Réédition de l’article ‘”Astrologie” de l’Encyclopaedia Universalis

 

           

Par Jacques Halbronn

 

 

            Notre article reparaît (sans sa bibliographie ni son iconographie) en ce début 2005 grâce à l’opération lancée par le quotidien le Figaro en liaison avec l’Encyclopaedia Universalis, sous le titre “Les essentiels de l’Encyclopaedia Universalis”: c’est l’Encyclopédie thématique d’Universalis laquelle “repose sur un choix très sélectif d’articles considérés comme les plus importants ou les plus abordables”. Il est heureux que l’astrologie n’ait pas été exclue de ce choix et que le hasard la fasse même figurer dans le tout premier volume.  Rappelons que la première version de l’article (1968) était due à René Alleau.

            Nous voudrions réfléchir, cependant, sur ce que nous aurions souhaité modifier si on nous avait demandé d’actualiser notre texte.  Disons, d’emblée, que sur la plupart des points, nos positions n’ont pas sensiblement évolué mais il n’en reste pas moins que cela sera pour nous l’occasion d’un bilan pour les dix dernières années puisque notre article parut en 1994.

            D’abord, à l’époque, nous n’accordions pas d’importance aux étoiles fixes et  nous cherchions encore à “caler” notre cyclologie sur les axes équinoxiaux et solsticiaux, bien abstraits pourtant au regard des points lumineux qu’étaient Aldébaran et Antarés. Nous n’avions donc pas élaboré notre couple planéte/étoile avec tout ce que cela implique de révolution par rapport au couple soleil-lune qui n’est pas encore de l’astrologie même si par la suite, du fait du syncrétisme, il y a  été adjoint. Nous aurions voulu, si l’on nous avait demandé de le remanier, insister sur la révolution astrologique, sur le fait que l’astrologie n’est pas une donnée initiale, inhérente à l’humanité mais qu’en quelque sorte c’est la mise en  place de l’astrologie qui constitua un événement majeur pour la dite Humanité. Bien entendu, cette astrologie à la fois se référait au soleil et à la lune mais pour transposer leur modèle à une toute autre échelle, bien au delà du cycle annuel, notamment avec le cycle de Saturne, introduisant des semaines - le mot signifie sept  tout comme hebdomadaires est à rapprocher de heptagone -  de 7 ans et non plus de 7 jours.

            Nous n’avions pas  encore  assez  privilégié  Saturne et n’étions pas encore partis en guerre contre le polyplanétarisme en montrant qu’un seul cycle suffisait dès lors qu’il était subdivisé  en phases correspondant à des principes complémentaires. Nous n’avions pas dénoncé le problème de la discontinuité dans la pratique prévisionnelle, avec des planètes dont les phases ne s'emboîtent pas les unes dans les autres..

           

            Notre position par rapport aux travaux de Gauquelin s’est radicalisée et plus généralement par rapport au thème natal dont nous n’avions pas encore fait tout à fait l’économie.  Si nous n’avons pas de difficulté à comprendre comment l’Homme peut intégrer une certaine cyclicité au cours de son existence, il nous semble désormais bien peu probable qu’il ait pu  intégrer la situation du ciel au moment de la naissance alors qu’aucun bagage culturel ne lui a été encore fourni. Or, pour nous, l’astrologie a commencé par être un phénomène culturel, social.

            Nous aurions du davantage insisté que nous ne l’avons fait dans l’article sur l'incohérence symbolique des maisons astrologiques. Il est clair que les maisons au dessus de l’horizon ne sauraient comporter de référence  à des situations d’éloignement ou de disparition et vice versa. Comment la mort ou les grands voyages correspondraient-ils à la culmination d’un astre? En tout cas, les maisons dessinent une dualité fondamentale mais qui vaut essentiellement au niveau cyclique et qui n’est donc guère pertinente au niveau d’une astrologie statique, qui est celle du thème natal telle qu’elle est habituellement pratiquée.

            Nous n’avons peut-être pas assez insisté, alors, sur le caractère d’astronomie fictive des domiciles et exaltations des planètes. Or, il s’agit bien là d’un substitut  à l’observation réelle des astres qui aurait du disparaître avec l’usage des éphémérides et des logiciels.  C’est précisément là un des problèmes de l’astrologie que de conserver des méthodes faisant double emploi ou qui n’ont plus de raison d’être et cela au nom du maintien de la Tradition, victime d’un syncrétisme interne, c’est à dire conservant tout ce qui touche à l’astrologie, depuis les Ères précessionnelles jusqu’aux  directions. Il est clair que l’informatique a contribué à  conserver des notions qui tendaient déjà à disparaître, et notamment en établissant des calculs de dominante, combinant un nombre considérable de paramètres.

            Il aurait fallu, également, insister sur le rapport des femmes à l’astrologie et montrer à quel point le thème astral correspondait à la psyché féminine de par son égocentrisme tendant à considérer le monde et la société comme une abstraction en comparaison de ce qui arrive à l’individu. On ajoutera que le thème astral est en fait de l’anti-astrologie tant ce qu’il revendique est à l’opposé de la vocation première de l’astrologie qui est de rapprocher les gens bien plutôt que de les différencier, la différenciation étant une situation pré-astrologique que l’on n’a guère de difficulté à  affirmer et à retrouver alors que la conscience d’un destin collectif est  un objectif à atteindre précisément par l’astrologie.  L’astrologie serait donc victime d’une sorte de cancer qui l’aurait largement envahie.

