Cyclicité de la pression intégrative

 

Par Jacques Halbronn

 

 

            De quoi traite l’astrologie mondiale?  Certainement pas des catastrophes, des désastres mais bien du cours normal des choses et notamment du cycle de l’intégration, à savoir une phase d’intégration légère et une phase d’intégration lourde. (cf “ La prévision en astrologie et la dialectique masculin/féminin”, sur Encyclopaedia Hermetica en ligne, rubrique astrologica)

            En phase d’intégration légère, les différents acteurs ne supportent qu’une pression intégrative faible et secouent les jougs trop lourds. En revanche, en phase d’intégration lourde,  la pression intégrative s'accroît sensiblement. Nous allons préciser le contenu de ces deux phases qui se suivent en alternance et l’illustrer par des exemples liés à l’immigration, à la colonisation, aux clivages socioculturels etc.(cf textes dans les rubriques judaica et hypnologica, in Encyclopaedia Hermetica en ligne)

            La pression intégrative ne saurait en effet être constante, car elle serait  vite soit insupportable, soit au contraire inefficace; il importait donc pour nos ancêtres de construire un modèle comportant des changements de pression, lequel modèle est toujours en activité.

            Bien entendu, un tel modèle peut tout à fait être observé en dehors du référentiel céleste correspondant. L’avantage de ce modèle est de ne pas s’en tenir à une sociologie populaire à laquelle se résignent trop souvent les chercheurs en astrologie et qui se présente souvent en termes de guerre et de paix.  Ainsi, à la place d’une dialectique guerre/paix; nous préférons employer une dialectique  intégration lourde/intégration légère laquelle a l’avantage de constituer une programmation obéissant à un même schéma évolutif que le schéma saisonnier, lequel ne comporte pas de dimension du bien et du mal, même si l’on parle communément  de bonnes et de mauvaises saisons.

            Selon nous, un des phénomènes les plus remarquables et les plus récurrents est celui d’une alternance  des périodes de conquête, d’expansion et des périodes  de radicalisation des différences, de retour du refoulé. C’est précisément de ce phénomène que l’astrologie a vocation à rendre compte.

            D’aucuns ont proposé d’étudier l’alternance des phases de tension et de détente mais ils ne l’associent pas à une problématique d’intégration; ils ne le relient nullement, comme nous le faisons,  au cycle d’une seule planète par rapport à un certain point de repère céleste - les deux facteurs étant visibles à l’oeil nu -  mais à un “bouquet” de planètes incluant les invisibles, ce qui débouche sur un coefficient abstrait. Or, ces notions de tension et de détente ne sauraient être associées respectivement à la guerre et à la paix; en effet,  tension et détente sont susceptibles, l’une et l’autre, de générer de la guerre ou de la  paix. Il nous semble, en tout état de cause, hors de question que l’on puisse avoir affaire à une quelconque programmation fonctionnelle qui pourvoirait à la tenue de guerre. La guerre est une option permanente, elle n’a pas vocation à différencier des phases en plus ou moins de guerre.  Les variations intégratives nous semblent constituer un paramètre sensiblement plus fécond, plus naturel. Les catastrophes ne sont jamais que l’ épiphénomène d’un flux et du reflux, tel que les hommes ont pu l’observer avec l’eau, elles n’en sont pas le principal enjeu. 

            Certes, tout changement de phase est critique et il est  donc  étrange de parler de phases qui seraient, du fait des aspects harmoniques ou dissonants formés,  plus critiques que d’autres ou de planètes - notamment les transsaturniennes - dont la présence déterminerait  le changement alors que tout cycle implique par définition qu’il y ait du changement.. Un aspect annonce un changement de phase, ni plus ni moins.

            On ne peut faire apparaître des corrélations entre les hommes et les astres  sans  s’appuyer sur une certaine structure sociale. Le problème, c’est que l’on ne dispose pas d’une telle structure au niveau du Temps alors que sur le plan professionnel, l’humanité a une conscience aiguë d’un certain nombre de clivages, à commencer par la sexuation  en passant par les créneaux professionnels.. On demande aux gens ce qu’ils veulent faire - quel métier on fera plus tard -  non pas quel sera le profil de leur carrière, tant celle-ci est vouée à de nombreux aléas et ce même dans les très grandes lignes. Nos sociétés ne disposent d’autre critère de périodicité que celui de l’âge (de la scolarité, de la retraite etc), des saisons, des moments de la journée.. Il faudrait aussi citer la durée de certains mandats et autres contrats. L’astrologie a besoin de se confronter à des récurrences comme il lui faut se relier à des typologies.

            A cette objection, l’on nous rétorque volontiers que l’astrologie se suffit à elle-même.     Le problème, c’est que l’astrologie ne sait pas vraiment à quel ciel se vouer- il existe tant de configurations possibles! -  et qu’elle a besoin d’un repère extérieur à l’astronomie et qui soit justement d’ordre sociopolitique.

