Obstacles épistémologiques en Astrologie.

 

 

 

Par  Jacques Halbronn

 

           

                        L’astrologie, en s’intéressant par trop, à ce que l’on pourrait appeler des faits divers, de ce qui défraie la chronique, risque fort de se couper des sciences humaines et singulièrement des sciences sociales qu’elle affectionne,  de surcroît, sensiblement moins que l’astronomie ou l’astrophysique. Il y a là une erreur d’orientation que nous voudrions dénoncer.

                        Car que nous apportent les astronomes? D’un côté de nouvelles données astronomiques dont il est peu probable qu’elles intéressent l’astrologie si tant est qu’on veuille l’ancrer dans l’ Histoire et la Préhistoire de l’Humanité et de l’autre un  usage des appellations mythologiques qui n’a vraiment strictement rien de scientifique!

                        En revanche, au lieu de s’intéresser à des problèmes de société comme l’immigration, l’intégration et de leurs cyclicité, l’astrologie, ne suivant pas en cela les leçons de la Nouvelle Histoire, en reste à la surface des choses, au fait brut qu’elle cherche à expliciter sans autre forme de procès.

                        En même temps, l’astrologie prétend être concernée par des valeurs cosmiques, universelles, dans tous les sens ce mot, ce qui devrait la conduire à se relier aux fondements mêmes des sociétés et de leur dynamique. Or, trop souvent, cette même astrologie s’intéresse à ce qui est “important”, “frappant”  bien plus que pour les  fonctionnalités qui sous-tendent la vie des hommes, dans ses grandes lignes.

                        Quand on interroge les astrologues sur le domaine que l’astrologie recouvre, il est répondu de manière évasive; en fait, l’astrologie ne veut pas se délimiter de peur de se voir marginalisée. Il n’est pas difficile d’observer à quel point l’astrologie, en ses multiples variétés/variantes, se veut globilisante et totalisante, ne supportant rien en dehors de son champ d’action.

                        Au vrai, une telle attitude pourrait être analysée à la lumière d’une théorie de l’intégration. Il est des phases où chaque savoir revendique une certaine centralité et tend à satelliser le monde autour de lui.  Ce faisant, le savoir est plus intégrant qu’intégré, il parle de médecine mais n’intéresse guère les médecins, à quelques exceptions près, il traite de politique mais les politologues ne daignent guère s’y référer et tout est  à l’avenant.. Comment expliquer un tel phénomène allocentrique  caractérisé par une relation pas franchement de réciprocité?

                        Pour notre part, une telle situation est assez typique d’une stratégie d’intégration par extension du champ du demandeur, ce qui consiste non pas à reconnaître le rôle de l’autre mais bien plutôt à se l’approprier et à le faire sien, éventuellement à son insu. Est-ce que les pompiers peuvent empêcher un enfant de jouer à être pompier ou à déclarer qu’il le sera?  Est-ce que les médecins peuvent empêcher un astrologue de se prendre pour un médecin et de mettre en place diverses corrélations entre le zodiaque et les membres du corps comme on le voit avec l’Homme Zodiaque? Il est difficile de se protéger contre l’instrumentalisation, contre l’identification quand bien même conduirait-elle à la dépossession, la mauvaise monnaie chassant la bonne.

                        On dit que les cordonniers sont les plus mal chaussés, on pourrait aussi soutenir que les astrologues ne sont guère disposer à  s’appliquer leurs propres  grilles et à se mettre en perspective.. Or, il nous apparaît que  tout   processus d’intégration, quel qu’il soit,  relève d’une cyclicité qui concerne in fine l’astrologie. Il ne faudrait pas sous estimer l’importance d’un tel phénomène dans la mesure où celui-ci sous-tend un grand nombre de manifestations sociopolitiques. Qu’on en juge: une politique d’expansion territoriale n’est-elle pas la traduction politique, militaire, diplomatique de cette inflation du moi, celui d’un homme, d’un groupe, d’un peuple, d’un savoir, dont il a été question plus haut?

                        Au cours de la dite phase, chaque acteur est dans sa bulle et éprouve un certain sentiment de plénitude du fait même que rien ne lui semble inaccessible, hors de portée,  off limits. Chaque entité devient ainsi autosuffisante et n’a besoin de l’aide de personne puisque l’on se sert soi-même.

