L'héritage franco-allemand de la nouvelle astrologie.

par Jacques Halbronn

(à l'occasion  d'un débat organisé pour teleprovidence, en anglais, à Paris, le 22. 09. 08)

 

            L'apport français et plus largement francophone  est d'une double nature de fond et de forme:

 d'une part, des tentatives, sur le plan formel,  pour corriger et aménager  certaines structures du savoir astrologique (Néroman, Carteret  Lisa Morpurgo que nous rattachons à cette mouvance, bien qu'italienne et plus récemment, J. P. Rébillard,) et  d'autre part des tentatives, au niveau du fond, pour s'émanciper de l'héritage symbolique (Gauquelin,  Nicola, André Barbault). Il semble qu'à l'étranger un travail du même ordre n'ait pas été engagé. Une des écoles les plus intéressantes est probablement l'allemande avec  une volonté de repérer des points sensibles ne correspondant pas à des astres connus (Ecole de Hambourg,  Reinhold et Baldur Ebertin). Pour notre part, nous nous situerons aux confins entre ces deux écoles, ce qui convient assez bien  à nos origines alsaciennes et rhénanes et à notre prénom français accolé à un patronyme allemand.

            Les trois auteurs que nous avons cités  au niveau des recherches de décodage, se caractérisent par une émancipation à l'égard du  symbolisme zodiacal. Michel Gauquelin ne situe pas les planètes dans le zodiaque mais en maisons, André Barbault ne s'intéresse guère au signe où se trouve "sa" conjonction Saturne-Neptune et Jean-Pierre Nicola n'attache guère d'importance aux noms des signes et à toutes les notions qui leur sont traditionnellement attribuées (maîtrises, Eléments etc.).  En ce qui concerne son indice cyclique (également connu comme indice de concentration planétaire), Gouchon, et à sa suite Barbault, n'accordent pas d'importance aux signes zodiacaux occupés par les regroupements des planètes lentes ni même aux planètes ainsi réunies, l'approche étant avant tout quantitative.

            En ce qui concerne les recherches structurales qui  sont également un apport appréciable de l'astrologie française ou francophone, nous dirons qu'elles visent à proposer un modèle global, sous-tendu par une certaine cohérence mathématique, à base d'écarts angulaires récurrents. On n'est pas ici dans le cas par cas. On cherche à "sauver" une tradition au prix d'un certain nombre d'amendements. Il faudrait aussi mentionner la mouvance sidéraliste française, autour notamment de Jacques Dorsan -(mais l'on rappellera que c'est à Bruxelles que furent organisés plusieurs colloques sidéralistes, sous la houlette du regrette Jacques de Lescaut,  par ailleurs collaborateur artistique de Maurice Béjard) non seulement en ce qui concerne le décalage propre à l'ayanamsa des Hindous mais aussi  au niveau de l'ordre de numérotation des maisons, point déjà abordé par Gauquelin qui numérote dans l'ordre de progression des astres.

            Du côté allemand, nous dirons que les mi-points sont une idée intéressante en ce qu'ils laissent entendre que certains points sensibles du thème ne correspondent à la présence d'aucun astre, qu'il faut chercher à mi -chemin entre deux planètes, ce qui augmente sensiblement le nombre de  points sensibles à moins que cela ne prenne la place carrément des "vraies" positions planétaires. Quant à l'Ecole de Hambourg, un peu à la façon qui sera celle de Jean Carteret, elle affirme la présence de planètes au delà de Neptune du fait de certaines carences interprétatives.

            Toutes ces recherches semblent en effet tenir à la perception de carences et d'insuffisances mais aussi, dans certains cas,  témoignent du sentiment  d'un trop plein d'informations  et traitent des remèdes à y apporter.

            Pour notre part, il nous apparaît que l'Astrologie Quatre Etoiles (Astrology Four Stars, AFS) que nous défendons en ce début de XXIe siècle est héritière de ces divers courants. En ce qui concerne les points manquants, nous mettons en avant les étoiles fixes royales et non les transsaturniennes, ce qui nous fait accorder de l'importance, toutefois, sinon au zodiaque du moins à certaines de ses composantes stellaires. Du fait de l'usage des étoiles, les conjonctions ont toujours lieu dans les mêmes secteurs du ciel mais nous ne cherchons nullement à différencier  symboliquement ou sémantiquement une étoile d'une autre ni d'ailleurs une planète d'une autre puisque nous ne nous servons que d'une seule et unique planète. Outre cela, nous n'accordons aucune importance au thème natal, ce qui était déjà le cas de Barbault, du moins en astrologie mondiale.

            En ce qui concerne les recherches structurelles, nous ne nous intéressons plus  guère aux maîtrises si ce n'est pour en dénoncer les incohérences et la complaisance des praticiens qui le utilisent en dépit d'assez évidentes permutations et manipulations.

            Ajoutons que l'astrologie française, du moins jusque dans les années Quatre Vingt, aura cherché à se démarquer des divers arts divinatoires mais sans se rendre compte à quel point la divination avait déjà envahi le champ de l'astrologie, notamment en ce qui concerne la signification des maisons.  Tant que l'astrologie maintiendra certains dispositifs à fort potentiel divinatoire, toute volonté de démarcation restera vaine. De même, l'astrologie ne saurait se contenter de se définir comme une psychologie qui va vite en besogne  ou qui donne des dates, et ce grâce au recours aux astres.  On peut dater avec n'importe quel support, du moment que l'on introduit  un calendrier dans le questionnement.  Quant à se targuer d'aller plus droit au but, nous pensons pour notre part que l'astrologie n'a aucune vocation à cerne le psychisme d'une personne : il faut laisser cette tâche aux sciences humains tant au niveau des catégorisations que des approches proprement individuelles. Il ne suffit pas en effet  de réformer l'astrologie dans son contenu si on ne modifie pas son champ d'application.

            La notion que nous avons présenté récemment est celle de discontinuité. L'astrologie, selon nous, met en évidence la discontinuité de nos sociétés, ce qui implique une politique transparente et minimaliste  de la cyclicité, avec des rendez-vous distants les uns des autres (pour notre part tous les 7 ans) alors que la psychologie serait dans une sorte de continuité du quotidien.  L'astrologie ne s'inscrit pas dans le temps soli-lunaire qui génère le jour, la semaine (phases de la lune), le mois (temps entre deux rencontres des luminaires), la saison (équinoxes/solstices), l'année. L'astrologie est bien plus stellaro-planétaire (Mars-Jupiter-Saturne) que soli-lunaire (luminaires + escorte solaire assimilable au soleil (Mercure- Vénus). Et le temps stellaro-planétaire ne coïncide pas avec le temps soli-lunaire, il le déborde et le dépasse et c'est justement cet autre découpage du temps - qui laisse plus de temps au temps - qui caractériserait le regard astrologique sur le monde.

 

JH

22.09.08

 

 

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