Réflexions sur les bases de l’astrologie

 

 

 

 

Par  Jacques Halbronn

 

 

                       

                        L’astrologie a-t-elle besoin d’une telle mise à plat, comme celle que nous proposons de mener à bien lors du Colloque des 11-14 novembre 2004, à Paris? Nous essaierons dans la présente étude de convaincre les astrologues  sceptiques de la nécessité d’une certaine prise de conscience notamment lorsque certains principes se contredisent. L’accoutumance des astrologues aux colloques depuis une trentaine d’années a permis à ceux-ci d’apprendre à se comporter comme cela se pratique dans d’autres disciplines mais le contenu des débats est resté quelque peu décalé; il est bon que désormais les astrologues abandonnent des argumentations inutilement provocatrices et surtout  qu’ils cessent de poursuivre des objectifs qui sont ceux d’autres disciplines ou d’autres approches du monde.

                        Prenons le cas de la notion d’analogie si souvent avancée  pour fonder l’astrologie.  A notre connaissance, ce sont les hommes qui ont le plus le sens de l’analogie et qui, de ce fait, sont susceptibles de transposer les choses d’un plan à un autre. S’il a plu à certains de nos prédécesseurs d’élaborer un modèle calqué sur les rapports soleil-lune et  impliquant d’autres astres, quel besoin a-t-on d’en faire une vérité cosmique alors qu’elle est précisément marquée par le génie humain?  Or, dans la bouche de nombre d’astrologues, parler d’analogie reviendrait, tout au contraire, à placer les correspondances au delà de la portée de l’entendement humain. Il semblerait plutôt que dès lors que l’on observe de l’analogie, c’est qu’on a affaire à des hommes et non à la nature. C’est ainsi que le masculin et le féminin ont pu servir à élaborer des modèles, mais là encore nous y voyons plutôt la marque des hommes que des astres.  Si l’on prend le cas des ères précessionnelles, il semble bien que cela ait été par analogie que certaines religions aient adopté certaines références cosmiques, sans qu’il faille parler ni d’influence ni même de synchronicité.

                        Parmi les postulats que nous voudrions mettre en avant, et notamment en matière prévisionnelle, il  y a celui de la réversibilité. Selon nous, une prévision doit comporter son contraire et donc se référer à deux temps successifs. Autrement dit, si j’annonce quelque chose, je dois aussi annoncer à quel moment le processus va s’inverser. Il n’y a jamais rien de terminé en astrologie et ce d’abord parce que c’est le collectif et non l’individu qui importent et que le collectif ne meurt pas. L’individu ne nous intéresse astrologiquement  que dans la mesure où il s’inscrit le collectif même si par ailleurs le collectif n’interpelle  certains que dès lors qu’il atteint l’individuel....

                        .On entendra ainsi que toute prévision doit être mise en perspective, dans le cadre d’un système clairement exposé au client, ce qui implique une certaine simplicité du modèle au nom de ce que nous appellerons une astrologie citoyenne. Et cette simplicité constitue, à nos yeux, un autre principe essentiel

                        Un troisième principe est celui de la pluralité, à savoir qu’une même cause céleste peut déterminer une série d’effets sur une certaine période de temps sans qu’il soit pour autant nécessaire que chacun de ces effets corresponde à une configuration différente..

                        Enfin, un quatrième principe nous semble devoir être celui de la dualité car au bout du compte l’homme a-t-il besoin de plus que de cela pour structurer son histoire, comme en témoigne la bipolarité de la  vie politique dans les pays démocratiques?                   

 

I  La réversibilité du pronostic

                        L’astrologie ne saurait faire l’économie de la notion d’involution qui vient défaire ce qui avait été fait, ce qui implique un certain mouvement rétrograde, un aller et retour, un flux et un reflux. Un tel principe permet d’éliminer tout un ensemble de pronostics relatifs à des événements ponctuels, non répétitifs et non réversibles, comme la mort qui n’est pas un phénomène périodique.