                        A contrario, la phase suivante est plus raisonnable sinon plus rationnelle.  On reconnaît à l’autre non seulement le droit d’exister mais surtout une certaine complémentarité, une différence que l’on ne peut abolir même en se dépassant. Et c’est lors de l'avènement périodique de  cette phase que l’astrologie doit être capable de se ressourcer, en se retirant de territoires qui ne sont pas siens; Paradoxalement, ce n’est pas en affichant ses emprunts aux autres savoirs qu’elle trouvera sa place dans le concert des connaissances mais bel et bien en  sachant reconnaître les mérites de l’autre et le fait que ces mérites sont en quelque sorte inaliénables. Respecter l’autre, ce n’est pas prétendre être l’autre. Paradoxe, en effet, rappelons-le, puisque c’est en renonçant à être l’autre que je peux cohabiter utilement avec lui et rechercher sa présence bien plus que si l’autre ne m’intéresse que pour l’intégrer en moi.

                        Il semble bien que l’astrologie ait bien du mal à basculer dans cette phase de reconnaissance de la différence radicale chez l’autre car si cela avait été le cas, elle aurait cessé de se prétendre astropsychologie ou astromédecine ou astropolitique. Mais comment faire, quand tant d’éléments étrangers sont entrés dans le corpus astrologique  et n’en sont pas ressortis, comment les évacuer?. .L’astrologie serait ainsi malade de ses emprunt, de ses plagiats. Mais, on conçoit qu’elle n’est pas la seule dans cette situation: on pourrait donner le cas de la langue anglaise s’appropriant le français, du christianisme revendiquant la succession du judaïsme etc. Ce sont là des maladies infantiles dont on ne guérit pas si vite.

                        Il serait tout de même heureux que l’astrologie sache enfin déterminer ce qui n’est pas elle mais aussi ce qui lui est propre et que les autres n’ont pas. Car à force de s'intéresser à ce qui n’est pas elle, il semble bien qu’elle ait négligé ce qui faisait sa spécificité. Par là nous n’entendons pas simplement le fait que l’astrologie se serve des astres mais ce  en quoi ce recours aux astres lui permet de discourir de façon particulièrement pertinente, ce que nous appelons son interface.

                        Cette interface, c’est l’espace qu’un savoir est en mesure de se réserver, c’est en quelque sorte sa chasse gardée, ce n’est ni le modèle dans sa sécheresse, ni la réalité avec ses mille interférences. Nous dirons donc que l’astrologie est en quête d’ interfaces.

                        La fin d’une phase que nous appelons  allocentrique exige un retour sur soi-même: on ne peut continuer à occuper indéfiniment et impunément  la place d’autrui - ce qui relève d’une certaine imposture. L’autre n’existe pas uniquement, en effet, comme modèle à reproduire plus ou moins fidèlement, il convient de lui laisser faire ce qu’il sait faire mieux que nous, de lui restituer donc un rôle à part entière. L’autre n’est pas si facilement remplaçable, ce qui s’oppose à l’adage propre à la phase allocentrique selon lequel  nul n’est irremplaçable.

                        La sortie de la phase allocentrique implique le rappel de l’autre, non plus sous une forme symbolique et mimétique, de substitution mais bien en personne, en chair et en os, non pas dans une attitude passéiste mais pour assurer le futur dans les meilleures conditions. C’est donc souvent l’occasion d’un retour de cet autre refoulé, que l’on avait un peu trop vite enterré comme étant un has been. L’original est alors préféré à la copie; la société veut de l’authentique et  non de l’imitation, elle tend à éloigner ceux qui se font passer pour ce qu’ils ne sont pas, qui se prétendent abusivement les successeurs de ceux qu’ils ont éliminés, dépossédés.

            La phase dite  allocentrique aboutit, en effet, à maltraiter autrui en le considérant comme quantité négligeable, qu’il faut traîner comme un boulet. .Au cours de ces phases, les ruptures, les divorces,  abondent  puisque l’on a l’illusion de pouvoir très bien pouvoir se débrouiller tout seul. Affirmer que l’on peut exister sans l’autre signifie en réalité que l’on peut le remplacer soi-même et donc en quelque sorte devenir l’autre. Dans une telle phase, chacun tend à se replier sur soi-même tout en, paradoxalement,  refusant  de s’imposer la moindre limitation, ce qui est le fait d’une certaine euphorie, d’une folie des grandeurs.

            Ce sont précisément de telles considérations  qui seraient susceptibles de préciser la place de l’astrologie dans le monde et si elle reconnaît le rôle des autres, cela ne va pas sans que l’on reconnaisse son propre rôle, à savoir le fait de disposer d’une grille de lecture s’articulant sur certaines configurations célestes et correspondant à une certaine interface faisant sens pour les sciences sociales.

