Droit de
réponse de l’auteur à notre compte
rendu, paru sur Encyclopaedia Hermetica en ligne de l’ouvrage de Christiane
Oger, Réalité astrale, vérités astrologiques, Paris, Ed. F. Lanore, 2003,
dans l’ article intitulé;
”Astrologie : L’astrologie et la bataille des sexes”
.
Monsieur Halbronn,
C'est par hasard que je prends aujourd'hui connaissance de votre compte rendu.
Je suis bien sûr déçue des mots méprisants, railleurs, paternalistes que vous
utilisez; déçue aussi de me rendre compte que vous n'avez pas saisi le sens de
mon livre, que vous n'en avez compris que ce que vous vouliez bien en
comprendre, pour mieux pouvoir le critiquer.
D'un autre côté, je suis très contente de votre réaction car elle donne du
poids à mon idée principale: en effet, en me critiquant parce que je n'ai pas
la même vision de l'astrologie que vous, vous êtes un peu tombé dans le piège
d'une lecture superficielle et pleine d'a priori. Car, monsieur Halbronn, c'est
justement cela que j'explique dans mon livre, c'est cela que j'ai découvert
(voir surtout p.5-6, et dans la conclusion p.213-214): chacun vit dans sa
réalité personnelle, celle de son thème de naissance, tout en étant convaincu
que c'est de cette façon que les choses se passent réel! lement, et pour tout
le monde... que les autres vivent, pensent, voient la même chose que lui. La
réalité personnelle n'est pourtant qu'une partie de toutes les réalités
possibles, et pour avoir accès à toutes les réalités, il faudrait naître avec
toutes les combinaisons planétaires possibles... chaque personne ne voit donc de
la vie, de l'astrologie aussi par exemple, que ce qu'elle peut voir, ce qu'elle
peut comprendre grâce à ses possibilités de naissance, et pas plus. D'autres
personnes peuvent avoir un tout autre point de vue, le danger étant pour chacun
de croire qu'il est le seul à posséder la vérité...
A quoi cela sert-il d'avoir de grands projets astrologiques si on passe à-côté
de cette chose essentielle: savoir qui l'on est soi-même, savoir ce qui est à
la base, ce qui sous-tend nos pensées, nos actions... et aussi nos critiques,
pour ne pas projeter ce que l'on est sur les autres, vouloir qu'ils soient et
pensent comme nous, les enfermer dans nos propres l! imites, dans notre propre
monde, sans s'en rendre compte, et en leur faisant en plus la leçon, ce que
vous faites.
Le vocabulaire que vous utilisez est dur, humiliant, réducteur, radical, et ce
n'est vraiment pas le mien.
Votre façon de dire que vous savez tout, et que je suis nulle ne vous grandit
pas. Chacun a sa part de vérité, et comme tout le monde, vous n'avez accès qu'à
une partie. Si vous ne tenez compte que de cette petite partie, vous avez bien
sûr raison, mais cette partie n'est pas le tout, c'est la vôtre.
Ce que vous pensez et dites de mon livre et de moi ne correspond pas à la
réalité, et ne cherche qu'à blesser, de façon à mieux vous mettre en valeur.
Mais je ne veux pas reprendre point par point, car cela ne servirait à rien
(voir mon chapitre penser, négocier, se comprendre!).
Je ne suis en aucun cas avocate de l'astrologie, j'ai bien écrit il me semble
que je "témoignais", sans vouloir "convaincre". Mon livre -
qui s'inscr! it volontairement dans un certain cadre bien précis, et qui se
veut simple (mais que de connaissances et de réflexion derrière cette
simplicité) - est destiné aux gens ouverts, humains, évolués, qui cherchent à
mieux comprendre le monde, la vie. Il ne s'agit absolument pas de premier
degré, chacun peut le lire à son niveau, et c'est peut-être la lecture que vous
en faites qui est du premier degré. Je ne suis pas non plus une astrologue de
terrain, mais une chercheuse.
Vous et moi n'étant pas les mêmes, n'ayant pas le même thème natal et donc pas
la même forme d'intelligence, la même histoire personnelle, les mêmes
ambitions, il est tout à fait normal que nous abordions l'astrologie et la
comprenions différemment, que nos domaines de recherche soient différents.