            Précisons à présent la portée des notions de pression intégrative forte (PIF) et de pression intégrative légère (PIL). En phase de PIL, la façade unitaire tend à s’effriter car le creuset n’est plus assez puissant pour faire contrepoids aux tendances centrifuges. En phase PIL, on a donc le sentiment que l’intégration a ses limites et que chaque composante de l’ensemble considéré maintient une certaine autonomie. En revanche, en phase de PIF, un certain nombre de clivages, de frontières - dans tous les sens du terme - sont dépassés et un nouvel ensemble vient ainsi se surimposer aux entités existant antérieurement. Mais cela n’a qu’un temps, la pression intégrative va décroître et les forces centripètes seront tenues en échec.

             C’est dire que l’intégration n’est pas linéaire, ni en phase croissante, ni en phase décroissante. Elle passe par des hauts et des bas. Il nous apparaît qu’une telle information peut se révéler des plus précieuses, sur le plan stratégique. On peut à l’avance savoir si des troubles indépendantistes se multiplieront ou si au contraire, ils seront contrôlés et jugulés. On peut  savoir à quel moment mettre la pression pour renforcer l’intégration de population récalcitrantes à l’assimilation et faisant tout pour se démarquer. Mais aussi on sait à quel moment, il faudra lâcher du lest.  Il est probable que sur la base de telles informations le cours de l’Histoire eut été différent dans bien des cas.  Savoir à l’avance que l’on va entrer sous peu en phase de PIF aurait permis à certains gouvernement de tenir bon face à certaines révoltes liées à une phase de PIL.

            Pour en revenir à l’astrologie, on rappellera que la phase PIF est déclenchée par un carré de Saturne à Aldébaran et que la phase PIL est fonction de la conjonction ou à l’opposition de Saturne par rapport à  Aldébaran. Le carré apparaît ici comme un maximum, une culmination intégrative, une sorte de solstice, alors que la syzygie  serait comme un minimum de pression intégrative.

            Si l’on prend la situation actuelle de l’immigration maghrébine en France, on notera que nous sommes présentement en phase de basse pression intégrative, d’où la pente vers un certain communautarisme typique d’une phase PIL.  On peut aussi annoncer que lorsque se formera le prochain carré de Saturne à Aldébaran, la situation des maghrébins sera amenée à évoluer, au prix de certaines renonciations identitaires, ce qui impliquera un certain nivellement des aspérités des différentes composantes de l’ensemble français; certaines différences seront moins bien tolérées en phase PIF qu’en phase PIL.

            D’une façon générale, en phase PIF, la marge de manoeuvre des nations sera fortement limitée sinon menacée, le souverainisme sera affaibli.

            Si l’on prend le cas de la guerre d’Algérie, on note que le passage de Saturne à l’opposé d’Aldébaran eut lieu  fin 1956, ce qui correspond à une phase PIL qui dura jusqu’au début de 1965 avec le carré de Saturne en Poissons par rapport à Aldébaran en Gémeaux, qui correspond au début d’une phase PIF.. Si on avait gagné du temps et reporté la signature des accords au début de 1965, soit trois ans de plus que 1962, année de la signature des Accords d’Evian, il est possible que l’on aurait pu garder l’Algérie ou une partie importante de celle-ci.(cf J. Duquesne, Pour comprendre la guerre d’Algérie, Paris, Perrin, 2001.)

            En phase PIF, la xénophobie est plus marquée, il faut la percevoir avant tout comme une incitation à l’endroit de l’étranger à accepter de se soumettre à davantage de contraintes. (cf L. Dornel, La France hostile. Socio-histoire de la xénophobie (1870-1914), Paris, Hachette, 2004).

            .La phase PIL se caractérise par une plus grande tolérance, par l’acceptation d’une hétérogénéité accentuée, due au maintien de différences assez accusées chez les principaux protagonistes. Si l’on considère la Seconde Guerre Mondiale, on notera que cette période est traversée par un changement de phase aux effets assez spectaculaires, avec la formation de la conjonction Saturne Aldébaran. Chacun sait que cela a correspondu à un revirement assez mal explicable sans le recours à notre grille astrologique.

            Plus généralement, la phase PIL  permet à des processus nouveaux de se manifester, d’émerger alors que la phase PIF est sensiblement plus restrictive et s’apparente à une sorte de carcan. Il est clair que la phase PIL exige moins de travail que la phase PIF. Gérer  la diversité n’est pas mener à bien la convergence. La phase PIF  exige un travail d’élagage des éléments concernés, ce qui implique  une certaine révision des profils des uns et des autres, une rentrée dans le rang tandis que la phase PIL  se contente de les faire coexister avec un ordre minimal qui laisse peu ou prou les choses en l’état.  Le pouvoir en phase PIF aura une poigne plus lourde, il interviendra davantage  qu’en phase PIL, qui est avant tout une affirmation de liberté de la part de chaque acteur concerné.

            Il ne s’agit évidemment pas d’affirmer que toutes les phases PIL sont identiques, il convient chaque fois de les resituer dans une certaine histoire propre au terrain considéré, tout étant relatif mais la tendance d’ensemble reste bien la même à travers les siècles.