            Ajoutons que cette astrologie là ne s’articule pas sur le thème natal mais sur des cycles synchrones qui s’imposent au niveau du collectif, les changements de phase n’étant donc nullement des phénomènes différents d’une personne à l’autre, du moins au niveau du modèle.  Il est vrai que l’astrologie généthliaque, celle du thème natal,  offre une représentation assez étrange du Temps puisque ce temps serait différent pour chacun, ce qui est en contradiction avec l’approche des sciences sociales qui privilégient ce qui est partagé. En réalité, le temps astrologique est d’abord un temps cyclique, ce qui signifie que les situations reviennent périodiquement et il incombe donc à l’astrologue d’indiquer quand s’effectue un retour de façon à ce que l’on s’en fasse une idée par rapport à ce qui s’est produit antérieurement lors d’une même phase: il y a donc à en oeuvre une fonction précieuse de balisage du temps social.

            Est-ce à dire, pour autant, que l’astrologie généthliaque n’intéresse pas l’anthropologie?  Non point si l’on limite la dite astrologie aux travaux de Gauquelin, à savoir la détermination du fait de la naissance de l’appartenance d’un individu donné à un collectif, mais cette fois en termes d’insertion socioprofessionnelle. Si le temps, en effet, est collectif,  nous avons suffisamment insisté, en revanche, sur le fait que les hommes différent entre eux, d’où précisément la dialectique décrite plus haut et cette différenciation relève également peu ou prou de l’astrologie, non pas au niveau du masculin et du féminin mais par référence à celui-ci; tout comme les configurations célestes - stellaro-planétaires - retenues par l’astrologie cyclique le sont par référence au cycle soleil-lune qui n’a pas attendu les initiatives des  hommes pour exercer quelque influence....

             Selon Gauquelin, l’enfant naîtrait de préférence, et ce s’il n’y a pas eu interférence, au moment où  un certain astre monterait à l’horizon ou culminerait. Il semble en réalité que cet enfant ne soit sensible qu’au mouvement propre à une seule planète et qu’il ignore tout, à la naissance, de la présence des autres planètes, ce qui rend caduc l’idée d’une combinatoire de planètes. On a là un rapport de telle planète avec l’axe horizon-méridien tout comme au niveau cyclique on a une interaction entre Saturne et une certaine étoile fixe qui serait, selon nous, Aldébaran, sise dans ce qu’on appelle la constellation du  Taureau. Il est possible qu’initialement,  la planète natale ait été déterminée par sa conjonction ou son carré avec une étoile fixe se levant, ce qui serait à l’origine de l’ascendant ou horoscope car toute conjonction d’un astre avec une ligne abstraite (horizon, point vernal) nous semble improbable du moins à la naissance de l’astrologie quand elle était avant tout une sorte d’horloge dont chacun pouvait suivre le cours.  Rappelons qu’il y a infiniment plus d’étoiles fixes que de planètes et que par conséquent il ne fallait pas trop attendre pour qu’une planète se levant ou culminant rencontrât du moins visuellement une étoile fixe. N’importe quelle étoile fixe pouvait faire l’affaire du moment qu’elle se levait ou culminait au moment de la naissance de l’enfant.

            Gauquelin n’a jamais vraiment  tenté d’expliciter ses résultats au niveau anthropologique, il se contentait de constater certaines corrélations et fut même tenté dans certaines oeuvres de combiner les planètes entre elles (cf notre étude en posface des Personnalités Planétaires, Paris, Trédaniel, 1992). Pour notre part, nous pensons qu’à l’origine, il s’agissait d’une sorte de loterie: selon la planète émergente, l’enfant se trouvait assigné  à un certain groupe socioprofessionnel et probablement séparé de ses géniteurs. Puis, progressivement, tous les membres d’un même groupe ainsi formé  étant nés sous la même configuration,  on peut penser que la tendance à ce que leurs enfants naissent dans les mêmes conditions a du se préciser au point d’en arriver, des millénaires plus tard, à apparaître statistiquement. (cf l’analyse que donne Geoffrey Dean des travaux de Gauquelin, sur Encyclopaedia Hermetica  en ligne, rubrique asrologica)