                        L’idée de réversibilité est liée intrinsèquement à celle de cyclicité, laquelle implique une certaine dialectique entre une thèse et une antithèse, ce qui n’a rien à voir avec le Bien et le Mal mais plus simplement au fait que tout être humain doit établir des priorités, échelonner des taches,  ce qu’il doit faire maintenant et ce qu’il fera plus tard. On ne peut pas être au four et au moulin. On ne peut pas semer et moissonner simultanément, c’est là une sagesse agricole dont l’astrologue aurait bien  intérêt à s’inspirer et notamment en ce qui concerne le fait que tout finit par recommencer à l’instar des saisons. Il n’est donc rien qui ne soit à terme réversible. Ce qui ne l’est pas ne relève pas directement de l’astrologie, c’est le fait d’autres paramètres que l’astrologue devra, dans la mesure du possible,  prendre en compte s’il veut mieux calibrer son propos puisque les dits paramètres peuvent interférer avec le champ proprement astrologique. Il n’est pas, en effet, pour autant, souhaitable que l’astrologue intègre ces données externes au sein de son modèle, la synthèse entre ce qui est astrologique et ce qui ne l’est pas devant se situer à un autre niveau, plus en aval.

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II  La simplicité du modèle prévisionnel

            Un autre garde fou de la prévision astrologique concerne l’exposition d’un modèle aisément accessible à tous et n’exigeant pas de calculs sophistiqués.

            Pour saisir l’importance de ce principe de simplicité, il convient de se reporter à l’origine du phénomène astrologique.  Si ce phénomène est le fait des hommes en vue d’organiser leur temps, ce qui implique évidemment ici l’idée d’un temps social, commun à tous, relevant de la chose publique (d’où le nom de république), il aura bien fallu que l’on en reste à des notions simples à l’instar des règles qui président aux élections et qui ne sauraient n’être comprises que par quelques uns.

            Il fut un temps, d’ailleurs, où, en certains pays, la caste des prêtres s’arrogea la connaissance du calendrier, notamment chez les Hébreux.. Encore de nos jours, le début du ramadan islamique  est fixé par un conseil.. Plus c’est compliqué et plus cela échappe au public et devient le privilège d’un cénacle.  Mais, en règle générale, la lisibilité du ciel était intelligible à tous  et c’est ainsi que le mois commençait lorsque la nouvelle lune laissait la place au plus petit croissant, dont le nom même indique ce qui croît.

            Pour nous le phénomène astrologique se situe en droite ligne de cette mise en place de marqueurs de temps dont le calendrier est une expression au niveau annuel, l’astrologie introduisant une périodicité plus longue, illustrée par le Songe de Pharaon relatif à la succession de sept  vaches grasses et de sept vaches maigres, correspondant, selon l’interprétation de Joseph,  à autant d’années.   

            En revanche, il existe une autre vision de l’astrologie selon laquelle le ciel aurait été dès l’origine  agissant à notre insu, si bien que les tentatives des hommes pour  marquer le temps auraient été bien vaines puisque ce temps était déjà déterminé par ailleurs. Selon cette école, il serait donc légitime de proposer des calculs échappant totalement à l’entendement du vulgum pecus et même dépassant les limites du savoir astronomique de l’Antiquité! A partir de là, toutes sortes de techniques prédictives vont s’articuler sur le thème natal : progressions, directions, transits dont on ne saurait concevoir un instant qu’elles étaient à la portée de chacun. Bien plus, les informations prédictives ainsi fournies ne valaient que pour la personne concernée et n’avaient pas de signification collective!

            Il convient de préciser que les conditions ont évidemment considérablement changé depuis l’époque où l’astrologie se constitua et il ne faudrait pas confondre le fait que de nos jours, il est nécessaire de redécouvrir l’astrologie comme si celle-ci était un phénomène en soi, indépendant du bon vouloir des hommes mais évitons les anachronismes en supposant un peu vite que nos prédécesseurs ont procédé de la même façon.  C’est toute la différence entre un enfant qui fait un dessin et qui le déchire en mille morceaux et celui qui doit reconstituer le dit dessin......Il y a un temps pour concevoir les choses et un temps pour les retrouver.

            Désormais, ce que les hommes ont inventé et ce qu’ils ont découvert semble ne faire qu’un mais il ne faudrait pas télescoper l’Histoire, il y a un monde sans l’Homme et un monde avec l’Homme même si ces deux mondes nous apparaissent comme un ensemble d’un seul tenant, ce n’est là qu’une illusion d’optique à déconstruire.

           

           

III Un pronostic pluriel

 

            Il serait, par ailleurs, suicidaire, que l’astrologie complexifiât son modèle pour rendre compte de la diversité apparente des événements. La simplicité implique en effet  la pluralité. Dire que les choses se ressemblent, c’est passe outre sur les détails qui pourraient les différencier, c’est refuser de compliquer inutilement les modèles qui devront en rendre compte.