            On ne saurait ici faire l’économie d’une approche statistique visant à montrer qu’un certain type de situation tend à se présenter majoritairement en phase PIL et un autre type en phase PIF. Il n’est  nullement question d’isoler les événements mais bien de les rassembler, en incluant les tentatives n’aboutissant pas complètement car l’astrologie s’intéresse aux causes plus qu’aux effets, lesquels sont sujets à des interférences avec divers paramètres extra-astrologiques. Par interférence, il faut entendre des facteurs qui ne sont pas inhérents à un processus mais qui l’accompagnent le plus souvent. C’est cet accompagnement qui fait souvent problème en ce que l’on est parfois tenté de l’inclure au sein du modèle astrologique alors qu’il doit rester à sa périphérie, en son environnement.

            On nous dira qu’il doit bien exister  d’autres cycles. Nous répondrons “mais pour quoi faire?” Il nous semble en effet que les variations de la pression intégrative constituent la respiration même des sociétés et que tout en dérive peu ou prou. Il est vrai que tout cela met au chômage bien des astres mais l’astrologie n’a pas vraiment pour mission de trouver un emploi à  chaque astre. Cela fait penser à ces maisons où le personnel était en surnombre et où l’on avait réparti les tâches les plus simples entre plusieurs responsables.  A la question : “qu’étudie l’astrologie?”, on répondra  “la pression intégrative”, tout en sachant qu’il existe une autre astrologie, bien plus foisonnante qui n’existe que dans le cadre de ce qu’il faut bien appeler une “secte” astrologique.

            Science sans conscience n’est que ruine de l’âme, dit-on. Cela signifie que nous devons dominer notre savoir et ne pas nous laisser déborder par lui. C’est la conscience qui détermine nos choix parmi tant de possibles et il est vrai que faire la genèse de ces choix  fait songer à la recherche d’une aiguille dans une meule de foin.  La conscience, c’est la science  instrumentalisée par l’Homme.. Au chercheur de faire la part de l’aléatoire et de l’arbitraire dans la mise en place d’un processus et de ne pas, systématiquement, conclure que les choses devaient être ce qu’elles sont devenus, en posant le principe d’un surdéterminisme.  Pour nous, bien au contraire, ce qui s’est mis en place dans l’histoire de l’humanité aurait pu l’être autrement: une autre étoile qu’Aldébaran aurait pu être choisie comme point de repère céleste. On ne peut donc raisonner sur une base exclusivement astronomique par trop polyvalente et polysémique; il faut bel et bien appréhender les effets de tels choix pour remonter des phénomènes observables de périodicité sociale vers la configuration astronomique pertinente en l’isolant de celles qui ne le sont pas.  Ce faisant, l’astrologie prend ses distances par rapport à l’astronomie à laquelle elle n’emprunte qu’une infime partie de son corpus et qu’elle instrumentalise de surcroît à sa manière: il y a bien un Ciel astrologique qui n’a pas grand chose à voir avec le Ciel astronomique tant sur le plan quantitatif - quels astres-  que qualitatif - quel sens.

            Insistons sur ce point: la modernité de l’astrologie ne passe pas par l’intégration de nouvelles données astronomiques mais bien de nouvelles données d’ordre social. L’astrologie moderne sature au niveau astronomique de pointe  alors qu’elle s’appuie sur des représentations populaires et peu sophistiquées  au niveau social et c’est bien là que le bât blesse, et ce ne sont pas les emprunts aux théories karmiques qui pallieront ce manque. Il reste que l’astrologie moderne semble bel et bien à la recherche d’une certaine assise extra-astronomique mais il ne s’agit pas pour autant de plaquer des données extérieures sur l’astrologie en laissant celle-ci en l’état mais bien d’utiliser celle-ci pour se réformer structurellement. En phase PIF, il importera que l’astrologie trouve sa place au sein des autres savoirs au lieu d’exister comme une entité à part comme elle le fait présentement. Et pour trouver sa place, l’astrologie devra faire le ménage et évacuer une grande partie de ce qui s’est accumulé au cours des siècles, notamment au niveau astronomique depuis la fin du XVIIIe siècle. Certes, l’astrologie moderne témoigne-t-elle d’une volonté d’intégration mais il semble qu’elle ait bien plutôt chercher à intégrer la modernité  qu’à s’ y  intégrer.....En recourant  massivement à la mythologie, les astronomes sont parvenus à fasciner les astrologues qui ont préféré écouter leurs délires poétiques et n’offrant strictement aucun caractère scientifique au lieu de tenter de décrypter la cyclicité du monde. Cette actuelle dérive/déviance mythologisante  constitue probablement une des pages les plus lamentables de toute l’histoire de l’Astrologie. Plutôt que de développer une véritable Astro-Histoire, on se sera contenté d’une fuite en avant s’articulant sur une Astro-Mythologie conférant ainsi aux astres les plus éloignés et de ce fait inconnus de l’Antiquité, parvenus  de ce fait le plus tardivement à notre conscience, des lettres de noblesse.

 

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JH

09. 09. 04