C'est cela la richesse, l'intérêt justement.
Monsieur Halbronn, vous pouvez défendre vos grandes théories jupitériennes,
l'Astrologie avec un grand A, mais ce n'est pas une raison pour démolir une
astrologie individuelle, humaine, base de tout, et qui n'exclut pas les grandes
études plus collectives, historiques, même si sa valeur et son sens vous
échappent, même si cela vous paraît petit et sans envergure...
N'ayant aucun don de voyance, c'est tout de même bien votre date de naissance
qui m'a permis de comprendre pourquoi vous me critiquiez, quel était votre
monde personnel, votre style d'intelligence, votre façon de raisonner etc... et
ceci de manière objective.
En attendant, vous avez fait beaucoup de mal, depuis de nombreux mois. Comment
pouvez-vous le réparer?
J'espère pourtant que mes éventuels lecteurs ne se laisseront pas trop
influencer par la notoriété que vous avez en France, et votre façon de mépriser
et ridiculiser tout ce qui ne correspond pas à vos idées. Entre gens évolués,
il y a moyen de discuter autrement il me semble.
Bien astrologiquement. Je vous remercie de bien vouloir joindre ma réponse à
votre compte rendu.
Christiane Oger
Bruxelles, le 11 octobre 2004
De l’ajustement des savoirs
divinatoires sur le monde.
En
réponse à Christian Oger
Par Jacques Halbronn
A
propos de notre Colloque sur l’Astrologie
et le Monde, il nous importe de réfléchir sur la façon dont les interprétés
des divers savoirs divinatoires, au sein desquels, n’en déplaise à certains,
nous inclurons sinon l’astrologie du moins une certaine astrologie, gèrent leur
relation à ce qui n’est pas astrologique ou du moins à ce dont l’astrologie n’est qu’ un élément parmi
d’autres.
L’exemple
nostradamique nous paraît emblématique car il est assez évident que
l'interprète va chercher dans les versets ceux qui font écho à un certain
événement auquel il attache quelque importance. Mieux il connaîtra la somme des
quatrains et plus il sera en mesure de trouver le texte le approprié à la
situation, il existe d’ailleurs des dictionnaires permettant de retrouver les
quatrains comportant tel ou tel mot.
Dans
le cas de l’astrologie mondiale, il nous semble qu’il en soit de même: face à un
événement marquant ou jugé tel, l’astrologue ne devra-t-il pas extraire du
savoir astrologique les données qui lui sembleront pertinentes pour rendre
compte du dit événement? Mieux il connaîtra son domaine et plus l’astrologue
sera en mesure d’accomplir un tel travail d’ajustement.
Pour
l’astrologie individuelle en est-il autrement? Nous ne le pensons pas. L’astrologue
se trouve placé face à une certaine réalité, à un certain monde qui est le
petit monde de son client et qu’il aura pour tâche, avant toute chose, de
relier au thème natal. Pour ce faire, il devra sélectionner dans le dit thème
ce qui correspond à l’idée qu’il se fait de son client ou de sa cliente tout
comme on l’a vu, en astrologie mondiale, l’astrologue s’efforcera d’expliquer
tel événement selon le sens qu’il confère à celui-ci.
A
cette analyse, on pourra certes
produire un certain nombre d’objections dont nous étudierons ici le bien
fondé.
D’une
part, il y a bien entendu toute la dimension prévisionnelle qui échapperait au
cas de figure décrit plus haut puisque, n’est-ce pas, le futur, on ne le
connaît pas donc comment pourrait-on le projeter sur le thème ou sur tout autre
support divinatoire? Mais une telle affirmation ne tient pas car on se fait
toujours une certaine idée de l’avenir, vraie ou fausse, c’est une autre histoire..Et par conséquent,
le futur aussi peut être mis en équation astrologique, centurique ou
tarologique....
