L'apport de la psycho-sexologie à l'astrologie

(en vue de la réunion du 14 novembre 2008)

 

par Jacques Halbronn

 

 

            Il y a 32 ans, nous avions publié dans la revue Cosmopilitan, en son numéro des fêtes de fin d'année 1976,  un hors texte de couleur ocre, illustré dans un style assez kitch,  de 11 pages sous le titre "L'astrologie sensorielle"; dans lequel nous proposions au public de s'émanciper du zodiaque (signe solaire, ascendant) au profit des planètes arguant du fait que "ce sont les planètes qui possèdent un mouvement astronomiquement parlant. Et non les signes" Nous proposions une typologie planétaire de Mars, Jupiter, Saturne et Uranus, planète transsaturnienne encore visible  à l'oeil nu. Pour planète sa planète, il fallait passer un test sensoriel et selon le sens prédominant on saurait à quelle planète on appartient...

            Aujourd'hui avec le recul,  nous apprécions à la fois la nouveauté de cette présentation mais aussi le chemin qui nous restait à parcourir.

            Nous ne parlions pas encore des étoiles fixes, fidèles à la doxa de l'après guerre, fixée par  André Barbault et le Centre International d'astrologie mais nous travaillions déjà sur des cycles monoplanétaires,  c'est  à dire sans combinaison de deux planètes, le repère étant l'axe des équinoxes et celui des solstices. Quand  une planète passait sur cet axe, cela impliquait un changement de phase. Mais nous avions alors à gérer 4 cycles planétaires, 4 typologies sensorielles, quelque peu inspiré par les travaux de Gauquelin, parus alors 20 ans plus tôt mais lui ne s'intéressait pas à Uranus et ne dédaignait pas Vénus ni la Lune.

            Depuis, le zodiaque est remonté dans notre estime au travers des étoiles fixes, c'est à dire de celles que l'on appelle "royales". Depuis, Saturne  a "mangé" les trois autres astres et est devenue la seule planète et le seul cycle. et c'est sa rencontre avec les 4 étoiles qui compte et non le passage sur les axes d'équinoxe et de solstice.

            Depuis, nous ne cherchons plus à différencier le caractère basique  des gens par l'astrologie mais nous avons appris à intégrer d'autres paramètres largement négligés par les astrologues, à savoir le fait d'être un homme ou une femme, tout simplement..En cela, nous nous sommes éloigné de Gauquelin en ne cherchant plus à trouver la profession par la planète ou vice versa. Le sexe est le point aveugle de l'astropsychologie et nous parlerons de psycho-sexologie.

            Depuis, nous avons compris que tout le monde n'est pas réceptif aux signaux célestes, que c'est un privilège, pas forcément une bénédiction, réservé à quelques uns qui "mènent" le monde, dans tous les sens du terme.  Ce sont des guides, des leaders eux-mêmes propulsés, tous les sept ans, par le décodage de signaux bien précis, à savoir la conjonction de Saturne avec l'une des 4 "royales".

            Autrement dit,  nous pensons que l'on ne peut régler par l'astropsychologie la grave question qui est celle d'apprendre à distinguer  le psychisme masculin du psychisme féminin. Et à partir du moment où l'on n'affronte pas ce problème, l'on va errer indéfiniment dans toutes sortes de découpages plus ou moins sophistiqués.

            D'ailleurs, interrogez les astrologues sur cette psycho-sexologie, ils ne vous donneront que des réponses bien pauvres et  tellement moins intéressantes que les typologies planétaires ou zodiacales, vous laissant entendre qu'à vouloir se fixer sur le masculin et le féminin on passe à côté de descriptions bien plus riches et pittoresques. C'est quand même plus drôle d'être Gémeaux que de se dire "homme " ou "femme"...

            Quand on veut tuer son chien, on l'accuse  de la rage, quand on veut évacuer quelque chose, on en minimise l'importance ou on en fait une caricature.

            Comme ces astrologues qui vous disent "faites de l'astrologie et vous verrez", nous répondrons "apprenez le masculin et le féminin et on reparlera alors de toutes vos belles classifications!"

            Nous faisons donc le pari avec les astropsychologues qu'une bonne description de l'homme et de la femme vaut toutes les catégories qu'ils pourront proposer et qui se fondront sur des données, qui plus est, discutables, à savoir le lien entre moi et mon thème, qui est quand même moins évident que le lien entre mon sexe et moi!

            L'astropsychologie profite actuellement du marasme des recherches sur le masculin et le féminin et surtout sur un certain tabou à  ce propos qui ne nous incite guère à approfondir un tel sujet quand tout le monde prétend que c'est un problème "dépassé", du moins sur le plan psychologique et mental, et ce en dépit de la théorie des deux hémisphères.

