Critique de la raison zodiacale

 

Par Jacques Halbronn

 

                       

            Dans un texte intitulé “Astronomie et Astrologie”, Claire Henrion rappelle que pour l’astrologie selon Jean-Pierre Nicola, il ne s’agit pas de s’en tenir à une “analogie symbolique” et de proposer de considérer que l’astrologie rend compte d’un certain conditionnement que l’humanité subit.

            Nous pensons bien au contraire que l’on ne comprend pas la genèse de l’astrologie sans recourir à l’analogie à condition, toutefois, de ne pas déposséder l’humanité de son raisonnement analogique. L’analogie est d’abord pour nous une forme d’instrumentalisation du monde, elle n’implique nullement que l’univers serait en soi analogique, il ne l’est que par l’opération de l’Homme, comme on dit par l’opération du Saint Esprit. Pour nous parler d’analogie n’implique aucune idée de transcendance.

            L’analogie rapproche d’ailleurs le travail de l’astrologue moderne de celui de ses prédécesseurs à ce détail près que l’astrologue n’attribue pas les opérations analogiques aux hommes mais à l’Univers. Certains anti-astrologues trouvent dérisoires ces analogies simplistes comme si tout processus analogique était condamné à l’inefficience.

            Les astrologues conditionalistes nous semblent d’ailleurs raisonner par analogie dans leurs réflexions sur le système solaire et sur la signification des astres qu’ils proposent. La seule différence est qu’ils font de l’analogie à nouveaux frais et qu’ainsi ils savent ce qu’ils font et ce qu’ils disent. Mais ils n’en accordent pas moins une grande importance voire une centralité au Zodiaque et à sa division en douze qu’ils ne remettent pas en question. Or, pour notre part, le Zodiaque n’est nullement nécessaire à l’astrologie à la différence des étoiles fixes qui s’y trouvent. Curieusement, les astrologues conditionalistes ne s’intéressent aucunement aux étoiles fixes sous le prétexte que celles-ci n’appartiennent pas au système solaire, position anachronique car ce qui seul importe la faisabilité du repérage, c’est à dire sa visibilité. .

            Mais en continuant à s’intéresser au Zodiaque et non aux étoiles fixes, ils se heurtent au lancinant problème de la précession des équinoxes.  Ce problème ne se pose que pour une astrologie qui s’intéresse aux saisons et qui prend le risque d’associer un début de saison à une certaine étoile fixe, ce qui montre d’ailleurs l’importance des repères constitués par les dites étoiles fixes dans le rapport des hommes au ciel et à quel point l’on a préféré les étoiles fixes à des points fictifs ou des structures invisibles. Le problème, c’est que du fait de facteurs relatifs à la rotation de la terre, le repère stellaire n’est pas fiable, que sa fixité n’est pas ce qu’on espérait. Il y a là une déception qui aura laissé des traces, un certain ressentiment.

            Or, pour nous la véritable astrologie ne s’intéresse aux saisons qu’analogiquement, c’est à dire au deuxième degré, comme elle l’a fait d’ailleurs pour le rapport soleil-lune qui est à la base des calendriers et  déterminent jusqu’aux semaines. L’analogie est en fait une transposition et à partir de la division en quatre du cycle soleil-lune on en arrive aux aspects de conjonction, quadrature et opposition pour étudier les rapports entre planètes. Il ne semble pas que les conditionalistes aient eu conscience de la base analogique des aspects entre planètes, ils veulent y voir l’expression d’une réalité cosmique intrinsèque, ce qui est vrai pour le cycle soleil-lune mais non pas pour d’autres cycles planétaires. Par ailleurs, comme l’a noté justement Patrice Guinard (cf site CURA.free.fr), également marqué par le courant conditionaliste mais avec une approche critique, ce qui est vrai au niveau saisonnier ne le devient pas ipso facto à un autre niveau sinon justement par analogie, c’est à dire du fait d’une opération intellectuelle.

            A partir du moment où l’on a identifié le repère analogique, l’on peut d’ailleurs examiner s’il n’y a pas eu corruption, addition; c’est ainsi que l’aspect de trigone ne nous semble pas analogiquement légitime du moins si l’on se situe dans l’optique de la division en quatre de l’année en saisons  et du mois, en semaines.

