L'astrologie et la Bible

 

par Jacques Halbronn

 

            Contrairement à ce que soutient Jean-Pierre Nicola, dans les années soixante,  nous pensons que la condition humaine n'est pas solaire mais post-solaire. A plus d'un titre, l'Homme se construit contre le soleil, établit un monde qui reflète le monde solaire:  il remplace le soleil par le feu, le soleil par le roi, la voûte céleste par la cathédrale. L'homme ne veut plus vivre au rythme du  ballet soli-lunaire mais invente une autre conjonction pour une autre temporalité

            Nous employons ici la terminologie utilisée par Robert Jaulin, dans son étude de la géomancie. Il convient en effet  dans les divers savoirs dits divinatoires  la partie descriptive et la dimension opérationnelle.

            Pour nous les noms des signes zodiacaux comme celui des planètes du septénaire correspondent à une certaine description du monde agricole d'une part et de l'ordre social de l'autre. Ni plus ni moins.

            Entendons par là que nous avons affaire à des représentations assez exhaustives, du moins sous leur forme non corrompue,  de la façon dont le monde fonctionne. En ce sens, il ne s'agit pas encore d'astrologie mais d'outils pouvant servir au travail d'une astrologie authentiquement "conditionaliste".

            L'astrologue, en effet, a besoin de connaitre le cours des choses :

-les activités saisonnières plus ou moins propices à telle ou telle action : le temps qu'il fait conditionne en partie le temps qui passe.

- les noms des planètes reflètent un certain ordre social: en haut, les planètes les plus lentes, mars, Jupiter et Saturne  représentent les forces de régulation (police, justice) tandis que les astres  les plus rapides, à commencer par les luminaires, concernent  le peuple. C'est là une astrologie au repos qui fournit un panorama.

            C'est selon nous une erreur de vouloir intégrer  ces notions au sein du savoir proprement astrologique. L'astrologie, stricto sensu, se situe ailleurs, dans l'articulation des planètes lentes avec les étoiles fixes, à commencer par Saturne. Il ne s'agit pas là de combiner entre elles les planètes mais de les relier à un certain nombre d'étoiles (le soleil, ici, n'étant pas considérée comme telle). Nous sommes ici dans une astrologie en mouvement, dont la cyclicité est sidérale.

            Cette diversité de l'astrologie au repos fait contrepoint à l'unicité de l'astrologie en mouvement.  Ce serait donc une erreur que de tenter de complexifier l'astrologie en mouvement en la lestant des catégories zodiacalo-planétaires.

            Derrière ces 12 signes et ces 7 planètes, il n'y a en fait que deux pôles :

1 pôle  printemps-Eté  face au pôle automne-hiver

2  pôle peuple (lune, soleil, Mercure, Vénus) face au pôle  "pouvoir" (Mars-Jupiter-Saturne)

ce qui permet de se connecter avec toute une série de dialectiques comme celle de l'être de l'avoir, du peuple et de ses représentants, de ceux qui subissent la loi et de ceux qui l'incarnent.

            Certes, Jean-Pierre Nicola,  avec le système RET distingue-t-il, en effet, le groupe des planètes intérieures(niveau R pour Représentation) - il met la Lune à part - et celui des planètes extérieures, de Mars à Saturne (niveau E pour Existence), mais d'une part il découpe un troisième groupe, celui des transsaturniennes (niveau T pour Transcendance) et de l'autre, il ne rapproche pas les deux premiers groupes du système de castes indiens avec d'un côté les paysans et les commerçants (Mercure a  donné ce mot) et de l'autre les guerriers (kshatriyas)  et les prêtres (brahmanes). L'approche de Nicola est plus psychologique que sociologique, il  voit plus dans le système solaire une radioscopie du psychisme que de l'ordre social.  Le système RET distingue plusieurs niveaux de sensibilité humaine aux signaux et cela peut comporter une certaine valeur heuristique : Nicola met en garde contre l'importance que l'on est tenté d'accorder à des signaux purement convenus, ce serait le niveau R. Il semble en vérité privilégier le niveau E, qui s'intéresse aux phénomènes quant à leur réalité intrinsèque mais ne se manifestant de façon aussi évidente que pour le niveau R. Enfin, le niveau T concernerait des niveaux de conscience extrêmement subtils difficiles à analyser.  Et en effet, la recherche astrologique devrait se situer au niveau E correspondant à Mars, Jupiter et Saturne, juste milieu entre la prise en compte de manifestations certes frappantes mais  sans causalité astrologique  certaine et la spéculation  d'affirmations invérifiables.