D’autre
part, il y a le passé que l’astrologue peut ignorer en cas de consultation
individuelle mais qu’il n’ignore certainement pas lorsqu’il s’agit d’événements
politiques ou qu’en tout cas il ne devrait pas ignorer. On imagine mal un
astrologue parlant des Etats Unis en affirmant ne rien savoir de leur
Histoire..... Au niveau individuel, le passé transparaît dans le présent et
d’ailleurs le thème natal est souvent interprété au travers du prisme du
présent, c’est à dire de ce qu’il est advenu de la personne qui est face à
l’astrologue ou au tarologue.
Ce
que nous essayons de dire ici, c’est que toute interprétation implique des
choix, d’où la forme inter, entre. On
ne prend pas tout ce qui est dans le thème tout comme l’on ne prend pas tous
les quatrains mais uniquement ce qui convient au cas étudié et parmi tous les
sens possibles, on ne garde que ceux qui semblent le mieux correspondre au
problème posé, c’est à dire à ce qui est à expliquer. Ce n’est pas tant en
effet le thème qui est à expliquer que le monde, l’individu, la société.
Il
est vrai que parfois on nous présente les choses autrement, c’est ainsi que
l’on édite les quatrains de Nostradamus en nous en proposant des “explications”
(comme dans l’Eclaircissement de 1656)
c’est à dire des commentaires alors qu’en réalité, ce sont les quatrains
qui ont servi à expliquer certains événements historiques. Cette inversion nous
semble tout à fait significative d’une certaine confusion plus ou moins
délibérément entretenue.
De
même, le rôle de l’astrologue n’est-il pas tant d’expliquer le thème natal par
la personne que la personne par le thème natal. Et cela se conçoit d’autant
mieux que jusqu’à plus ample informé, en tant qu’êtres humains, nous percevons
plus spontanément la réalité du monde qui nous entoure que celle du thème
natal, structure pour le moins abstraite, on nous le concédera. L’astrologue
n’en est pas moins homme ou femme, en
dépit des airs qu’il se donne.
On
nous objectera que l’on ne voit pas l’utilité d’une telle façon de pratiquer
l’astrologie si l’astrologie ne nous apprend rien que l’on ne sache
déjà... Pourtant, le client qui vient
juger/jauger l’astrologue, ne s’appuiera-t-il pas sur ce qu’il croit savoir de
lui-même, de son passé voire de ce qui l’attend en toute vraisemblance ou qu’il
espère voir se produire à tort ou à raison, ce qui est encore une certaine
forme de réalité, aussi fantasmatique serait-elle.
La
faute à ne pas commettre pour l’astrologue, c’est d’aller radicalement à
l’encontre du monde de son client. En revanche, s’il perçoit ce monde, il ne
peut pas se tromper dans son interprétation puisqu’il ne fera qu’y constituer
comme un miroir du monde en question qui est celui de son client. Au fond,
l’astrologue serait un portraitiste, avec un style à lui mais à condition que le monde psychique ou
politique ainsi représenté soit reconnaissable.
Pour
mieux nous faire comprendre, avouons que ce serait un bien mauvais peintre que
celui qui réaliserait un portrait en lequel son modèle ne se reconnaîtrait pas,
qui serait à ce point aussi peu ressemblant! Pourquoi l’astrologue ne serait
pas capable de traduire avec les outils dont il dispose un profil
psychologique, s’il n’est pas tout à fait aveugle ou tout à fait dépourvu d’un
minimum de perspicacité. Il ne faut pas être grand clerc pour ce faire!
Mais
on nous refera la même objection: oui, vous nous avez montré que l’astrologue
ne prenait pas de bien grands risques pour peu qu’il ne soit pas complètement
demeuré, mais à quoi tout cela sert-il?
On pourrait se demander à quoi cela sert de se faire tirer le portrait
voire de se faire photographier. Peut-être faudrait-il parler de résilience (cf
Christiane Olivier, Enfants-rois; plus
jamais ça!, Paris, Albin Michel,
2002), d’objet transactionnel? Le thème nous démontre que nous existons
bel et bien et que nous n’avons pas à en faire la preuve à chaque instant. Il
suffit pour cela que l’astrologue nous démontre que ce thème, c’est bien nous,
certes sous une forme un peu particulière mais somme toute concevable,
imaginable, une fois faite la part de certaines interférences qui ont pu
empêcher certaines potentialités de s’épanouir. C’est dire que l’astrologue a
une certaine marge de manoeuvre puisque même s’il lui arrivait d’être quelque
peu en décalage, il pourrait toujours arguer de choses non encore advenues ou
qu’on n’a pas laisser advenir. C’est un
discours que le client peut entendre à condition que par ailleurs il se
retrouve sur d’autres points.