            On pourrait également reprocher aux astrologues conditionalistes de maintenir le thème natal avec son double repérage des planètes en maisons et en signes alors que c’est le découpage en maisons qui fait sens à la naissance, puisque l’enfant peut  quotidiennement  choisir de naître sous l’astre de son choix alors qu’il ne va pas attendre des semaines ou des mois que telle planète change de signe, ce qui même pour la Lune peut prendre un mois. Le repérage zodiacal dans le thème natal n’est donc guère pertinent et même au niveau de l’ascendant, il ne s’agit pas tant du zodiaque que des étoiles fixes proches de l’écliptique et dont on étudiait selon nous la conjonction avec la planète se levant, tant nous pensons que l’on ne se contentait pas, contrairement à ce que soutenait Gauquelin il y a déjà 50 ans, de situer une planète par rapport à l’horizon mais plus précisément en conjonction avec une étoile fixe, ce qui revenait en pratique à peu près  au même. Récemment, Yves Lenoble, également passé par l’école conditionaliste,  au Colloque du RAO  sur  “Astrologie et Relations affectives” (Actes à paraître à Lyon) a présenté une recherche concernant des facteurs récurrents dans une lignée familiale; ces facteurs sont selon ce chercheur certains aspects entre planètes et nullement des positions de planètes en maisons, lesquels sont pourtant la base des résultats Gauquelin sur les naissances ainsi que sur l’hérédité planétaire. Le fait que les heures de naissance ne soient pas faciles à obtenir pour des périodes anciennes ne saurait évidemment suffire à  justifier de ne pas privilégier les positions en maisons..                     

            Quant à la théorie des ères évoquée par Claire Henrion, dans son texte, elle nous paraît également marquée par un raisonnement analogique et aucunement par une quelconque influence du symbolisme zodiacale sur le cours des religions et civilisations. A priori, on peut admettre que certaines sociétés aient jugé bon, par analogie, de s’accorder avec la constellation zodiacale accueillant, à un moment donné, le point vernal. De là à parler de l’Ere du Verseau, en laissant entendre que ce symbolisme s’impose à la psyché collective de l’humanité....Certes,  nous ne nous opposons point  à l’idée qu’une construction analogique - car toute analogie est une construction, un artefact - puisse se perpétuer et devenir, le temps aidant, subconsciente et donc irréversible. Mais ce qui vaut pour une cyclicité binaire ne saurait être admis pour une cyclicité à douze secteurs. En effet, la cyclicité binaire est un phénomène relativement  simple, constituant une sorte d’aller-retour, de flux et de reflux et nous sommes réticents face à toute cyclicité qui ne se réduirait pas à une binarité.  C’est d’ailleurs, ce que nous reprochons au zodiaque, dès lors qu’il prétendrait établir autre chose qu’une binarité de type diurne/nocturne, ce qui  est précisément le cas de la théorie des ères précessionnelles mais aussi de la typologie zodiacale elle-même, quel que puisse en être le contenu.

            Nous reprochons aussi aux astrologues conditionalistes  le fait qu’ils intègrent dans l’astrologie cyclique un grand nombre de planètes, non seulement les transsaturniennes, qui n’appartenaient pas à l’univers des Anciens mais même l’ensemble des astres  jusqu’à Saturne. Qui ne voit qu’une seule planète pourrait suffire à la besogne selon le principe “petites causes  grands effets”? La pluralité qui fait sens dans le thème natal est alourdissante en astrologie cyclique, ce qui ne fait que confirmer que nous sommes en présence de deux astrologies radicalement différentes et nous comprenons ceux qui ne veulent pas que le thème natal serve à faire des prévisions. Nous sommes là en pleine analogie: en parallèle avec la matrice Soleil-Lune, on aura voulu créer un nouveau cycle. On dit bien créer car ce cycle n’existe pas en soi. En effet, à part le cycle Soli-lunaire qui comporte au moins une manifestation visuelle flagrante, toute autre cyclicité est au départ non seulement artificielle mais non repérable par quelqu’un de non initié, de non prévenu et ce d’autant que le nombre de cycles possibles est littéralement infini, surtout si l’on en varie le point de départ, dont on sait qu’il peut être un élément visible (planète, étoile) ou invisible (point vernal, planète transsaturnienne) . Comment donc pourrait-on parler d’un cycle- lequel? -  s’imposant à l’Humanité à son insu ou existant en dehors d’une analogie avec le cycle soleil-lune? Pour les conditionalistes, il va de soi que toutes les planètes du système solaire, connues et inconnues des Anciens, ont imposé à l’Humanité leurs rythmes et donc généré autant de cycles, sous une forme ou sous une autre. Le principe d’analogie permettrait précisément de se contenter de se demander quels facteurs célestes ont été finalement pris en compte pour les besoins d’un processus analogique, lequel par définition opère un certain choix parmi divers possibles. Rappelons qu’un seul cycle suffit à introduire une binarité temporelle, ce qui est déjà beaucoup et même assez.