            On nous permettra d'exprimer notre scepticisme quant aux résultats statistiques de Gauquelin concernant la Lune et Vénus. Nous ferons a priori moins d'objections en ce qui concerne Mars, Jupiter et Saturne, les planètes qui concernent une certaine élite sociale : cela concerne des domaines qui permettent de parvenir à un consensus puissant au prix cependant de contraintes de toutes sortes.  Mais peut-on sérieusement diviser en trois secteurs  ce qui ne constitue finalement qu'un seul et même domaine? Bien des "martiens" se sont révélé d'excellents "jupitériens" et inversement.  Il n'y a selon nous  de vérité que dialectique, le reste est fonction d'opportunités. C'est ainsi  que si au lieu de 12 mois on en avait 18, on aurait certainement trouvé matière pour "remplir" 18 cases!

            En fait, le conditionalisme, selon notre coeur,  devrait appréhender les séries zodiacales et planétaires non pas tant comme faisant partie de l'astrologie stricto sensu que comme constituant une toile de fond sur laquelle s'inscrit la trame proprement astrologique, et donc comme un conditionalisme dont l'astrologie a à tenir compte.

            Le piége serait de confondre le cycle céleste central avec les péripéties qu'il traverse tant au niveau des signes que des maisons. Rien n'interdit à l'astrologue de se servir des séries catégorielles qui sont mises à sa disposition à condition qu'il les considère comme un simple back ground.

            Nous avons voulu ici montrer, en vue du Manuel Officiel d'Astrologie, que l'astrologie avait eu à intégrer dans son métadiscours  certaines données qui ont largement perdu de leur cohérence et qui ont aussi fini par complètement changé de statut, à savoir que de périphériques, elles sont devenues centrales.

            A la différence de Nicola, notre propos ne saurait faire l'économie d'une lecture du texte astrologique traditionnel quitte à le restaurer  alors que Nicola, pour sa part,  fait table rase du passé et se propose de repenser  le cosmos à frais nouveaux, faisant ainsi abstraction du temps passé. Quelque part, en dépit de sa corruption, un tel ensemble nous permet de mieux comprendre la dialectique conjonction-disjonction.

            La conjonction est une montée en puissance à la façon de la Tour de Babel qui focalise toutes les énergies. A l'opposé, la disjonction est marquée par la dispersion, la division comme il est dit dans la Bible:" (Genèse. Ch  XI, 7), voir notre étude sur Babel in Grande conjonction n° 25).

"Yahwé descend pour voir la ville et la tour construite par les fils d'Adam, Yahwé dit :Tous ensemble, ils commencent à ne plus faire qu'une seule bouche et qu'une seule communauté, rien ne leur sera impossible... Allons, descendons pour mettre la confusion dans leur langage, en sorte qu'ils ne se comprennent plus les uns les autres..." Ils arrêtent de construire la ville. On l'appel Babel car ici Yahwé mit la confusion dans la langue de toute la Terre et, de là, a fait se disperser tout le monde sur toute la Terre.Babel correspond à l'évidence à la conjonction que refuse l'Eternel, qui ne veut pas entendre parler d"unité et semble  préférer diviser pour régner. Chaque fois qu'une conjonction Saturne-Quatre Etoiles se forme - rappelons que la tour représente une ziggourat, c'est à dire un observatoire du Ciel - les hommes tentent de refaire leur unité. Mais peu à peu, inexorablement, la conjonction se défait et cela coïncide avec la volonté  de Dieu de "mettre de la confusion" en multipliant les clivages et les cloisonnements. C'est  dire que la Bible comporte une véritable leçon d'astrologie conjonctionnelle si l'on rappelle que dans le même Livre de la Genèse figure le songe des Vaches, au chapitre XLI.      .

Genèse 41

41.1 Au bout de deux ans, Pharaon eut un songe. Voici, il se tenait près du fleuve.

41.2  Et voici, sept vaches belles à voir et grasses de chair montèrent hors du fleuve, et se mirent à paître dans la prairie.

41.3 Sept autres vaches laides à voir et maigres de chair montèrent derrière elles hors du fleuve, et se tinrent à leurs côtés sur le bord du fleuve.

41.4 Les vaches laides à voir et maigres de chair mangèrent les sept vaches belles à voir et grasses de chair. Et Pharaon s'éveilla.