            Un des obstacles épistémologiques les plus graves à la recherche astrologique contemporaine est la mise à l’écart des étoiles fixes. Or, si quand on cherche à établir des corrélations entre interfaces psychosociologiques et configurations célestes, on néglige d’observer la présence des dites étoiles fixes, l’on risque fort soit de conclure qu’il n’y a pas de corrélation, soit de tenter de mettre en avant une autre configuration qui ne permettrait pas les mêmes récurrences. C’est ainsi qu’André Barbault, dans ses travaux en astrologie mondiale, néglige systématiquement de prendre en compte les étoiles fixes connues depuis la nuit des temps pour préférer recourir à des planètes transsaturniennes que l’on vient à peine de découvrir et qui ne faisaient aucunement partie de la conscience céleste des Anciens.         Pour notre part, quand on suit l’évolution de notre travail, si très tôt au début des années soixante-dix, nous avions décrit correctement certains interfaces cycliques, en revanche, en raison du contexte intellectuel de l’époque au sein des milieux astrologiques français, nous n’avions pas considéré au départ  les étoiles fixes et préféré nous situer par rapport aux équinoxes et aux solstices, qui sont des repères invisibles et qui plus est non pertinents puisque correspondant au cycle saisonnier (cf Clefs pour l’astrologie, Paris, Seghers, 1976)

            On n’insistera jamais assez sur les aléas de la démarche analogique.(cf notre texte Réflexions sur les bases de l’astrologie” in Grande Conjonction n°1, octobre-novembre 2004). Que le cycle saisonnier - annuel -  ait pu inspirer la mise en place d’une cyclicité pluriannuelle est probable et cela vaut aussi pour la configuration soleil-lune. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il soit légitime de recourir au point vernal pour étudier le cycle d’une planète comme Saturne laquelle échappe totalement  aux saisons, même si l’on peut analogiquement établir une relation entre les quatre phases de la Lune et les quatre périodes du cycle de Saturne.  Mais cette relation entre les différents phénomènes célestes  est purement intellectuelle, elle n’est pas le fait d’une influence objective, même si, au bout du compte, l’humanité en soit arrivée à dépendre des uns comme des autres. Il conviendrait donc de distinguer un rapport analogique entre différents cycles et qui ne dépendent d’aucune influence significative s’exerçant des uns sur les autres, ne s’agissant que de matière, et un rapport entre cycles cosmiques et comportements humains et qui, dans ce cas,  n’est pas une seule construction de l’esprit mais s’incarne dans la réalité par le truchement de l’humain. C’est dire que l’analogie constitue également, au sens où l’entendait Bachelard, un obstacle épistémologique.

            Un autre obstacle épistémologique, qui entrave la recherche astrologique, tient à cette question des phases dont il a été question plus haut. Nous avons dit qu’avant toute proposition de corrélation de ce qui se passe dans le monde terrestre et telle ou telle configuration céleste, il importait de constituer une interface, c’est à dire une description décantée, schématisée, de ce que l’on veut étudier. Une telle description implique de savoir gérer une dialectique assez complexe, ce sans quoi, on risque fort de se lancer dans un discours inconsistant à  force d’être flou et ambigu.  Or, une telle inconsistance ôte toute signification  à la prévision dans la mesure où l’on en arrive la plupart du temps à employer des expressions équivalentes pour décrire des phases successives, ce qui fait qu’on ne risque guère de se tromper. Bien plus, si la personne à qui l’on s’adresse n’est pas initiée à la logique des interfaces utilisées, elle sera donc bien incapable de confirmer ou d’infirmer ce qu’on lui dit, sauf à se contenter de reconnaître ponctuellement que ce qu’on lui dit est juste pour un moment donné en ne s’inquiétant pas de savoir si cela ne serait pas tout aussi juste voire plus juste pour un autre moment.  Or, force est de constater le caractère très primaire (guerres, paix, par exemple) ce qui n’implique ici aucune idée de profondeur  du discours interfacial  des astrologues. Gauquelin avait eu la chance de disposer d’une interface toute faite avec les annuaires professionnels qui constituaient déjà un certain processus de décantation auquel il ne lui restait plus qu’à mettre en évidence des ajustements avec certaines configurations astrales mais on sait qu’il n’en est pas de même au niveau des représentations du Temps sinon au niveau saisonnier ou encore du calendrier électoral, d’où l’urgence de présenter des interfaces rendant compte de certaines cyclicités et récurrences que l’on pourra, dans un deuxième temps, tenter de relier à des configurations célestes se reproduisant périodiquement.

