Débat ACB du 28 avril 2005

 

Ce débat sur le forum

Astrochronobiologie -  astro-chronobiologie@yahoogroupes.fr -

auquel nous avions été conviés, quelques jours plus tôt (18h, heure de Paris, midi, heure de Montréal) réunit notamment Roger Héquet, un astrosceptique québécois du nom de Denis et nous même.

Il était intéressant d’être confronté à un adversaire de l’astrologie, ce qui peut aider à relativiser le différences entre astrologues et apprendre à distinguer entre les réformateurs comme nous et ceux qui considèrent qu’il n’existe pas d’influence astrale sur le psychisme humain.

Denis se trouvait donc face à deux interlocuteurs fort différents, Roger Héquet et Jacques Halbronn, l’un prônant l’usage du thème natal et des planètes transsaturniennes et l’autre situant l’astrologie comme une instrumentalisation de la part d’une ancienne Humanité, située dans un passé lointain, de certaines configurations célestes à des fins organisationnelles.

        Visiblement, la seule astrologie que Denis connaissait était celle du thème natal, liée à l’individu - et qu’il qualifie de divinatoire au même titre que le tarot - alors que, pour notre part, nous défendions les couleurs d’une astrologie collective. Or, l’astrologie thémique - c’est à dire axée sur le thème - n’est pas la seule astrologie possible.

        Denis ne voyait pas ce qui distinguait l’astrologie d’un tirage de Tarot. Or, l’astrologie, même si elle ne sait rien intrinsèquement de la nature des astres, peut au moins étudier leur mouvement ou plutôt ce sont les astronomes eux-mêmes qui lui en fournissent les moyens. En revanche, la carte du Tarot n’a pas d’autre mouvement que celui lui impose le tirage lors de la consultation. Or, dès lors que l’on confère du sens au mouvement d’un astre, on dispose d’un calendrier, d’une chronologie objectivables. On ne pourra donc comparer l’astrologie à l’étude de la forme des nuages, dès lors que la prévision astrologique s’appuie sur des mouvements eux-mêmes prévisibles. En revanche, le thème astral, de par son caractère statique, le cliché qu’il prend de l’état du ciel, s’apparente à une démarche oraculaire qui ne diffère guère de la lecture des entrailles.

        Autant Denis que R. H. insistèrent sur le fait que l’astrologie était confrontée à la modernité. L’un concluait que l’astrologie avait fait son temps, l’autre qu’elle devait intégrer de nouvelles planètes au nom du progrès. Notre connaissance historique de ce que fut l’astrologie à l’origine, quant à elle, peut et doit certainement progresser et un certain nombre de déviances signalées comme celle du thème natal et du multiplanétarisme.

        Nous exprimâmes notre désaccord tant avec l’un qu’avec l’autre. D’une part, nous fîmes remarquer à Denis que les étapes par lesquelles passa l’Humanité, si elles ne correspondent à nos représentations actuelles ne sont pas pour autant réversibles, pas plus que ne l’est la sexuation, quand bien même serait-elle fondée sur des savoirs douteux et dépassés, du point de vue génétique. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’une orientation prise par l’Humanité est discutable de notre point de vue du XXIe siècle, que cela devient ipso facto une illusion, ne correspondant à aucune réalité. S’il est vrai qu’un savoir peut et doit évoluer, c’est plus dans sa description des phénomènes que dans la remise radicale en question de ceux-ci. Oui, l’astrologie doit évoluer dans la façon dont on la présente, dans les explications qu’on en donne mais elle n’a pas pour autant à évoluer structurellement, sauf évidemment s’il s’agit pour elle d’évacuer de fausses représentations.

        On nous a reproché de ne pas accepter que l’astrologie puisse progresser en intégrant de nouvelles planètes. Nous avons répondu qu’il y eut un stade pendant lequel l’Humanité était en mesure de se conformer à un certain encodage céleste qu’elle s’assignait à elle-même. Mais que cette aptitude, elle ne l’avait plus, ne pouvant donc désormais que gérer ce qui avait pu se perpétuer. Un peu à la façon d’une femme qui a fait des enfants mais, du fait de la ménopause, ne peut plus en faire et doit donc s’occuper d’autre chose. L’astrologie est un moment important de l’Humanité, elle a laissé sur son psychisme des traces profondes sinon indélébiles mais l’Humanité a d’autres cordes à son arc.

Il était assez patent que Denis n’était nullement impressionné par le fait que les astrologues utilisent de nouvelles planètes. Et en effet, la position d’une astrologie correspondant à un moment particulier, dans des conditions spécifiques dues à un certain consensus social par rapport aux astres, est bien plus recevable que celle d’une influence occulte, puisque s’exerçant à l’insu de l’Humanité, en partie du fait de planètes inconnues parce qu’invisibles.