41.5 Il se rendormit, et il eut un second songe. Voici, sept épis gras et beaux montèrent sur une même tige.

41.6 Et sept épis maigres et brûlés par le vent d'orient poussèrent après eux.

41.7 Les épis maigres engloutirent les sept épis gras et pleins. Et Pharaon s'éveilla. Voilà le songe.

41.8 Le matin, Pharaon eut l'esprit agité, et il fit appeler tous les magiciens et tous les sages de l'Égypte. Il leur raconta ses songes. Mais personne ne put les expliquer à Pharaon.

41.9 Alors le chef des échansons prit la parole, et dit à Pharaon: Je vais rappeler aujourd'hui le souvenir de ma faute.

41.10 Pharaon s'était irrité contre ses serviteurs; et il m'avait fait mettre en prison dans la maison du chef des gardes, moi et le chef des panetiers.

41.11 Nous eûmes l'un et l'autre un songe dans une même nuit; et chacun de nous reçut une explication en rapport avec le songe qu'il avait eu.

41.12 Il y avait là avec nous un jeune Hébreu, esclave du chef des gardes. Nous lui racontâmes nos songes, et il nous les expliqua.

41.13 Les choses sont arrivées selon l'explication qu'il nous avait donnée. Pharaon me rétablit dans ma charge, et il fit pendre le chef des panetiers.

41.14 Pharaon fit appeler Joseph. On le fit sortir en hâte de prison. Il se rasa, changea de vêtements, et se rendit vers Pharaon.

41.15 Pharaon dit à Joseph: J'ai eu un songe. Personne ne peut l'expliquer; et j'ai appris que tu expliques un songe, après l'avoir entendu.

41.16 Joseph répondit à Pharaon, en disant: Ce n'est pas moi! c'est Dieu qui donnera une réponse favorable à Pharaon.

41.17 Pharaon dit alors à Joseph: Dans mon songe, voici, je me tenais sur le bord du fleuve.

41.18 Et voici, sept vaches grasses de chair et belles d'apparence montèrent hors du fleuve, et se mirent à paître dans la prairie.

41.19 Sept autres vaches montèrent derrière elles, maigres, fort laides d'apparence, et décharnées: je n'en ai point vu d'aussi laides dans tout le pays d'Égypte.

41.20 Les vaches décharnées et laides mangèrent les sept premières vaches qui étaient grasses.

41.21 Elles les engloutirent dans leur ventre, sans qu'on s'aperçût qu'elles y fussent entrées; et leur apparence était laide comme auparavant. Et je m'éveillai.

41.22 Je vis encore en songe sept épis pleins et beaux, qui montèrent sur une même tige.

41.23 Et sept épis vides, maigres, brûlés par le vent d'orient, poussèrent après eux.

41.24 Les épis maigres engloutirent les sept beaux épis. Je l'ai dit aux magiciens, mais personne ne m'a donné l'explication.

41.25 Joseph dit à Pharaon: Ce qu'a songé Pharaon est une seule chose; Dieu a fait connaître à Pharaon ce qu'il va faire.

41.26 Les sept vaches belles sont sept années: et les sept épis beaux sont sept années: c'est un seul songe.

41.27 Les sept vaches décharnées et laides, qui montaient derrière les premières, sont sept années; et les sept épis vides, brûlés par le vent d'orient, seront sept années de famine.

41.28 Ainsi, comme je viens de le dire à Pharaon, Dieu a fait connaître à Pharaon ce qu'il va faire.

41.29 Voici, il y aura sept années de grande abondance dans tout le pays d'Égypte.

41.30 Sept années de famine viendront après elles; et l'on oubliera toute cette abondance au pays d'Égypte, et la famine consumera le pays.

41.31 Cette famine qui suivra sera si forte qu'on ne s'apercevra plus de l'abondance dans le pays.

41.32 Si Pharaon a vu le songe se répéter une seconde fois, c'est que la chose est arrêtée de la part de Dieu, et que Dieu se hâtera de l'exécuter.

41.33 Maintenant, que Pharaon choisisse un homme intelligent et sage, et qu'il le mette à la tête du pays d'Égypte.

41.34 Que Pharaon établisse des commissaires sur le pays, pour lever un cinquième des récoltes de l'Égypte pendant les sept années d'abondance.

41.35 Qu'ils rassemblent tous les produits de ces bonnes années qui vont venir; qu'ils fassent, sous l'autorité de Pharaon, des amas de blé, des approvisionnements dans les villes, et qu'ils en aient la garde.

41.36 Ces provisions seront en réserve pour le pays, pour les sept années de famine qui arriveront dans le pays d'Égypte, afin que le pays ne soit pas consumé par la famine.

