Astrologie et psychosociologie

 

Par Jacques Halbronn

 

Une opposition trop nette entre astrologie mondiale et astrologie individuelle est discutée et discutable. Yves Lenoble, lors du dernier Congrès SEP Hermés, a parlé d’une “astrologie groupale”, en mettant l’accent sur les cycles. (voir Actes à paraître)

      La particularité de notre approche tient au fait que c’est la cyclicité elle-même qui génère des périodes qui tendent plus vers la vie privée et d’autres plutôt vers une implication publique. Ce que nous disons, c’est que l’astrologie n’aura cessé de se scinder, de multiplier les planètes et les structures qui entraient en jeu dans son système, alors que tout son champ tient en un seul et unique cycle articulé autour de Saturne et uniquement Saturne, sans avoir besoin de se référer au moment de la naissance. On peut donc parler d’une révolution copernicienne dans la pensée astrologique et nous pensons qu’à ce titre nous avions tout à fait notre place dans un Congrès consacré à la “Créativité en astrologie”, vu l’originalité de notre design.

        Notre thèse est simple: si l’on admet que ce sont les individus qui sont les vecteurs de l’influence astrale- peu importe ici comment nous définissons ce terme- c’est à travers eux, en passant par chacun d’entre eux, que tout changement du à une telle corrélation commencera à s’exercer.

         Selon ce raisonnement, il faut donc s’attendre à ce qu’en début de phase, les ressentis soient individuels et ne prennent une forme collective que progressivement, à mi-parcours (soit à 45°). Ce n’est en effet que peu à peu qu’il y aurait une prise de conscience de la convergence des besoins et de la mise en commun des solutions. L’astrologie, selon un tel schéma, permettrait d’étudier - et donc de prévoir - la dialectique de l’individuel et du collectif, le basculement de l’un vers l’autre mais aussi, bien évidemment, le moment où à une approche collective viennent succéder des attitudes individuelles, du fait d’un changement de phase (conjonction, carré, opposition entre Saturne et Aldébaran, actuellement à 9° Gémeaux, dans le zodiaque tropique des éphémérides). On peut alors parler de débandade, quand le tissu collectif s’effiloche et que chacun retourne à ses affaires personnelles, persuadé que les nouvelles questions qui se posent à lui ne sont pas celles du voisin. On est en plein dans le champ de la psychosociologie.

         Le scénario est toujours à peu près le même : une relation amoureuse est tôt ou tard troublée par des impératifs qui entraînent les protagonistes vers des enjeux qui les dépassent: le vie publique empiète alors sur la vie privée (semi-carré, sesqui-carré). Ou au contraire, lors d’un autre changement de phase, c’est la vie publique qui risque d’être comprise, perturbée par la vie privée, laquelle impose ses propres valeurs (conjonction, opposition, quadrature). On voit donc qu’il existe bel et bien deux catégories d’aspects qui alternent:

0° - 45° - 90°- 135° - 180° - 135°- 90°- 45° -

On a mis en gras les aspects qui font dominer la vie publique sur la vie privée.

        L’approche astro-psycho-sociologique implique que nous vivions tous selon une même chronicité sinon il faudrait, comme c’est le cas de l’astrologie du siècle dernier, avoir d’une part le thème astral de l’autre des cycles, soit un modèle parfaitement ingérable.

         Notre existence verrait ainsi alterner, selon une périodicité d’environ 7/2, soit 3 ans ½, phases d’engagement et phases de désengagement. On touche là à des problèmes essentiels pour la condition humaine et qu’aucune autre approche n’est en mesure d’appréhender, y compris l’astrologie traditionnelle avec son arsenal technique surdimensionné. Mais cette alternance, soulignons-le, suivrait exactement le même calendrier pour chacun d’entre nous de sorte qu’au moment de la phase grégaire, publique, nous puissions nous accorder les uns aux autres, comme dans un orchestre.

        Le passage d’une phase à l’autre est quand même assez manifeste, il s’éprouve par ce basculement d’un cheminement personnel vers une implication à une toute autre échelle, impliquant d’être membre d’un ensemble qui nous dépasse et nous prolonge. Et inversement, pour le désengagement, le repli sur sa vie privée.

        On remarquera que même en restant, comme on dit, dans les généralités, l’on peut tout à fait toucher à des problèmes sensibles, touchant notamment aux rapports de l’individu à son travail. En phase de semi carré et de sesqui carré, on parlera de phase 5 en raison du dernier chiffre (45, 135), il est souhaitable que la vie privée s’ajuste autant que faire se peut sur la vie professionnelle, ce qui implique que le “conjoint” s’implique davantage dans nos activités ou que nous choisissions notre partenaire dans notre milieu professionnel. Il faut faire équipe alors qu’en phase conjonction-carré, on parlera de phase 0 en raison du dernier chiffre (0°, 90°, 180°) chacun reste dans sa sphère et seul le lien affectif compte. Il nous semble que l’astrologie cyclique implique à terme une certaine bigamie du fait que le passage d’une phase 0 à une phase 5 peut impliquer l’attente d’un changement d’attitude de la part du partenaire sinon un changement carrément de partenaire. C’est d’ailleurs précisément la perspective de tels changements qui conduit les gens à vouloir s’accrocher au thème natal.

      En tout état de cause, chacun accusera le coup à sa manière et vivra un certain tournant de vie plus ou moins mémorable. Tantôt on est seul et soudain on n’est dans la mêlée, tantôt, au contraire, le vide se fait autour de nous, chacun se repliant sur son quant à soi. En fait on n’est jamais seul tout seul, la solitude est le fait de chacun tout comme son contraire, le rassemblement, la solidarité, résulte de la volonté de chacun. L’astrologie chronique peut nous dire quelles ont été et quelles seront nos diverses phases. Est-on ici dans l’objectif ou dans le subjectif? Il faudrait plutôt parler d’une intersubjectivité en ce que les phases que nous traversons correspondent à une pulsion intérieure mais sont aussi la résultante de ce que vivent nos contemporains, marqués eux aussi, au même moment, par une telle pulsion.

        Chaque changement de phase comporte des surprises et des revirements souvent assez brusques, même si l’on est dans une certaine continuité : les prises de conscience pouvant être soudaines.

         La recherche astrologique consiste ici à observer si de tels changements psychosociologiques coïncident avec notre modèle, dans leur chronicité. Nous appellerons chronicité l’apport de l’astrologie telle que nous la concevons à la compréhension des comportements individuels et collectifs. On parlera d’une approche chronique et l’on parlera d’une astrologie chronique (chronical astrology)