Pourquoi
donc s’intéresse-t-on tant aux
quatrains de Nostradamus si ce n’est pour s’assurer que le monde s’inscrit dans
un plan préétabli, qu’il ne s’y passe
pas n’importe quoi?
Toute
personne qui pratique un peu les Centuries sait à quel point leurs interprètes
ont toute latitude pour extraire tel verset du moment que celui-ci est un tant
soit peu en résonance avec la situation à laquelle on l’assigne, sans être trop
sourcilleux. Et toute personne qui
connaît un peu l’astrologie a conscience de ce qu’un thème natal est riche
d’une infini de significations entre lesquels l’astrologue aura à choisir
celles qui sont les plus adéquates, c’est ce qu’on appelle assez joliment “faire la synthèse”, ce qui n’est pas autre
chose que de trier ce qui va dans un certain sens qui semble le plus approprié..
Le
danger d’une telle approche que nous observons, c’est de risquer de passer
d’une extrême à l’autre. A force de vouloir consolider le sentiment de réalité
du monde en l’ajustant sur des savoirs supposés l’annoncer - comme si le monde
avait besoin de cela! - on en arrive à ce que les gens se murent dans leur tour
d’ivoire et que ce qui est contingent prenne des allures de nécessité cosmique
ou prophétique. Tel n’est pas le
moindre inconvénient de la pratique
astrologique pour le monde qu’elle risque ainsi de figer dans une certaine
posture comme le ferait un photographe.
Pour
Christine Oger, dont nous publions le droit de réponse à un compte-rendu déjà
un peu ancien, “chacun vit dans sa réalité personnelle, celle de son thème de
naissance, tout en étant convaincu que c'est de cette façon que les choses se
passent réellement, et pour tout le monde... que les autres vivent, pensent,
voient la même chose que lui. La réalité personnelle n'est pourtant qu'une
partie de toutes les réalités possibles, et pour avoir accès à toutes les
réalités, il faudrait naître avec toutes les combinaisons planétaires
possibles... chaque personne ne voit donc de la vie, de l'astrologie aussi par
exemple, que ce qu'elle peut voir, ce qu'elle peut comprendre grâce à ses
possibilités de naissance, et pas plus. D'autres personnes peuvent avoir un
tout autre point de vue, le danger étant pour chacun de croire qu'il est le
seul à posséder la vérité “
Là où le bât blesse, dans un tel discours,
c’est que l’astrologie ne serait pas censée uniquement rendre compte de nos
penchants divers mais jusqu’à notre philosophie. A vouloir ainsi tout expliquer
de ce que nous sommes, de ce que nous exprimons, on en arrive à un dialogue de sourds puisque chacun parlerait de
son point de vue.
Or, pour notre part, nous ne saurions
aucunement souscrire à une telle façon de présenter les choses. La consultation
astrologique a ses raisons qui lui sont propres et qui relèvent d’une certaine
thérapie qui vaut ce qu’elle vaut. L’astrologue doit accomplir son travail pour
le mieux. Il n’a pas pour autant à partager les fantasmes de ses clients et
surtout il n’a pas à étendre une telle
approche hors des limites et des conditions de la consultation. Que l’on vienne
nous dire, avec Christine Oger, que notre conception de l’astrologie est
fonction de notre thème astral nous paraît déontologiquement inacceptable et ce
d’autant que nous savons pertinemment que chacun trouve dans le thème ce qu’il
veut bien y trouver et en extraire. : le thème n’est absolument pas une structure univoque, il n’est jamais que le
reflet de ce à quoi on croit qu’il renvoie, c’est à dire le monde ou une
parcelle du monde à laquelle on est confronté subjectivement.