            Mais expliquer une série d’événements par une seule et même configuration, c’est un problème de productivité susceptible de générer le chômage.  Que se passe-t-il si avec un seul agent on peut en faire autant qu’avec cent? Or, l’astrologie souffre d’une affluence de main d’oeuvre et il lui faut coûte que coûte trouver à tous ces astres, à tous ces aspects  un emploi et donc elle est trop heureuse de s’intéresser à un monde qui soit aussi ardu que possible à décrire. Cela l’arrange.

            Il y aurait donc scandale à vouloir ne plus utiliser qu’une toute petite partie de l’arsenal astrologique, on préfère le travail en miettes.....

            Pour notre part, nous sommes favorables à l’élaboration d’un modèle ne comportant qu’un seul astre lent et au découpage  de son cycle réduit aux aspects que l’on retrouve dans les phases de la Lune, à savoir la conjonction, la quadrature et l’opposition.  Quant au point de départ d’un tel cycle, il semble qu’il pourrait s’agir d’une certaine étoile fixe, ce qui détermine un modèle comparable au rapport soleil-lune et en fait calqué sur lui.. Est-ce que cela ne suffirait aux vrais besoins de la prévision astrologique et surtout aux vrais besoins des sociétés qui ont recouru aux astres pour s’organiser?

            Il est tout de même fâcheux qu’il y ait une telle inflation de facteurs cosmiques : le thème astral à l’origine était une sorte de description du ciel de naissance qu’il convenait d’examiner pour déterminer la planète dominante, selon un certain nombre de critères; il ne s’agissait nullement de considérer cette carte du ciel comme un tout en soi correspondant à la personne mais de définir le facteur qui la concernait.

            Il n’est par ailleurs pas question de refuser de reconnaître qu’une même force peut se manifester de diverses manières en différents lieux.  Mais cette diversité n’est pas fonction de cette force mais de son impact sur des terrains différents.  Si l’astrologue peut avoir à se préoccuper des effets de telle configuration en tel ou tel lieu spécifiques, cela ne signifie pas pour autant que son modèle en soit capable. Est-ce qu’un couteau diffère selon ce qu’il coupe?  Est-ce donc que cela fait sens de s’efforcer de fixer à l’avance le point d’impact d’une configuration astrologiquement pertinente  si ce n’est en étudiant par ailleurs, c’est à dire hors du champ proprement astrologique, quels sont les récepteurs les plus sensibles à tel changement et ce en un temps donné comme l’on peut dire d’une personne d’un certain âge que ses chances d’attraper une maladie sont plus ou moins grandes.

 

 

IV   Un monde fait de dualité

             Il ne faudrait pas trop alourdir le cahier de charges de l’astrologie. On ne lui demande pas de refléter le monde dans toute sa complexité existentielle  mais bien plutôt d’en préciser la structure sous-jacente, son processus fonctionnel.  Pourquoi ne pas s’en tenir à la dualité, à l’alternance de deux principes que l’on pourrait qualifier de masculin et de féminin, de yin et de yang?

            Il y a un temps pour que les éléments d’un ensemble donné  se ressourcent au lieu de se maintenir dans l’interrelation  et il y a un temps pour qu’ils cherchent à se souder, c’est à dire - étymologiquement -  à  ne plus faire qu’un.

            Le féminin favorise des relations lâches, non fusionnelles, non complémentaires, où chacun est une totalité individuelle, un monde mimétique donc sans véritable altérité, l’autre étant dépossédé de ce qui l’identifie comme tel,  donc générant un mouvement centrifuge ou du moins sans véritable creuset tandis que le masculin conduit au melting pot, faisant disparaître les aspérités et impliquant des interpénétrations.. Cela peut sembler paradoxal et  ambigu et il importe de bien maîtriser une telle dynamique faute de quoi on risque fort de  basculer dans une sorte de continuité molle, sans véritable dualité.

            Au départ du rapport sexuel, il y a simplement une rencontre, une interpénétration qui ne mange pas de pain et soudain tout bascule dans une sorte d’oeuvre alchimique et quelque chose va se former qui sera dans le dépassement de cette rencontre, ce sera l’enfant. Et en ce sens, nous dirons que cet enfant relève plus du masculin que du féminin, en ce qu’il est dépassement des différences, où il est complète intégration..

            Il convient que l’astrologue parvienne à discerner les moments de l’Histoire qui seraient de l’ordre du féminin en alternance avec ceux qui seraient de l’ordre du féminin puis à remonter vers un modèle céleste récurrent et aussi simple que possible. En tout état de cause, l’astrologie a tout intérêt à se penser autour de la dualité  du moins au niveau prévisionnel car elle n’a pas besoin de davantage. On n’a certes pas besoin des astres pour savoir si un homme est un homme et une femme une femme mais il se pourrait fort bien que cette dualité ait inspiré analogiquement un découpage plus complexe, propre à l’astrologie et donc faisant appel à un certain nombre de planètes au delà du deux, mais cela concerne la structuration de la société et non celle de l’Histoire. 