            Claire Henrion parle d’adaptation des hommes à leur environnement.... Or, pour nous, l’adaptation passe précisément par l’analogie. Si je me sers d’une fourchette et la plante dans un pain, on y verra quatre trous, il n’y a pas analogie dans la mesure où la fourchette a véritablement produit ces quatre trous, on est dans la causalité. . En revanche, si je  divise une ville en quatre quartiers - dans tous les sens du terme - cela le sera par analogie car je n’aurai pas  alors utilisé pour ce faire un objet capable de créer du quatre. L’analogie permet de s’adapter dans la mesure où l’on s’inspire de son environnement pour s’en approprier certaines caractéristiques ou du moins jugées comme telles, à tort ou à raison. Car  avec l’analogie, l’erreur peut très bien être au rendez-vous et donc on ne peut reconstituer si aisément - notamment sans éviter les anachronismes -  la dite analogie amorcée,  à partir des données initiales supposées utilisées.. C’est dire que l’analogie est imprévisible dans ses applications - tout comme on ne sait pas à l’avance la forme qu’un sculpteur conférera à un bloc informe-  et qu’il convient de travailler a posteriori, à partir de traces en aval si bien qu’on ne saurait faire complètement l’économie de l’approche historique, comme croient pouvoir le faire les astrologues conditionalistes...  

            Claire Henrion semble soucieuse d’engager le dialogue entre astrologues et astronomes, elle pressent une complémentarité :” Les uns s’occupent exclusivement des objets extérieurs à eux-mêmes alors que les autres s’évertuent à identifier les événements, vécus, vivants et à vivre, à des symboles  reliés à des configurations célestes plus ou moins hypothétiques”.  Il ne faut pas confondre ce que font les astrologues d’aujourd’hui avec ce que firent leurs précurseurs: les uns cherchent à décrypter non pas ce que les astres sont en soi mais ce que les seconds ont fixé, tout à fait arbitrairement certes mais ce qui devait aboutir chez les hommes à une seconde nature. Il s’agit de reconnaître le  travail créatif de ces précurseurs qui n’étaient pas encore stricto sensu des astrologues puisqu’il ne s’agissait pas pour eux de découvrir mais d’inventer, de générer des formes à partir du kaléidoscope céleste, privilégiant certaines plutôt que d’autres, apportant, en fait, un ordre établi. Ces précurseurs élaborant une astrologie en toute conscience ne s’étaient pas donné pour tâche de relier des événements passé aux astres mais de baliser des actions futures en se servant d’une horloge cosmique dont ils avaient fixé eux-mêmes le profil.

            Le dialogue entre astrologues et astronomes ne pourra s’établir que dans de tels termes, en ajoutant que les astrologues actuels se contentent de reconstituer leur héritage en remontant de l’inconscient vers le conscient. Comment, dans ce cas, pourrait-on accorder aux planètes transsaturniennes, chères aux astrologues conditionalistes, une quelconque place au sein d’un tel bagage millénaire?