.
En ce qui concerne le tarot, le problème est grosso modo le même : on a un tirage, on a une réalité qui est
celle du client telle qu’elle apparaît au praticien, avec le prisme qui est le
sien. Croire que le tirage impose son
propos est un leurre, il accorde une certaine liberté d’interprétation qui
permettra un certain ajustement entre les cartes sorties - et l’on peut en
sortir d’autres et d’autres encore - et
l’univers mental du client ou de la cliente tel qu’on croit
l’appréhender, à un moment donné qui est celui de la consultation. Le tirage du
tarot, en dépit de certains traits, ne diffère pas sensiblement de ce qui se
passe en astrologie dans la mesure où on l’a dit le thème natal est le plus
souvent interprété comme devant être lu dans le présent de la consultation
réunissant à la fois un passé et un futur, ici et maintenant.
Nous
dirons que le principal enjeu de la consultation est de relier le monde,
individuel ou collectif, au cosmos, à un autre monde parallèle - c’est
selon. Il ne s’agit pas pour le
praticien de venir pallier ses propres manques perceptifs car alors il va dans
le mur mais de mettre sa sensibilité au service de son art pour faire jouer une
certaine magie qui est celle de tout être face à une représentation de
lui-même. La principale attente de
la personne- et il nous semble
important de ne pas mettre toutes les motivations sur le même plan, en vrac
- est de s’assurer que ce qu’elle est
devenue n’est pas du à son environnement, aux autres mais bien qu’elle était
déjà structurée ainsi dès l’origine, symbolisée par le thème natal, tant en
bien qu’en mal indifféremment. Nous y voyons, pour notre part, une certaine
crise de l’altérité, dès lors que le rôle d’autrui s’en trouve ipso facto relativisé, réduit à une
fonction révélatrice et non pas structurante, puisque, selon cette démarche, la
structure préexisterait à notre rencontre avec l’autre.
La
demande d’astrologie ne consiste pas tant par conséquent à chercher
à se connaître mais à légitimer ce que l’on est, l’astrologue ayant ici
pour fonction de confirmer à son client
que tout s’est joué à la naissance voire même - dans le cas de l’astrologie
karmique - avant la naissance. C’est en fait ce libre-arbitre qu’une certaine
astrologie serait disposée à sacrifier en refusant tout hasard, selon une
formule qu’on attribue à Germaine Holley et qu’une autre astrologie que nous
prônons, tout au contraire, situe au delà de son domaine. Ce n’est pas parce que l’astrologie s’appuie
sur l’astronomie qu’elle maîtrise pour autant tous les paramètres nécessaires
pour faire des prévisions à long terme, étant entendu que certains d’entre eux
correspondent à des causes n’intervenant qu’in
extremis. Nul doute que
l’astrologie soit envahie par toutes sortes de connaissances supposées lui
venir en aide ou la prolonger mais qui
en réalité l’annexent et l’instrumentalisent tant et si bien qu’on ne sait plus
bien ce qui relève véritablement de certaines configurations célestes, ce qui
d’ailleurs ne semble pas gêner beaucoup d’astrologues.....Avant de parler
d’intégration de l’astrologie au sein d’un ensemble plus vaste, il serait bon
de préciser son champ propre - car un
savoir trop mimétique ne peut pas réussir son intégration - c’est le rôle de ce
que nous avons appelé (cf supra) les phases d’intégration légère (PIL) de le
permettre.
Comme si l’homme ne pouvait rien faire qui
vaille si cela n’était déjà inscrit quelque part. Il y a là un fantasme que
l’astrologue serait irresponsable de ne pas prendre en compte : soit il entrera
dans le jeu de cette minimisation de l’autre et de ce qu’il peut nous faire en
cette vie, soit il examinera ce qui
relève d’une forme de résilience, ce qui évidemment exige un travail
thérapeutique d’une toute autre ampleur. Mais il est évident que si
l’astrologue est lui-même victime d’une telle attitude, il ne pourra guère
aider sérieusement son patient au delà du rôle que celui-ci lui fait jouer. Le
cas des patientes de l’astrologue nous
paraît le plus significatif car il relève d’une problématique collective alors
que celui des patients est plus une affaire individuelle. Quelque part, la femme fascinée par
l’astrologie manifeste son rejet de l’homme ou du moins de ce qui donne
vraiment sens à la présence de celui-ci au monde. En le déchargeant, notamment
par le biais de l’astrologie, de son rôle créatif, sélectif, elle finit par en
faire un être insignifiant, superflu, même pas capable, de surcroît, de faire
ce qu’elle fait. Or, paradoxalement, cette même astrologie nous apparaît comme
l’oeuvre par excellence des hommes, de leur puissance instrumentalisante!