            Si le masculin et le féminin sont des notions essentielles pour l’Humanité,  ne devraient-elles point l’être également pour l’Astrologie, ne serait-ce que par analogie (cf supra)?  Tout comme l’humanité a pris modèle sur le phénomène soli-lunaire, si spectaculaire, n’est-il pas infiniment probable qu’elle se soit inspiré d’une autre dualité pour qualifier les cycles?  Mais prendre pour exemple, pour modèle,  peut avoir ou non lieu, c’est donc un acte aléatoire et qui n’est ni déterminé ni fatal et peut prendre des formes très diverses voire imprévisibles et  qui ne sont pas exemptes d’erreur, de déformation, puisque elles sont fonction d’une certaine interprétation, d’un savoir marqué par une certaine époque et qu’il importe de ne pas appréhender de façon anachronique....

            Selon nous, la phase d’inspiration féminine est marquée, comme chez l’enfant, par un moi tout puissant qui s’identifie au monde qui l’entoure en se l’appropriant sur un mode symbolique de telle sorte que l’autre n’existe pas dans sa différence tandis que la phase d’inspiration masculine impliquerait       de faire le deuil du mimétisme pour reconnaître à l’autre une  authentique complémentarité. Deux approches donc de l’autre: dans un cas, l’autre est le même, je lui refuse de m’être inaccessible, d’avoir ce que je n’ai pas alors que dans l’autre, j’admets l’inaccessibilité de l’autre: je ne peux le déposséder de ce que je n’ai pas, je dois m’en faire un allié au lieu de m’aliéner.  Cela dit, les deux phases alternent indéfiniment, ce qui montre bien que la phase masculine doit elle-même laisser provisoirement la place à une phase féminine de façon à ce que les frontières ne soient pas figées et que le monde puisse évoluer voire muter. Car la phase féminine est l’occasion d’un dépassement, d’une intégration des valeurs de l’autre, elle peut donc résorber un certain fossé entre moi et le monde lorsque le moi est en inflation mais cette inflation ne saurait se maintenir trop longtemps et la phase masculine est aussi l’heure du bilan, lorsque l’on doit reconnaître qu’on a besoin d’autrui et pas seulement par un processus mimétique qui rejoint quelque part une approche analogique du monde.

            Dans le langage de l’astrologie, on nous parle volontiers de l’étranger, qui est lié traditionnellement à la maison IX et par extension au signe du Sagittaire. En fait, ce sont toutes les maisons  en rapport analogique  avec l’automne et l’hiver (VII à XII) qui impliquent  d’accepter ce qui n’est pas soi, donc quelque part  d’aller vers l’étranger, vers l’autre. En revanche, les maisons en rapport avec le printemps et l’Eté ( I à VI) sont  plutôt liées aux premiers âges de la vie, lorsque l’imaginaire et le mimétisme priment, c’est à dire où il s’agit moins de s’associer à l’autre pour ce qu’il peut nous apporter que de l’imiter et de l’intégrer en soi. .            

            L’image de l’astrologie est brouillée par le fait qu’elle ne semble pas/plus être capable de sortir d’une phase mimétique, elle veut traiter de tout et elle ne voit pas quelles sont ses limites et ce que d’autres savoirs peuvent lui apporter si ce n’est en les récupérant. L’astrologue ne travaille pas avec le psychologue, il veut être le psychologue et montrer qu’il peut faire aussi bien voire mieux au lieu de lui reconnaître une compétence propre. Et tout est à l’avenant.

            En revanche, là où l’astrologie aurait vraiment un rôle marquant à jouer, elle est en retrait :qui ne voit, ainsi  que l’astrologie actuelle a complètement échoué à offrir au public un modèle prévisionnel cohérent, la prévision restant une affaire de spécialistes? Il n’en était pourtant pas ainsi au Moyen Age et à la Renaissance  avec les grandes conjonctions formées par Jupiter et Saturne, dont chacun, astrologue ou non, pouvait suivre la progression. 

