui laissant tout au plus tirer une carte.... Quelle situation au demeurant incroyablement  inégale : on pourrait aussi bien demander à un chien de tirer une carte avec sa gueule ou voir à quelle date il est né! Voilà à quoi en est réduit le client, à un rôle muet, laissant à l'astrologue le privilège de la parole!  Combien d'astrologues, lors des entretiens que nous avons eus, pour la télévision (sur TV Urania ou sur Teléprovidence) n'ont-ils pas reconnu qu'ils parlaient d'abord sans laisser la parole à leur client avant d'avoir fait leur "speech". Mais à partir de quoi parlent-ils et ont-ils fourni à leurs clients une représentation globale de ce qu'est le monde selon l'Astrologie? Il est vrai que ce serait souvent beaucoup leur demander! Et pour cause, étant donné que les maîtres à penser de l'astrologie n'ont pas fait ce travail, sauf dans le cas, louable, de Jean-Pierre Nicola, à notre goût, malheureusement trop décalé par rapport au savoir traditionnel et donc trop marqué par la modernité., au niveau psychosociologique.

            En fait, ce qu'on appelle l'enseignement de l'astrologie correspond assez bien à ce modèle: le client doit d'abord être un élève acquerrant les bases de la pensée astrologique et cela ne peut se faire qu'en groupe, sinon cela augmenterait à l'excès le prix de la consultation. D'ailleurs, on le sait l'élève en astrologie est fortement en demande au niveau personnel. Mais il faudrait cesser de découpler cours et consultation et envisager des cours-consultation. On nous objectera que tout le monde ne veut pas devenir astrologue mais c'est déjà le cas de nombreux élèves en astrologie. L'on peut aussi  diviser le travail  et un astrologue peut s'adjoindre un assistant-enseignant  chargé de préparer ses clients à l'assimilation d'un certain nombre de notions qui ne sont pas nécessairement astrologiques mais qui sont nécessaires à l'entretien. Après tout, le langage n'est pas intrinsèquement astrologique.....Pour ceux qui veulent devenir réellement astrologues, ce serait en quelque sorte un troisième degré:

degré 1 : initiation au regard de l'astrologie sur le monde (dualité du Zodiaque,  des Planètes, des  Maisons)

degré 2 : se situer au sein des représentations astrologiques du monde (dualité cyclique)

degré 3   se former au métier d'enseignant ou/et  de consultant en astrologie.

            Dans cette approche que nous voulons conditionaliste et qui vise à maîtriser  divers paramètres, la question du langage est donc cruciale, ce qu'a bien compris Jean-Pierre Nicola et ce qui rend d'ailleurs assez difficile son enseignement..  On ne saurait dire que tel mot caractérise plutôt une catégorie qu'une autre mais bien plutôt qu'il n'est pas entendu de la même façon ici et là. C'est dire que l'astrologue rigoureux devra être conscient de toutes les acceptions que l'on accorde à un mot donné, ce qui implique d'être philosophe, dialecticien car la plupart des mots peuvent être retournés, de façon assez paradoxale. Que nul n'entre en astrologie s'il n'est philosophe dès lors que le philosophe est celui qui maîtrise le langage et non qui en est l'esclave.

             A partir du moment où deux personnes dialoguent, elles doivent disposer d'une expérience commune du langage et il ne suffit pas, comme on le croit trop souvent  que l'astrologue ait un certain bagage si son interlocuteur n'en est pas également pourvu. L récepteur  doit être en mesure de capter ce qu'envoie  l'émetteur et cela vaut d'ailleurs pour notre faculté à repérer les signaux cosmiques, cela demande une prédisposition.

            Trop d'astrologues, avons-nous remarqué,  parle d'influences astrales qui s'imposent à nous de l'extérieur comme un pot de peinture qui nous tomberait sur la tête. De la même façon,  ces mêmes astrologues s'imaginent que leurs propos vont être immédiatement compris et intégrés par leurs clients.