            Claire Henrion nous dit que la précession des équinoxes constitue un obstacle entre astrologues et astronome; or, ce n’est le cas que si l’on s’intéresse au Zodiaque. Ce n’est pas notre cas : nous ne nous intéressons qu’aux configurations entre planètes et étoiles fixes, ce qui n'interfère nullement avec la précession. Il n’y a donc aucune fatalité à ce que l’astrologie soit nécessairement zodiacale. Pourquoi l’astrologie conditionaliste a-t-elle jugé bon de conserver, de s’encombrer du référentiel zodiacal? En a-t-elle besoin pour étudier le thème natal qui s’en passe fort bien et qui n’a besoin que des 12 maisons, quand bien même celles-ci seraient-elles calquées sur la division zodiacale, analogiquement? On voit bien en effet que le zodiaque est déjà représenté au travers des maisons, c’est bien assez;  d’ailleurs, les astrologues ne cessent de relier signes et maisons à tout bout de champ tout comme d’ailleurs ils relient planètes et signes au nom d’un dispositif d’exaltations et de domiciles, d’ailleurs justement abandonné par l’astrologie conditionaliste..  Quant à l’astrologie prévisionnelle, l’astrologie peut fort bien oeuvrer avec les aspects sans s’intéresser à la position des planètes en signes, pourvu qu’elle détermine un point de départ, conjonction avec une certaine planète, une certaine étoile et pas nécessairement le point vernal, l’important étant la visibilité et la stabilité  des repères célestes , ce qui n’est pas le cas de ce qui tient compte des saisons.  Quel besoin l’astrologie aurait-elle de rester indissolublement liée aux saisons pour fixer le cours de planètes comme Jupiter et Saturne qui n’ont plus rien à voir avec le rythme de l’année terrestre/solaire  et qui ont d’ailleurs été choisis- je dis bien choisis - pour cette raison?  Oui, vraiment, pourquoi s’encombrer d’un zodiaque qui a certes pu jouer un rôle comme repère analogique mais qui n’appartient pas  à l’astrologie  qui s’en est inspiré, c’est là tout le paradoxe de l’analogie que la matrice utilisée ne fait pas sens en soi, elle n’est qu’un prétexte pour construire autre chose, à un autre niveau.             .

            Certes, pour le grand public, le Zodiaque est sacré, fait référence, et les gens se définissent de la sorte. Mais il s’agit là selon d’une déviance populaire - une astrologie des almanachs -  dont il faut se garder et qui d’ailleurs n’a pas grand chose à voir avec le thème natal et encore moins avec le cycle des planètes dites extérieures. On sait bien que la véritable typologie astrologique est planétaire et non pas zodiacale même si son calcul est plus délicat, ce qui n’est pas une bonne raison pour ne pas lui donner la priorité.

            La théorie des Eres précessionnelles renforce cet imaginaire zodiacal et semble lui donner des lettres de noblesse. Le Zodiaque n’existe-t-il pas depuis des millénaires puisque il y a 6000 ans environ, on se serait référé à lui pour  fixer la forme des cultes. D’aucuns remontent même, tel Didier Massoule, jusqu’au signe des Gémeaux, voilà plus de 8000 ans, signe initialement constitué d’un couple homme/femme, couple primordial.  Il est possible, nous l’avons dit, que le zodiaque ait servi de référentiel sur lequel se greffèrent analogiquement diverses structures. Nous ne pensons pas cependant que les hommes de la préhistoire aient accordé une telle importance au déplacement du point vernal. L’astrologie pour nous est à l’échelle des individus, à la mesure de quelques générations et non pas à l’échelle des millénaires même si elle s’est perpétué pendant des millénaires. L’astrologie a vocation à structurer le temps à une bien plus  modeste échelle, à savoir quelques dizaines d’années tout au plus à l’avance et encore de façon cyclique. Qu’est ce, en effet, qu’une cyclicité de près de 26000 ans, soit mille fois de plus grosso modo que le cycle de Saturne?.

Bien plus, quel décalage entre la prise en compte du passage à l’horizon d’un astre “ascendant”  au cours d’une journée avec une progression de deux heures en moyenne et ces constellations zodiacales qui mettent 2160 ans environ pour se passer le relais? On voit bien que pour le thème natal, ce n’est pas le changement de signe qui compte mais le changement de planète ascendante - ou culminante - quand bien même celle-ci serait-elle associée, pour des raisons de visibilité -  non pas avec la ligne virtuelle de l’horizon mais  avec une étoile fixe appartenant à une certaine constellation, dont les frontières sont d’ailleurs parfaitement arbitraires.