 

            La lecture de ces lignes résonne étrangement en ces jours que nous traversons : l'on y voit le spectre de l'Etat qui se redresse et  impose ses conditions, suivant un cycle de sept ans.  Mais Babel est justement une création de l'Etat centralisateur, c'est le roi Nemrod.

            Il est remarquable que Dieu ne se place pas du côté de Babel, ne se félicite pas de l'ingéniosité humaine et de la faculté des hommes à se rassembler pour mener à bien de grands ouvrages. L'histoire de Joseph est d'ailleurs assez ambiguë puisque l'Hébreu contribue à renforcer la puissance de l'Etat Egyptien sur ses sujets qu'il asservit du fait qu'il a compris les lois de la cyclicité. Cette fois, Dieu n'intervient pas immédiatement pour mettre à bas la puissance égyptienne mais un jour, on le sait, les Egyptiens se verront châtier par les plaies et Dieu permettra aux Hébreux d'échapper à cette unité étatique.

            Dieu est en fait du côté du Soleil, il incarne un monde d'avant l'Homme. Mais  grâce aux ziggourats, les hommes vont  décrypter le Ciel et découvrir les planètes lentes, celles qui lui permettent de ne plus vivre au rythme de la rencontre des luminaires.

            Marie-Luce Piette nous rappelle que " le Soleil et la Lune qui sont considérés comme divinités, occupent une place secondaire dans la religion grecque. Sélène, une des personnifications de la Lune n'a pas obtenu partout des cultes organisés, et pour Hélios, la personnification du Soleil, peu de temples ont été érigés en son nom, comme par exemple dans l'île de Rhodes.

            Nous dirons donc que l'Etat, c'est l'anti Dieu, c'est le Dieu  inventé par l'Homme,  un monde artificiel, parallèle au monde soli-lunaire, un monde plutonien, automnal,  mais qui devra pactiser avec le monde vernal sur lequel l'Humanité ne veut pas s'aligner ou du moins seulement la moitié du temps.

"Fille de Jupiter  et de  Cérès Proserpine  fut enlevée par Pluton avec la complicité de son père alors qu'elle cueillait des fleurs en Sicile, et se maria avec le dieu des enfers. Afin de se venger, Cérès priva la terre de ses bienfaits, contraignant Jupiter à ordonner à Pluton de lui rendre sa fille. Cependant, celle-ci ayant mangé une grenade dans le monde souterrain y était à jamais rattachée : elle passa donc la moitié de sa vie près de sa mère et l'autre près de son mari, donnant naissance au cycle des saisons" (Wikipedia).

            L'Humanité n'est pas du côté de Proserpine mais bien du côté de Pluton, dont le chien Cerbère rappelle que le chien est  le meilleur ami de l'Homme.

            Il est donc bien regrettable que par une sorte de syncrétisme, nombreux soient parmi les astrologues, qui continuent à ne pas comprendre ce qui distingue le monde soli-lunaire du monde de Mars, Jupiter et Saturne, planète qui est une sorte de Lune sur la base d'un an pour un jour.

            L'astrologie ne peut certes ignorer le monde du soleil et de l'Eté dans lequel l'Humanité est propulsée périodiquement mais elle n'en reste pas moins conjonctionnelle, dans son principe et la conjonction de Saturne avec les 4 étoiles fixes  se substitue alors à la conjonction des luminaires, elle en est l'octave supérieure. En fait, de même que dans le groupe des planètes dites intérieures (le R dans le système RET), seuls sont opérationnels le soleil et la lune, de même dans le groupe des planètes dites extérieures ( à l'orbite de la Terre (le E dans le système RET), Saturne serait la seule planète active, encore qu'au Moyen Age, l'on ait privilégié la conjonction Jupiter-Saturne, qui offre en effet des parallèles remarquables avec la conjonction soleil lune: la lune rejoint, tous les 30 jours environ,  le soleil à 30° d'intervalle (aspect de semi-sextile)  alors que Jupiter rejoint Saturne à 120° d'intervalle, d'une fois sur l'autre (aspect de trigone), tous les 20 ans. Le fait de changer de signe ne signifie pas nécessairement une nouvelle signification mais simplement un nouveau cycle, identique au précédent dans son principe. En revanche, dans le système planéte-étoile, l'intervalle est de 0° (conjonction) mais  le cycle lui-même est balisé par la rencontre successive avec 4 étoiles fixes, distantes d'environ 90° l'une de l'autre.

           

 

JH

07. 10. 08

 

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