            Selon notre expérience, un travail en profondeur sur ce qui distingue l'homme de la femme vaut toutes les consultations en astro-psychologie. Déjà lors d'un Colloque que nous avions organisé en l'an 2000, à Paris, sur "les frontières de l'astrologie", nous avions montré que l'astrologue pouvait remplacer le thème par une bonne description de la femme pour une femme et de l'homme pour un homme. Maintenant, il est vrai, une fois que l'on a posé ce socle, l'on peut envisager, pourquoi pas, d'affiner par touts sortes de moyens, y compris le zodiaque mais à condition d'avoir le dit socle et de ne pas mettre la charrue avant les boeufs, ce qui est le péché de tant d'astrologues d'accéder au particulier en sautant l'étape du général!

            Evitons, de grâce, les cogitations sur  le fait que nous serions un mélange d'animus et d'anima.... C'est la confusion des genres et cela ne nous mène nulle part! Que l'homme ait appris à parler le langage de la femme et vice versa, certes mais parler le langage de l'autre n'est pas devenir l'autre.

            En ce qui concerne l'astrologie relationnelle,  au lieu de disserter sur les ententes entre tel ou tel signe, ou de dresser des synastries, commençons déjà par faire un peu de psycho-sexologie et à mieux comprendre ce qui distingue les valeurs masculines des valeurs féminines et en quoi elles s'affrontent et éventuellement se complètent.

            Nous avons déjà développé dans divers textes cette différence Homme/Femme qui marquera profondément la vie des uns et des autres : le sexe, c'est le destin, pour paraphraser la formule, le caractère, c'est le destin. Car nous sommes d'abord dotés d'un "caractère" masculin ou féminin, même s'il y a des personnalités plus ambiguës.

            En fait, nous dirons que ce qui conduit à l'astrologie pourrait justement être lié à une certaine difficulté à assumer pleinement sa qualité et son statut d'Homme ou de Femme ou si l'on préfère à aborder le problème par un biais. Au bout du compte, nous dirons que par  delà la question du prévisionnel, l'astrologue doit gérer un questionnement relevant de la psycho-sexologie. C'est le non dit de la consultation.

            Et pour y parvenir, il conviendra qu'il se forme à la psycho-sexologie et ne se contente pas de quelques clichés servant de prétexte précisément à une certaine fuite en avant vers une complexité se substituant à une simplicité radicale.

            Le problème, c'est que les psychologues actuels n'ont guère avancé dans ce domaine - on pense cependant à quelques trouvailles de John Gray dans sa série "les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus".

            Quant à l'astrologie, elle-même, le moins que l'on puisse dire est qu'elle n'est pas clair dans ce domaine: n'a-t-on pas fini par remplacer le couple par des jumeaux (Gémeaux). Quant à Mars et Vénus, on nous apprend (cf nos textes sur Grande Conjonciion) que Mars correspond à l'équinoxe de printemps et Vénus à celui d'automne, ce qui est un contresens absolu d'autant que l'on nous dit aussi que Vénus est domiciliée dans un signe de printemps et Mars dans un signe d'automne. On s'y perd! L'astrologie n'est même pas capable de nous dire si le printemps est masculin ou féminin! En fait, précisons immédiatement que le printemps est féminin, qu'il est non pas le départ de quelque chose mais une naissance qui fait suite à une conception, survenue six mois plus tôt.  Et qu'on nous évite les discours sur l'homme actif et la femme passive, sur la lune qui reflète la lumière du soleil. Cela ne va  pas bien loin! En fait, faute de maîtriser le masculin et le féminin, c'est tout l'édifice de l'astropsychologie qui se trouve compromis et hypothéqué! La répartition des planètes du thème entre les 4 Eléments est certainement un des pans les plus douteux du savoir astrologique, même si cela  s'est articulé sur les théories des " grandes conjonctions" Jupiter-Saturne qui se forment approximativement  à 120° d'intervalle. Il est plus utile d'approfondir les notions de masculin et de féminin que de se fier à une telle répartition qui fut notamment au coeur de l'Astrologie Globale de Claire Santagostini.

            Est-ce à dire que la psycho-sexologie mettra fin à l'astrologie? Aucunement car l'astrologie se situe ailleurs, dans la discontinuité de certaines échéances cycliques mais là encore pour les interpréter correctement, on ne peut faire l'économie de la dualité masculin/féminin qui s'articule sur la dialectique de la conjonction -le coït martien - et de son contraire, la disjonction, l'éclosion vénusienne..