            Mais il est à craindre que même dans le cadre de l'enseignement, les professeurs ne s'assurent pas qu'ils ont été bien compris. Ils se contentent de noter que leurs élèves sont capables de répéter leurs propos. Or, répéter un propos n'a a jamais été une preuve qu'on l'avait compris, même si cela montre au moins que les mots ont été identifiés et reconnus en tant que signifiants mais cela ne règle pas ipso facto la question des signifiés.

            Quel astrologue honnête ne s'est pas aperçu de ce que tel mot qu'il croyait univoque est en fait des plus ambigus et ne s'est pas dit qu'une telle ambiguïté expliquait  un semblant d'accord qui était surtout un malentendu?

            On pourrait ainsi prendre la plupart des mots employés et montrer à quel point chacun peut les  appréhender à sa façon, ce qui d'ailleurs ne heurte pas tant que ça la conscience professionnelle de bien des astrologues qui s'en font une raison.

            En ce qui concerne les textes astrologiques, la question n'est pas tant que leur terminologie n'est pas satisfaisante au regard de nos formulations et rapprochements actuels mais qu'on ne peut faire l'économie d'un commentaire, d'une "explication" de texte déjà avec ses élevés et eux-mêmes avec leurs clients, lors d'un pré-entretien. (ce débat a été un moment fort du Colloque de mai 2008 sur l'Astrologie, entre le normal et le pathologique, Paris XIII qui devrait être prochainement mis en ligne sur teleprovidence.com)

            Est-ce qu'un homme marqué par Mars est comparable à une femme marquée par Mars? On a des exemples, dans la littérature astrologique de la Renaissance, de portraits différents pour un homme et une femme ayant la même signature astrale et il est regrettable que les horoscopes des journaux ne fassent pas la distinction et proposent le même texte pour un homme Gémeaux et une femme Gémeaux. L'astrologie contemporaine contribue à entretenir le mythe d'un dépassement du masculin et du féminin ou de la présence en chacun de nous de masculin et de féminin. Au niveau de l'astrologie du couple, faut-il rapprocher des gens qui ont des planètes complémentaires ou bien mettre ensemble un homme et une femme dominés par les mêmes valeurs astrales mais les vivant dans des registres différents?   Il n'en reste pas moins qu'il existe des  verbes qui conviennent mieux aux hommes qu'aux femmes: c'est ainsi que tout  les préfixes déclinant "venir" seraient masculine et ceux déclinant "tenir" seraient féminins.  La femme serait dans le tenir (obtenir, contenir, appartenir, soutenir,  maintenir, détenir, le verbe "tener" en espagnol signifiant avoir) alors que l'homme serait dans le venir (devenir, advenir(avenir),  parvenir,  provenir, souvenir,convenir, survenir). . Précisons en soulignant que la femme raisonne plutôt en terme d'obtention de ce qui existe - d'où une certaine forme de jalousie, d'envie qui lui est inhérente, et constitue sa dynamique- alors que l'homme  se demande avant tout comment il peut parvenir- avec le temps nécessaire- à une certaine compétence qui ne s'emprunte pas. Cela dit, dans la pratique,  une femme peut se servir du vocabulaire masculin et vice versa.

