L'astrologie menacée par les solutions de remplacement

 

par Jacques Halbronn

 

            Les pires ennemis de l'astrologie, ce ne sont pas tant  ceux qui s'opposent à elle que ceux qui tentent de s'y substituer. Au XVIIIe et au XIXe siècles, l'astrologie a été concurrencée par diverses formes de divination (cf. notre ouvrage sur Etteilla, "L'Astrologie du Livre de Toth", Paris, Trédaniel, 1993), onomancie et l'Astrologie Scientifique de Choisnard visait à s'en débarrasser tant toutes ces techniques avaient fini par s'emparer du nom même d'Astrologie (cf. Ely Star, les Mystères de l'Horoscope, 1888, voir  notre ouvrage "La vie astrologique, il  y a cent ans, Paris, Trédaniel, 1992)

            Mais l'astrologie, plus fortement, aura été également concurrencée par tout le système constitutionnel mis en place aux Etats Unis, en France et bien entendu en Angleterre, bien avant - le roi  Charles Ier Stuart sera exécuté en 1649 sur vote du Parlement-   et plus tard   en Allemagne, en Italie  au cours du XIXe siècle. D'une part, par la fixation d'un calendrier électoral assez rigide et donc comportant une évidente périodicité mais aussi par la régularité même des sessions parlementaires. Le terme même d'Assemblée est significatif de la mise en oeuvre d'un rythme régulier, sur une base annuelle, voire saisonnière. Dans le monde religieux, l'idée de rassemblement est centrale: le mot église ou le mot synagogue signifient rassemblement.

            On peut parler ici de la création de mécanismes qui produisent une activité continue de rassemblement. Or, l'astrologie, selon nous,  est une science du rassemblement  mais il ne s'agit pas là de la routine actuelle mais d'un phénomène plus spontané. Si maintenant, les gens se rassemblent  du fait de la Loi constitutionnelle, il n'est plus besoin d'un rassembleur. Or, l'astrologie est la science des  rassembleurs,  la faculté principale du chef étant d'unir et de réunir. Mais désormais n'importe qui peut faire l'affaire puisque le rassemblement est devenu une pratique programmée et incontournable. Quant à l'effort de se déplacer, il est sensiblement relativisé par l'essor des transports mais aussi des média (Internet, téléphone etc.), le voyage ne fait plus événement..

            Il y a là un évident nivellement par le bas tout comme dans le domaine du spectacle, l'usage du microphone favorisera ceux qui auront une voix de puissance médiocre. En fait, on pourrait dire que nos sociétés sont terriblement marquées par la mise en place de techniques tant  dans le champ industriel que juridique.

            Tout cela compromet sérieusement la recherche en astrologie mondiale tant le monde politique tend à se verrouiller contre tout  imprévu et s'en tient à des calendriers établis de longue date mais qui s'ils ont des effets sur les comportements des citoyens n'en tiennent en revanche pas compte, si ce n'est par le fait des sondages d'opinion. Cela nous fait penser à  un album BD  de Spirou, où les habitants d'une ville contrôlée par le méchant Zorglub ne font plus les choses parce qu'ils les ressentent mais parce que c'est ainsi qu'elles doivent se faire.

            Il y a là quelque paradoxe propre à toute prévision - et il faut prendre ce terme aussi dans le sens de ce qui a été fixé à l'avance et non plus dans le seul sens de ce que l'on pense qu'il va se passer- "Il est prévu" ou '"il était prévu", dit-on, sans se croire astrologue. Quelque part, nos sociétés prétendent prévoir et ne cessent de le faire. Car en prévoyant, à l'avance, comme de bien entendu,  l'on  risque de fausser le cours normal des choses.

            On n'en est pas encore là, nous dira--t-on au regard de ce qui se passe actuellement, sur le terrain économique notamment mais pas seulement. Et c'est heureux pour l'astrologie  puisque cela lui permet de reprendre ses droits sur tous ces calendriers qui quadrillent notre temps citoyen. C'est dans ces situations "imprévues", sortant de l'ordinaire, que l'astrologie reprend ses droits à condition d'en rester- soulignons-le- dans le registre du rassemblement et des rassembleurs et non en débordant de son créneau pour prétendre parler de tout ce qui serait "important", "grave", "mémorable",  fausse piste sur laquelle André Barbault a lancé, depuis le début des années soixante,  l'astrologie mondiale, sauf le respect qu'on lui doit par ailleurs.