            Ajoutons que le milieu astrologique est en lui-même une illustration assez exemplaire de ce qui se passe quand il y a un défaut de masculinité et que les femmes ne sont pas coachées par un environnement masculin. Dans le dit milieu, les femmes ont la bride sur le coup et ne connaissent guère de garde-fou et c'est probablement ce qui les attire. Un monde dépourvu de principe masculin et qui, de surcroît, prétend dépasser la dualité masculin-féminin par d'autres catégories jugées plus pertinentes. Bien  plus, dans cette façon de s'accrocher à une tradition, il semble que les femmes satisfassent un certain instinct de conservation, elles se considèrent comme les gardienne d'un trésor qu'elles sont prêtes à défendre tel quel bec et ongles, quitte à empêcher toute rénovation si ce n'est par addition,  juxtaposition voire distorsion. On est alors  dans une logique de l'avoir, c'est  à dire de l'accumulation aux dépends d'un renforcement de l'être. On est, dans cette pente féminine, dans une logique de l'espace, où l'on peut du jour au lendemain intégrer de nouvelles données et non dans une logique de l'être qui exige du temps et un élagage, c'est  à dire une perte quantitative.  Nous dirons qu'il y a chez la femme une certaine avidité/cupidité de possession, d'acquisition effrénée - parfois on a les yeux plus gros que le ventre-un besoin insatiable  d'enrichissement externe - et l'on sait ce qu'une telle croissance peut générer comme dysfonctionnements et incompatibilités au niveau d'une entreprise - qui leur parait beaucoup plus palpable que ce qui se constitue intérieurement.  La cohérence interne n'est pas une condition prioritaire pour une femme  ni pour ses énergies internes ni pour les outils externes  qu'elle emploie. Tout comme l'homme admet que sa vie puisse passer par des hauts et des bas (temps) et il l'observe au travers des cycles,  la femme  prend son parti de ses contradictions.(espace). et en voit l'expression dans le thème natal. De même, la femme a une autre idée de la façon dont il faut envisager l'avenir : si l'homme pense qu'il vaut mieux prévenir que guérir, la femme tend à ne prendre au sérieux les choses que lorsqu'elles ont pris un tour dramatique voire catastrophique. Mais elle n'a pas une idée très claire de la façon dont éviter les désastres tant elle met un point d'honneur à savoir les assumer....Elle trouve que les hommes  s'affolent alors qu'il ne se passe rien de vraiment  grave et s'épuisent à envisager toutes sortes de scénarios au lieu d'attendre  stoïquement de voir ce qui va finalement se passer Il sera alors bien assez tôt pour réagir; Les hommes se comprennent mieux entre eux en ce qu'ils sont de nature plus inquiète et donc se mettent d'accord pour prendre des mesures préventives même si les menaces restent encore abstraites, et quelque peu virtuelles..

            Cette dialectique de l'être et de l'avoir  nous semble donc devoir faire partie intégrante de l'enseignement de l'astrologie en tant que conditionnement  déterminant, ne serait-ce que pour éviter que la femme ou l'homme astrologue ne projettent leurs valeurs sur leur client. Un homme et une femme ne conduisent pas leur vie de la même façon, ils n'ont pas les mêmes priorités. Les femmes tendent à  prendre ce qu'il y a de meilleur dans le monde, ce qui en fait des extraverties,  elles peuvent être d'excellents chasseurs de tête, alors que les hommes  cherchent avant tout à tirer le meilleur d'eux-mêmes, ce qui en fait des introvertis. Mais en même temps, l'on peut dire que les hommes passent de l'introversion à l'extraversion et les femmes de l'extraversion à l'introversion, dans la mesure où l'homme fait don de ce qu'il a en lui-même au monde tandis que la femme cherche à s'approprier le monde... .

            Nous dirons que les femmes tendent à reproduire, à cloner,  à grande échelle ce qui est secrété  chez les hommes à une échelle beaucoup plus modeste, artisanalement. En ce sens l'avoir est une démultiplication de l'être.  Les femmes ont un certain talent pour répéter inlassablement - soit par la parole, soit par le geste - telle ou telle donnée initiale alors que les hommes  tendraient plutôt à varier à l'infini leur production.

            ¨Il ne suffit pas de dresser un thème pour éviter les projections....et une formation en psychologie classique ne suffit pas. Gérer les relations de couple est évidemment fonction de la psycho-sexologie (ou "gender psychology", en anglais). La femme vit fortement dans le passé, dans l'acquis alors que l'homme, digne de ce nom, vit dans le présent, il valorise ce qu'il est et non ce qu'il a été, ce qu'il fait et non ce qu'il a fait. L'homme s'attache à ce qu'il secrète et non à ce qu'il reçoit. D'où le drame de l'impuissance, sous toutes ses formes, pour l'homme, un sens aigu de l'irremplaçable, de ce qui ne peut venir que de soi-même, d'où l'importance extrême du temps qui apparaît comme la richesse principale. L'homme souffrira du temps qu'on lui a volé, qu'on lui a fait perdre et qu'il ne retrouvera plus, tandis que   la femme  s'attristera de l'argent qui a été gaspillé ou perdu car cet argent permet d'acquérir et de conserver, de thésauriser. Mais il lui sera toujours possible d'espérer quelque compensation ou réparation : tout est négociable... Le passé différencie à l'infini les gens alors que le futur rassemble car l'on en revient à l'essence.

.           Faut-il parler réellement, ici, de complémentarité? Nous tendons à nous méfier de cette expression qui conduit à tout mélanger et amalgamer et débouche souvent plus sur le syncrétisme que sur la symbiose.

 

           

            .JH

02. 10. 08

 

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