Pour
en revenir à cet ajustement du thème au client et du client au thème, on nous
objectera qu’il y a des consultations sans astrologue- par ordinateur ou du
moins par téléphone. Dans ce cas,
comment le discours pourrait-il prendre en compte u monde qui ne lui est
pas accessible? Est-ce à dire que le
dit discours tombera “à côté de la plaque”?
Même pas! Car dans ce cas, c’est
le client lui-même qui intégrera le texte qui lui est offert dans son monde, en
se l’appropriant, qui lui donnera sens. En effet, l’enjeu n’est-il pas de
relier le monde à un phénomène
“supérieur”, dans tous les sens du terme? Comment le client ne ferait-il, dès
lors, pas l’effort de se retrouver peu ou prou dans ce qui lui est proposé de
lui-même ou de ce qu’il vit, vivra, a vécu?.
Il revient simplement, dans ce cas, à l’astrologue qui n’a pas de feed back de s’exprimer avec plus de prudence que lorsqu’il a son client
en face de lui tout comme quand nous parlons
à un public mal connu et divers
nous ne traitons pas un sujet de la même manière que lorsque nous savons
mieux à qui nous nous adressons, nous prenons moins de risques et restons plus
dans le vague ou dans les généralités.
.Cela
dit, le vrai problème de l’astrologie n’est pas tant cette nécessaire
corrélation avec les faits psychosociologiques observables mais qu’elle soit à géométrie variable, c’est à
dire qu’elle ne se réforme pas au contact de ceux-ci, qu’elle n’élimine rien de
son arsenal parce que si cela ne sert pas une fois, cela pourra toujours servir
à la prochaine occasion, pour le prochain client et donc on garde tout. C’est
ainsi que les statistiques auraient vocation à décanter un tel ensemble, à
faire ressortir les facteurs les plus pertinents mais il n’en est rien, les
travaux de Gauquelin[1], à partir des années Cinquante du siècle dernier,
ont-ils contribué à simplifier l’astrologie en la recentrant sur ce qu’elle
avait de plus vérifiable à grande échelle? Il suffit d’observer où en est
aujourd’hui une astrologie informatisée et pléthorique, qui n’a “rien oublié”,
comme on disait des aristocrates émigrés, à la Restauration, pour s’apercevoir
du contraire. Ce qui compte, en réalité, aux yeux de maint praticiens, c’est que par sa richesse, sa complexité,
son foisonnement, l’astrologie - mais cela vaut aussi pour d’autres supports
- soit en mesure de gérer tous les cas
qui se présentent à elle, ne soit jamais prise au dépourvu, comme ces gens qui
gardent toutes sortes de bouts de ficelle “au cas où”. . Annonçant tout et son
contraire, il est clair qu’à chaque fois, il faut faire le tri que ce soit dans
les quatrains ou dans le thème, au cas par cas. Mais si ce serait peine perdue de sélectionner les quatrains qui
marchent ou les arcanes qui sont le plus souvent choisis par les hommes de
l’art, en revanche, le travail de décantation, de purge, s’impose pour
l’astrologie qui a d’autres enjeux que de se prendre pour un caméléon.