            En conclusion, nous sommes très sceptiques sur le recours à des points fictifs   et par là nous entendons tout ce qui n’est pas matérialisé par un corps céleste, bel et bien visible. Nous avons la faiblesse de penser que les organismes humains qui captent les configurations célestes ont besoin de repères concrets, tout au plus admettra-t-on que les dits organismes puissent percevoir qu’il y a un angle droit entre deux corps célestes mais pas plus, certainement pas des sextiles ou des trigones et nous avons donné plus haut les raisons analogiques de ce rejet des dits aspects. On ne reviendra pas sur la farce des bons et des mauvais aspects qui témoigne de l’intrusion dans le discours astrologiques de considérations qui lui sont étrangères: le changement n’est ni bon ni mauvais quand il est programmé. Un cycle - et c’est ce qui fait sa richesse et qui explique qu’un seul pourrait suffire - comporte en lui-même un principe d’alternance entre deux forces complémentaires et qu’il n’est nul besoin de représenter par deux planètes différentes.

            On en arrive à se demander si l’on sait encore distinguer entre le champ des planètes, celui des maisons, celui des aspects. Il nous apparaît en effet que tel changement de phase marqué par un aspect est associé à tort avec quelque transit lié à une certaine planète qui viendrait interférer avec la configuration examinée. On n’a pas besoin d’Uranus pour annoncer un changement de phase, l’aspect y suffit !  On n’a pas besoin de plusieurs planètes pour  parler du futur : le changement de phase ne va-t-il pas suffire à  créer un autre climat?     

C’est dire que pour nous, l’astrologie cyclique  n’a besoin ni du zodiaque, ni du point vernal,  ni de plus d’une planète lente- parmi celles connues de l’Antiquité -  pour fonctionner, pourvu qu’elle puisse disposer de quelques étoiles fixes servant de repères. La planète lente - et Saturne nous semble la mieux placée pour jouer ce rôle - étant une sorte de premier moteur. Quant à l’astrologie généthliaque, elle a certes besoin de quelques planètes, comme l’a montré Gauquelin, de façon à constituer une typologie mais elle peut alors tout à fait se suffire des 12 maisons et du passage d’une des dites planètes sur un repère fixe. L’erreur principale de l’astrologie, bien antérieure au Tétrabible attribué à Ptolémée (Iie siècle de notre ère) aura été de confondre en une seule ces deux astrologies, introduisant notamment  dans l’étude du thème des notions qui n’ont rien à y faire, comme le transit.. Ajoutons que le thème natal, même à la Gauquelin, n’est guère gérable en pratique. Si l’enfant qui ait sait à quelle présence planétaire il réagit, il n’empêche que pour l’observateur extérieur, plusieurs planètes peuvent  se lever voire être conjointes : comment dans ce cas là trancher? Il nous semblerait absurde de combiner ces astres angulaires : si quelqu’un se dirige vers une personne qu’il connaît et que celle-ci est dans un groupe, cela signifie-t-il pour autant qu’il entretient un lien avec tout le groupe? Ce ne serait là qu’une apparence. On voit donc que le principal atout opérationnel de l’astrologie est bien la cyclicité, avec son aptitude à baliser le Temps.&²

