Quelle projection en astrologie?

 

Par Jacques Halbronn

 

 

André Barbault, lors du Congrès SEP Hermés sur “la Créativité en Astrologie”, est revenu sur la notion de projection. L’humanité en se projetant sur les astres en retrouverait nécessairement la signification puisque les astres, quelque part, sont en nous.

         Mais si l’on doit reconnaître qu’il ne peut y avoir eu “création” de l’astrologie sans une certaine forme de projection, encore conviendrait-il de se demander sur quel support se serait exercée celle-ci.

          Or, si pour André Barbault et la plupart des astrologues, ce support est constitué par les planètes, du moins celles que l’on connaissait aux origines de l’astrologie, il nous semble, en ce qui nous concerne, que ce ne fut point là la toute première étape. Or, si tel ne fut pas le cas, s’il y a eu par la suite dérapage, déviance, toute cette belle construction projective s’en trouve singulièrement hypothéquée. Car tel semble bien être la préoccupation de penseurs de l’astrologie, d’André Barbault à Jean-Pierre Nicola en passant par Patrice Guinard que de supposer une sorte de big bang où la psyché humaine aurait intégré le cosmos et/ou vice versa.

           Revenons sur “notre” modèle, à savoir celui du cycle unique, universel et en quelque sorte perpétuel . Et si l’astrologie n’avait pas été une projection sur une série de planètes mais sur une succession de phases au sein d’un seul et même cycle? Et si les dieux avaient d’abord patronné des phases et non pas des planètes? Dans ce cas, l’attribution de dieux aux planètes se serait produite dans un deuxième temps et selon une logique qui ne nous semble pas vraiment évidente, n’est-ce pas de l’astrolâtrie? .(cf B. Maffray, Histoire de l’astrologie spirituelle, de l’Antiquité à nos jours, Fontenay sous Bois, Ed. Sophia Kalia; 2000) Dès lors, cette fameuse “projection” ne se serait pas exercé dans le baptême des planètes tel que nous le connaissons mais plutôt dans une sorte de proto-zodiaque dont nous possédons que des traces assez douteuses au vu du Zodiaque tel qu’il nous est familier et tel qu’il est notamment représenté sur les cathédrales (cf les travaux d’un Christian Fages, que nous avons pu apprécier au Salon de l’Astrologie holistique, Paris, 23 avril 2005). Nous n’excluons pas que le Zodiaque soit la matrice des planètes alors même que beaucoup d’astrologues veulent le réduire à un simple balisage de la course des dites planètes, ce qui est, pour nous, un contresens car le Zodiaque précède les planètes du moins sous la forme mythologique que nous leur connaissons encore aujourd’hui.

      Nous avons développé dans certains de nos travaux (cf l’article Astrologie de l’Encyclopaedia Universalis, 1994 et 2005) la thèse selon laquelle le Zodiaque serait une allégorie des planètes mais on pourrait plus justement soutenir que c’est une allégorie des dieux tout comme d’ailleurs les dieux sont des allégories d’un certain nombre de principes. La théorie des domiciles planétaires serait la trace d’une telle identité qui va bien au delà d’une correspondance. Il ne s’agit pas en effet de relier deux plans mais bien d’un seul et même plan, du moins tant qu’on n’attribue pas les dieux aux planètes....tout en conservant le même zodiaque pour chaque planète, lequel zodiaque réfère, par son symbolisme, à tout un ensemble de dieux.

      En tout cas, le fait que des astrologues parlent de projection nous apparaît comme un progrès assez appréciable. On n’en est plus à prétendre que les astrologues ont étudié et décrypté les effets des astres mais bien qu’en se projetant sur les astres ils ont découvert quelques vérités universelles. N’est-ce pas grosso modo la thèse que nous avons exposée en 1986 dans L’Etrange Histoire de l’Astrologie, Paris, Ed. Artefact? Encore faut-il distinguer le discours astrologique au niveau des signifiants et ce à quoi il correspond astronomiquement. Or désormais, plusieurs grilles existent : si la plus connue soutient que l’astrologie renvoie à l’ensemble des astres du système solaire portant un nom de divinité, une autre, quant à elle, considère que l’ensemble des signifiants astrologiques correspond, globalement, à un seul et unique cycle planétaire.

      A propos de projection, il est également assez évident que chaque personne va interpréter les mêmes configurations astrales de façon subjective et donc projective, avec son vécu propre, lequel n’a pas à être recherché dans le thème natal mais bien plutôt dans son histoire spécifique

      Cela vaut aussi pour les différents Etats qui traverseront les différentes phases cosmiques au prisme de leur propre passé. C’est ainsi que les pays marqués par les revendications d’indépendance perçoivent l’impérialisme comme un phénomène qu’ils subissent et qui ne fait pas nécessairement partie intégrante de la vie des Etats. Ce faisant, les ressortissants de ces Etats risquent fort de projeter sur la cyclicité une perception biaisée, refusant de comprendre que pour que deux pays se séparent, il faut préalablement qu’ils aient été unis ou en tout cas qu’ils se soient rapproché. Or, selon nous, tout rapprochement ou toute séparation implique le consentement des deux parties et en tout état de cause, même si une partie est active, l’autre sera passive, ce qui aboutira au même résultat, à savoir une rencontre ou un éloignement, selon les phases.

