La méthode Gauquelin et le monoplanétarisme

 

 

Par Jacques Halbronn

 

           

Ce qui nous semble avoir caractérisé le travail de Michel Gauquelin- nous avons bien connu Michel et Françoise Gauquelin et publié des ouvrages de l’un et de l’autre dans le cadre de nos accords avec les éditions de la Maisnie- Guy Trédaniel sous le label La Grande Conjonction-Guy Trédaniel- c’est l’idée selon laquelle si influence astrale il y avait, elle devrait ressortir au niveau d’une planète ou d’un signe et non pas du fait d’une quelconque configuration entre deux planètes ou deux signes ou plus. Ses travaux se distinguent donc de ceux de nombreux statisticiens astrologues comme Jean-Louis Coudret, invité de notre astro-café MAU du 10 avril 2005 (cf “Uranus et les aviateurs”, Congrès ARRC sur “Uranus” 1997), Didier Geslain voire Suzel Fuzeau-Braesch, qui observent, quant à eux, des dominantes pluriplanétaires.

            Si nous ne sommes pas convaincu de la valeur des résultats obtenus par le couple Gauquelin ou en tout cas de la signification qu’on leur accorde, en revanche, nous approuvons une certaine méthodologie, ce qui nous a très vite éloigné de toute approche pluriplanétaire et ce voilà déjà plus de trente ans, Clefs pour l’astrologie étant paru chez Seghers en 1976 mais ayant été, on l’imagine, préparé dans les années qui précédèrent). Certes, il importait, pour nous, d’associer l’astre étudié avec un point de repère - aspects au soleil, au point vernal, plus tard à une étoile fixe etc - mais nous excluions déjà l’idée d’un cycle ou d’un transit de type Jupiter-Saturne ou Saturne-Neptune encore que nous nous souvenons, au début des années 80, d’avoir eu une période, assez brève, où nous prenions la peine d’étudier la répartition des planètes dans le zodiaque mais alors d’un point de vue purement quantitatif un peu comme avec l’indice cyclique ( communication au Colloque MAU - Astrogroup de Tournai, (Belgique) en 1983)

            Donc, l’idée selon laquelle pour étudier une influence astrale, il fallait faire apparaître le rôle d’un facteur céleste et d’un seul nous semble être ce qui est peut être le plus précieux dans l’apport Gauquelin, encore que celui-ci ait évolué quelque peu par la suite (cf ses Personnalités Planétaires, Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1992). En gros, en 1955, il y a donc juste 50 ans, Gauquelin, dans L’Influence des Astres (Ed. du Dauphin) posait que telle profession était liée à telle planète et telle autre profession à telle autre planète, ce qui était une façon de montrer que tout n’était pas si compliqué que cela en astrologie; on pourrait parler, selon nos schémas, d’une approche masculine du cosmos et paradoxalement anti-thémique. Car si Gauquelin mettait l’accent sur le moment de la naissance, il n’acceptait pas, pour autant, que l’individu fût concerné par toutes les planètes à la fois.

            Nous avons certes depuis pris nos distances par rapport aux travaux Gauquelin mais nous voulions signaler en quoi ils avaient pu nous marquer, à savoir sous l’angle méthodologique sinon épistémologique. Notre approche post-gauquelinienne aboutit à considérer qu’il n’existe qu’une seule planète pour tout le monde et non une planète par catégorie socioprofessionnelle ou par trait de caractère. Pour nous, la diversité n’est pas à rechercher dans l’espace mais dans le Temps. Autrement dit, nous appliquons la méthode Gauquelin à la prévision, sujet sur lequel Gauquelin avait fait l’impasse, ce qui fut son erreur capitale puisqu’il se retrouvait ainsi confiné à la dimension spatiale qui est selon nous extra-astrologique et pré-astrologique.