        R. H. soutient que l’Humanité aurait comme deviné la signification des astres et de leurs configurations. Pour nous, elle a décidé du sens à attribuer à certains mouvements célestes - notamment les aspects par rapport à un point donné - plus encore qu’à certains astres.

         Sous prétexte que la réalité humaine est complexe, il faudrait que l’astrologie fût également complexe et donc preneuse d’un nombre toujours plus grand de facteurs et de combinaisons célestes. Mais, là encore, nous ne pensons pas que l’Humanité ait de si gros besoins de structures cosmiques. Il suffit de voir dans notre culture occidentale à quel point notre conception du Temps au présent ou au futur se réduit à peu de choses comparée à notre conception de l’Espace. La seule complexité du Temps se situe dans le passé et cela tient à la multiplicité des interférences et des paramètres extra-astrologiques. Le discours de l’Humanité sur le futur est beaucoup plus limité, dépouillé, que son discours sur le passé. L’astrologie a plus vocation à nous parler de ce qui nous rapproche que de ce qui nous sépare, à traiter des divisions temporelles que des divisions spatiales. Quant à la créativité de l’astrologie, thème du dernier colloque organisé par Yves Lenoble et Chantal Gestas, il serait préférable de considérer qu’elle appartient au passé : il ne s’agit pas tant d’inventer de nouvelles formes d’astrologie que de s’efforcer, par une approche archéologique, de restituer le véritable visage de l’astrologie. L’astrologie est un legs du passé, cela ne signifie nullement que ce legs soit révolu mais cela ne signifie pas non plus que nous puissions faire autre chose qu’en être les gardiens sans nous mettre à créer une nouvelle astrologie à partir de nouveaux astres. Ce néo-astralisme n’est d’ailleurs que le prolongement d’un multi-astralisme. L’avenir de l’astrologie passe avant tout par un plus grand respect du passé de l’Humanité, de son poids sur notre avenir. Si l’astrologie a à profiter d’un certain progrès scientifique, ce n’est pas du côté de l’astronomie qu’elle doit attendre à une percée épistémologique mais du côté de la biologie, de la génétique, des théories de l’évolution des espèces, ce qui passe par une certaine écologie. Il s’agit de montrer comment l’Humanité s’est programmée en se servant de son environnement, en l’encodant. L’astrologie est une création des hommes, elle a été fabriquée avec ce que nos ancêtres connaissaient. C’est un total contresens de vouloir y intégrer des éléments qu’ils ignoraient, ce serait pratiquer une sorte de scientisme que de laisser entendre que notre relation à Saturne est du même ordre que celle que nous avons avec le Soleil. La relation à Saturne ne s’est aucunement imposée à nous, elle n’est pas le passage de l’inconscient au conscient mais bien au contraire du conscient à l’inconscient. Autrement dit, tant que l’humanité ne s’est pas intéressée à Saturne, Saturne n’avait aucune action sur elle et l’action qu’il a fini par exercer fut uniquement fonction du découpage que nos ancêtres ont fait de son cycle, en lui apportant une dimension que l’astre en lui-même ne possédait pas, intrinsèquement. C’est l’astrologie qui aura enrichi le Ciel, qui l’aura humanisé. Il nous a semblé que notre approche passait mieux aux yeux des adversaires de l’astrologie que celle adoptée par la plupart des astrologues qui ne jurent que par les nouvelles planètes en oubliant que les conditions ne sont plus réunies pour fonder une astrologie bis, avec des astres invisibles. Ce faisant les astrologues se coupent à la fois des anthropologues qui veulent montrer ce que nous devons aux sociétés anciennes et des astronomes qui s’intéressent aux rayonnements cosmiques. Or, si l’on peut parler d’un code astral que l’Humanité aurait mis en place, la moindre des choses était que le Ciel ainsi pris en compte ait été visible et prévisible. D’ailleurs, nous percevons dans ces discours quelque chose qui relève de la pensée magique quand on nous dit que Pluton a été découvert à tel moment, correspondant à une époque “plutonienne”, on tombe là carrément dans une forme de mancie des présages.