            .On pourra certes reprocher à une astrologie des phases de renoncer à la précision revendiquée par une astrologie des dates. Est- ce que, en effet, une configuration céleste détermine un événement se produisant au même moment ou bien ne fait-elle, comme nous le pensons, que déclencher un changement de comportement qui se prolongera jusqu’au stade suivant de la dite configuration (selon la série conjonction, carré, opposition, carré et ainsi de suite)?  Sur le plan anthropologique, qui contesterait que c’est l'astrologie des phases qui est la plus acceptable et compatible avec les approches d’autres disciplines sans pour autant que l’on puisse, pour autant, cette fois, reprocher à l’astrologie de copier celles-ci? En revanche, l’astrologie des dates, telle que notamment revendiquée par Roger Héquet, si elle a des prétentions qui lui sont propres ne fait, en revanche, que tenter de recouper  une évenementialité brute, c’est à dire sans interface et qui a bien du mal à s’inscrire dans une cyclicité non pas certes céleste - ce qui ne fait guère problème, comme on peut s’en douter- mais sur le plan des réalités sociales. A ce propos, on signalera un dernier obstacle épistémologique qui est le recours à un grand nombre de facteurs planétaires et autres là où l’on pourrait se contenter d’un seul et unique astre.  Nous aussi, nous avons été longtemps handicapés par ce multiplanétarisme jusqu’au jour où nous avons compris que les sociétés humaines n’avaient pas forcément besoin de plus d’un seul cycle planétaire - cycles du soleil et de la lune mise à part -  pour vivre dans une  cyclicité comportant des phases de plusieurs années. La recherche astrologique n’a en effet pas vocation à appliquer docilement un savoir  fondé sur une tradition fortement bousculée par les nouvelles données astronomiques  mais à mettre celui-ci à l’épreuve des corrélations, quitte à le dégrossir sensiblement pour en arriver à une monocyclicité porteuse, soulignons-le, d’une diversité en fonction même de son découpage. Il est bien connu que les cycles se neutralisent  et interférent entre eux: à force de vouloir tout utiliser de ce qui se passe dans le ciel et sur terre, il ne peut plus y avoir de véritable expérience de la cyclicité. On sait qu’un tel débat sur le recours à une ou à plusieurs planètes trouve son reflet dans la rivalité entre monothéisme et polythéisme. Concluons en rappelant qu’une source majeure de confusion pour la pensée astrologique semble être de mélanger astrologie cyclique et astrologie natale, notamment par le biais des transits, en un seul et même ensemble.  Or, de même que l’astrologie ne saurait se mélanger indéfiniment avec des savoirs qui lui sont extérieurs - à commencer par l’astronomie moderne - de même serait-il bon que l’on parvienne à distinguer différents modèles astrologiques au lieu de n’en voir qu’un seul dont le centre serait le thème natal, non pas celui décrit par Gauquelin mais une structure hypertrophiée, bouffie,  parcourue par des métastases et somme toute assez monstrueuse, dans tous les sens du terme. Une cure d’amaigrissement du thème natal nous semble s’imposer. On voit que l’on est puni par où l’on a péché: à force pour l’astrologie d’avoir refusé de reconnaître ses limites par rapport à d’autres approches, elle en est arrivé à ne plus être en mesure de conserver, même en son propre sein, une certaine autonomie entre les différents modèles qui traitent, sous des angles fort différents, du rapport des hommes aux astres.

            On a vu qu’il existait deux modes d’intégration, l’un qui consiste à intégrer l’autre et à lui emprunter son langage sinon son identité  et l’autre qui passe par la complémentarité, à savoir que l’on reconnaît ne pouvoir faire ce que fait l’autre. L’astrologie semble pencher sérieusement vers le premier mode d’intégration sans parler du  fait que d’autres savoirs ont pu aussi lui emprunter certaines de ses formules -on pense à la psychologie voire à la philosophie- , ce qui ne fait qu’ajouter à la confusion et à l’illusion. Pour peu que tel savoir  extra-astrologique  propose des divisions en trois, en quatre, en douze  on se précipite pour établir des corrélations, c’est probablement ce qu’a fait l’astrologue Jean Pierre Nicola avec son RET ternaire. Nous pensons pour notre part que l’interface doit être binaire, contrairement aux positions d’un Patrice Guinard car il ne s’agit pas d’élaborer un interface pour justifier la structure du savoir astrologique mais bien plutôt pour la décanter et l’élaguer.     

            Qui ne comprend que tant que l’astrologie prétendra faire le travail d’autres savoirs, il n’y aura pas pour elle intégration véritable mais seulement virtuelle. Reconnaissons qu’un psychologue qui passe des heures avec son patient ou un médecin qui ausculte un malade sont plus à même d’appréhender son individualité qu’un astrologue qui se sert du cours des astres et qui, selon nous, doit se contenter d’apporter une grille générale qui manque à ceux qui se cantonnent à une approche par trop empirique. L’astrologie ne se fera pas respecter par des prétentions exorbitantes - dans tous les sens du terme- il lui faut occuper la place qui lui revient et  ne pas revendiquer ce qui est le propre d’autres savoirs, il faut qu’elle apprenne à déléguer et à ne pas vouloir tout faire par elle-même.....

 

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