         Un autre aspect projectif déjà signalé à plusieurs reprises dans notre revue est la façon dont hommes et femmes sont dans une attente différente par rapport à l’Astrologie. Pour l’heure, tout se passe comme si l’astrologie s’était largement féminisée, d’où une polarisation sur le moi, d’où un surinvestissement du thème de naissance, moment où la mère joue un rôle déterminant, à différents titres, d’où, a contrario, un certain désinvestissement pour l’astrologie collective, où l’individu serait concerné par une cyclicité qui n’est pas liée au thème : on voudrait que ce soit l’astrologie qui aille vers l’individu et non l’individu qui s’inscrive dans le plan astrologique!

        Il nous faut redécouvrir ce qui a été projeté au ciel. Le principe qui a probablement présidé à la dite projection ne consistait aucunement à attribuer à chaque planète un principe différent, sous une forme peu ou prou allégorique, mais de faire s’arrêter une certaine planète dont le cycle serait considéré comme une sorte de Roue (de fortune) sur un principe puis sur un autre et ainsi de suite, en découpant le dit cycle en un certain nombre secteurs respectivement attribués à tel ou tel de ces principes. On perçoit ce qu’il y a d’aberrant à laisser entendre que d’emblée la projection a affecté plusieurs planètes, se voyant chacune attribuer un dieu. Une telle astrologie pluriplanètaire n’a probablement, d’ailleurs, du fonctionner qu’au niveau du rythme diurne, à savoir le lever ou la culmination d’une planète, ce qui permettait d’attribuer à chaque planète, dans la journée, une certaine période, ce qui a été par la suite systématisé de façon fictive avec les heures planétaires gouvernées par une planète à tour de rôle.

      Nous aurions là un exemple frappant de syncrétisme astrologique : alors qu’au départ, on avait face à face deux approches différentes de l’astrologie : l’une liée au moment de la naissance distribuant les divinités entre les astres dans leur mouvement journalier par rapport au lieu de naissance, l’autre qui n’était concernée que par une seule planète, Saturne dont le cycle était subdivisé en un certain nombre de secteurs associés aux dites divinités. Or, il semble bien qu’à un certain stade, on ait mélangé et combiné ces deux approches et que l’on se soit servi des dieux planètes non plus seulement au niveau des maisons astrologiques mais aussi des signes. Or, dans ce dernier cas, cet ensemble de planètes aux cycles si divers ne comporte aucun cadre de convergence comme c’est le cas pour la journée; il faut toute une vie et même plus avec les transsaturniennes pour accueillir tous ces astres dans leurs tribulations. On passe de 24 heures à ... 240 ans environ (248 ans plus précisément pour Pluton) . En fait, à l’échelle de la journée, on avait ainsi un cycle qui était scandé par le passage successif des planètes se levant ou culminant mais un cycle à géométrie variable, dont les composantes ne se suivaient nullement dans un ordre immuable - l’ordre le plus probable étant celui de l’apparition des astres au dessus de l’horizon à moins que cela n’ait été celui de leur passage à la culmination, ce qui les plaçait en position littéralement dominante - alors que l’autre systéme fondé sur un seul astre faisait se succéder les divers principes toujours de la même manière, puisqu’il ne dépendait pas du mouvement des autres astres.

          Nous ne voyons pas d’inconvénient à présenter l’astrologie comme un langage, comme nous y invie Sylviane Attard, lors d’un entretien au Salon de l’Astrologie Holistique d’avril 2005. C’est bel et bien un langage voire toute un système philosophique qui auront été projetés sur le Ciel. Au départ, il s’agissait d’une sorte de calendrier des activités humaines non plus sur le plan agricole mais sur le plan moral, non pas à l’échelle d’une année mais sur une période plus longue (3 ans ½, 7 ans). Ce langage, pourrait-on dire, s’est finalement fait Loi en s’inscrivant dans une cyclicité céleste, et une Loi si puissante que nous l’avons intégrée dans notre psychisme. Cette Loi cosmique que l’Humanité s’est donnée à elle-même et dont elle est devenait, pour une éternité, la dépositaire, qu’elle le veuille ou non, nous plaçait tous, alternativement, au service d’une série de principes, que l’on peut représenter en effet par des divinités.

      Terminons en mettant en garde contre les projections rétrospectives qui conduisent à imaginer le passé sous la forme du présent. Cela est certainement vrai sur le plan cyclique. En revanche, en ce qui concerne l’Histoire des littératures, des savoirs, il en est tout autrement et l’astrologie des origines est certainement bien différente de ce qu’elle est devenue de nos jours.

 

 

JH