        La plus grande imposture du discours astrologique en vigueur nous semble tenir au fait que l’on nous parle d’un modèle astrologique unique alors qu’en réalité, chaque thème est un modèle en soi, irréductible aux autres. C’est comme si l’on disait que l’on dit tous la même chose parce que l’on parle une même langue. Le fait de relier chaque individu au cosmos ne suffit pas à créer un lien entre les hommes. C’est là que l’on voit à quel point l’astrologie a trahi sa mission. C’est comme de faire des statistiques sur la mort individuelle. L’astrologie a à faire avec des phénomènes collectifs, c’est  à dire interactifs. La mort n’en fait partie que dans le cas où elle est la conséquence d’un processus dépassant l’individu et subi par un grand nombre de gens au même moment. On ne peut pas faire de statistiques sur des cas particuliers sous prétexte qu’on leur applique chaque fois un modèle cosmique individuel. Il ne faut certes pas jeter le bébé avec l’eau du bain mais on comprend ceux qui sont arrêtés précisément par les propos des astrologues qui veulent “sauver” l’astrologie non pas en revenant sur sa genèse, son syncrétisme et ses déviances mais par une fuite en avant associant nouvelles planètes et noms de divinités que les astronomes exhument  et dont les astrologues s’extasient. Un argument que nous avons avancé et qui semble avoir fait mouche fut de souligner le fait que l’astralisation était comme la sexuation, un état très archaïque, certes, mais qui n’en avait pas disparu pour autant, qui se perpétuait et un stade déterminant pour la formation de l’Humanité telle qu’elle est. C’est au nom du progrès que l’on rejette l’astrologie. Il est donc étonnant que la plupart des astrologues, croyant bien faire, ne jurent plus que par celui-ci, donnant ainsi des verges pour se faire fouetter...

 

Roger Héquet :

        Suite à quelques réactions, j'aimerais apporter quelques précisions concernant le débat avec Denis des Sceptiques. Je ne crois pas en l'astrologie, JE SAIS qu'elle est une science gigantesque. Je SAIS encore que l'astro-chronobiologie la fait approcher d'une précision jamais atteinte. Je SAIS que Denis a tort, seulement il ne le sait pas. Comme la plupart des scientifiques. A moi, à nous, de lui démontrer et cela dans un langage qu'il saura comprendre, qu'ils sauront accepter. Ici la statistique. Ce débat a eu le mérite de montrer le gouffre qui existe entre science et astrologie et qui de sérieux pensera que c'est aux seuls scientifiques de se métamorphoser en astrologues pour accepter ce que 25 ans de pratique et de recherche me font savoir de façon certaine?. Il m'appartient, il nous appartient, de nous approcher d'une grille de lecture et de compréhension du monde qui, alors, enfin, profitera pleinement, vitalement, j'en suis persuadé, à notre discipline.

 

J H : On a un peu l’impression que chaque chercheur en astrologie fait cavalier seul. Pour André Barbault, l’astrologie mondiale, c’est son astrologie mondiale. Pour Roger Héquet, l’astrologie qu’il faut défendre, c’est l’ACB. Et à la limite, si l’astrologie qui était acceptée n’était pas la leur, ces gens là seraient bien déçus. Les adversaires de l’astrologie auraient beau jeu à opposer les astrologues entre eux tant les solutions qu’ils proposent différent dans leurs principes, dans leurs pratiques. C’est comme lorsque l’on choisit un candidat pour une élection, il faut choisir le meilleur, celui qui présente le programme de la façon qui passera le mieux. Le rôle des Colloques, comme on l’a vu à celui que le MAU a tenu en novembre 2004, “L’Astrologie et le Monde”, c’est d’essayer de faire ressortir les meilleurs - d’où les élections que nous avons organisées à cette occasion, pour chaque commission - ceux qui ont le plus de chances de l’emporter sur les concurrents, lors des primaires, ou les adversaires. Il faut organiser des Primaires dans le milieu astrologique et cela, notamment, en testant les principaux candidats face aux sceptiques. A force de vouloir faire tout accepter, on risque que tout soit rejeté en bloc. C’est cela aussi l’idée d’Etats Généraux de l’Astrologie, chère à Roger Héquet que l’on doit féliciter d’engager ainsi le dialogue et de prêcher devant ceux qui ne sont pas des convaincus.

       

PS

 

Pour se faire une idée des échanges féconds, à bâtons rompus, nous avons reproduit un certain nombre de titres de messages:

Le bébé et l’eau du bain, interprétation d’effets homéopathiques, les formes des nuages, une Humanité dépassée, un modèle unique ou une multitude de modèles, l’inflation astrale, astres et cartes, un stade déterminant et qui se perpétue, cyclicité sociale - cyclicité céleste, l’appel au miracle, objets mobiles ou immobiles, projection ou insémination, l’astrologique et l’extra-astrologique, astrologie et sexuation, la créativité astrologique est révolue, astrologie et proto-astrologie, une preuve reproductible, une astrologie déviante, la ménopause de l’astrologie, Il y a savoir et savoir.

 

Ce débat de bonne tenue qui aura duré deux heures et demie nous semble être une excellente formule, assez proche de la vision que nous avons des colloques avec des prises de parole multiples, brèves et bien ciblées.

Pour accéder au débat, il suffit de s’inscrire sur le forum ACB animé par Roger Héquet

 

JH