            Mais dans notre approche du découpage non plus spatial mais temporel, il n’était pas question de recourir à plusieurs planètes - ce qui revenait à privilégier les secteurs introduisant une nécessaire diversité en cours du cycle. Gauquelin, pour sa part, avait déjà découpé le parcours des astres qu’il suivait en secteurs mais il le faisait à l’échelle d’une journée, ses secteurs étant des maisons et non pas des signes. Il avait en gros proposé un découpage en quatre (lever, coucher etc de l’astre)

            Ce qui a manqué à Gauquelin, c’est une réflexion suffisamment approfondie sur les origines de l’astrologie, sur les conditions de formation d’un premier savoir astrologique, sur les changements introduits dans la pensée astrologique au cours des âges. Gauquelin n’a pas compris le décalage existant entre astrologie et astronomie, qu’il y avait eu un stade où l’astrologie fonctionnait autour d’une seule planète et que la mythologisation des astres ne concernait pas l’astrologie des origines. Il avait d’ailleurs, au départ, voulu montrer l’inanité d’une astrologie aux typologies spatiales. Il se trouve qu’en cours de route, du fait des statistiques, Gauquelin trouva quelque chose qui l’interpella. Mais le champ de la naissance est complexe: il fait intervenir la mère, l’hérédité, la question des jumeaux, bref tout un ensemble de paramètres qui sont loin de ne relever que de l’astrologie et encore moins du seul enfant en train de naître. Ce que Gauquelin a trouvé n’appartient probablement pas, selon nous, à l’astrologie stricto sensu et l’on pourrait en dire autant des résultats obtenus par Didier Castille concernant les proximités entre personnes nées à la même période de l’année. On pourrait parler d’une astrologie naturelle qui n’est pas un artefact social, élaboré par les hommes pour les hommes, comme l’astrologie qui nous intéresse et que nous défendons et qui est relativement tardive.

            Un peu comme Christophe Colomb, Michel Gauquelin a cru découvrir les Indes et il a trouvé un autre continent, l’Amérique (d’où le nom donné à ses premiers habitants, les Indiens). Ce champ ouvert par Gauquelin mérite certainement d’être approfondi mais il appartient à un état naturel du rapport des hommes aux astres et plus généralement du vivant aux astres, ce qui concerne divers animaux (cf S. Fuzeau-Braesch sur les vaches clonées, Les Cahiers du RAMS, n°12, juin 2004)

            Cette proto-astrologie, précurseur de l’astrologie proprement dite, est, quant à elle, le résultat d’une acclimatation spontanée et inconsciente au cosmos, le fait d’un certain besoin de repérage temporel que l’on a pu observer chez certains mollusques, chez certains végétaux. Gauquelin a pu croire qu’il apportait le chaînon manquant entre une telle relation chronobiologique aux astres et une certaine forme d’astropsychologie. En réalité, on n’est pas passé progressivement d’un stade à l’autre, il y a eu un saut épistémologique qui ne se situait plus au niveau d’un vécu individuel mais d’un vécu collectif, impliquant la mise en place d’une seule et même synchronicité chez tous les membres d’une société donnée, c’était là une toute nouvelle ère dans les rapports du vivant aux astres et qui a laissé d’importantes traces dans l’Histoire des Religions et notamment dans l’Ancien Testament.

      On soulignera le fait que dans les travaux de Gauquelin les astres ne sont pas considérés selon leur véritable vitesse de révolution, que tous les astres évoluent pareillement au cours de la journée. Avec la nouvelle ère, ce n’est plus cette dimension de leur parcours quotidien qui est prise en compte et qui était instinctuelle, c’est à dire inconsciente. Avec la nouvelle ère, les astres intéressent les hommes du fait de leur parcours dans le ciel sur plusieurs années, c’est dire que ce n’est plus du tout la même échelle de temps et que par conséquent cela ne concerne plus le même type d’activité: il ne s’agit plus de naître à la vie mais de vivre sa vie et de ne pas le faire de façon végétative.