            La tradition astrologique nous fournit des clefs pour comprendre que notre humanité est divisée en deux "castes", celle des "martiens" et celle des "vénusiens", ou si l'on préfère celle des "plutoniens" et celle des "proserpiniens" (cf nos études in Grande Conjonction), les uns affirmant que la Loi est celle des humains qui doivent imposer cette Loi, avec toute la force nécessaire et les autres n'acceptant pour Loi  que celle dictée par la Nature, par les saisons, par quelque chose qui dépasse l'Homme. Le Zodiaque illustre ce clivage: le printemps et l'Eté sont sous la tutelle du monde extérieur : on n'y trouve aucun instrument (du bélier à la vierge) alors que dès que l'on bascule vers l'automne, apparaît la balance, puis avec le sagittaire, la flèche, puis avec le verseau, le vase, autant de choses qui n'existent pas telles quelles dans la nature. Bien plus, si l'on en vient à l'origine du zodiaque, qui est rappelée par les scènes mensuelles que l'on trouve sur les cathédrales, notamment (à Notre Dame par exemple, à Paris), l'on trouve alors une table, une cheminée, une maison. Tout cela ne doit pas laisser l'astrologue appliquer aveuglément  ce savoir, en faisant quelque calcul, mais doit lui permettre de situer son client au sein de ces deux ensembles, en sachant que chacun de ces ensembles a des valeurs différentes qu'il importe de préciser au moins dans les grandes lignes (voir les tests que nous proposons, sur Grande Conjonction). Deux logiques en présence: d’un côté une nature en pleine santé au printemps et en Eté et de l'autre une nature débile  mais derrière laquelle et à partir de la quelle se constitue un monde souterrain insoupçonné.  Le plutonien n'accordera donc pas beaucoup d'importance aux apparences alors que le proserpinien ne soupçonnera pas l'existence d'autre chose que ce qui se présente à lui; Pour le proserpinien,  ce que nous donnons à voir est le reflet de notre intériorité alors que pour le plutonien, une réalité en retrait  est son espace de liberté par rapport au joug d'un univers qui voudrait lui imposer sa loi.

            Ce pré-entretien est une initiation à la dialectique qui est au coeur de la pensée astrologique: un même mot n'a pas le même sens en telle ou telle phase ni chez un homme et chez une femme, ni chez un Martien ou un vénusien, ni chez  un Bélier ou un natif de la Vierge. Certes, on peut s'amuser à répartir des mots clef à chaque catégorie comme tentèrent de le faire les Gauquelin  (cf Les personnalités planétaires, Paris, Trédaniel, 1992) mais c'est là une pratique assez vaine et il est bien préférable, nous semble-t-il, de montrer que les mots changent de sens, d'une époque à l'autre, d'un groupe à l'autre  même si cela exige un effort assez conséquent  en comparaison du "par coeur" des mots clef.

            Nous donnerons ci dessous un exemple qui montre que l'on ne se méfie jamais assez. A un certain moment, nous avons défini l'homme et la femme comme ayant l'un plus à avoir avec l'être et l'autre avec l'avoir. Mais, en y réfléchissant bien, nous avons remarqué que tant l'homme que la femme étaient confrontés à l'avoir encore que pour des motifs différents. Et en fait ce sont les motifs qui intéresseront l'astrologue et non les actes en tant que tels qui valent tant pour l'homme que pour la femme. Gardons nous donc ce ces pseudo-distinguos qui, en pratique, s'appliquent à tout le monde.

            Développons, à titre d'exemple, cette problématique de l'avoir. Certes, la femme peut aimer posséder, s'approprier mais en même temps elle ne peut que relativiser toute possession puisqu'elle vient de l'extérieur.  A contrario, l'homme s'attachera avant tout à ce qui émane de lui, il n'aura donc pas la distance que la femme aura par rapport aux biens acquis. Si l'on n"a  pas compris que dans un cas on parle d'un attachement à ce qui vient de nous et dans l'autre à ce qui vient à nous, et si on ne s'en est pas expliqué, cela veut dire soit que l'on ne cherche pas à être vraiment explicite, soit que l'on est incapable, du fait que l'on n'a pas été formé en conséquence. En fait, dès que l'on prétend utiliser certains mots, il faut prendre la peine de les examiner sous divers angles.

            Certes, dans bien des cas, la consultation astrologique n'a pas à se situer à ce niveau là. Il ne s'agit alors que de lancer des mots sur lesquels le client se projettera et qui le feront réagir, c'est ce qui se passe en psychanalyse avec les associations d'idées.

            Mais pour ce qui nous concerne, le pré-entretien devrait figurer dans les codes de déontologie astrologique. Ce n'est d'ailleurs qu'alors que le client, peu  ou prou, initié, pourra faire foi et juger en connaissance de cause de la pertinence de ce qu'il a appris par l'astrologie.

           

JH

12. 10. 08      

 

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