              Mais l’erreur de l’astrologie moderne serait de soutenir que le ciel des astronomes est celui des astrologues et de ne pas rendre à l’analogie ce qui lui revient et qui fait de l’astrologie, au sens propre, une science humaine. L’analogie nous renvoie à la Table d’Emeraude : ce qui est en bas est comme ce qui est en haut mais il ne s’agit nullement, du moins à l’origine, d’un constat mais d’un projet et d’une projection. La société humaine a été ainsi modelée en analogie avec le Ciel mais bien entendu  toute la question est de déterminer quelle représentation du Ciel a été choisie pour ce faire et cela on ne le saura pas, comme le croient les astrologues conditionnalistes en proposant à leur tour, en plein milieu du Xxe siècle, il y a une quarantaine d’années, leur lecture à partir des données actuellement connues, mais bien en étudiant sur quelles bases notre société est structurée socialement, historiquement. Quel ciel pour quelle société: double questionnement qu’il faut mener impérativement de concert. Ce n’est qu’en établissant des interfaces mettant en évidence les structures propres à nos sociétés et ce sans recourir aux astres que l’on pourra confronter les dits interfaces avec le cosmos et dégager des convergences. C’est alors et alors seulement que nous pourrons déterminer quel Ciel a été déterminé par nos aïeux et s’est perpétué en tant que repère en chacun de nous. Car tout phénomène astrologique passe par l’individu et l’astrologie mondiale n’est que l’étude des résultantes dès lors que des millions de personnes sont animées à un même moment d’un même tropisme.

            On sait que pour les astrologues, il existe divers cycles sinon une infinité, ce qui signifie qu’en un temps T, l’humanité ne vivrait pas au même rythme.  Infinité de cycles en effet, si l’on devait en croire le discours astrologique actuel puisque chaque thème natal aurait sa propre temporalité, selon la technique des transits qui touchent chaque individu au degré exact  des positions planétaires et autres du dit thème, sans parler bien évidemment des multiples corps célestes pris en compte et de la diversité des aspects pouvant se former entre les uns et les autres.  Notre position est radicalement différente puisque, selon nous, il n’existe qu’un seul et unique cycle, les différences sur le terrain se situant en aval, notamment au niveau des équations spécifiques aux “récepteurs” à savoir les signatures planétaires, les situations économiques et politiques en tel et tel lieu etc.  Mais quelle que soit la multiplicité des effets, on aurait, selon nous affaire à une seule et même cause cyclique, en l'occurrence le cycle Saturne/Aldébaran (cf nos travaux sur Encyclopaedia Hermetica en ligne, site ramkat.free.fr,  rubrique  astrologica). C’est effectivement le rôle du thème natal de moduler l’impact du cycle unique mais le problème, c’est précisément que l’astrologie, depuis plus de 2000 ans, ne recourt pas au cycle unique, la pluralité ayant envahi la cyclicité au risque de l’anéantir de facto de la même façon que des techniques d’ordre cyclique ont envahi le thème natal, à commencer par les aspects qui devraient normalement être réservés au rapport planéte-étoile et non aux relations entre planètes qui n’ont pas lieu d’être dans le thème natal puisque rappelons-le, il s’agit de choisir une planète et non pas de combiner les planètes entre elles. Selon nous, l’historien de l’astrologie ne saurait commencer son travail à Ptolémée, il lui   faut remonter sensiblement plus haut car le Tétrabible est déjà un état tardif, quand bien même ne connaîtrait-on pas tant de  documents qui lui seraient antérieurs. Rappelons que Ptolémée  est aussi l’auteur de l’Almageste, remis en question à partir du Iie siècle et notamment par Kepler qui voulut également réformer l’astrologie du même Ptolémée, sans grand succès d’ailleurs, puisqu’il ne parvint pas à imposer ses réformes proposées voilà quatre siècles.   Le modèle astronomique ptoléméen est aussi alambiqué que son modèle astrologique, il “marche” mais parce que le modèle a été ajusté sur le réel au prix de nombre d’acrobaties tout comme l’astrologie du thème natal offre, elle aussi, un modèle  alambiqué lui permettant de s’ajuster sur son objet d’étude, à savoir l’individu. Selon nous, un modèle prétendant établir des corrélations doit correspondre à une interface, c’est à dire à une schématisation du monde et ce pour la double raison que tout processus analogique, propre à l’astrologie,   implique un certain découpage du matériau utilisé, à partir d’un pattern extérieur. On ne saurait parler en analogie d’application, le terme comportant une connotation par trop causale mais plutôt de calque. Dans l’application, c’est l’émetteur qui s’imprime matériellement sur le récepteur tandis que dans le calque, c’est le récepteur qui se moule sur l’émetteur. En analogie, le récepteur n’est pas si aisément identifié puisqu’il n’y a pas de nécessité et surtout de répétition du contact;. il suffit que la rencontre ait eu lieu une fois et cesse ensuite pour se poursuivre sur un plan symbolique; c’est la synchronie qui fera ressortir l’analogie. On admettra que seule l’analogie peut rendre compte de liens entre les astres et les hommes, du fait de leur appartenance respective  à des  plans si distants et sans liens vraiment significatifs entre eux.. La question qui reste posée n’est donc pas si les astres agissent sur les hommes de leur propre fait - la réponse étant négative - mais si les hommes peuvent se transformer pour intégrer dans leur inconscient  un tropisme en direction du Ciel au moins que le processus soit irréversible. Dans le cas de l’astrologie, il vaudrait mieux parler d’un double analogisme :  le référentiel étant au départ le rapport soleil-lune, on a calqué ce rapport sur le rapport Saturne-Aldébaran puis les hommes ont calqué leur comportement sur ce dernier. Voilà qui vient sensiblement compliquer les choses puisque cela signifie que les hommes ne sont pas directement en phase avec le rapport soleil-lune mais ne le sont que par l’interface Saturne-Aldébaran qui en est la transposition à une échelle plus large. C’est le calque de l’humanité sur le cycle Saturne-Aldébaran qu’il nous revient de faire ressortir, celui-ci ne recouvrant qu’une petite partie des activités humaines, ce que nous qualifierons d’interface. Pour aller  des activités humaines en général             jusqu’à la matrice analogique soli-lunaire, laquelle est extérieure, ipso facto, au système stricto sensu, il nous faut donc accéder à l’interface sociale - quels phénomènes cycliques sociaux l’astrologie étudie-t-elle?-  puis remonter jusqu’ à Saturne-Aldébaran puis de là  parvenir à la dite matrice soli-lunaire, ce qui revient à faire le trajet analogique en sens inverse...Quant au thème natal, il est quant à lui marqué par une dualité matricielle masculin/féminin, laquelle n’est donc pas astrologique en soi et qui fut peut-être associée au cycle soleil-lune. A partir de cette dualité synchronique masculin/féminin, on aura démultiplié la sexuation en quatre ou cinq catégories, ce qui explique qu’il y ait dialectique entre sexuation et profession. Et ces catégories, on les aura associées aux planètes connues, à l’exception de Mercure, trop proche du soleil pour convenir aux exigences de visibilité.