            On sait à quel point, cependant, la division de la population en douze signes, quant à elle,  a fait son chemin - encore que le repère zodiacal soit ici très discutable car c’est bien dans le thème natal, comme l’a montré Gauquelin, que l’on doit rechercher l’appartenance d’un individu à un groupe. Le  fait est que le découpage de la population en diverses professions et activités est mieux conscientisé que le balisage  du Temps, encore que les élections fournissent une telle structuration du fait de la durée des mandats ainsi déterminée. Mais n’a-t-on pas vu récemment, en France, le septennat se transformer en quinquennat, rompant ainsi avec une cyclicité à base 7?

            Ce qui manque le plus à la recherche astrologique, ce sont les interfaces. On ne peut mettre immédiatement en contact le monde tel qu’il se manifeste de façon brute à nous et les configurations célestes. Il importe d’élaborer des interfaces, c’est à dire des filtres permettant de passer d’un plan à un autre, lesquels interfaces ne sont pas à proprement parler de l’astrologie mais ne sont pas non plus le monde manifesté dans toute sa complexité. Autrement dit, les astrologues doivent être en mesure de décrire le monde en dehors des représentations célestes, expliquer ce qui relève de l’astrologie et de ce qui n’en relève pas directement mais ce qui relève de l’astrologie n’est pas encore de l’astrologie mais peut s’articuler sur elle.  L’établissement de corrélations se fait entre les astres et ces interfaces et non entre les astres et  le chaos des événements et des individus.

            Pour en revenir  à l’analogie, nous pensons qu’elle constitue une solution de continuité, de par son caractère redondant. Rappelons que dans le film culte Matrix, le fait qu’un plan se répète est un signe que l’on est dans le virtuel. Le monde humain offre en effet un caractère de virtualité et cela tient précisément à tout ce qui est le produit de l’imitation, de la redondance. Mais quelque part cette analogie place l’homme en porte à faux avec le cosmos bien plus qu’elle ne le relie à lui. Quand l’astrologie reconnaît qu’elle ne peut déterminer par les astres si tel thème est celui d’un homme ou d’une femme, c’est bien l’aveu qu’elle ne se situe pas au coeur du cosmos mais plutôt dans son prolongement sinon dans sa marge. Certes, de nos jours, pour comprendre l’astrologie, il importe de rechercher des constructions analogiques mais celles-ci sont le fait de nos ancêtres, elles n’émanent pas directement de l’univers qui, lui, n’analogise pas. Il y aurait donc un malentendu à propos de l’astrologie: en dépit des apparences, elle nous coupe du cosmos plus qu’elle nous relie à lui ou du moins elle nous y relie à sa manière qui est très particulière et cela expliquerait pourquoi les explications des astrologues sont souvent si confuses.

            Il est peut-être temps que ceux-ci assument la situation spécifique de l’astrologie, à savoir qu’elle est une construction des hommes pour les hommes, qu’elle a été une étape cruciale dans l’évolution de l’Humanité, ce qui signifie bien qu’elle constitue un progrès et qu’elle n’a donc pas toujours existé. Cela pose la question des rapports de l’Homme à son environnement : contrairement à ce que l’on croit, s’adapter implique des choix, ce n’est pas une simple soumission au monde extérieur mais le fait de s’appuyer sur ce monde pour en tirer une plus grande force.  Les hommes  auraient ainsi appris à se servir du ciel pour leurs besoins organisationnels et c’est ce savoir faire qui nous est légué à la naissance, non point seulement du fait de la position des astres à ce moment là mais en fonction de notre héritage génétique qui nous transmet une aptitude à trouver certains repères qui nous guident dans notre rapport au monde. N’oublions pas que se repérer signifie savoir trier l’information utile et c’est précisément ce qui semble dramatiquement manquer à une astrologie moderne,  submergée par des données qu’elle accepte en vrac et sans discernement mais cet égarement de la conscience astrologique n’empêche nullement nos contemporains de même que l’ont fait nos aïeux de savoir d’instinct, quant à eux, ce qui compte dans le ciel et ce sans avoir aucunement appris l’astrologie..

            Il ressort de ces considérations que la question astrologique est liée aux théories de l’évolution et au modèle darwinien ou néo-darwinien bien plutôt qu’à des  problèmes relatifs aux  influences propres à notre environnement cosmique qui sont ici négligeables. Si l’humanité est sensible au dit environnement, ce n’est pas tant  en ce qu’elle  subirait celui-ci mais parce qu’elle y recourt, à sa façon : ce n’est point tant l’empreinte de cet environnement qui importe ici mais bien l’emprunt que l’humanité a jugé bon de souscrire et  dont il est urgent de restituer les termes exacts, en évitant toute extrapolation et ce grâce à un certain nombre de recoupements.

 

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