.           Quoi d'étonnant, en effet, à ce que l'astrologie soit fondée sur cette idée de rassemblement  alors que la conjonction est une idée maîtresse de sa philosophie, avec ce qu'elle implique de périodicité et donc de phase de relative dispersion. Car quel mérite aurait-on à réunir ce qui n'a cessé de l'être et qui le fait sans qu'il y ait à passer par un leader de quelque valeur?

             Communiquer (du mot commun) est largement synonyme de rassembler... Le mot république, c'est la chose commune et le mot ne date pas d'hier... Même l'idée de ville est marquée par une institutionnalisation du rassemblement qui met en péril la notion de périodicité, les gens étant en permanence dans la proximité. Plus les distances se réduisent et  moins le cycle du rassemblement tend à perdre de sa réalité. "Et pourtant", comme dirait Galilée, ce cycle "tourne", il  perdure en dépit des tentatives extra-astrologiques - souvent assez vaines de s'y substituer.     

            Heureusement, comme chacun aura eu le loisir de s'en rendre compte, la mécanique trop bien huilée du parlementarisme  et des diverses représentations locales (de la régionale à la municipale) a des ratées. Les partis politiques maintiennent leurs différences, les Etats ne coopèrent pas entre eux si facilement que cela, les barrières et cloisonnements de tous ordres, notamment religieux,  se perpétuent... Et c'est leur dépassement périodique, hors de la routine,  qui fait réellement événement et qui permet à des leaders plus ou moins charismatiques de se révéler et de faire leurs preuves.Sans qu'il faille conclure que l'astrologie se nourrisse de catastrophes qui sont plutôt des catharsis.

            Quoi d'étonnant, cependant, à ce que l'astrologie tende de nos jours, à se réfugier dans la sphère privée? Mais on l'a dit,  sur ce terrain, aussi, l'astrologie est en concurrence avec la psychologie et  ....la parapsychologie qui lui empruntent d'ailleurs volontiers ses classifications et ses terminologies.

            On aura compris que selon nous  le monde souffre d'un excès de programmation qui ne permet plus suffisamment de conférer au rassemblement  sa véritable signification. On est un peu dans une sorte de Tour de Babel, avec une Humanité qui veut régenter son propre Temps à sa façon - mais dans le désordre - au lieu de reconnaître l'existence d'une unité cyclique sous jacente et correspondant à une réelle (bio) rythmicité, quelle qu'en soit l'origine.

            Il est clair que plus nous avons affaire  à des sociétés désorganisées,  déstructurées et plus le facteur astrologique sera perceptible du fait que périodiquement un certain ordre parviendra, toujours provisoirement, à s'instaurer. Au fond, ne conviendrait-il pas de laisser les choses se faire d'elles-mêmes? On se demande actuellement s'il ne faudrait pas supprimer les feux de signalisation et laisser les automobilistes et les piétons communiquer directement...Le message de l'astrologie, selon nous, est le suivant: n'essayez pas de tout baliser par avance. Faisons  confiance  à un ordre cosmique (cosmos, en grec, signifiant ordre) qui d'ailleurs a été établie par  les législateurs  il y a  des millénaires.

            En ce sens, nous prônons un certain libéralisme, sous tendu par la conscience de l'existence d'instances régulatrices internes. L'Humanité risque fort de perdre son âme à force de tout vouloir verrouiller et uniformiser.Il n'est pas mauvais qu'il y ait un peu de désordre pour que l'on ait à apporter de l'ordre  non point du fait d'une constitution froide mais grâce à l'autorité de  chefs  animés de l'intérieur  par les signaux célestes. Cela n'empêche certes pas que l'astrologie, du moins celle que nous prônons (cf. Grande Conjonction) soit enseignée et professée mais elle doit surtout servir à nous protéger contre des mécanismes trop rigides de rassemblement qui sont, de toute façon, voués à être débordés périodiquement en ce qu'ils ne sont que de pâles copies des vraies cyclicités. Mais cette mise en garde vaut aussi pour les fausses astrologies qui proposent de fausses échéances et manquent les vraies -notamment en négligeant la dialectique fondamentale  planète/étoile-  ou qui  jugent bon d'entériner les pratiques constitutionnelles ou programmatiques  actuelles et autres plans quinquennaux, comme ceux qui florissaient dans l'URSS de Krouchtchev, ce qui entraîna André Barbault à  faire, au début des  années soixante, des prévisions annonçant que l'URSS allait bientôt dépasser les USA....

            Quant aux affirmations de parité, elles tentent également à  ne pas faire ressortir les rapprochements qui ne sont sensibles que lorsque les différences peuvent être affirmées. Il n'y a guère de mérite à  rassembler ce qui est semblable!

 

 

JH

03. 10.08

 

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