            Concluons en soulignant à quel point le fait de vouloir présenter une telle entreprise analogique comme l’expression de lois universelles nous semble naïf et présomptueux.  Il suffit pour cela d’examiner le piètre état des diverses séries symboliques (planètes, zodiaque, arcanes, aspects  etc) pour se rendre compte qu’il s’agit bel et bien de l’œuvre des hommes et encore d’une façon bien maladroite et bricolée à moins d’admettre que le savoir originel ait été fortement corrompu, ce qui ne saurait donc sanctuariser l’état actuel de l’astrologie. Mais pourquoi ne pas reconnaître que les hommes ont “fait” l’astrologie, ont formé l’homo astrologicus un peu  à la façon de Frankenstein? Une telle affirmation ne nous semble nullement fragiliser l’astrologie surtout quand il s’agit d’un processus millénaire. En revanche, nous ne saurions suivre ces astrologues, notamment anglo-saxons, qui soutiennent que l’astrologie se doit d’évoluer en permanence dans sa prise en compte des nouvelles données célestes qui ne cessent de nous parvenir. En effet, une telle intégration  du Ciel par les hommes  ne prend tournure que sur des millénaires et non sur des décennies et notre monde actuel a depuis bien longtemps cessé de s’organiser consciemment à partir des mouvements célestes, le temps où l’analogie pouvait structurer la psyché humaine est révolu, ce qui ne signifie nullement que l’astrologie telle que nous la concevons serait caduque mais  qu’elle est forclose - on ne peut plus faire appel de ses jugements - elle ne peut plus être mise au goût du jour - si bien que le grand défi n’est pas de la faire évoluer anachroniquement mais de la faire involuer jusqu’au repérage matriciel pour déterminer les lois qui nous régissent à notre insu et qui ont cependant été élaborées analogiquement  par nos aïeux.

 

. [ SOMMAIRE ]