Nous
avons déjà décrit la méthodologie à suivre: commencer par observer le monde
sans recours à aucune grille astrologique, y remarquer certaines récurrences
qui pourraient être la manifestation de l’empreinte
astrologique sur le monde- et non pas l’inverse!. Cette empreinte - et non cet emprunt de l’astrologie au monde -
comment se caractérise-t-elle? Elle ne peut apparaître qu’à un niveau
collectif, en tant que résultante d’un grand nombre de cas individuels. Car
contrairement à ce que soutiennent tant d’astrologues, la société est faire de la somme des
individus qui la constituent et il n’y a pas, astrologiquement, une réalité
sociale distincte de la réalité individuelle, c’est là un “postulat” que nous
mettrons en avant lors du Colloque de novembre. Pour le psychologue, l’individu peut se démarquer du collectif,
pas pour l’astrologue et c’est précisément ce qui fait la différence entre
astrologie et psychologie, l’astrologie étant bien plutôt d’ordre
psychosociologique, intégrant l’individu dans le collectif.
Donnons
un exemple : notre amie Ghislaine Jeanson, lors d’une réunion préparatoire
(celle du 8 octobre 2004) nous a présenté ses recherches sur les transits de
Saturne sur le soleil et l’ascendant de naissance, en rapport avec les
changements dans le travail, les problèmes de chômage. Elle s’est arrêtée non
pas sur des périodicités perceptibles au niveau de la vie sociale dans son
ensemble mais sur des trajectoires individuelles, puisque la cyclicité des
transits ne constitue pas un phénomène global; étant donné que le point de
référence des aspects[2] de Saturne change avec chaque thème. Elle n’a pas
davantage observé qu’à d’autres moments le processus s’inversait toujours au
niveau collectif. Nous conclurons que
son corpus d’étude n’est pas pertinent
au regard de la recherche astrologique.
S’il n’y a pas de cyclicité collective, pas de dualité des phases, pas
de visibilité d’ensemble, on n’est pas en face d’un phénomène pouvant être
appréhendé spécifiquement par l’astrologie. Le monde qui relève de
l’astrologie, selon nous, est fait de répétitions, c’est à dire d’un grand
nombre de cas allant dans le même sens au même moment et changeant de sens
simultanément. Tant qu’on en restera à l’échelle individuelle, ce sera
l’impasse et l’astrologie en sera réduite aux expédients décrits plus
haut.
Est-ce
à dire que l’astrologue doit renoncer à conseiller des individus? Nullement! Mais il le fera en partant du général pour
atteindre le particulier; n’est-ce pas ce qu’on est en droit d’attendre de lui
que de prendre quelque hauteur, lui qui se référe au Ciel, tout là-haut? Il est
en fait demandé à l’astrologue - et c’est cela la véritable attente
subconsciente - d’inscrire la personne dans un systéme qui la dépasse mais dont
elle fait partie. C’est d’ailleurs ce qui est manifeste dans la catégorisation
zodiacale adoptée par le grand public, on veut être d’un signe en sachant qu’on
n’est pas le seul à l’être et c’est d’ailleurs pour cela même que l’on veut
l’être. Le probléme, c’est que cette division zodiacale, aussi accessible
soit-elle, ne semble pas être la partie la plus solide de l’astrologie qui est
avant tout d’ordre planétaire et stellaire et non pas solaire. Mais qu’à cela
ne tienne, on assiste bien là à un
tropisme qui exprime une certaine attente d’astrologie qui s’exprime
confusément tout comme la tenue d’élections nous apparaît comme le témoin d’une
mémoire cyclique de l’humanité, quand bien même celles-ci ne correspondraient
pas à des cycles célestes. Entendons par là que les tendances de nos sociétés à
se structurer selon des classifications cosmiques et selon des constitutions politiques ou
associatives fixant la durée, le
temps, des mandats électoraux nous
semblent bien devoir guider le travail du chercheur en astrologie à condition,
bien entendu, que cela conduise à des données pouvant être traitées
statistiquement sur la base de grilles comportant des repères célestes
récurrents et de phénomènes socialement
visibles parce que faisant masse du fait même d’une synchronicité qui finit
par toucher les hommes et les femmes
en même temps, sur une période de quelques années. Et, pour nous, tout
ce qui ne passe pas l’épreuve d’un double contrôle, sur le plan céleste comme
sur le plan social, devrait être mis de côté, si ce n’est dans le cadre de la consultation
individuelle à l’ancienne.
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