            Bien plus, nous pensons aujourd’hui que l’astrologie n’a pas à défendre une quelconque typologie caractérologique, que sa seule typologie se situe dans la diversité et la succession  des phases. Non pas qu’il n’existe pas des caractères différents mais cela ne relève pas selon nous de l’astrologie. Ce qui concerne l’astrologie ce n’est pas tant en quoi les hommes différent mais de quelle façon ils se transforment, ils évoluent, autrement dit la diversité du monde est diachronique et non pas synchronique.

            Nous aurions également, si nous devions remanier aujourd’hui notre article, montré que l’astrologie constitue un progrès crucial pour l’Humanité, qu’elle n’est nullement un phénomène ayant toujours concerné l’Humanité mais une conquête majeure de l’Homme du fait de l’instrumentalisation de son environnement et notamment une expansion du Temps humain par delà les cycles diurne, mensuel ou annuel, avec la prise en compte et l’intégration progressive d’un cycle de près de  30 ans, divisible en phases de 7 ans,  qui est celui de Saturne....

            Nous aurions également souligné en quelle mesure la vie des démocraties, avec leur système d’élection périodique est l’expression d’un certain instinct astrologique, impliquant une durée bien au delà d’une année. Nous pensons en effet que la cyclicité des mandats électoraux (pour 4 ans, 5 ans, 7 ans etc)  est le témoignage le plus fort d’une cyclicité très ancienne, ancrée dans notre Inconscient Collectif et qu’elle annonce à terme la prise en compte du cycle de Saturne et des phases de 7 ans comme unité de mesure du temps sociopolitique.

            Notre étude sur le symbolisme zodiacal  a sensiblement évolué. Dans l’article, nous présentons le Zodiaque comme l’expression de la symbolique planétaire, en rapport avec la théorie des domiciles et exaltations.. Actuellement, nous voyons avant tout dans le Zodiaque  l’émanation du cycle des activités saisonnières, tel qu’on le décrit dans les Très Riches Heures du Duc de Berry ou plus sommairement dans le Kalendrier des Bergers.  En réalité, le Zodiaque est un mélange de divers paramètres et il conviendrait, selon nous, de rétablir une symbolique zodiacale ressourcée.

            Il nous faudrait relire les réactions assez hostiles qui parurent dans la revue Ayanamsa, il y a un peu plus de dix ans, quand notre article parut. Reconnaissons qu’à notre façon, nous avons eu l’occasion de présenter l’astrologie en diverses circonstances puisque dès 1976, nous avions été préféré à d’autres pour publier  Clefs pour l’Astrologie, dans une collection alors très prisée et qui traitait des divers savoirs (linguistique, psychanalyse, marxisme, sociologie etc).  Notre regret aura peut-être été de ne pas avoir eu à nous occuper, en 1989,  du Que Sais je sur l’astrologie (PUF) qui ressort, ces jours ci, sous la signature de l’astronome Philippe Zarka,  prenant ainsi le relais de celui, probablement trop partial envers l’astrologie, de Suzel Fuzeau-Braesch. Étrangement, presque au même moment où sortait notre article, paraissait une édition totalement refondue de nos Clefs. Toujours est-il qu’au même moment où parait le nouveau Que Sais je?  la présence de notre article dans les Essentiels de l’Universalis  nous montre que nous avions adopté un ton assez juste, sans complaisance.

            Mais le manque le plus grave que nous constatons mais cela relève de réflexions fort récentes, d’une nouvelle prise de conscience - mais nous aurions pu l’avoir plus tôt dès 1986 lorsque nous avions élaboré notre modèle de genèse du phénomène astrologique dans la première partie de  l’Etrange Histoire de l’Astrologie (Paris, Artefact, 1986) qui nous inviterait à remanier totalement notre présentation, c’est de ne pas avoir assez insisté, il y a une douzaine d’années, quand nous rédigions ce texte, sur ce qui avait précédé l’ère astrologique et ce avec quoi il fallait compter.  De deux choses l’une : ou bien l’on place le phénomène astrologique à l’origine de l’Humanité mais à quel moment peut-on parler d’Humanité et non plus d’une proto-humanité? Il importe en effet, selon nous, d’inscrire la formation de l’astrologie dans l’évolution des espèces, au sens darwinien du terme- bien que ce terme d’évolution - qui a un lien sémantique direct avec l’imagerie céleste (révolution) - induise en erreur puisque il indique  le déploiement d’un processus alors qu’il s’est agi d’une progression aléatoire. Le fait que l’Humanité se soit  branché sur Saturne et définisse un cycle  des aspects de cet astre à une certaine étoile fixe, constitue une mutation biotechnologique de toute première amplitude, aussi importante que la sexuation qui est intervenue bien avant et qui est encore à l’œuvre avec le progrès des machines : dans un cas découpage du Temps social, dans l’autre de l’Espace social. En faisant de l’astrologie une construction relativement récente à l’échelle de la vie sur notre planète Terre, ce qui nous ramène quand même à des dizaines de milliers d’années en arrière, nous déchargeons ainsi l’astrologie de rendre compte de l’état du monde préastrologique.